‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 62 sur 110 · I.ONDRES · texte numérisé non relu

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criarde et plaintive, sa modeste harangue, tandis (|ue M. Hume décoche une bévue, queM. HobhoLise ou M. O’conel lancent une philippiqne virulente, et que l’avocat général y répond. Déjà les membres fatigués vont se distraire dans les salons voisins ou dans le dortoir nommé galerie latérale, spectacle assez édifiant après celui du sommeil sur les bancs législatifs. Toutefois, on revient pour entendre ou l’habile Huskisson, déroulant ses vastes plans de finance et de commerce, ou le doucereux Wilberforce, haranguant pour les noirs et les classes ouvrières (i). Enfin, l’Achille parlementaire, M. Brougham, se présente au combat et fait oublier tout le reste.

Il commence, tout le monde est muet, au point que vous pourriez ouïr une mouche traverser la salle. Ses premières phrases sont sans apprêt, sa voix est tremblottante, et il paraît balancer sur le chemin qu’il suivra; mais ce n’est qu’une feinte, il sait très-bien où il veut en venir; et ce secret, qu’il possède tout seul, ajoute à l'intérêt que sa présence inspire. A mesure qu’il parle, le nuage se dissipe; sa voix, humble d’abord, grandit et peu à peu devient retentissante; sa prononciation est

(i) M. Wilberforce est mort depuis que ces lignes ont été tracées.

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nette et ponctuée; sa chaleur apparaît et se môle à sa dialectique; l’émotion croit, l’athlète se montre à nu; le génie brille et devient sublime. Vous admirez ses déductions philosophiques et serrées, vous le suivez dans sa marche imposante et rapide, dans ses argumens presque irrélorquables et dans ses citations grecques et latines. Il s’est emparé de l’assemblée entière, il la tient sous le joug de sa logique pressante; il a cerné la place avant de la battre en brèche; alors il aborde les faits, et sesaccens ressemblent aux éclats du tonnerre. Les liearl liearl l’interrompent dans son élan victorieux, et il termine par un coup de foudre en écrasant ses adversaires du poids de son irrésistible et sauvage éloquence. Jamais, peut-être, l’activité de l’intelligence ne fut portée plus loin, comme aussi nul n’a poussé plus loin la terreur du sarcasme et de la logique; au barreau même, il ne pouvait se modérer. 1! s’est élevé, par son travail, au premier rang des orateurs modernes, et de i83o à i834 il «a siégé comme chancelier à la chambre haute, dont, à ce titre, il était de droit ou par habitude, président. Brougham n’est pas beau de figure; mais il paraît le devenir dans ses entrnînemens démosthéniques. INotre Dupin, comme avocat d’abord, et puis comme piésident delà chambre des Députés, a plus d’un trait de ressemblance avec le chancelier actuel de la Grande-Bretagne, et tous deux ont

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droit de prétendre au double mérite de Tuniversalité et de la profondeur.

Après que les orateurs de première ligne ont ainsi échangé leur mitraille, comme deux armées dont le centre et la réserve ont également donné pour amener la victoire, la chambre songe à la retraite : les guerriers parlementaires les plus opiniâtres sur leurs bancs, commencent à lâcher piedj les membres qui marchent sous leurs bannières les suivent comme des moutons suivent le porteliouletlcj les galeries se vident, et les sièges sont déserts. On n’entend plus que le bruit des voitures entraînant les législateurs loin du temple où reposent confondus les rois et les poètes anglais.

En revenant de cette assemblée, une réflexion s’oifre naturellement à la pensée : les orateurs nous ont prouvé qu’ils possédaient pardessus tout la connaissance des choses et des hommes; ils rejettent les vaines théories et les mouvemens d’élo-^ quence qui ne naissent pas du sujet; ils marchent droit au but, et quoique souvent prolixes, leurs discours sont toujours pleins de substance et de faits. Voyons s’il en sera de même à la chambre des Pt4irs.

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