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néanmoins à la situation une partie de son charme sauvage. Au lieu d'y être accueillis par des balles, ainsi qu'il m'était arrivé jadis, nous le fûmes par des salutations et des boaquets qu'on présenta à la jeune dame. Nous y eûmes même un discours.
Les principaux monuments de Pestum son^ les murailles, les portes, le temple de Neptune, celui de Cérès, la Basilica, etc. Autrefois j'ai vu , sans me rappeler si c'est à Rome ou à Paris, les fac-similé en liège de ces temples, qui en donnent une idée fort exacte et plus intelligible que toutes les descriptions. •
Pestum, par l'étonnante conservation de ses édifices, oflFre sans doute un grand intérêt, mais cet intérêt est loin de celui que présente Pompeïa. Là, ce sont des anti-
quités vivantes pour ainsi dire , car on y retrouve les usages, les mœurs, les passions des habitants. A Pestum, on voit des pierres très-bien alignées; on s'étonne, on admire, mais c'est tout.
On y a fait quelques fouilles sans beaucoup de succès. Cependant on a découvert une rue. Il est à croire qu'avec de la persévérance et de l'argent, on arriverait à exhumer les restes de cette ville encore si peu connue, et dont rétrange oubli pendant dix siècles n'est pas un des faits les moins curieux de l'histoire d'Italie. Lorsqu'à nos portes, au milieu d'un pays populeux, à proximité de routes, nous avons été dix siècles sans avoir révélation d'un tel amas de constructions, ne pouvons-nous pas croire que, dans d'autres parties du monde moins habitées ou moins connues, au centre d'immenses forêts encore inexplorées ou dans des vallées entourées de montagnes dont les passages ont été interrompus par des éboulements, nous découvrirons un jour de grandes cités, des temples gigantesques, témoins mystérieux d'une civilisation perdue et d'un peuple oublié?
494 CHAPITRE XXYHI.
En revenant à Naplcs , après avoir passé la nuit en voiture où, contre mon ordinaire, je pus dormir, je traversai Castellamare, Torre-del-Grcco, Résina et Portici.
Castellamare, comme toutes les villes qui entourent le Vésuve, est bâtie sur une autre ville, probablement Tancienne Stabia qui lui sert de fondation, en attendant qu^elle même, engloutie, en serve à son tour à quelqu^autre cité qui sera non moins riante, non moins recherchée; car si k volcan détruit les maisons, il ne change ni le climat ni le site.
Torre-del-Greco a été éprouvé plus cruellement encore : on prétend qu'il y a là sept villes superposées. Ce qui est certain , c'est que ce bourg a été envahi onze fds, en tout ou partie , par la lave , notamment en 1794. C'est une magnifique position; on y mange d'excellent poisson, de bon gibier, de bonnes huîtres, des fruits délicieux, et l'on y boit du vin parfait quand il est vieux. Cependant, je n'y acquerrai ni terre, ni maison, ni verger, ni vignoble, tant que le Vésuve ne sera pas à l'état de solfatare ou de volcan éteint: c'est ainsi seulement qae j'aime les volcans et accepte leur voisinage.
Résina et Portici se touchent, ou plutôt la route de Castellamare à Naples n'est qu'une rue bordée de jardins, de villa, de maisons et de palais. C'est sous Résina et Portici que gît Herculanum. Je ne m'y arrêtai pas, car l'on n'y voit qu'à l'aide de torches fumeuses qui n'éclairent guère et vous infectent fort ; j'en avais autrefois fait l'expérience.
Nul doute qu'Herculanum ne recèle des trésors artistiques, et aussi beaucoup d'or et d'argent. Mais sur la lave s'émousse la pioche ; c'est la mine qu'il faudrait y faire jouer; et que deviendrait Portici, l'un des plus charmants séjours qu'on puisse imaginer?
Là est un palais dont je n'ai aperçu que l'extérieur d qui appartient au roi. A Résina est la favoriley maison de plaisance du prince de Salerne.
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Rien de plus animé que cette route, aussi unie que Tallée d^un jardin, où se croisent des milliers de voitures dont la rapidité lutte presque avec celle des chemins de fer.
J'arrive d'assez bonne heure à Naples : j'y tenais beaucoup. Le paquebot pour la Sicile devait partir le 26 juin, je le croyais du moins, et nous étions au 25. Je n'étais pas fâché d'avoir un instant pour me reposer : depuis le 23, j'avais passé deux nuits en voiture, et tous les jours j'avais été sur pied ou à cheval. En vérité , et je l'en remercie. Dieu m'a fait un corps de fer.
J'avais pris congé de la noble et hospitalière famille qui était allée accomplir son pèlerinage au Vésuve, non sans m'avoir gracieusement invité à venir la revoir à Naples. Ce n'est pas là que je devais la rencontrer.
En rentrant à l'hôtel , je trouvai M. Martin tout en émoi: il croyait que, pour abréger la route, j'étais allé rejoindre Empedocle en passant par un tunnel bien autrement merveilleux que celui de la Tamise, et qui, selon certain géologue, communique du Vésuve à l'Etna. Le brave homme , à qui j'avais annoncé , en partant pour Pompela, mon retour pour le soir même, s'était fort tourmenté de mon absence prolongée et il me considérait comme un ressuscité. 11 avait, quelque temps avant, logé mes deux frères et leurs enfants qui faisaient leur apprentissage de touristes ; il se souvenait d'eux et m'avait pris tout d'abord en affection.
C'est un étrange homme, que M. Martin: né en Lorraine, ancien militaire et aujourd'hui septuagénaire, il est établi à Naples depuis une quarantaine d'années. Son hôtel, sans être de premier ordre, car on ne considère comme tels que ceux qui sont situés à Chiaia, est certai- Bement l'un des plus confortables des Deux-Siciles. La table d'hôte y est excellente. Toujours présidée par le maître du logis, il y surveille à la fois la cuisine et la morale :.
là, il ne faut pas se permettre de propos mal sonnants, et il ne les tolère pas plus que les rôtis brûlés et les crèmes tournées. Les causeurs mal embouchés, c'est ainsi qu^il les appelle, reçoivent l'invitation polie d'aller se pourvoir ailleurs. Il en résulte que ses dîners, renommés dans tout Naples, ne reçoivent que bonne compagnie, ou tout au moins des gens qui sont tenus de faire comme s'ils en étaient.
M. Martin est doué de la voix la plus retentissante; quand il parle haut, il fait trembler les vitres : soigneux du repos de ses hôtes, il se lève tous les jours à cinq heures du matin pour y veiller. Entend-il chuchoter quelqu'un de ses gens, il les gourmande de sa voix de tonnerre, et ne s'aperçoit du tapage qu'il fait que lorsqu'il voit sortir de leurs chambres ses locataires effrayés qui croient qu'un tremblement de terre menace la ville, ou que le feu est à la maison. C'est un Français de la vieille roche, l'un de ces caractères bien trempés dont le type devient rare. Honnête homme, il a élevé ses enfants dans les mêmes principes, et sa famille a quelque chose de patriarchal.
Pendant mon absence, il avait fait viser mon passeport pour la Sicile, et il me le remit en m'annonçant, ce qui me fut médiocrement agréable, que ce n'était pas le 26 que partait le paquebot, mais bien le 25 et dans deux heures. Je n'avais pas un moment à perdre; il ne s'agissait plus de dormir, mais de faire mes paquets et de déjeûner, ce dont j'avais grand besoin.
On venait justement de servir. Je fus me mettre à table où, comme d'ordinaire, il y avait nombreuse compagnie. La conversation était animée. L'un des voyageurs. Français et négociant comme la plupart des convives, racontait que la veille deux de ses voisins de chambre étaient rentrés un peu tard. Il se trouvait là au moment où ils prenaient leur bougie. Les voyant pâles et tremblants, il
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leur avait demandé ce qui leur était arrivé? Alors, après quelqq'hésitation , l'un d'eux lui avait répondu qu'ils avaient été admis dans une maison qu'on leur avait dit être celle d'une marquise. Accueillis par deux fort belles dames , on leur avait servi des glaces et autres rafraîchissements. Après une heure de conversation, voulant se retirer et reconnaître la politesse qu'on leur avait faite, ils avaient, en sortant , mis deux sequins dans la main de la femme de chambre. Elle les avait refusés dédaigneusement ^n disant que ce n'était pas deux sequins qu'on offrait à la camérière de personnes de qualité.
Etourdis d'une telle apostrophe, ils insistaient pour faire recevoir les deux sequins; mais deux grands drôles, vêtus d'une espèce de livrée et qu'ils n'avaient pas d'abord aperçus, leur avaient déclaré qu'ils ne sortiraient pas qu'ils n'eussent payé la collation qu'ils avaient offerte à ces dames, et laissé per la famiglia (les domestiques) un' corn" plimento (une gratification) digne de la maîtresse du logis.
Pour en finir, ils avaient offert de doubler la somme, ce qui avait été repoussé avec plus de mépris encore. Après avoir vainement parlementé, ils s'apprêtaient à forcer le passage, quand une porte s'était ouverte , laissant voir un individu armé jusqu'aux dents et roulant les yeux d'une i^anière effroyable. A cette apparition, jetant sur la table tout ce qui leur restait d'argent, ils avaient gagné l'escalier qu'heureusement ils avaient trouvé libre.
Une fois dans la rue, ils s'étaient enfuis à toutes jambes, poursuivis par les deux valets auxquels s'était jointe la servante criant : à la garde ! encouragée par les deux nobles dames qui s'étaient mises à la fenêtre pour crier de leur côté.
Au moment où notre conteur achevait son récit, au bruit des rires de l'auditoire qui prétendait que l'individu armé n'était qu'un mannequin qu'on avait fait paraître
498 CHAPITRE XXVIH.
pour hâter le dénouement et voir le fond de leurs bourses, un des héros de Faventure entra. Il youlait nier, mais eniin il convint de tout, sauf du mannequin qui, selon loi, était bien un homme véritable.
Mon déjeûner finit avec l'histoire. Un valet de Thôtel avait été faire ma valise ; il ne me restait plus qu'à solder le compte que je trouvai fort modéré. J'emportai, moins comme provision que comme objet d'archéologie, une bouteille de vin de Falerne, et je pris congé de mon hôte.
En gagnant le port, je remarquai un petit lazarone dansant et chantant tout seul, pour son agrément, car personne que moi n'y faisait attention : il ne s'en souciait guère. Rien de plus comique que les poses et les mines de ce petit bonhomme. Si les gamins sont les tyrans de Venise, ils sont les Menandre et les Roscius de Naples. Je n'ai jamais vu de meilleures mines que ces jeunes drôles. Moins maniérés, moins factices et beaucoup plus lestes que ceux de Paris, ils ne sont pas, comme eux, d'une race étiolée et qui fait des farces moins pour la farce elle-même, que pour qu'on les regarde et qu'on en jase. L'enfant napolitain grimace, danse, pirouette comme fait le singe, parce que c'est sa nature. Issu de la rue, il s'y vautre avant de savoir marcher; il y est partout courant ou dormant, absolument comme les chiens à Constantinople. Je ne m'explique pa^ comment on n'en écrase pas cinquante par jour.
A Venise, les gamins se croient propriétaires de tous les cafés. A Naples, ils se prétendent les maîtres de toutes les voitures, de l'extérieur s'entend, car jamais ils n'entrent dedans; ils s'y accrochent, ils sautent derrière, sur le siège, se tiennent aux portières, aux marche-pieds , aux brancards, aux roues, passent devant, dessous ou montent dessus. Aussi, dans toutes les voitures publiques, fiacres, cabriolets, omnibus, est une corde pliée en double qui n'a d'autre destination que de réprimer l'insolence des