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chefs-d’œuvre sont sortis de ce douloureux asile. C’est dans ce lieu surtout que parfois le geôlier s’amuse à mettre au secret les turbulens ou les personnes qui introduisent de l’eau-de-vie dans la prison, en cachette, enlevant ainsi un bencQcc à ce môme geôlier. Un exemple de cruauté de ce genre est rapporté dans une revue anglaise de i8S4, The MétropoUtany exemple raconté ainsi par un des détenus, et reproduit dans la R.evue hritcirbnique :
« Un jeune homme qui avait, pendant quelijuc
teins, fuit avec succès lecommercedes draps, s’était
vu enveloppé dans la banqueroute de plusieurs maisons de banque sur lesquelles il comptait. Sa femme, qui lui était fort attachée, venait le voir tous les jours. Le premier objet qui avait frappé ses yeux dans la première cour de la prison, c’était une vaste pancarte contenant le règlement du lieu, détaillé avec beaucoup d’exactitude et imprimé en lettres rouges majuscules : entre autres clauses menaçantes, ce règlement portait (jue toute personne venant de l’extérieur serait fouillée, et que si l’on trouvait sur elle de l’eau-de-vie, elle serait mise au secret pendant un mois la première fois, pendant deux mois si elle récidivait, et pendant trois mois si elle récidivait le même délit. Le seciet, en Angleterre, est une punition affreus83 on jette le prisonnier dans un caveau, où il n’a pour
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nourriture et pour breuvage que de l’eau et du pain; il est défendu de lui donner un lit.
Malgré ces terribles injonctions, la femme du marchand de draps, qui était enceinleel très avancée dans sa grossesse, cacha sous son tablier une bouteille d’eau-de-vie. La recherche eut lieu et la fraude fut découverte : le geôlier, maître d’exécuter lui-même la loi dont il est le gardien, n’adoucitjamais la rigueur de ces règlemens favorables à son commerce et qui forcent les prisonniers à lui demander les alimens et les liqueurs dont ils ont besoin. La jeune femme venait d’être saisie par un alguazil de la justice inférieure, lorsque l’on avertit son mari de ce qui venait d’arriver. Jamais on n’avait vu de douleur plus violente; il poussa un cri dé rage, s’élança, renversa deux porte-clefs, et, se frayant un passage par la force, il parvint enfin jusqu’aTextrémitédu parloir, dont ilébranla la grille, en poussant de longs hurlemens; de l’autre côté delà grille était sa femme éperdue, entre les mainsdeces hommes sans entrailles, qui, pour la moitié d’un schelling, vous arracherait la vie, et qui cherchaient à l’en traîner. Le mari, reconnaissant son impuissance, laissa tomber ses braset pleura comme un enfant. On emmena sa femme ; alors le malheureux, accablé de son émotion, tomba sur un banc et resta immobile, l oeil fixe, la physionomie contractée. Les prisonniers qui
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l’avaient suivi furent si émus, et leur compassion suscita, en quelques minutes, à travers toute la population de la prison où l’on se trouvait, un mouvement si rapidement électrique, que tout le monde se réunit dans la grande cour, et que, séance tenante, on rédigea une pétition dictée par un des escrocs les plus fieffés de la compagnie ; elle était pleine d’éloquence et d’énergie pathétique. Elle priait le geôlier en chef de la prison de se relâcher une seule fois de la sévérité que la loi l’autorisait a exercer, l’assurant de la reconnaissance de tous les prisonniers dont les signatures nombreuses étaient jointes a la suppli“ que. Une députation présenta la pétition au geôlier, qui, non sans beaucoup de peine, fit grâce a la contrevenante.
La prison du banc du roi renferme les débiteurs et les individus condamnés par la cour du ])anc du roi, pour libelles et autres délits politiques. Elle est située dans le faubourg de Southwark, et contient 2^4 appartemens ou chambres. Elle est entourée d’une muraille d’environ 3o pieds de hauteur, surmontée par des chevaux de frise. Ellea aussi des rules ou franchisesextérieures, formant une surface d’environ trois milles de circonférence. Le geôlier de cette prison gagne plus de cent mille francs, dont soixante quinze mille pour la vente de la bière. C’est la prison la plus
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agréable de l’Angleterre, elles débiteurs y font encore joyeuse vie.
La prison de Bridewell renferme les individus incarcérés par ordre des magistrats de Westminster, soit pour crimes, soit pour dettes ou vagabondage. Elle reçoit annutiilement plus de trois mille personnes, classées H^alement d’après les trois catégories que nous venons d’indiquer.
La prison de Giltspur contient des prévenus pour la Cité de Londres exclusivement. C’est aussi une maison de correction pour les condamnés à un emprisonnement depuis un mois jusqu’eà deux ans. On y renferme les prisonniers et vagabonds arrêtés pendant la nuit dans la Cité, jusqu’à ce qu’ils soient amenés devant leurs juges.
La prison de Milbank est un lieu de correction ou une maison pénitentiaire substituée à la déportation, lorsque la peine a été commuée. Elle peut contenir près de mille personnes, toutes occupées à dilférensoLivrages. La façade de cet édificecfttprès de la Tamise et parallèle à cette rivière. Au centre du batiment sont les appartemens du directeur, lequel, parce moyen, voit tout ce qui se passe dans lessept bâtimens distincts qui composent la prison.
Les coupables qui ont e icouru la peine capitale doivent y rester dix ans; ceux que le jugement condamne à la transportation pour quatorze ans ne subissent que sept ans de détention, et ceux
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qu’il condaïune à sept ans, sont mis en liberté après cinq ans.
Pendant les cinq jours ([ui suivent son entrée dans la maison, le condamné est enfermé seul dans une cellule, sans occupation ni distraction, sans communication avec qui que ce soit, excepté avec le gouverneur^ l’aumônier et le guichetier. Encore lui parle-t-on le moins possible, afin que la solitude le dispose au recueillement, et ramène ses pensées sur les causes de sa condamnation. Puis, il est placé, pour un tems égal à la moitié de la durée de sa peine, dans la première classe des détenus. En se conduisant d’une manière exemplaire, il peut obtenir de passer dans la seconde classe avant que ce tems soit expiré. Tant qu’il reste dans la première, il travaille et couche seul dans sa cellule. Toutefois, il est visité par le gardien et par le chef-ouvrier; placé au grillage de sa porte, il entend lire les saintes écritures; il est admis au préau et à l’école, et il peut être employé, avec d’autres prisonniers, au moulin ou à la pompe. Arrivé à la seconde classe, il travaille avec deux ou trois personnes; mais l’entretien ne peut avoir lieu (ju’à voix basse, et tous les amusemens sont interdits. Tout est calculé pour rappeler au détenu quia mérité un châtiment, qu’il doit endurer des privations, sans que, pour cela, on étouffe en lui l’espérance de se relever de sa dégradation. Les
bons sujets obtiennent des emplois dans l’établlssementj et, si leur conduite continue d’être satisfaisante, le comité demande leur grâce. Un huitième du travail forme la masse du détenu, qui reçoit en outre,- au moment de sa sortie, une gratification en ai'gent ou en outils, de la valeur de 3 liv res sterling au plusj et, si une année après sa libération, il produit de bons témoignages, l’administration lui accorde un nouveau secours de pareille somme.
Des maladies survenues depuis quelques années dans cet asile de réclusion paraissent l’avoir fait totalement abandonner. Les marais qui l’entourent ont peut-être amené le fléau qui l’assaillit dès l’année 1823, et emporta en quelques mois la moitié des détenus.
Une nouvelle prison pour les débiteurs insolvables ou de mauvaise foi, auparavant entassés pêlemêle à Newgate avec les malfaiteurs, a été établie dansWhite-Cross-Street; une autre encore est devenue,sous le nom deClarkenwell, une succursale du grand dépôt de Newgate, comme celle de ColJ- Bath-Field en est une de la prison de Bridewell.
A cette nomenclature un peu aride, joignons quelques réflexions générales. L’administration de toutes les prisons de Londres est moins satisfaisante qu’on ne serait porté à le croire en un pays aussi éclairé et aussi éminemment philantrope.
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Dans quelques-unes U ii’y a point de séparation pour les deuK sexes; dans quelques autres, faute de sûreté, on met les prisonniers aux fers, ou au secret (et, comme nous l’avons vu tout-à-l’heure, le secret en Angleterre est plus affreux qu’en d’autres contrées; car on y jette le prisonnier dans un caveau sans lit, avec un peu de pain et d’eau), ou bien on emploie contre les prisonniers divers moyens illégaux pour les empêcher de s’évader. Dans la plupart de ces prisons, les malades ne sont point sépa rés des détenus bien portans; point de travail, point d’instruction morale ou religieuse. Comme les sessions ou assises ne sont point fréquentées, les prévenus demeurent souvent jusqu’à cinq mois dans les prisons avant d’être jugés, et pendant ce teins ils ont communiqué avec le rebut de la société. 11 reste donc, bien qu’on en dise, beaucoup à faire encore avant de porter le système des prisons de Londres au niveau de perfectionnement de celui de Paris.
Indépendamment des prisons ordinaires , il existe à Londres, comme à Paris, une sorte de dépôt ou de prison intermédiaire, dans laquelle on jette les détenus en attendant qu’on leur assigne la prison spéciale où ils doivent être renfermés. Celte prison intermédiaire a reçu le nom Spunging-House , parce que la prévenance rapace du geôlier se charge, comme l’indique le
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mot spunging, qui signifie ècornijler, d’arraclier au débiteur le peu d’argent qui lui reste, et de humer, si l’on peut s’exprimer ainsi, les dernières gouttes de ses ressources; buvant de son tonneau le vin jusqu’à la lie, cadis cum fœce siccatis , ainsi que ledit Horace. Cette hôtellerie, principalement à l’usage des debiteurs réfractaires, reçoit les captures avant qu’elles soient écrouées, étiquetées et parquées dans la geôle qui les attend; purgatoire bizarre, d’où l’espérance n’est pas encore bannie, mais où l’on a un avant-goût des horreurs de l’enfer qui tiendra sous les verroux les malheureux, lesquels peut-être ne reverront plus la douce lumière du jour. Tous les sexes, tous les âges sont réunis pêle-mêle dans cette antichambre de Newgate ; la moralité près du vice; la décence auprès du cynisme; la tempérance à côté de f ivrognerie; le dandy de Regent-street et la Thyade échevelée qui aime à suivre le cortège de Bacchus après avoir sacrifié à d’autres autels, comme aux tems de Babylone; car il est des paroisses ou quartiers à Londres qui ont autant d’autels de ce genre que l’antique capitale de Sémiramis.
Mais si les prisons de Londres sont inférieures aux nôtres, il n’en et,t pas de même des institutions charitables ou philantropiques et religieuses, qui appellent maintenant notre attention.
Ï.OÎ< DUES,