‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 51 sur 110 · RUES · texte numérisé non relu

RUES

Déjà, clans notre premier chapitre , le coupcl’oeil général que nous avons olFert de la Métropole britannique, a nécessité la mention de plusieurs de ses rues, afin de placer des jalons propres à distinguer les principaux quartiers^ notre objet actuel est de citer celles qui contribuent a les orner.

Sous ce rapport doit figurer ici en première ligne Regent- Street ou la Rue du Régent. Elle peut avoir une demi-lieue de longueur et quarante a cinquante pieds de largeur, avec des trottoirs dallés d’environ quinze pieds. La partie orientale, cjui touche à Piccadilly, a des arcades et forme une espèce de demi-cercle ou arc double, garni de colonnes en fer creux j cette forme lui a valu le nom de Quadrant. La partie nord-ouest aboutit à l’avenue dite Portland-Placef rue de cent-vingtcinq pieds de largeur, la plus considérable de Londres, et bordée d’édifices magnifiques pour s’unir au Square de Regenl’s-Park. La rue du Régent traverse Oxford- Street , qui est, ainsi que nous l’avons dit, la plus grande de toutes les rues de Lo tld res, en môme tems qu’elle est la plus droite. Piccadilly qui lui est parallèle, et qui se termine entre Green-Park et Hyde-Park, est le rendezvous des grandes messageries du ro^ aume, comme

LOÎS DR lis.

(lo Leaiicoup île voilures juibüijues pour les eii\ l' rous de Loiidresj celle rue est d’ailleurs voisine de Cliaring- Cross, lieu de réunion plus vaste du même genre, dans la Métropole. Fall-lVLall est une rue de palais, qui s’étend de Charing-Cross à Green-Park; et au-delà de Charing-Cross vient le Strand, rue essentiellement marchande, qui vient Unir à Temple- Bar, limite occidentale de la Cité.

On distingue encore Tdondstî'eet, quartier des élégans de Londres; TT^hiteh&Lly rue où se trouvent plusieurs ministères, comme l’Amirauté, la Trésorerie; Tottenham-Court-Iload, qui commence à la pointe d’Oxford et finit à New-Road, belle rue également, vers le nord-ouest; Tf^aterloo Road, dans Southwark, à partir du pont de Waterloo, car à Londies on a mis du YValeiloo partout. En un mot s’il fallait présenter une revue des belles rues de Londres, il y en aurait peu à omettre dans le quartier de l’ouest, autrement dit la Cité de W estminster. Il y a aussi de belles rues dans ce qu’on nomme la Cité; mais, en général, elles sont étroites et sales. Dans Southwark on cite J'f' estminster -Roady puis Rorough-Road et London- Road, comme étant de même des rues assez remarquables.

Les unes et les autres ont le meme caractère et la même uniformité; grilles devant les maisons, jéverbères suspendus à des poteiiux, trottoirs eu

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larges dalles, le milieu ou la cliaiissée en menus cailloux bien broyés et formant un ciment trèsdurj ce qui s’appelle les macadamiser, parce que l’ingénieur Mac-Adam a imaginé ce moyen d’entretenir les routes en Angleterre.

Une revue anglaise fait la remarque fort singulière que presque tous les grands génies de Londres y sont nés ou ont vécu dans de chétives rues. Sbakespeai e habitait le Borough à l’est de la Cité, d’où il venait, dans les premiers tems de son séjour, garder devant une salle de spectacle, les chevaux des personnes qui n’avaient point de domestiques. Le même quartier fut occupé par Fletcher, Gower et Cliaucer, poètes à peu près contemporains, le dernier surnommé le Père de la poésie anglaise, lequel naquit a Londres, en i328, sous Edouard III. Dans Easl-Sinîth-Fields, naquit et vécut au XYP siècle. Spencer, l’Arioslede l’Angleterre, par son fameux poème de la Reine des Fées. Pi ès de Lorabard-strcet habita le célèbre Pope, né dans la mémorable année de la révolution de J 688, et qui, par la pureté, l’éclat et la variété de ses talens, a mérité le surnom de Voltaire britannique. Dans Cornhill, vécut au même tems que Pope le sensible John Oay, lequel, après avoir servi en qualité d’apprenti chez un marchand de soie, publia scs Fables, et obtint à sa mort les honneurs d’un tombeau à l’abbaye de

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Westminster. Dans Jiond-street et Cheapsitle, résida le républicain Milton, secrétaire de Crornwel, et que son Faradis perdu a fait, à si juste titre, surnommer l’Homère anglais. Dans une mauvaise petite rue, près de Cliaring- Cross, demeurait et mourut infirme et malheureux, ou pour mieux dire de faim, le célèbre poète comique, Ben Johnson, auquel Charles 1®^ avait, en sa parcimonie, osé envoyer lo livres sterling, que le barde, à deux doigts de sa tombe, refusa en disant : c( Répondez au roi, qui me fait remettre si peu de chose, parce que j’habite une allée obscure, que son arne habite une allée plus obscure encore. » Dans une ruelle, au coin de Holburn, mourut également de misère le poète Chatterton, le Gilbert anglais, dont W^ordsworth, le chantre des lacs, a dit :

The Sleepless boy, who peiished in his pride (i).

Dans Gray’s Inn, vécut Horace Walpole, le premier ministre anglais qui ait mis pour ainsi dire publiquement en pratiipie la corruption au sein du Parlement : triste célébrité (ju’un l’Hospital n’eût certes pas enviée. Près de Holborn,

(i) Ce jeune homme, toujours privé du sommeil, et qui mourut dans son orgueil.

fut quelque teins clerc d’avoué, le jovial Cowper, auteur de poésies gracieuses et légères, notamment de la comique ballade de John Gilpin. Fleetstreet vit naître, en 1618, Cowley, poète lyrique^ et posséda Sack ville, précurseur de Spencer. Là fut aussi la demeure du romancier Richardson. Le docteur Johnson, fameux critique, le La Harpe anglais, habitait la petite rue dite Bolt-Court, près du Temple. Congrève, le satyrique, avait son domicile à Surry - Street, dans le Strand. Une allée obscure, attenante à la rue de Covent- Garden, logea Voltaire, à l’enseigne de la Blanche- Perruque. Une taverne, au coin de Bow- Street, servait de théâtre aux allocutions de Dryden, qui vécut et mourut dans Gerard-street, où peut-être il avait composé sa Fête (F Alexandre, la plus belle ode qui existe en anglais (1). Le mordant Butler écrivit peut-être son poème Hudibras en son taudis de Rose-street, près Covent-Garden, où vécut également Peter Pindar, le Ivrique. Dans Leicester-Square, naquit Newton, et certes, la rue où commence sa maison est bien étroite et bien mesquine. Spencer mourut dans

(1) J’en ai donné une U’aduction en vers a la suite de celle du poème des Plaisirs de P Espérance; i vol. m-i8, que j’ai publié en 1824, poème dont une nouvelle édition a paru l’année suivante, en même tems que les Plaisirs de la Mémoire.

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