‹ Voyage à l'Oasis de SyouahChapitre 7 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pour les habitai» eux-mêmes. Enfin, ils ont dans ce même endroit un emplacement marqué, qui leur est réservé en propre. Peut-être aussi cet accueil prévenant que leur font les gens de Syouali n’est-il pas entièrement désintéressé. S ils sont généreux envers les étrangers, s’ils nourrissent pour rien leurs chameaux, s ils donnent même aux Arabes des fruits et des légumes, c’est probablement pour engager les caravanes à venir tous les ans acheter les productions du pays.

Un usage barbare autant que singulier règne parmi eux : il a sans doute pour but d’entretenir leur humeur guerrière. Dès quil s élève un différend sérieux entre deux familles puissantes, un cheykh, au son du tambour, fait descendre de la ville les contendans, assistés de leurs pareus et amis : une fois dans la plaine, les adversaires se séparent; leurs femmes se placent derrière eux, chargées de sacs de pierres pour en lancer à ceux qui voudraient fuir. Avant den venir aux mains, les conibattans s’abreuvent copieusement devin de palmier. Ils avancent d abord les uns sur les autres par pelotons, tour à tour, et ils tirent chacun un coup de fusil, presque à bout portant. L usage veut que l’on ne tire qu’une lois : quand cette condition est remplie, le combat cesse, quel que soit le nombre des morts ou des blessés. Aussitôt le cheykh qui a présidé à l’action frappe sur le tambour pour la retraite : à ce nouveau signal, les partis ennemis se rapprochent, et tous s embrassent. Ces combats fréquens et meurtriers, qu’on pourrait comparer à nos duels, doivent développer des habitudes belliqueuses ; habitudes nécessaires dans ce lieu isolé, qui autrement serait sans cesse la proie des Arabes. C’est aussi ce qu’avoua un cheykh à nos voyageurs : Sans ces petites guerres, dit-il, nos gens n’auraient pas cette bravoure et cette résolution qui les ont fait, depuis tant d’années, résister aux incursions des Bédouins.

Passons en revue d’autres coutumes du pays. Les hommes seuls assistent à 1 enterrement de leurs pareus ou amis; il n’est pas permis aux femmes dy aller, comme il est d’usage chez les musulmans. Les femmes ne sortent point de la ville de Syouali. Il en est de même des jeunes filles, dès qu elles ont atteint l’âge de neuf ou dix ans. Beaucoup d’entre elles meurent sans avoir jamais, depuis 1 âge de neuf ans, mis le pied hors de la ville une seule fois. Quelquefois cependant, mais très-rarement, l’on permet de sortir aux femmes âgées.

On se marie très-jeune, comme en Égypte. La cérémonie du mariage est la même : l’épousée, couverte d’un voile épais, est conduite sous le dais, au son des instrumens de musique.

Les femmes ne dansent point, ainsi qu’on le voit au Kaire; quant aux hommes, ils dansent une espèce de sauteuse, à la manière des noirs, et en remuant les hanches, accompagnés du tambour de basque, de la flûte de roseau et du violon a trois cordes.

Les gens de Syouali sont sobres et économes. Chaque famille élève des moutons, mais on n’en tue qu’une fois l’an : a la venté, le prix de ces animaux est eleve , ils se vendent cinquante à soixante piastres d Egypte.

Les habitans se nourrissent principalement de dattes, de riz, de pain levé, de pâte frite dans l’huile, et de kouskous '. Ayant trop peu de bestiaux pour faire du beurre

' On sait que le kouskous est l’aliment ordinaire des habitans de l’Afrique séptentrionale : cest une pâte faite avec de la farine de froment, cuite à la vapeur de la viandfc et assaisonnée de beurre, à laquelle on joint des œufs durs et des pois chiches.

VOYAGE A SYOUAJL.

eu quantité, ils mangent le lait caillé. Ils se nourrissent, en outre, de plusieurs espèces de viandes communes, telles que le chameau et le bouc; ils mangent même des peaux d’animaux comme la chair elle -même. Les habitans ont aussi quelques poules; et ils vivent encore de coquilles fluviatiles, qu’ils nomment bosue

Leurs légumes sont la fève, les lentilles, qui leur viennent de l’Égypte, et une espèce de pois pointu, dont ils font du pain.

Us interdisent aux femmes de manger les dattes sultanes a : ce fruit, disent-ils, les rendrait trop voluptueuses, trop enclines à l’amour.

Ils font du vin de dattes, quils appellent lagoby 1 : la couleur en est rouge et le goût en est doux; ce vin est capiteux et ne se conserve pas. On le fabrique au moment où la datte commence à rougir.

Les gens de Syouah n’ont pas l’habitude de fumer; ils mâchent le tabac en feuilles, à la manière des Provençaux.

L habillement des femmes consiste en chemise bleue et en milàyeh. Elles tressent leurs cheveux à la façon des femmes du Kaire, avec beaucoup d’art, en y mêlant des verroteries. Elles portent des bracelets d’argent, des colliers et des pendans d oreilles du même métal : ces derniers sont des anneaux très-grands; quelquefois on en suspend deux à chaque oreille.

Les hommes s’habillent avec une chemise de toile blanche; ils ont un milàyeh porté en écharpe, un tarbouch sur la tète, sans châle ou turban, et des souliers de peau jaune.

Presque tous les habitans sont armés d’un fusil; quelques-uns portent en outre un long sabre connue celui des Arabes A’bâbdehs, qui habitent les déserts entre la Mer Rouge et la Thébaïde.

Les hommes ne s occupent que du travail de la terre et du commerce des dattes; ils n’ont point de métiers à toile comme les Egyptiens; ils ne filent pas et ne font pas de tissus en laine; en un mot, ils n’auraient aucune espèce d'industrie s’ils ne fabriquaient des nattes et quelques vases grossiers : à quoi il faut ajouter que les femmes font des paniers en paille et en feuilles, assez semblables à ceux des Barâbras, mais d’un travail plus fin et plus soigné.

Le commerce de Syouah se fait par les caravanes qui viennent du couchant , c’està-dire, de.Bengazy, Derne, .Tripoli, et du reste de la Barbarie, ainsi que de Bourgou et du Fezzan , etc.; ou de 1 est, cest-a-dire, de 1 Egypte, par Damanhour, le Fayoum et Alexandrie; ou bien du sucl, par la grande et la petite oasis. Tous les ans il y. arrive au moins cinq cents chameaux chargés, venant de l’Egypte, et cent du Gharb ou du couchant. On apporte de la Barbarie, du blé, des harams, des couvertures, des chaussures en maroquin jaune , des barnous ou manteaux d’Arabe, et des tarbouchs, espèce de bonnet ou décalotté rouge. Le pays de Syouah reçoit du soufre par le Fezzân.

Les caravanes d Egypte leur apportent du froment, des lentilles, des fèves et autres légumes secs, des milayehs, des mouchoirs et des toiles bleues et blanches.

.1 ignore 1 orthogniphe correcte <1«? ces deux mots, qui appartiennent peut-être à la langue du pays.

1 Voyez plus haut. ‘ /

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