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(Arctiv Explorations).
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Portrait de Hans. en 1853. — Dessin de A. de Neuville d'après le docteur Kane
guère avoir plus jamais besoin de ses services.
Le 25, à midi, nous rencontrâmes le premier champ de glace. Pendant vingt-quatre heures j’avais anxieusement surveillé la mer et je m'étais persuadé que nous franchirions la baie sans la moindre escarmouche avec l'ennemi, lorsqu'une ligne blanche se dessina devant nous; nous l’atteignimes bientôt et profitant d’une large
trouée, nous entrâmes chargés de toute notre 1o1le; le danger se trouva beaucoup moins grand que nous ne J’avions pensé ; le banc avait une largeur de près de trente kilomètres, mais la glace n’était pas compacte et nous pûmes nous frayer une voie sans trop de difficultés.
En cinquantecinq heures nous avions traversé la baie de Melville; nous entrlons dans les « eaux du Nord. »
Près du cap York, je longeai le rivage, cherchant les indigènes. Les lecteurs des récits du docteur Kane n’ont peut-être pas oublié que ce navigateur avait emméhé des établissements du Groënland un chasseur nommé
Hans qui, après lui avoir été fidèle pendant près de deux
années, l’abandonna pour une belle, et alla vivre avec les
esquimaux sauvages qui habitaient les bords septen-
trionaux de la mer de Baffin. Supposant qu'il n’avait
pas tardé à se lasser de son exil volontaire, et qu'il attendait probablement au cap York un navire quelconque qui voulût bien le rapatrier, je m’avançai à une portée de fusil de la berge, sur laquelle je découvris bientôt un groupe d'êtres humains qui faisäient force signes pour attirer notre attention ; je descendis dans
le docteur Hayes.
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— Dessin de A. de Neuv
ant le vaisseau de Hayes,
ecouvr
en 1860, d
Hans,
un canot, et, de vrai, il était là devant nous, l’objet de mes recherches, nous regardant de tous ses yeux; il me reconnut parfaitement ainsi que M. Sonntag et se rappela même nos noms.
Six ans de séjour parmi les naturels de cette côte désolée l’avaient entièrement abaissé au niveau de leur laideur dégoûtante; il était accompagné de sa femme portant son premier-né sur son dos, dans un capuchon de cuir, de son beau-frère, jeune garçon au regard vif et brillant et de sa belle-mère « vieille commère à la langue bien pendue. » Ils étaient tous vêtus de peaux et nos hommes les examinaient avec la plus grande curiosité; jusque-là, nous n’avions pas encore rencontré d’Esquimaux entièrement sauvages.
À travers des rochers abrupts et de hauts amas de neige, Hans nous conduisit à sa tente, située sur une colline escarpée à deux cents pieds au-dessus du niveau de la mer, position étrangement incommode pour un pêcheur, mais irès-convenable comme poste d’observavation. C'est là que pendant de longues années, il avait guetté le navire tant désiré; Les étés s’enfuyaient et 1l soupirait toujours après sa patrie et les amis de sa jeunesse. La tente était un assez triste logis en cuir de phoque, à la mode esquimaude et à peine assez large pour abriter la petite famille qui se pressait autour de nous.
« Hans voudrait-il venir avec moi ?
— Oui.
— Avec la femme et le marmot ?
— Oui.
— Voudrait-il venir sans eux ?
— Oui. »
Je n’avais pas le loisir d'examiner à fond l’état de son esprit, et sachant par oui-dire que la séparation de deux époux est un événement regrettable, je donnai à la jeune Esquimaude le bénéfice des conventions de notre monde civilisé, et je l’emmenai à bord avec le mari, le poupon, la tente et tous leurs pénates. La vieille et le garçon aux yeux noirs criaient et voulaient nous suivre, mais n’ayant point assez de place pour tout ce monde, je les abandonnai aux soins du reste de la tribu, au nombre d’une vingtaine; ces Esquimaux accouraient joyeusement sur la colline ; je leur distribuai quelques cadeaux, et retournai vers le navire.
La placidité de maître Hans n'avait pas été un seul instant troublée; il eût certainement été tout aussi satisfait de laisser sa femme et son enfant à leur sauvage parenté, et si je l'avais alors connu tel que j’appris plus tard à le faire à mes dépens, je n'aurais pas perdu quelques heures à interrompre le cours de sa barbare existence.
À cinq heures du soir, je me retrouvai sur la goëlette; le vent avait fraichi pendant mon absence, et voulant profiter de ce changement favorable, je m'étais hâté de revenir sans prendre le temps de visiter à quelques kilomètres à l’est du cap, un village esquimau situé au nord d’une profonde baie, tout près d’un endroit nommé Kikertait (Le lieu des îles).
En prévision d’une survente et d’une rude nuit, Mac
LE TOUR DU MONDE
Cormick avait pris un ris, et la goëlette avec ses voiles frémissantes etgonfléessemblait aussi impatiente qu'un lévrier tenu en laisse ; lorsqu'on eut mis la barre au vent, elle tourna vers le nord par un mouvement des plus gracieux, et après s’être arrêtée comme pour prendre son élan, elle fila sur la mer avec une vitesse de dix nœuds à l'heure. Iles, caps, baies, icebergs, glaciers, disparaissaient derrière nous, et, tout enivré de cette chance extraordinaire, l'équipage était de fort bruyante humeur. Pendant que nous traversions successivement les groupes d’icebergs, j’observais avec curiosité l’insouciante audace qui animait les hommes du quart. Dodge était sur le pont, Charley, vieux loup de mer qui avait roulé par tous les temps et toutes les latitudes, tenait le gouvernail, et il me semblait qu’entre les deux s’établissait une sorte d’entente tacite dans le but d’expérimenter de combien on pouvait approcher des glaces sans les toucher. Nous passions souvent dans des canaux très-étroits, et la goëlette, au lieu de suivre le milieu du chenal, venait sur l’un ou sur l’autre bord au moment le plus critique. Naturellement, « ce n’était pas leur faute. » Lorsque je réprimandai Charley sur sa manière de gouverner, il m'assura quele navire ne pouvait obéir à la barre lorsque, par le vent qu’il faisait, 1l portait tant de toile à l'arrière. Je fis done loffer et mettre la grand’ voile au. bas ris, et soit qu’ils n’eussent plus d’excuse raisonnable pour agir autrement, soit que nous eussions paré à une difficulté réelle, le bâtiment put suivre une route se rapprochant un peu plus de la ligne droite; nous filicons sur cette mer sans lames avec une rapidité qui donnait le vertige.
Cette course effrénée faillit aboutir à une catastrophe. Devant nous se dressaient deux hauts sommets de cristal à peine séparés par un intervalle de vingt brasses ; il eût fallu dévier de notre chemin pour les éviter et je demandai à Dodge s’il se faisait fort de diriger la goëlette à travers l’étroit passage; toujours prèt à courir audevant du péril, il assuma volontiers cette responsabilité, mais quelle fut notre terreur en reconnaissant, trop tard, pour tourner à droite ou à gauche que ces blocs étaient deux fragments du même colesse et se réunissaient à quelques pieds seulement au-dessous de la surface de la mer; par bonheur, la transparence de l’eau en dissimulait la profondeur réelle, mais la quille toucha deux fois sur ce terrible défilé et pendant que la goëlette jouait, avec une sorte d’hésitation, le dangereux rôle de traineau, j’avoue que j'eusse voulu être à mille lieues du gaillard d'avant.
Pendant cette navigation, nos nouveaux amis divertissaient fort l’équipage. Hans était dans la jubilation et le laissait voir autant que le permettait sa stupide nature; sa femme montrait un curieux mélange d’orgueil et d’ébahissement, et tout écrasée par l’imprévu de sa nouvelle situation, elle semblait avoir contracté une grimace chronique ; le marmot criait, hurlait, riait, comme tous ceux de son âge.
Armés de seaux d’eau chaude, de savons, de peignes, de ciseaux, les matelots se mirent en devoir de préparer
ces intéressants personnages aux chemises rouges et aux autres élegances de la civilisation ; cette partie du programme les ravissait d’aise : ils se pavanaient sur le pont avec l’air d'importance comique de nos petits garçons le jour de leur première culotte; mais hélas! terribles choses que l’eau et le savon! La femme, que les préparatifs avaient d’abord mise en belle humeur, se prit à pleurer et à demander à son mari si c’était là un rite de la religion des hommes blancs. L'expression de son visage indiquait qu'elle n’y voyait qu’un mode de torture. La cérémonie faite, le matelot qui remplissait le rôle de chambellan et ne paraissait pas très-enthousiaste de cet accroissement de notre famille, les fourra pour la nuit parmi les toiles et les câbles des écubiers, tout en grommelant à demi-voix : « Là, du moins, ils seront utiles à quelque chose, ils serviront de doublure à nos bossoirs! »
La côte que nous suivions en ce‘moment est des plus
intéressantes pour un géologue : la formation trappéenne de l’île Disco reparaît au cap York; les rivages sont abrupts, élevés, déchiquetés, coupés de profondes gorges dont le pittoresque est encore augmenté par les nombreux fleuves de glace qui en remplissent les estuaires
Les roches ignées sont interrompues au cap Athol, sur la partie sud du détroit de Wolstenholme et les couches de grès et de grauwacke qui frappaient mes regards sur ce point, ainsi qu à l'ile Saunders, et plus haut, vers le cap Parry, me remettaient en mémoire les luttes périlleuses des années d'autrefois.
À huit heures du soir, nous passâmes devant la baie de Booth où j'avais eu, en 1854, mes quartiers d’hiver, lors de mon voyage en hot: dé de ma longue- “vue, je distinguais les rochers au milien desquels nous avions bâti notre hutte : 1lsne me rappelaient guère de souvenirs heureux".
Nos chiens nombreux avaient pratiqué une rude saignée à nos provisions d’eau douce; aussi, pendant la nuit, les hommes de quart furent occupés à faire fondre la neige qui couvrait le pont; nous pêchâmes au filet quelques morceaux de glace d’eau douce, fragments d’icebergs désagrégés.
Vers l'aube, le vent tourna au nord-est, dissipa les nuages et nous montra la terre Le cap Alexandre, dont les hautes falaises gardent l’entrée du détroit de Smith, paraissait à trente-six kilomètres tout au plus, et le cap Isabellé, qui en est éloigné de soixante-quatre, était visible sur la côte opposée. Cinglant vers le cap Saumarez, nous trouvames un chenal entre le champ de glace et le rivage, mais nous passâämes la plus grande partie du jour à maugréer contre un calme 1rritant pendant lequel un fort courant de marée nous promenait alternativement au nord et au midi de la côte; il nous fallait avoir presque constamment recours aux canots pour nous garer des icebergs très-nombreux dans ces parages et dont quelques-uns étaient de dimensions formidables. À la fin cependant, un bon vent nous poussa