HOTEL DE LX COMPAGNIE DES INDES ORIENTALES
Ce bel édifice appelé East-India-House ou Idotel de la Compagnie des Indes orientales, société composée de marchands qui sont les véritables rois de l’Inde, a une façade en pierres d’environ 200 pieds de longueur et consistant en deux ailes et un portique soutenu par six colonnes cannelées. Le front représente plusieurs figures allégoriques. Ij’intérieur est bien distribué. On y distingue entre autres : la gronde salle de justice ou gréai
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court room, où se voit un superbe bas-relief en marbre blanc, qui représente l’Angleterre assise sur un globe 5 la Tamise, sous la forme d’un dieu marin, et trois figures emblématiques de l’Inde avec leurs diverses productions- 30 les deux salles de vente oii se trouvent les statues de lord Clive et de l’amiral Procockej 3° la salle du comité de correspondance embellie de paysages de l’Inde 5 4° la bibliothèque et surtout le musée, lequel mérite un moment d’attention.
Il réunit une grande quantité d’objets d’art et de science^ c’est une riche collection d’antiquités oiienlales et de curiosités de l’Inde et autres contrées de l’Asie. J’y ai remarqué deux grands lustres chinoisj trois épées et autres armes des Bat tas de Sumatra, une bride de chef turcoman, deux poiliaits Oiferts par le shali de Perse, une grande lanterne chinoise, les principales divinités indoues, un instrument de musique de Tlpo-Suïb, liguiant une femme devoree par un tigre, tous deux composant un orgue dont le son part de la bouche de la femme, tandis que les tuyaux sont dans le corps de l’animal. J’ai vu aussi le plan en relief d’une ville chinoise, quatre tableaux chinois, représentant les quatre saisons; a côté de ces tableaux des lances mahrattes, de i5 pieds de long, un étendard népaul, tous ceux de Tipo- ^aib, enlevés a la prise de Seringapatam ; un mo-
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dèle de vaisseau malais, une tête de tigre en or, avec des yeux et des dents de cristal, laquelle servait de tabouret royal à Tipo; un aérolitlie du poids de 25 livres, tombé près de Delhi. Enfin, dans la bibliothèque se voient le registre des songes de Tipo-Saïb, avec une interprétation écrite de sa main; un manuscrit siamois, rapporté par le voyageur Fyniaison, et un manuscrit birman en idiome pâli.
Mais ces Curiosités scientifiques s’effacent vite de l’esprit de l’étranger, lequel se reporte immédiatement vers le tableau de la puissance colossale de cette compagnie d’obscurs négocians donnant des lois à un tiers de l’Asie, et disposant, comme je le disais tout-à-l’heure, des destinées de plus de 120 millions d’individus, d’un produit de plus de 5i'j milliards de francs, et d’une armée de 280,000 hommes, dont seulement 3o,ooo européens fournis par le gouvernement britannique, tout le surplus se composant de Cipaies ou indigènes mercenaires.
La compagnie des Indes orientales fut instituée sous le règne d’Elizabeth, et obtint le privilège exclusif du commerce avec les pays situés au-delà du cap de Bonne-Espérance. Elle commença par demander aux princes de ces contrées la permission de trafiquer dans leurs états et d’y établir des comptoirs; mais bientôt, sous pretexte
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de défendre ses établissemens, elle fit la guerre, et depuis elle a étendu ses conquêtes de la presqu’île de Malacca au golfe Persique, et de l’embouchure du Gange à sa source, dans les monts Hymalaya. Une population de 128 millions d’âmes répartie sur un territoire dont la superficie est d’environ 55,700,000 carrés géographiques, a donc ainsi pour maîtres quelques marchands de Londres.
La compagnie a confié la gestion de ses affaires à trente directeurs, qui doivent posséder au moins chacun pour 2,000 livres sterling d’actions. Un bureau de contrôle surveille les opérations des directeurs, qui sont censés administrer gratuitement, mais qui nomment à tous les emplois dépendant de la compagnie, et dont le revenu excède 5oo,ooo livres sterling. A Calcutta, un gouverneur-général nommé par le roi d’Angleterre est investi de tous les pouvoirs, judiciaire, administratif et militaire, sans limites; 3o,ooo soldats anglais, secondés par 200,000 Cipaies sont les forces dont il peut disposer, et que nous venons déjà de citer; 200,000 agens européens perçoivent les impôts et dirigent les opérations commerciales pour le compte de la Compagnie. Des magistrats anglais, largement rétribués, rendent en son nom la justice dans des tribunaux de différens ordres. Les revenus de'passent
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23.000. 000 de livres sterling, ou 5'ÿ5, 000,000 de francs, et sont presque toujours absorbés par les charges; il y a même un déficit de plus de
4.000. 000 de livres sterling, malgré les impôts excessifs qui pèsent sur les malheureux indigènes, lesquels , en impôt territorial , paient plus de
12.000. 000 sterling, ou 3oo,ooo,ooo de francs. Il y a un monopole pour le sel et pour l’opium, et un droit de circulation pour les marchandises qui passent d’une province à l’autre. Depuis 181 3 seulement, les simples négocians anglais ont entrée dans les ports de l’Inde; mais leurs spéculations sont entravées par des restrictions gênantes; d’ailleurs aucun Anglais ne peut voyager dans l’intérieur de l’Inde sans la permission expresse du gouverm ur-géuéral, et la compagnie a conserve le privilège exclusif du commerce avec la Chine^ la Cochinchine, Bornéo, Sumatra, Java, les Philippines et les Moluques. C’est à la faveur de ce privilège qu’elle livre par année à la mère-patrie pour 3o, 000, 000 de livres sterling de thé. Le privilège de la compagnie qui expirait en i833, a été renouvelé. Sans les profits qu’elle en retire, elle ne pourrait soutenir les dépenses qu’entraînent l’administration et la défense de ses possession dans l’Inde.
Mais laissons les gros marchands ou nababs britanniques s’engraisser des sueurs de l’indolent,
LOiN DU tS.
inoffensif et malheureux Indou- et quoique la transition semble brusque, passant d’une association despotique et oppressive à une corporation libre et tutélaire, allons dans Je voisinage encore de l’hôtel des Indes, visiter l’hôtel de la Cité de Londres, voisinage assez singulier, contraste assez piquant aux yeux du philosophe, qui retrouve presque à côté l’un de l’autre deux foyers opposés, d’où émanent des décisions qui, dans l’un, pr escrivent des mesures d’esclavage contre des nations placées à des milliers de lieues de la métropole, et dans l’autre, ont sans cesse pour objet la garantie des libertés publiques et individuelles.