‹ Voyage à Londres, et dans ses environsChapitre 89 sur 110 · COTONS ET SOIERIES · texte numérisé non relu

COTONS ET SOIERIES

Dans la fabrication des cotons , l’Angleterre , ainsi que le remarque M. le baron Charles Dupin (i)j n’a guère eu de rivaux en Europe, et n en a plus dans l’indostan. Elle achète des cotons aux confins de l’autre hémisphère, les fait arriver bruts en Angleterre et les renvoie dans la Chine, et dans l’Inde , mis en oeuvre par ses manufactures, pouvant encore les vendre à plus bas prix que les fabricans asiatiques, chez lesquels cepen^ dant la main-d’œuvre est à si bon compte.

L’Angleterre envoie chercher également a quatre mille lieues de la métropole, la soie que ses navires transportent dans ses ports, où elle est reçue à moindre prix que les Lyonnais ne disposent à Lyon du fil des cocons de la Provence; ce qui n’empcche pas toutefois, nous le répétons a la gloire de la France , que celle-ci ne conserve la prééminence sous le rapport de l’élégance et de la variété des modèles, comme sous celui de l’harmonie des formes et des couleurs. Cette supériorité n’est point contestée par les Anglais eux-mêmes, et quelques-uns voudraient que le commerce fût libre

(i) Système de l’adminislration britannique, })roch.

pour que les deux nations pussent échanger leurs meilleurs produits; l’Angleterre enverrait alors ses fers, ses houilles et ses tissus de laine et de coton, pendant que la France livrerait ses vins, ses eaux-de-vie, ses huiles, ses soieries surtout, et ses articles de mode, ainsi que ses meubles, objets de goût pour lesquels les Français garderont bien îong-tems la suprématie sur toutes les nations; les quatre cinquièmes des soieries françaises passent encore à l’étranger, où le monde élégant les reçoit comme des modèles, de la même manière que nos modistes y sont accueillies comme des oracles de la mode , cette déité si capricieuse et si changeante dans ses parures. L’Angleterre, au contraire , n’exporte que le douzième de ses soieries confectionnées, pendant que, pour celles qui lui arrivent de France, elle débour<se chaque année plus de i5, 000, 000 de francs (i).

Aujourd’hui, 1834, les manufactures de France et d’Angleterre consomment chacune à peu près une quantité égale de soie brute, c’est-à-dire pour environ 4 millions de livres sterling ou 100,000,000 de francs, et la valeur des produits manufacturés, estimée en Angleterre à 6 mil-

(i) Ou sait que la ville de Lyon, centre ou foyer de la fa l)i'icalion des soieries, coinplc environ 25,ooo métiers.

LONDRES

lions sterling, est à peu près la meme en France, c’est-à-dire de i5o, 000,000 de francs , en balançant la meilleure qualité, le meilleur goût et la plus grande perfection des tissus, par la différence dans les frais de production. Ce qui distingue le fabricant de soieries françaises, du fabricant de soieries anglaises, c’est que le premier, comme on l’a dit ailleurs, a la passion de son métier, y apporte, y déploie le génie créateur, l’imagination si active de l’artiste, en cherchant toujours le perfectionnement, au lieu que le second , moins varié et moins ingénieux , a plus de capitaux et de meilleures machines.

Cependant il faut reconnaître que l’Angleterre s’avance avec succès dans la fabrication de ses soieries; ce qui le prouve, c’est qu’au lieu de 2,041,866 livres sterling importées en 1820, cette quantité s’est élevée, en i83i, à 45621,874 livres, et le droit d’entrée, qui, à la première époque, avait produit 614,478 liv. st., s’était abaissé en i83i, à 96,065 liv. st. Ce changement dans l’assiette des droits et ce développement de l’industrie anglaise sur la soie, n’ont pas einpeché toutefois que les importations de soieries et de rubans de France en Angleterre n’aient continué à s’accroître. D’après les comptes officiels de la douane anglaise, les droits sur les soieries importées ont été perçus sur les nombres ronds ci-après; savoir :

LONDRES

1827, sur

lia, 000 libres pesant de soieries.

Les rubans figurent à peu près pour un tiers dans ces évaluations, ce qui représente une importation annuelle d’environ 4 millions de francs. En i833 , la Grande-Bretagne a importé près de 4 millions et demi de livres de soie, dont un million 800 mille de l’Inde, un million i5o mille de France, et le reste de l’Italie, notamment du Piémont. Pendant la même année il a été importé en Angleterre i54,ooo livres pesant de tissus de soie d’Europe, et l’exportation, qui s’est élevée à la valeur déclarée de 53o,ooo livres sterling , a donné lieu au paiement d’un drawback ou d’une prime de /\o mille livres sterling.

La protection extrême que les droits d’entrée garantissent aux fabriques anglaises, tant pour l’ouvraison de la soie que pour la fabrication des tissus, a permis près de Manchester la création de plusieurs usines perfectionnées, dans lesquelles les métiers ont reçu de grandes améliorations j mais la nouveauté du travail et la cherté de la main - d’oeuvre sont des obstacles difficiles à vaincre.

En résumé, la production annuelle des soieries anglaises, valeur et matières comprises, paraît

I/ONDRES.

élrc* d’environ 200 raillions de francs, somme à peu près égale à celle des manufactures françaises^ consommation énorme, si l’on se rappelle que l’Angleterre n’exporte que pour i3 millions de francs, exportation presque tout entière pour les colonies et les possessions britanniques, tandis que les exportations de soieries françaises ont, en 3 832, dépassé 106 raillions de francs; consommation toutefois qui s’explique par le luxe où les Anglais portent leur babil lernent, jusque dans les dernières classes de la société; car aujourd’hui les cuisinières anglaises ont des robes de soie, et jadis un empereur romain, Marc-Aurèle ou Trajan, dut refuser à sa femme une robe de soie, étoffe qui était alors d’une cherté excessive.

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