‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 12 sur 110 · CLIMAT ET CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LONDRES · texte numérisé non relu

CLIMAT ET CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LONDRES

Le brouillard éternel dont nous venons de parler et les miasmes qui s’exhalent de plusieurs (|uarliers de cette grande ville induiraient à penser que le climat doit en être funeste à ses habitans; il n’en est cependant rien. Quoique humide et variable, il est très sain; la température annuelle et moyenne est de 52° Fahrenheit ou g° Réaumur. On est à Londres exempt de la plupart des ma la-

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clics des grandes cités; on le doit au napllie sulfureux qui s’échappe de la houille et prévient ou arrête la contagion fébrile. D’autres causes de salubrité se trouvent dans le cours d’un fleuve soumis à l’influence des marées , dans les rues larges et les grandes places c|ui y laissent un libie jeu a fair, dans la propreté intérieure des maisons et dans les nombreux canaux qui chacjue matin, par des jets abondans, arrosent et lavent les rues, en môme tems c[ue les maisons, pourvues de moyens analogues de lavage, maintiennent cette propreté admirable, si propice à l’iiygiène domestique. Sans doute leshabitans nesont point aflranchisde cette maladie nommée le spleen, qui semble inherente au caractère britannique; mais ils ne peuvent s’en prendre au climat de Londres; elle tient a leur constitution physique, à leur genre de vie , à leur nourriture carnivore, à leur bière forte et à leurs habitudes morales. Au surplus, la durée moyenne de la vie est plus longue à Londres et dans toute l’Angleterre cju’en France et dans la plupart des états de l’Europe, avantage c[ui parait du aux institutions politicjues, a l’instruction du peuple et a son bien être positif et materiel.

En définitive, Londres, sans être insalubre, n’a point un beau ciel, coinmeParis, par exemple, don t il n’a pas non plus l’aspect gracieux et riant. S’il a des rues plus belles et mieux alignées, elles sont

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moins vivantes; les maisons qui les forment sont basses, avec de petites fenêtres et des toitures dépourvues d’élégance, sur lesquelles plane une atmosphère triste et lourde. Londres, avec son aspect monacal, ne compte point de palais qui puissent rivaliser la Bourse et le Louvre ; il n’a point nos boulevards, cette ceinture verdoyante que lady Morgan comparaît a la ceinture de Ténus; s’il a de grands parcs ou jardins pour ses promeneurs, Paris a ses Champs Élysées, ses Tuileries, son Luxembourg et son Jardin-des-Plantes; si ^Londres a la Tamise pour rivière (i), la Seine suffît au commerce de Paris, ville d’ailleurs plus littéraire que marchande, et où les ressources pour les sciences, les lettres et les arts, sont plus nombreuses et de bien meilleur goût en bibliothèques, musées, cabinets d’histoire naturelle, collèges ou cours de langues, établissemçns dont l’entrée est gratuite, ce qui à Londres se paie fort cher.

Si l’on voulait rapprocher les traits saillans de ces deux capitales , on dirait de Londres qu’il a pour lui son immensité géométrique, son énorme

(i) La Tamise, à marée basse, a 12 pieds de profondeur et 1,000 pieds de largeur. Sa profondeur a marée haute est double, et le flux et reflux de la mer se fait sentir jusqu’à 5 lieues au-dessus de Londres. La Seine a 600 pieds de largeur moyenne et 10 pieds de profondeur, à Paris.

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population , sa suprématie politique , sa richesse colossale, sa force industrielle, tandis que la métropole française a ses boulevards , ses palais , son opéra, ses établissemens publics, son amour des arts et la puissance intellectuelle ou morale de sa population qui, bien que moitié moindre que celle de Londres, n’exerce pas moins de prépondérance dans les destinées politiques du monde.

Si la comparaison devait s’étendre à d’autres villes, on laisserait à Rome ses souvenirs et ses ruines antiques; à Florence sa beauté idéale et ses admirables galeries de peinture; à Naples son beau soleil et son riche paysage, avec la Méditerranée pour miroir et des villes pour ceinture; à Pétersbourg sa physionomie semi-orientale et septentrionale; à Tienne son Schoenbrunn et ses rians faubourgs; à Edimbourg sa couronne de montagnes et ses vieux noms calédoniens; à Philadelphie ses îles bordées de verdure et de beaux arbres; à Gênes ses magnifiques palais; à Tenise ses lagunes; à Constantinople son ciel et ses mosquées; mais Londres resterait la souveraine des intérêts ou la bourse du monde, comme Lulèce resterait toujours la métropole des plaisirs, des lumières et du goût. Enfin, Londres, par ses grillages en fer devant ses maisons, par ses palissades et ses autres moyens de défense, et qui trahissent le désir d’une possession individuelle et exclusive; par le char-r

latanisme de ses aÜlclies et la barbarie grotesque de ses enseignes, révélerait un peuple mécanique, machinal, égoïste et adonné pardessus tout au lucre; tandis que Paris montrerait une sociabilité facile, un esprit de communauté qui l’emporte sur les intérêts individuels, un peuple communicatif, aimant à se réunir, non pour s’enivrer mais pour danser : on dirait en un mot, que le Londonien ou le Cockney, comme on l’appelle, exerce le plus son estomac, le Parisien, son esprit et ses jambes; que le Londonien. est buveur, taciturne et lourd, et le Parisien sobre, expansif, babillard et léger.

Au surplus, le moment n’est pas encore venu d’achever ce parallèle; il faut que. préalablement les détails aient passé sous nos yeux; les conséquences alors seront plus faciles à déduire. Nous n’avons eu le dessein que de présenter un avantgoût et une idée sommaire des rapprochemens ou disparates qui peuvent exister entre les deux capitales; alin de compléter ce coup-d œil général, nous ajouterons pour Londres quelques mots historiques.

historique sur LONDRES.

Londres paraît redevable de sa fondation aux Bretons descendans des Goths, venus de la Scandinavie; c’était déjà une ancienne ville sous les

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Romains, qui, au tems de Jules- César , la nommaient Londinium ovxColoniaAugusta; elle servait de résidence au général romain pour la Bietagne sous les empereurs. Elle ne fut entourée de murailles qu’après le massacre de ses habitans par les troupes de la reine Boadicée, et ces murailles, qui existaient encore sous le règne d’Elizabeth, disparurent peu à peu, à mesure que la ville acquit de l’extension. En 610, on jeta les fondemens de 1 église de Saint-Paul et de l’abbaye de Westminster. En 793, un terrible incendie la dévora presque en entier. Quelques années après, relevée de ce désastre , elle est assiégée par les Danois , que parvient à repousser en 872 le génie d’Alfred, auquel on attribue le plan de la constitution municipale de Londres. En 1066, après la bataille d’Hastings , Guillaume-le-Conquerant , duc de Normandie, est couronne roi d’Angleterre à l’abbaye de Westminster, en présence des magistrats de la Cité, auxquels ensuite il octroya une charte préservatrice de leurs droits qui, plus tard, lui portant ombrage, donnèrent lieu de sa part, en 1088, à la réparation de la tour de Londres. Les successeurs de ce prince firent néanmoins de nouvelles concessions, et le gouvernement civil de la Cité fut dès-lors , comme il l’est aujourd’hui , exercé à l’exclusion de la cour par un premier magistrat, sous le titre de mayor ou maire, mot

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tiré (Ili langage normand, et sous Édouard 1", qui lit ajouter le titre de lord à celui de maire. La ville fut divisée en quartiers qui eurent chacun leur magistrat spécial, sorte d’adjoint du maire, appelé aldermajif mot pris de l’ancien nom saxon et qui veut dire homme âgé. En 1212, Jean-sans- Terre, pendant ses démêlés avec le pape Innocent III, qui l’avait excommunié, fut obligé de rendre aux habitans de Londres, unis contre lui avec les barons, les privilèges qu’il leur avait ôtés, et il signa la grande charte où ces privilèges furent de nouveau stipulés.

INous avons passé sous silence les nombreux incendies, les tremblemens de terre et les famines ou pestes qui, durant plusieurs siècles, désolèrent la Cité de Londres; suivons de préférence les progrès de sa civilisation.

En i5o9, sous Henri y III, la réforme religieuse commence en Angleterre; les citoyens de Londres, refusent à ce prince un impôt que le Parlement n’avait pas voté. En 16645 un cocher hollandais transporte à Londres l’usage des fiacres. Quelques années ensuite , une banque, une bourse et une loterie sont en vigueur. La réforme religieuse est aussi proclamée par Elizabeth, qui fait pour la première fois célébrer le service divin en langue anglaise à l’église de Saint-Paul. Eu 1600, est fondée la Compagnie des Indes orientales, et en 1662 ,

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s’ouvre le premier café clans la Cité, quinze années avant le plus terrible incendie c|ui ait jamais éclaté dans Londres, dont 3o,2oo maisons et 89 églises disparurnet dans les flammes* Le Parlement, formé d’abord de tous les barons réunis en une seule assemblée, mais ensuite divisés en grands et petits barons, qui depuis composèrent, les premiers, la Chambre des lords, et les seconds, celle des communes, s’étail: affermi par l’obtention de la grande charte en 1212, Il conserva plus ou moins ses prérogatives, excepté sous Cromwell et sous Charles II, excepté aussi lorsqu’il eut la faiblesse de voter en 1716 l’acte septennal, contre lequel aujourd’hui s’élèvent en Angleterre de si nombreuses et si vives réclamations, soutenues au Parlement par divers membres infliiens de l’opposition.

Terminons ce chapitre ou coup-d’oeil général par un dernier trait caractéristique du panorama de Londres.

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