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Voy. Kanes arctic explorations, 2 vol. in

Philadelphie.

vers le détroit de Smith, but de nos désirs. Tournés vers le cap Isabelle, nous eûmes un instant toutes les bonnes chances pour nous. Mais notre joie fut de courte durée. Du haut des mâts on signalait une immense banquise, et nous ne fümes pas longtemps à l’atteindre. Elle était composée des plus énormes champs de glace que J'eusse jamais rencontrés; courant du nord-est au sud-ouest, elle nous barrait la route du rivage occidental; plusieurs glaçons s’élevaient, de deux à dix pieds au-dessus de la mer, mesurant par conséquent une épaisseur totale de vingt à cent pieds. S'ils avaient été moins compactes, je me serais risqué à m’ouvrir un passage entre eux, mais dans l’état où ils se présentaient, une pareille tentative eût été un véritable suicide.

Ces glaces paraïissaient interminables : on ne découvrait plus d'espace libre dans la direction du cap Isabelle.

Nous fûmes bientôt délivrés de toute indécision : une affreuse tempête fondit soudain sur nous et ne nous laissa d’autre alternative que de tâcher d’atteindre la côte pour y trouver un abri; notre position était des plus critiques; l’épaisse banquise que nous avions longée la nuit précédente s’étendait sous Le vent ; elle nous coupait la retraite et nous enlevait toute possibilité de courir vent arrière.

Le 28 et le 29 août, le vent souffla avec rage. — En partie protégés par la côte, nous l’avons parcourue à la recherche d’un mouillage; nous.nous trouvions en ce moment en dehors du cap Saumarez, à deux milles de la terre. Ayant manqué l'ile Sutherland, nous descendions le long de la côte pour chercher un abri dans une baie profonde située au-dessous, mais Le vent, contournant le cap, nous rejeta en arrière et nous essayâmes de nous trainer vers la terre pour mouiller dans une petite anse que nous apercevions tout près, et pour tâcher d’y réparer nos voiles déchirées. — L’écume rejaillissait sur le pont et le recouvrait d’une couche d’eau qui gelait instantanément ; de longs glaçons pendaient des agrès et des œuvres mortes; les soubarbes et autres filins étaient de l’épaisseur du corps d’un homme, et tout à l’encontre des habitudes maritimes, nous dtittes répandre des cendres sur le tillac. N

Je comprends aujourd'hui qu’une semblable tempête ait forcé, en 1852, Inglefield à fuir le détroit de Smith, I] lui aurait été impossible de continuer sa route, l’Isabelle eût-elle eu le double de chevaux-vapeur.

Je transcris mes notes : — « Sans les falaises qui nous protégent, nous serions entraînés encore plus vite, et vers notre ruine, très-probablement:

« Les rafales sont effroyables , et pendant les accalmies qui les suivent, le vent semble reprendre des forces pour une nouvelle bourrasque,

« La côte, qui ne nous abrite que par intervalles, est de l’aspect le plus sinistre; ses falaises ont près de douze cents pieds d’élévation, et leurs sommets et les montagnes qui les dominent sont couverts de neiges récemment tombées. La tourmente roule celles-ci en tourbillons par-dessus la haute muraille et nous les jette en lourdes averses, Ce doit être un beau spectacle... de

loin. L'hiver sera précoce. En 1853, ces mèmes collines, deux semaines plus tard, n’avaient pas encore revêtu leur blanc manteau.

« Impossible de voir une scène plus magnifiquement terrible que celle qui se déploie autour de nous. — La tempête continue à se ruer sur nous avec la même colère ; les blancs talus du cap Alexandre s’éclairent d’une lueur sinistre et se découpent sur le nuage sombre qui couvre le ciel du Nord; au-dessus des falaises roulent et bondissent des flots immenses de neige amoncelée; les tourbillons l’enlèvent des cimes des rochers et la font tournoyer follement dans les airs; chaque ravin, chaque gorge en verse à l'Océan des torrents épais qui, dans leur chute tumultueuse, ressemblent à l’embrun d’une

LE TOUR DU MONDE

cataracte gigantesque ; çà et là, à travers la changeante

nuée, les rochers noirs profilent un instant leurs arêtes aiguës pour disparaître aussitôt ; le glacier qui descend vers la baie est recouvert d’un éblouissant manteau dont les plis ondoient au souffle de la tempête ; le soleil descend lentement derrière l’horizon ténébreux. Mais c'est la mer surtout qui est étrangement sauvage et d'une sinistre splendeur! Autour du cap, elle ne forme plus qu'une vaste étendue d’écume blanchissante; l’eau, fouettée par l’ouragan, rejaillit en gerbes immenses et retombe avec bruit sur les hauts sommets des icebergs. Mon crayon et ma plume sont également impuissants à décrire et ces masses d’écume, bouillonnant, palpitant sur la mer, au gré de la tourmente, s’abaissant dans l’a-

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Vue du cap Alexandre. — Dessin de Jules Noël d’après le docteur El. Kane (Arctic Explorations).

bime ou se dressant contre le ciel noir, et ces nuages échevelés et terribles qui s’élancent à travers l’espace, sur les ailes de la tempête hurlante. La terre et la mer mugissent sourdement ; l’air retentit de cris horribles, de plaintes désolées comme cette infernale clameur qui, dans le second cercle des damnés, fit pâlir le poëte de Florence, et les nuées de neige et de vapeurs, poussées par les rafales furieuses, montent et descendent et s’entrechoquent avec rage. »

« Balayés par le formidable ouragan, » comme les pâles troupeaux d’ombres que la sentence du juge des enfers précipite dans le noir Tartare, nous ne parvinmes que le 3 septembre seulement à doubler ce terrible

cap Alexandre. Contrairement à l'espérance que j'avais conçue (et sur laquelle reposaient nos plans d’avenir) d’aller hiverner sur la rive occidentale du détroit, je dus me trouver heureux de trouver un ancrage sur le pourtour de la baie d'Hartstène. À peine mon pauvre petit navire, disloqué par les secousses de la tempête et les heurts des glaçons, y était-il en sûreté, que la banquise vint s’appuyer sur l'entrée de notre havre et nous y tint bloqués pour un long hivernage.

Pour extrait et traduction, F. DE LANOYE.

(La suite à la prochaine livraison.)

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Le schooner les Etats-Unis hivernant au port Foulke. — Dessin de Jules Noël d'après M. Hayes.

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