ASPECT DE LONDRES
Londres se révèle d’abord par de larges avenues garnies de trottoirs et bordées de commodes habitations composant les villages qui s’y agglomèrent successivement et en reculent chaque jour les limites ; il se révèle ensuite par un immense dôme de fume^e qui plane éternellement sur les toits en briques, d’un rouge sombre, de ses maisons basses et à petites fenêtres, déjà au nombi'e de près de 200,000; puis encore par les clochers d’innombrables églises, dont la plus grande, celle de Saint- Paul, est elle- même dérobée par ce vaste brouillard ou amas fumant qui presque toute l’année intercepte les rayons du soleil. Plus on avance, plus le spectacle devient animé, imposant, gigantesque. Ce n’est pas, toutefois, que la vue de ces bàtimens, composés de deux et au plus trois étages, noircis parla fumée de charbon et d’une construction triste et uniforme, attire votre attention; elle en serait bien vite rassasiée; mais vos yeux sont charmés par l’élégance de ces grillages en fer qui garantissent les quatre marches de la porte extérieure et les fenêtres du rez-de-chaussée de chaque
LONDRES
iTiaisoii et longent les trottoirs en dalles, trottoirs de deux, mètres de large , au bord desquels, de cinq en cinq mètres, s’élèvent sur des pivots en fer d’un mètre et demi de liauteur, les réverbères, dont le gaz éclaire les rues pendant la nuit et y jette une lumière presque aussi vive que celle du jour. Yous jouissez de cette admirable propreté et de ce luxe général qui distinguent l’extérieur comme l’intérieur des habitations 5 vous aimez cette activité prodigieuse des piétons s’avançant en deux flots croisés , celui de droite qui occupe le côté des maisons, et celui de gauche qui suit le bord du trottoir et de la rue où les voitures se croisent elles-mêmes en s’évitant avec la même vélocité, la même adresse qu’autrefois les chars des jeux olympiques. Vous ne remarquez, il est vrai, nulle gaîté sur le front des passons j ils semblent tous absorbés dans leurs idées de négoce j ils ne causent point, ou du moins causent peu, et marchent comme un seul homme qui cheminerait dans un désert. Il n’est pas jusqu’au porteur d’affiches qui, la planche derrière le dos ou pour mieux dire sur les épaules, ne garde le même silence, interrompu seulement par les exclamations burlesques de quelques charlatans toujours à l’afl'ut de l’instant favorable pour détourner ou tromper la vigilance du piéton provincial et lui voler son mouchoir ou sa bourse. De loin à loin
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quelques beaux ccliüces vous apparaissent comme afin de rompre le monotone aspect de ces avenues de vingt à trente mètres de large et de plusieurs lieues de longueur qui portent le nom de rueSy au nombre d’environ 12,000, et dont par intervalles les deux rangs parallèles de maisons se reculent et dessinent environ 70 places appelées squaresy à cause de leur forme assez ordinairement carrée j en passant de la rive droite à la rive gauche de la Tamise , pour arriver au centre de la capitale, une forêt de mats qui vous dérobent le fleuve depuis les grands bassins ou docks jusqu’au premier pont de Londres, en remontant le cours de l’eau, vous donne enfin une juste idée de cette incomparable métropole dont nous allons tracer la description.