‹ Voyage à ma fenetreChapitre 19 sur 54 · LE MAUVAIS COMPAGNOM DE ROUTE · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS COMPAGNOM DE ROUTE

Vous ne croyez à rien , moi je erois à tout. Les esprits forts ce sont les esprits faibles, — ce sont les aveugles qui regardent le soleil en face. — J'ai habité longtemps le monde invisible où vous ne vous êtes jamais aventuré, et, si je n'avais peur d'être envoyé dans une maison de fous sous ce règne de la raison et de la liberté, je dirais ce que je pense; mais, comme Fontenelle, je me garde bien d'ouvrir mes mains pleines de vérités.

Tout à l'heure, à ma fenêtre, une vision qui m'est familière m'a frappé de vertige.

Ecoutez d'abord cette histoire — si vous avez la foi, car je n'écris pas pour les esprits forts, — ceux-là qui doutent de tout parce qu'ils ne savent rien, — parce qu'ils n'ont jamais vu que par les yeux du corps.

C'était l'automne passé. J'habitais pour la saison un château bâti lourdement avec des prétentions gothiques sur les ruines d'une abbaye autrefois célèbres dans le Vermandois , Vabbai/c du Saint- Brfiige. Je vivais presque seul, dans l'étude et dans la paresse, amoureux des bois sombres et des chemins perdus.

110 VOVAGK A MA FENETHE.

Un jour, après une course nn peu rude dans le monde idéal où j'avais évoqué les plus cliers fantômes de mes vingt ans, j'attendais sous le vieux portail de l'abbaye que le soleil fût couché pour aller m'asseoir au coin du feu , quand je vis dans l'avenue un pèlerin qui s'était arrêté pour demander sou chemin à une jeune vendangeuse du château. Presque aussitôt il vint vers moi tout en marmottant une oraison. Sans doute la figure de la vendangeuse l'avait frappé , car il disait en s'interronipant : « De beaux yeux noirs comme les grains de la grappe mûre. » C'était un vieillaid tout cassé , un peu louche et un peu boiteux, vêtu d'une souquenille de maître d'école, mais qu'il portait avec quelque majesté. Il était p.île comme la mort, sa figure avait du caractère, ses yeux étaient profonds et ténébreux. Il m'inspira d'abord un sentiment de répulsion, mais il nu' parla avec tant de douceur que je me laissai aller à un peu de sympathie. Il allait je ne sais plus en quel pèlerinage; il me suppliait de lui accorder pour une heure seulement l'hospitalité au château.

— Pour une heure ! mais dans une heure il fera nuit.

— Je voyage toujours la nuit.

— Conmie il vous plaira.

Je le conduisis silencieusement devant le feu qui m'attendait. Il s'agenouilla sur la dalle de marbre et porta ses mains osseuses audessus des flammes.

— J'ai toujours froid, dit-il d'une voix sombre, car je suis si vieux que le feu n'a plus d'action sur moi , voyez !

Il me tendit la main ; je la trouvai glaciale.

— Pourquoi voyagez-vous à votre âge ?

— Dieu m'a dit : Va, et je vais !

— Est-ce que vous avez la prétention de me faire croire que vous êtes le Juif-Errant?

— Le Juif-Errant! J'avais quelques millions de siècles (piand il est né.

J'avais allumé un cigare.

— Est-ce que vous ne fumez pas? Asseyez-vous et coulez-moi vos aventures.

Il s'étendit nouchaiannnent dans mon fauteuil.

— Avez-vous une bibliothèque? me demanda-l-il.

VOYAGE A MA FKXLTUE. 111

• — On m'a dil qu'il y en avait une là-haut , mais je n'ai pas le temps de lire.

— Pourquoi?

— Parce que je fais moi-même des livres.

— Eh bien! dans tous les livres qui sont là-haul, dans tous ceux que vous avez écrits, vous pouvez lire mon histoire. Conune Dieu, je suis partout.

Le pèlerin parlait avec une certaine jactance ; il commençait à m'ennuyer. C'est, me dis-je avec impatience, quelque marchand d'orviétan ou quelque débitant de chapelets. Je voulais m'éloiguer, mais je fus retenu malgré moi. Il continua à me parler comme le sphinx antique, par symboles et par énigmes. J'avais le regard fixé sur la pendule : il m'avait annoncé une visite d'une heure; la pendule n'avançait pas. Je me résignai peu à peu ; sa science m'élonna et me séduisit.

— Si vous voulez prendre une bonne leçon de philosophie , me dit tout à coup le pèlerin , suivez-moi durant quelques jours. Vous verrez comment va le monde. Un bâton de cornouiller pour tout équipage, nous irons droit devant nous à la grâce de Dieu

Je n'étais pas fâché d'aller me coucher, je remis la partie au lendemain. Je conduisis le pèlerin dans une pièce voisine oîi il y avait un bon lit et un bon feu. Il afficha la prétention de ne pas dormir. II alla s'asseoir devant le feu en me priant de me lever matin.

Aux premières blancheurs de l'aube, il vint frapper à ma porte. Nous nous mîmes bientôt en route.

— Le belle matinée ! m'ccriai-je; quel luxe de vie féconde!

— Vous voyez la vie, dit le pèlerin, moi je ne vois que le néant. La nature, épouse du soleil, est toujours en avortement. Il n'y a ici-bas de vraiment durable que la mort. C'est pour elle que tout travaille. Ce monde n'a qu'un souffle.

— C'est possible , mais c'est un malade qui est bien longtemps à mourir. Ne me parlez pas de la mort , car je ne la vois nulle part. C'est l'amour qui frappe partout mes yeux.

— L'amour? c'est une arme de la mort, c'est l'incendie qui brûle , mais qui dévore. C'est l'étreinte suprême et funèbre (jui vous couche dans le tombeau.

112 VOYAGE A MA FEXKTKE.

Nous nous arrèlànios à une ferme déserte bàlic au bord de la montagne. \ous fûmes accueillis j)ar une jeune fermière brune et enjouée, traînant sur ses pas trois jolis enfants ébouriffés, qui venaient de casser au veryer des rameaux de groseillier. C'était un dou.\ spectacle pour le cœur que celte bonne mère et ces enfants barbouillés de groseilles. Ia's enfants, surpris et confus de nous voir, se cachèrent dans les ])lis de la jupe et du tablier de leur mèie. Nous entrâmes dans nue grande salle dalicc ([u'un fagot à peine allumé dans un àtre gigantesque éclairait de mille lueurs changeantes et fantasques. La solive patriarcale brunie par la fumée , les plats d'étain , les rideaux d osier, les petits ornements rustiques de la cheminée frappaient doucement nos regards , quand je m'aperçus que le pèlerin venait de tomber dans une morne tristesse.

— Qu'avez-vous donc? Pourquoi cet air sombre quand Tbospitalité nous sourit si bien? Voyez donc ces joyeux enfants, comme les voilà qui s'ébattent sur la paille avec les chiens du jtàtre ! l oyez donc cette jolie fermière, comme elle Halte le cou de sa vache aux flancs roux! un peu de patience, nous allons déjeuner comme dans la famille de Rébecca.

— Hélas! dit le pèlerin en dérobant une larme, c'est parce cpie je vois ce doux tableau de la \ie heureuse que j'ai envie de pleurer. Plaignez celte femme, ou plutôt plaignez ces enfants, car demain la mère sera morte.

Nous allâmes devant nous vers un moulin isolé. Tout en cùlojaut le ruisseau qui y conduisait, je vis apparaître au-dessus des huissons d'aubépine une fraîche ligure de iille de seize ans, encadrée dans un bonnet rustique de la meilleure tournure.

— Dieu soit loué! dis-je, la première créature que nous rencontrons dans ce lieu désert est une jolie fdle.

— ^ Tant pis, ajouta le pèlerin d'une voix funèbre connue le glas des trépassés.

Je ne pris pas au sérieux la tristesse de mon compagnon de voyage, et je m'avançai gaiement vers la jolie iille.

— Qui donc vous attarde ainsi dans les baies, ma belle meunière? La jolie fille lougit el baissa la tète.

VOYAGE A MA TENETUE. n;î

— Je ooinpreiKls, rcpris-je en souriant, vous allendez Pierre ou Jacques , Jean ou Malliieu.

— Non, dil-elle naïvement, je n'attends ni Jacques ni Mathieu; j'attends mon cousin François qui reviendra après-demain do la guerre.

— S'il ne revient qu'après-demain , pourquoi l'attendez-vous aujourd'iiui?

— C'est parce qu'il me semble déjà le voir tout là-bas , là-bas , sur la montagne bleue.

Nous nous éloignâmes. Il y a là, dis-je au pèlerin , sous ce corset de bazin, un cœur bien fiiit; je n'en ai guère rencontré de pareil.

— Hélas! murmura le pèlerin, elle a raison de venir aujourd'hui dans les haies au-devant de son cousiu François, car aprèsdemain il serait trop tard !

A ce moment une épaisse fumée m'aveugla. Quand le nuage se dissipa, je vis apparaître la mort telle que la peignent les poêles : un squelette armé d'une faux.

— La mort! m'écriai-je avec un mouvement d'effroi.

Le squelette disparut ; la mort avait repris sa métamorphose de pèlerin.

— Oui, je suis la seule femme sans mamelles, je promène partout la dévastation; à chaque pas je creuse une fosse.

— La mort , répétai-je en m'éloignant un peu de mon lugubre compagnon de voyage.

— Ne crains rien, dit-il. Tu es mort à moitié, je ne veux pas l'achever; je t'abandonne au Temps. Encore quelques coups de ses grandes ailes, et tout sera fini pour toi.

— Mort à moitié , dis-tu ?

— Oui ; car déjà ta jeunesse est à son déclin. Ton cœur est plutôt un cimetière qu'un champ de mai, tu n'y récolleras plus qu'un peu d'herbe, l'herbe qui pousse sur les regrets, les désespoirs, les désenchantements. Descends en loi-mème, et tu verras que j'ai passé dans ton cœur. Un vieux philosophe de la Grèce , Théognis, l'a dit : Insensés, vous qui pleurez les morts, vous ne pleurez pas la mort du cœur !

— Tais-toi et va-t'en ! Je frissonne, je te sens partout, vieille fille maudite !

— l'oilà qu'il se fait tard , allons souper eu compagnie là-bas , à ce château. La fumée qui traverse les arbres est d'un bon augure.

— Jamais !

— Pourquoi tant d'horreur? il faudra pourtant que tu t'endormes dans mes bras. Je te croyais un philosophe de la famille de Phocion, de Démocrite, de Pétrone, d'Auguste, d'Adrien, ceux-là qui se sont un peu moqués de moi. J'ai vu des femmes de meilleure volonté que toi. Si tu savais les secrets de la vie , tu te réfugierais bien vite dans mes bras.

Le pèlerin se reposa au bord de l'avenue qui conduisait au château. C'était le soir; le soleil n'avait plus qu'un pâle rayon, une teinte de tristesse avait saisi la campagne.

— Eh bien, reprit le pèlerin, me suivras-tu à ce château? Tu serais le premier de tous ceux que j'ai rencontrés dans mon éternel pèlermage qui ne se serait point enfui en me reconnaissant, l'oyons, ne me maudis point comme tous les autres; un peu de pitié pour un ange rebelle condamné à la vie à perpétuité !

Le pèlei-in répandit des larmes; comme j'avais l'air surpris :

— Ce ne sont pas les premières, reprit le pèlerin. Si tu savais toute ma lugubre histoire, tu ne t'étonnerais pas de me voir pleurer.

Je me rapprochai du pèlerin tout en le regardant d'un œil curieux.

— Je suis ici-bas la première mère qui ait tué son enfant; j'avais du sang de Cain dans les veines. Dieu, voulant punir le j)las grand crime connu jusque-là sous le ciel, me condamna à ce rôle de bourreau; j'ai pleuré des larmes de sang, j'ai vu tomber mes mamelles fécondes, je suis devenu le seul arbre stérile de la création. J'ai lente de résister au jugement de Dieu ; mais l'esprit de la vengeance m'a poussée en avant, je suis allée frappant partout, aveuglée par mes larmes, frappant le vieillard qui giimace comme l'enfant qui sourit, l'amante qui espère comme celle qui se souvient, l'oiseau qui chante comme le hibou qui pleure. Encore si je pouvais choisir ! mais je ne suis qu'un misérable Inslrunu'nt soumis au grand maître; je frappe, malgré moi, toujours celui qui sera le plus regretté. La jeunesse m'attire par son ))arfum d'autour et do fraîcheur. Savez-vous quel est le prix de

l'hospitalité qu'on m'accorde partout de si bonne grâce ? Hélas ! la fatalité veut que dans la maison où je repose, c'est-à-dire où je passe , je frappe la première créature qui s'offre à mes yeux louches. Pleurez la jeune fermière et la jolie fille amoureuse de son cousin, car elles sont mortes.

— Mortes ! Adieu 1 dis-je tout désolé. Je ne veux pas voyager davantage avec toi. La philosophie que je cherche n'est pas la mort dans la vie. J'ai toujours le temps de faire le funèbre voyage ; celui-là ne vous manque jamais. Loin de toi je vais retrouver le printemps et la jeunesse.

— Bon voyage! Mais je te prédis que tu auras beau me fuir, je te suivrai partout , semant du givre dans ton printemps , ombrageant d'un cyprès ta jeunesse. La mort est dans la vie comme la vie est dans la mort !

Eh bien, tout à l'heure c'est Elle qui m'est apparue avec son fatal sourire sans dents et sans yeux. — ■ Elle ! toujours Elle ! — J'ai peur de cette vision. — 0 mort ! ma mère du tombeau comme l'autre a été ma mère du berceau. — 0 mauvais compagnon de roule dans la vie ! que viens-tu me demander encore ? — Ne m'astu pas pris la joie de la maison , l'enfant qui chantait ? — Ne m'as-tu pas arraché le cœur par lambeaux en frappant autour de moi ceux qui voulaient vivre avec moi ? — Que te faut-il donc , reine des tombeaux?

La voilà qui reparaît sur le balcon. — Je reconnais sa voix ; c'est un corbeau qui parle :

— Ce n'est pas autour de toi que je viens frapper, c'est en toi : — celle que tu aimes depuis hier. . .

— Parle ! parle !

— Tu ne l'aimeras plus demain.

— Pourquoi ?

— Parce que cette fraîche moisson de ton cœur, je la viens cueillir pour me faire un bouquet. Il faut bien que je parfume aussi mon sein !

116 VOYAGE A MA FKN'MTRE.

Je sonlis clans mon cœur le froid de la f\iux. La Mort a disparu. On sonne à ma porte. C'est une lettre de mon ami * * * :

« Mon cher rêveur, lu es en fantaisie de la belle Léa depuis n hier parce que hier elle a brisé pour toi une croix d'ébène n qu'elle poi te sur sou cœur depuis son premier amour. La veille » elle avait brisé la nu''me croix pour moi. Demain elle brisera la )i même croix — toujours la luênie croix — pour celui qui viendra. » Finissons-en vaillamment avec toutes ces sublimes duperies de » l'amour I "

La Mort avait raison. — Et Léa aussi.

Liberté, Egalité, Fraternité. Presque en face de moi il y a un cabaret ; devant le cabaret un peintre d'enseignes s'escrime depuis ce matin; il a donné cà et là sur la muraille quelques coups de pinceau, mais il n'est pas douteux qu'il attend encore l'inspiration. — Oii est l'inspiration? — Vat-elle passer sur son chemin sous la figure d'une belle insouciante, une de ces filles d'Eve de la grande ville qui vont où le serpent les appelle ? ou bien est-elle au fond d'une de ces bouteilles provoquantes qui rient à gorge déployée sur le comptoir du cabaret ? — Oui, c'est là qu'est l'inspiration. Voyez plutôt! Voilà le peintre d'enseignes qui franchit le seuil consacré. Comme il verse avec amour la pourpre des vendanges dans ce verre qui n'est point taillé dans le cristal! et comme il verse i-especlueusement ce verre dans sa bouche! Déjà son front s'allume. Un second verre, madame la cabarctière ? Qui serait plus digne de boire toute la bouteille ? Saluez cet homme ! car cet homme a son idée. Le tableau qu'il

va peindre sur la muraille rayonne déjà sous ses yeux. Ce n'est plus un peintre d'enseignes; ce que vous avez là sous vos yeux, c'est un artiste !

Ce cabaret, le premier peuf-èlre, avait inserit au-dessus de sa porte, le 24 février 1848,

Liberté, Egalité, Fraternité.

C'était un ivrogne qui avait trouvé cela. — C'était bien trouvé. — La vérité dans le vin. — En effet, c'était au-dessus des cabarets et non au-dessus des palais qu'il fallait inscrire ces trois mois, amours des uns, effroi des autres.

Mon peintre d'enseignes vient de barbouiller trois figures en quelques coups de pinceau. Je reconnais la Liberté avec son bonnet rouge. La Liberté ! la rude et sauvage déesse aux mamelles fécondes. L'Égalité! ce paradoxe qui ne s'est jamais nourri que de brouet noir. La Fraternité ! cette belle fille dont le royaume n'est pas de ce monde depuis Caïn.

Je viens de descendre pour offrir un cigare au peintre d'enseignes.

— Mais, monsieur...

Il ne voulait pas accepter. Fraternité ! lui ai-je dit en lui montrant la figure qu'il peignait. Il sourit tristement.

— En peinture , murmura-t-il avec raillerie et avec amertume.

— Fumons, lui dis-je en lui donnant du feu. Ne cherchons pas à voir le monde plus mauvais qu'il ne l'est.

— 0 mon Dieu ! je ne suis pas un misanthrope ; le soleil luit pour tout le monde.

Et disant ces mots il donna un coup de pinceau à l'Egalité.

— L'Egalité ! poursuivit-il , c'est une figure que je n'ai jamais comprise.

— Après tout, lui dis-je, n'entrc-t-on pas et ne sort-on pas par la même porte , ici-bas.

— Ce n'est pas mou avis, reprit-il en secouant la tète. L'Eglise elle-même, qui proteste au nom de Dieu contre les grandeurs de la terre, n'a-t-elle pas à la naissance et à la mort du riclie de ])lus gais carillons et de plus solennelles sonneries qu'à la naissance et à la mort du pauvre! En ce monde tout porte un démciili

à l'Égalité. Il n'y a qu'un seul mot pour la saluer, et ce mot, c'est le cri de la mort : — Ci-fjîl! — Aussi pour tout symbole j'écrirai ce mot-là en plein front de ma figure de l'Egalité.

— Ne faites pas cela à la porte d'un cabaret ; mettez un verre à la main de votre déesse , ce sera là un symbole à la portée de tout le monde, mais surtout de ceux qui ont de quoi entrer au cabaret.

Et comme mon peintre d'enseignes avait étudié quelque peu , nous passâmes en revue quelques-uns des symboles créés pour la langue des arts.

— En vérité, me dit-il tout à coup, nous discutons devant mon barbouillage comme si j'allais peindre un tableau pour le Vatican ou pour le Louvre. Songez donc , monsieur, que ce que je peins là ne sera admiré que par des buveurs entre deux vins qui y verront double. Et puis combien cela durera-t-il? A la prochaine révolution , il me faudra peindre un aigle impérial , une fleur de lys , un coq gaulois, que sais-je?

— Rassurez-vous, mon cher artiste, à la prochaine révolution vous n'aurez qu'à changer les ornements de vos trois déesses pour en faire les trois Grâces ou les trois vertus théologales; car, au fond, c'est toujours la même chose ; ce sont toujours trois femmes qui gouvernent le monde, il n'y a que les modes qui les changent.

— J'ai bien peur, à la prochaine révolution, d'avoir à peindre les trois Parques.

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OL' II, EST V\ PEU Ql'EST10\

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