CHAMBRE DES PAIRS
La chambre des Pairs ou des Lords , dans la constitution anglaise, occupe une place imnuia-
ble. Ce corps politique agit d’une manière lentc^ mais uniforme et invariable, qui en impose, el dont la lourde masse garantit la duréej les membres qui en font partie n’y sont, en général, arrivés que tardj ils ont débuté, pour la plupart, dans leur carrière législative, à la chambre des Communes, où ils ont en quelque sorte jeté et laissé le feu de leur jeunesse, pour venir d’un air grave et peutêtre un peu trop froid, s’asseoir aux invalides du Parlement. Yoilà pourquoi la chambre haute con-traie les mesures délibérées par la chambre basse^ et tempère la violence quelquefois assez grande des résolutions de celle-ci.
Les élémens de la chambre haute pourraient faire croire qu’elle est le soutient irrévocable des privilèges de la Couronne ou de l’aristocratie, comme les Communes le sont des droits du peuple. C’est de la Couronne que les pairs tiennent leur litre et leur inüuence, soit par hérédité, s’ils sont laïcs, soit pour la vie, s’ils sont évêques. Le peuple qui nomme ou est censé nommer ses représentans, n’inlervienl d’aucune façon à l’érection des pairs, et il lui serait dès lors permis de penser qu’elle ne le servira point : cependant, le contraire a lieu.
Et d’abord, ce fut aux premiers pairs ou barons qu’il dut son émancipation sous Jean-sans Terre; c’est à leur énergie qu’on doit atlribuer principalement la l'évolution de 1688; el aujourd’hui l’op-
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position (le la Cliainbre des lords est peut-être aussi nombreuse, aussi énergique dans son calme que celle de l’autre Chambre, plus spécialement destinée à défendre les intérêts populaires. Une autre observation à faire et qui se lie à ce que nous avons déjà dit, c’est que dans la chambre des Communes la forme et le ton des débats ressemblent un peu aux usages du barreau, tandis que dans la Chambre haute ce mode et ce ton se rapprochent beaucoup de la gravité des magistrats judiciaires. Tout est activité, promptitude, véhémence chez les premiers^ tout est repos, lenteur, dignité froide chez les seconds : les uns parlent avec une volubilité qui tient presque de l’enthousiasme; les autres, avec une sagesse qui tient de la pesanteur d’un ancien doge; ils n’amusent guère, mais ne choquent pas; car ils observent strictement les règles de la décence et de l’urbanité; en un mot, ils endorment leurs auditeurs avec une grâce et une convenance parfaites.
Outre son privilège de faire et de défaire les lois, privilège qu’elle partage avec la chambre basse et la Couronne, la chambre haute constitue la suprême judicature de l’Angleterre, et forme une sorte de cour soumise aux seules inspirations de sa conscience et de son honneur. Elle juge, comme nous l’avons dit, les alfaires de haute trahison et casse en dernier ressort les sentences des autres
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tribunaux. C’est notre cour de Cassaticn pour les affaires ordinaires, et aussi notre cour des Pairs pour les crimes politiques commis par ses propres membres.
Entrons dans la gothique enceinte où les législateurs héréditaires se réunissent. Nous sommes d’abord éblouis par l’éclat du trônequesupportent des colonnes d’un ordre corinthien etqu’entourent desdraperiesélégantes, lesquelles ne font que mieux apercevoir la nudité du reste de la salle. Une vieille tapisserie grisâtre la décore et montre à vos regards l’invincible que la flotte d’Elizabeth mit
en déroute et dépouilla bientôtdesa fastueuse épithète (1). A droite du trône est un siège pour l’héritier présomptifj à la gauche un autre siège pour l’héritier immédiat de ce dernier. Plus bas s’asseyent les pairs ecclésiastiques jouissant du privilège du fauteuil à dos. Plus bas encore, les membres de l’Administration, puis les pairs qui soutiennent le ministère, et enfin, sur une natte de joncs, se placent les fils des pairs et les élus de l’autre chambre.
De l’au tre cô t é se voient les ba n es de l’opposi t ion ;
(i) On se rappelle que les vaisseaux de l’armada espagnole étaient chargés de chaînes et d’instrumens de tortures pour convertir les hérétiques anglais qu’on espérait conduire en Espagne. L’épée du commandant en chef avait été bénie par le Saint-Père.
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au centre, les tables des secrétaires de la Chambre, puis la balle de laine recouverte d’un drap rouge, sur laquelle s’assied le chancelier d’Angleterre, président de la Chambre; car ici rien, si ce n’est les fauteuils à dos des lords spirituels, ne soutient les bras ou les épaules des nobles lords, de manière qu’ils sont obligés, comme le disait le malin Shéridan, à un éternel exercice de droiture. Pour le public, il assiste debout aux séances.
Observons maintenant les physionomies, et esquissons rapidement quelques-uns de ces graves caractères britanniques.
J’aperçois d’abord lord Holland, les jambes croisées, le menton appuyé sur une canne et fredonnant un air; lord Grey serrant les lèvres, et, danssa dignité hautaine, souffrant sans mot dire; le duc de Wellington dandinant sa hauteur et sa nullité parlementaire; lord Lauderdale, renégat politique, dont le nom de famille est Maitland, grimaçant de dépit; lord Kennyon affectant le dédain; lordGoderich, autremen t dit Robinson-Prospérité, parce q ue ce mot revenait souvent dans ses discours, se tenant dans l’attitude de la méditation; les autres membres laissent tomber sur leur poitrine une tête appesantie ou un menton qui n’offre point de tn'plc étage, mais les couleurs avinées d’un loiuï ropas, ou le froîit les rides du tems. Lord Grey vn prendre la parole; écoutons-Ie.
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Il annonce un esprit ctenclu, vigoureux et pro* fondj modelé sur l’éloquence de Pitt, dont il fut un des plus ardens antagonistes, il en a les manières et la tenue parlementaire. Seul de tous les hommes politiques actuels, qui n’ait pas dévié un instant, il conserve cette fière majesté du discours, cet air de défi et de dédain, ou de repos et d’assurance qui conviennent assez bien à l’aibitre des destinées d’un grand empire. Sa moralité est grave, sa bonne foi séduit en s’accordant avec sa figure calme, sa physionomie d’honnéte homme, son sang - froid et sa solennité extérieure. C’est à lui que la réforme a dû son triomphe; c’est bien l’homme inflexible d’Horace; son caractère et sa doctrine sont demeurés inébranlables.
Autant lord Grey sembledédaigneux et réservé, autant lord Holland est ouvert, cordial et prévenant; il ne parlera point de son titre héi éditaire, il en va rire avec le premier venu en lui tendant la main; toujours simple et sans prétention, il colore son opinion au Parlement d’une manière vive et naïve à la fois; il passe avec aisance d’un ton à l’autre, de la saillie à l’éloquence, émeut, touche et amuse en même teins; il brille surtout par la largeur et la force des développemens, par l’éclat des images et la rapidité du trait. H y a chez lord Holland quelque chose de l’éloquence de son oncle Fox; mais il n’en est qu’une image affaiblie; et