‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 11 sur 110 · I.ONDKES · texte numérisé non relu

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nétaires, comme la Bourse et la Banque. Mais dans ce bourg les magasins et les boutiques manquent d’élégance et de propreté 5 ces deux qualités semblent n’avoir pas encore dépassé la limite qui séparait naguère encore de la Cité proprement dite ce quartier, dont les liabitans continuent à porter des boutons d’acier en rosace, avec des culottes courtes, comme au tems de ce roi Jacques, admirablement dépeint par Walter Scott.

Si l’on traverse la Tamise et que l’on se transporte du côté du King s Bench ou Banc-du-B.oi, dans Southwark, on remarquera cette multitude de débiteurs insolvables que la loi a parqués à l’instar de troupeaux séquestrés du monde jusqu’au moment de leur sentence; pauvres gens déchus de tout espoir et que leur situation même empêche de se libérer envers leurs créanciers. Cette moderne Alsace n’a point dégénéré de l’ancienne dont Waller Scott a fait un si piquant tableau.

Ce qu’on appelle tlie Fields ou les Champs (et tout-à-l’beure nous en avons cité un point, le marché de Smitbfield), c’est un mélange de places et d’allées, ou petites rues, dans lesquelles résident les bouchers, les boxeurs, les escrocs , embaucheurs, receleurs, matelots, déserteurs et autres; c’est, en un mot, une région d’immoralité, de misère et de vices. 11 y a aussi une contrée spéciale dans les Fields de Saint-Georges, pays des

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petits garçons et des petites filles, foyer de la paume, de la balle et de la raquettej asile de galopins, d'apprentis voleurs, couverts de boue, sans souliers, sans chapeau, gibier futur de potence et de déportation; gibier qui se trouve également du côté de Saint-Giles, dont la population voleuse est mêlée avec celle des ouvriers industrieux et honnêtes.

Du reste, les plus grandes et les plus belles rues de Londres sont entrecoupées de petits passages, d’allées étroites, où le soleil ne pénètre jamais et dont les misérables hôtes sont aussi remarqués par leur dénûinent que par la bassesse de leurs habitudes : c’est, dit un recueil anglais (i), le foyer des parias britanniques; hommes, femmes, entassés dans le même taudis, reposent ensemble sur un pavé de briques mal jointes, sans lits, ni chaises, ni feu; obligés d’acheter leurs alimens tout cuits, forcés de mendier pour vivre, et de voler pour suppléer aux lacunes de l’aumône.

Voulez- vous avoir une idée sommaire de l’ensemble de Londres et de ses contrastes, la nuit et le jour? Aux premières lueurs, aux blanchissans rayons d’une belle matinée d’été, montez à cheval et parcourez lés rues. Quel silence !

Not a mouse stirring.

Et l’on n’entend pas même une souris bouger.

(i) Article reproduit par la Revue Brilanniquc.

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L’air est pur, l’atmosphère est libre de ces particules poudreuses et sulfureuses, de ces exhalaisons putrides qui vont la surcharger (i)j tout dort. Vous diriez une ville morte, comme Palmyre ou Carthage, une de ces villes ensevelies sous les laves et les cendres du Vésuve, et toutà-coup, comme Herculanum ou Pompeï, reparaissant aux regards du Soleil. Fait-il grand jour? tout s’éveille, tout se meut, les boutiques s’ouvrent, les laitières sonnent de porte en porter les hiles équivoques afiluent chez le marchand de gin ou d’eau-de-vie j les voitures ébranlent la chaussée, les marchands et les marchandes courent, volent et se croisent; les ouvriers hurlent leurs airs, dont la perpétuelle monotonie vous déchire le tympan, déjà tout assourdi par les cris

(i) On prétend que si l’on suspendait des fils d’amiante dans chaque cheminée, a une distance d’un quart de pouce les uns des autres, et que si l’on faisait dégoutter de l’eau constamment sur ces divers fils, la fumée, en les louchant, se condenserait et serait entraînée par l’eau dans un tube ou réservoir, de manière qu’il n’en échapperait pas un seul atome. Au, moyen de ces conduits, qui distribuent l’eaq a Londres dans l'intérieur des maisons, on pourrait, dans cinq minutes, faire parvenir au haut des cheminées toute celle qui serait nécessaire pendant le cours de la journée. Par ce simple appareil, le ciel de Londres reprendrait, dit-on, un degré de transparence a peu près égal a celui du nord de la France et de la Belgique.

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(les charretiers et vendeurs de ballades. Ce ciel, tout-à-l’heure azuré, se plombe , se dérobe à vos yeux, et un immense dais de vapeurs épaisses s’élève et plane au-dessus de la grande cité, pour l’envelopper entièrement jusqu’au déclin du jour.

La nuit déploie son rideau noir : l’aspect des rues va subir une métamorphose qui tiendra du prodige. En effet , une longue file de réverbères vient les illuminer; les magasins éclairés par le gaz dévoilent à l’étranger surpris leur richesse ou plutôt leur magnificence. De loin à loin, le reflet pourpré, violet et bleu des pharmacies se projeté sur les murailles et sur les dalles des trottoirs, pendant que les bocaux des liquoristes éblouissent par leur transparence. Tel est le panorama qui étonne, captive, enchante le voyageur dont pour la première fois les pas s’essaient dans Londres.

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