LA COURSE AU CLOCHER
Je vais à Clichy, ne vous déplaise — non pas pour moi, mais pour un de mes amis — votre ami ; car celui-là a été l'ami de tous ceux qui ont des amis — Anatole ! le dernier Anatole 1 — Il est là depuis huit jours qui réfléchit aux conséquences de l'amour et de l'argent.
Le Korau dit : Prêter, c'est perdre son argent et son ami. Le Koran a raison.
Tant pis pour ceux qui ont de l'argent et des amis.
Mon ami en question avait de l'argent et une maîtresse. Il a perdu la maîtresse et l'argent, l'un portant l'autre.
Une fois pour toutes, il serait hicn temps de s'entendre sur ce mot ks gens riches.
Les gens riches sont ceux qui vont à Clichy; c'est toujours par là qu'on rencontre la roue dorée de la Fortune.
Kn effet, les gens riches ne sont pas ceux qui amassent le plus, mais ceux qui déj)eiisent le j)Ius. ,
Ceux qui dépensent chaque année vingt mille livres de... dettes, ne sont-ils pas plus à leur aise dans la vie privée que ceux qui jouissent de vingt mille livres de revenu, qu'ils ne dépensent qu'à demi?
Les premiers finissent par aller à Clichy, les seconds finissent par aller au Père-Lacliaisc. Prison pour prison, j'aime mieux la prison pour dettes.
Je n'y suis jamais allé, aussi suis -je en mesure d'en bien peindre les mœurs. Est-ce que Dante avait vu l'enfer? Est-ce que Milton avait vu le Paradis? Dieu a permis à notre esprit d'aller où nos pieds ne vont pas.
C'est à Clichy que j'assiste à la comédie la plus vivante de notre époque , comédie éternelle dont le pauvre créancier fiiit encore les frais.
Je dis le pauvre créancier, car s'il y a ici-bas une pauvreté poignante, c'est celle de l'honnête homme qui prête son argent pour que d'autres le dépensent.
Le pauvre créancier! ce n'est pas pour lui que le soleil luit, que le ruisseau coule, que les merles sifflent; ce n'est pas pour lui que la prairie s'émaille, que la forêt chante, que la nature se dore sous les moissons et s'empourpre sous la vendange.
C'est pour son insouciant débiteur qui, n'ayant pas à lui un seul arpent au soleil, possède tous les royaumes.
C'est pour cet insouciant débiteur qui, n'ayant pas le souci de songer à sa fortune, a tout le temps que Dieu accorde à l'homme pour aimer l'œuvre du Créateur et s'y confondre avec volupté.
On vit à Clichy en grande liesse, on y trouve bonne compagnie, on s'y promène à l'ombre de grands arbres. C'est bien moins le prisonnier qui rêve à la liberté que le créancier lui-même ; pour l'un tous les plaisirs, pour l'autre tous les soucis ; le débiteur n'attend pas pour vivre la maigre pension que lui fournit le créancier, tandis que le créancier a besoin de toute sa vigilance pour ne pas oublier le jour de payement de la pension ; et , quelque minime que soit ce payement, il est bien cruel pour lui d'augmenter la dette à ses dépens.
Et quand on pense que cinq ans peuvent s'écouler dans ces
angoisses
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Et quand on pense qu'après cinq années aussi poignantes — pour le créancier, la dette est payée sans quittance ! \" avons-nous pas \ii un fameux fournisseur acquitter ainsi , dans une douce retraite, une dette de dix millions? On prononcerait à moins des vœux monastiques pour cincj ans.
Je n'ai point parlé de tous les avantages que peuvent tirer les gens d'esprit de cette solitude : outre qu'ils gagnent l'argent qu'ils ont dépensé autrefois, ils en gagnent encore pour l'avenir.
Beaucoup de gens, amis de la solitude et de la retraite, bâtissent à grands frais des villas dans des pays ingrats. Que ne vont-ils à Clichy? On y joue à tous les jeux de l'amour et du ha.sard ; on y fait des armes ; on y reçoit son ami et sa maîtresse ; et ce qu'il y a de charmant, c'est que les créanciers n'ont ])as le droit de franchir le seuil sacré de ce logement qu'ils payent aux autres.
J'en étais là de mon paradoxe — un vieux paradoxe qui court les rues — quand je suis arrivé à la prison pour dettes. J'y ai soupe en belle compagnie avec des princesses de théâtre , mais on a eu beau y avoir de l'esprit et de la gaieté , on n'a pas abattu les murs de la prison. Une prison , c'est toujours une prison — la préAice du tombeau.
En rentrant au logis, j'ai retrouvé la folle du logis qui m'a dit avec son beau sourire : — Paye tes dettes ! — et si tu veux jeter l'argent par la fenêtre, que ce soit le tien et non celui des autres.
Anatole nous a gaiement raconté pourquoi il est à Clichy. Cette histoire vaut bien la peine que je vous la dise à mon tour.
II y a cinq ans qu'un jeune gentilhoiiune de la Xormandie vint à Paris pour apprendre à mettre sa cravate, pour faire son droit, pour quelques autres motifs aussi frivoles. M. Anatole de Genevay, qui n'était dans son village qu'un rustre endimanché, devint à Paris, en moins de deux ans, un garçon fort distingué dans ii'
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beau monde ; mais ce chemin rapide lui avait coûte cher : son temps d'abord, car vous comprenez qu'il n'avait pas même songé à passer un premier examen de droit; ensuite, il avait fait une cruelle brèche à sa fortune. Au lieu d'aller habiter la rue Saint- Jacques ou la rue de la Harpe, en esprit laborieux qui ne veut pas de distractions mondaines, il avait débarqué en pleine rue Laffitte, où demeurait un de ses cousins, un rusé Normand qui vivait sur les variations du trois et du cinq. Grâce à ce cousin , Anatole, dès qu'il eut mis de côté ses habits et son esprit de province, fut conduit chez les grands seigneurs de la banque. Les parchemins ont toujours été , parmi ces seigneurs d'un nouveau genre, en fort bonne odeur de sainteté : la quantité aime la qualité (la qualité aime encore mieux la quantité ). .Anatole fut bien accueilli partout. C'était d'ailleurs un joli cavalier, non pas encore accompli, mais promettant beaucoup. Il comprenait à merveille qu'à Paris, dans ce beau monde-là surtout, les apparences de l'esprit sont mieux cotées qu'un bon cœur; il comprenait à merveille que l'argent qu'on jette à ])ropos par la fenêtre est une bonne semaille qui, tût ou tard, produit une bonne moisson. Il s'habilla chez Chevreuil, il monta à cheval, il se fit, à l'Opéra et à Tortoni, la gazette de l'esprit parisien. Il fut bientôt fort recherché; les femmes commençaient à parler de son esprit et de son habit.
Il s'était lié par rencontre d'une amitié toute parisienne avec un agent de change que j'appellerai ici par pseudonyme M. Dubois. Il l'avait chargé de ses affaires d'argent. Alalgré les remontrances de M. Dubois, qui pressentait la déconfiture de son ami et de son client, Anatole poursuivit de plus belle ses brillantes folies, se disant ensuite en lui-même, pour consolation, qu'un homme d'esprit n'est jamais ruiné.
L'agent de change était marié depuis quelques années à une des plus jolies femmes de Paris. On n'a pas une belle femme sans qu'il en coûte — eà et là. — Madame Dubois aimait beaucoup le monde, comme toutes les femmes qui brillent par quelque côté, par l'esprit, par la beauté, par la grâce, par la galanterie; il y a tant de moyens de briller un peu à son tour. En conséquence, madame Dubois donnait des soirées charmantes, qui réunissaient
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un yrand iionibro di' nioyeniics célébrilés, demi- célébrités financières, denii-célébrilés élégantes, denii-céléljrilés artistiques. Anatole , par ses façons légèrement insolentes et son esprit toujours à l'ordre du jour, Anatole, par son nom sonore et sa jolie figure, fut le héros de ces soirées. Jusque-là madame Dubois, toute préoccupée d'elle-même, des compliments de la veille et des parures du lendemain, n'avait guère remarqué Anatole; mais, dès qu'il fut de notoriété publique que c'était un beau et spirituel cavalier, elle daigna jeter sur lui un regard distrait.
A partir de ce jour, Anatole fut plus assidu chez son agent de change. Comme ils avaient toujours ensemble des affaires à régler, M. Dubois ne pouvait se plaindre des visites d'Anatole; il était d'ailleurs loin de penser que sa femme fût pour quelque chose dans les visites de son client. Mais, au bout de quelques mois, quoiqu'il fût, soit par orgueil, soit par ignorance, un homme des moins clairvoyants, il vit bien à qui il avait afliiire : • — Diable, diable! dit-il d'un air pénétré, voilà l'écheveau du mariage qui s'embrouille. 11 demanda sans plus tarder à régler son compte avec .Anatole. Une fois ce compte réglé , le pauvre Anatole calcula pour la première fois de sa vie.
— Il est un peu tard pour faire des calculs , lui dit l'agent de change; il ne vous reste pas grand'ehose, mon ])auvre ami.
— Allons donc ! dit fièrement Anatole. Kt toutes les dettes que je puis faire, les comptez-vous donc pour rien? A propos, prêtez-moi dix mille francs, poursuivit-il avec beaucoup de laisser-aller; vous aurez par là l'honneur, mon cher Dubois, d'être mon premier créancier.
— Sur quelle hypothèque? dit l'agent de change en souriant.
— D'abord, reprit Anatole, à la mort de mon père, je recueillerai une succession fort alléchante. Je sais bien que mon père n'entendrait pas raison avant sa mort; mais, en attendant, est-ce que vous n'avez pas hypothèque sur ma persoime ? Tôt ou tard, je ferai mon chemin. •
A Clichy, se dit en lui-même l'agent de change. — Soit, dit-il tout haut en ouvrant son portefeuille. Et après une réfie.xion machiavélique : — Voilà dix mille francs; souscrivez-moi tout de
suite un billet à ordre. Un bienfait n'est jamais perdu, dit le proverbe.
Anatole écrivit un billet à ordre, comme s'il eût écrit un billet à Rosine ou à Fanny.
— C'est bien, c'est bien, murmura l'agent de cliange quand Anatole fut parti. Voilà l'écheveau qui se débrouille; comme le diable , je tiens mon liomme par un clieveu.
M. Dubois était un mari spirituel, voulant à tout prix conserver le cœur de sa femme; dix mille francs pour ce coup d'Etat conjugal, ce n'était pas trop en vérité , surtout si l'on songe que AI. Dubois jouait avec l'argent. Il avait surpris plus d'une fois des traits de bonne volonté de madame Dubois pour M. Anatole ; il savait fort bien qu'on ne détruit pas l'empire d'un beau garçon dans le cœur d'une jeune femme par des attaques vulgaires. Le billet à ordre était à trois mois. .'\u bout de trois mois, Anatole ne pourrait rembourser; il surviendrait un jugement contre lui; par ce jugement, saisie et prise de corps. En un mot, ce billet à ordre n'était autre chose qu'une lettre de recommandation pour Clichy.
— Une fois à Clichy, disait l'agent de change, j'aurai le temps de respirer tout à mon aise; ma femme me demandera des nouvelles de mon client ; je répondrai naïvement à ma femme : Tu ne sais donc pas? Ce grand fou vient de partir pour l'Italie avec une duchesse de rencontre ou une comédienne de pacotille. Ma femme se mordra les lèvres pendant huit jours ; elle aura du dépit pendant trois semaines; après quoi elle redeviendra madame Dubois comme devant. Voilà qui n'est pas mal raisonné, j'imagine. J'en suis donc quitte pour la peur. J'ai vu le commencement de cette intrigue , mais. Dieu merci I je n'en verrai pas la fin.
Les trois mois se passèrent trop lentement au gré du mari. Il força sa femme à se distraire de temps en temps , en dehors de sa passion naissante. Comme c'était l'hiver , il la conduisit dans les bals, les concerts et les spectacles; il dépensa beaucoup en parures et en propos galants; enfin , il redevint un jeune mari.
Le jour de l'échéance, il reçut une lettre de son élégant débiteur; il fit la sourde-oreille, il répondit qu'il n'était plus pour rien dans cette affaire; qu'il regrettait bien d'être empêché de disposer
(l'une nouvelle somme de dix mille francs pour tirer son ami de ce mauvais pas; mais, après tout, ajoutait-il, ce devait être une leçon profitable. Reculer pour celte créance, c'était se créer mille embarras futurs. Enfin, il conseillait à Anatole de faire une fin; grâce à son nom, à sou esprit, à ses espérances, il pouvait trouver une femme, c'est-à-dire une dot.
En lisant la lettre de l'agent de change, .luatole vit bien qu'il était persiflé.
— C'est, dit-il, d'un jaloux qui me ferme sa bourse pour me fermer sa porte; mais il aura beau faii-e, il ne peut rien sur mou cœur ni sur le cœur de sa femme. Je suis son débiteur, soit; je trouverai bien de la monnaie pour le payer.
Le billet à ordre alla au tribunal de commerce, qui ordonna la saisie et la prise de cor[)s. ."Anatole trouva moyen de sauver son cheval et de se sauver lui-même. Il alla habiter un hôtel de la rue de Rivoli.
— Prise de corps, disait-il pour se cacher son dépit, qu'importe? N'est-il pas du bel air de ne sortir qu'après le soleil couché?
Il arrangea sa vie en conséquence. Cependant, pour monter à cheval, il se moquait de tous les gardes du commerce; son cheval anglais était merveilleusement dressé pour la course, même pour la course au clocher. C'était un noble animal, toujours prêt a tous les périls sur un seul mot de son maître ; aussi .Anatole l'aimait mieux que sou meilleur ami. II se fût résigné de fort bonne grâce à aller à Clichy , pourvu que Bajazet y fut enfermé.
Ainsi, .Anatole ne sortait plus guère le jour, hormis à cheval; car, grâce à son cheval, il était encore de toutes les courses et de toutes les fêles. Vinrent les promenades de Longchamp. Le second jour, au j)remier rayon du soleil , il fit seller Bajazet et partit gai connue le printemps. Depuis près d'un mois, il avait à peine entrevu madame Dubois dans sa loge à l'Opéra; il lui avait écrit , mais en vain : M. Dubois était le directeur des postes dans sa maison. Anatole espérait revoir la jeune femme à Longchamp. L'espérance d'.\nalolc ne l'avait pas trompé; à peine dans les Champs-Elysées, il reconnut madame Dubois, qui était seule avec ses sœurs dans sa calèche bleu-tendre. Comme Anatole ne craignait jamais rien dès
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qu'il élail sur son cheval, il ue craignit pas d'aborder Amélie; il piqua des deux et fit caracoler Bajazet en cavalier qui veut entrer dignement en conversation. A sa vue, Amélie rougit et détourna la tête; mais après tout, comme entre eux il n'y avait point de billets à ordre, elle lui fit, quoique froidement, assez bon accueil. Elle cul l'air d'ignorer la brouille survenue entre lui et son mari.
— H y a bien longtemps que vous n'êtes venu nous voir, monsieur. Notre dernier bal a été très-brillant; il n'y manquait rien, si ce n'est vous. Je vous croyais en Egypte ou en Chine.
— Ou à Clichy, comme disent les mauvaises langues, munnura tout bas la jeune sœur.
— \'ous ne savez donc pas, répondit , Anatole , que je n'ai le droit d'aller vous rendre visite qu'après le coucher du soleil? Je serais bien allé à votre dernier bal, mais AI. Dubois n'aurait pas eu la charité de m'avcrtir à temps pour partir; je serais resté jusqu'au grand jour, et c'était fait de ma liberté. Pour la liberté de mon cœur, madame, il y a longtemps que...
A cet instant Anatole vit à deux pas de lui une figure qu'il crut reconnaître. Comme il ne tenait pas à renouveler connaissance , il fit demi-tour de l'autre côté de la voiture.
— Ah çà! monsieur, reprit Amélie, est-ce que nous jouons aux propos interrompus?
— Oui, oui, madame, répondit Anatole, qui avait toujours l'œil sur le nouveau venu.
A cet instant même , madame Dubois et sa sœur furent très-surprises de voir Anatole s'élancer sous les arbres , à travers les promeneurs, avec la i-apidité d'une flèche. Le nouveau venu, qui avait pour monture un jeune cheval très-fougueux , eut en une seconde dépassé Anatole.
— C'est un pari. — C'est un steepfe-c/iase. — C'est une course au clocher, s'écria-t-on de toutes parts au milieu de la confusion que venaient de répandre les deux cavaliers.
Tous les regards tournèrent vers eux. Les plus curieux voulurent les suivre; plus d'une vingtaine de jeunes gens se détachèrent du groupe des promeneurs et se mirent sur les traces d'Anatole et de son compagnon de voyage. Des paris se formèrent ; qui pour le
cheval blanc, qui pour Bajazet. En moins d'une minute, des paris furent ouverts. Anatole était reconnu pour bon cavalier ; on n'avait jamais vu l'autre , mais l'autre avait un cheval plus ardent. On iut bientôt à r.Arc-do-Triomphc ; on traversa d'un saut les fortifications; dans le bois de Boulogne, ce furent des détours sans nombre; lun déchira son habit, l'autre perdit sou chapeau. Les deux héros s'enfonçaient le mieux du monde dans les halliers, ils dédaignaient les routes battues, ils semblaient regretter de n'avoir point quelque petite rivière à traverser, enCn ils étaient dans toute la féroce ardeur du courre. Ils s'élancèrent vers Saint-Clond et se jetèrent dans la montagne de Bellevue ; ils se trouvèrent bientôt en pleine campagne. La victoire jusque-là, si longtemps disputée, était encore incertaine. Bajazet regagnait en détours ce qu'il perdait en vitesse. .Anatole, tout ruisselant, le flattait de la voix et de la main; Bajazet obéissait toujours sans broncher; il sautait sans y regarder à deux fois les haies et les ruisseaux ; mais il était toujours suivi de près. Les deux cavaliers arrivèrent en même temps devant le petit mur en ruines d'un parc.
Le soleil , près de se coucher, vint jeter un rayon sur ce tableau. .Anatole, désespéré, s'écria : Bajazet! Bajazet!
A la voix de son maître, Bajazet s'élance, prend son vol , et disparaît au même instant de l'autre côté du mur.
— Bravo! bravo! Bajazet! s'écrient ceux qui ont parié pour lui et même quelques-uns de ceux qui ont parié contre lui, tant le triomphe était beau!
Les deux cavaliers avaient fait tant de zigzags que les curieux et les parieurs, qui allaient en droite ligne, ne les avaient pas perdus de vue.
Le cheval blanc s'est rebuté; en vain son maître Vu lancé deux Ibis, il s'est arrêté au pied du mur. L'inconnu, loin de se dire vaincu, semble en prendre son parti : il se détourne, voyant une entrée plus favorable au parc. En effet, du côté opposé, le mur est plus ruiné ; en moins de quelques secondes il arrive près de Bajazet, près du pauvre Bajazet qui est exj)iranl. L'inconnu saute h terre, et, sans s'arrêter à ce spectacle lamentable d'un noble Ci-Halicr roulé dans la |)Oussière, end)rassaiil son clieval qui va mourir,
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\rersanl une larme sur ce noble ami qui ne lui a pas fait défaut, il saisit Anatole au collet et lui dit avec un sourire moqueur :
— Enfin je vous liens, monsieur.
— Oui, dit Anatole en cherchant à se débarrasser des étreintes du garde du commerce; oui, je suis atteint; mais voyez, monsieur, le soleil est couché.
Anatole prit sa cravache et vengea à tour de bras la mort de Bajazet aux applaudissements de la galerie.
Mais le lendemain il sortit sans Hajazet, et, quand se coucha le soleil , Anatole se coucha à Clichy.
Anatole de Genevay reverra-t-il madame Dubois après le coucher du soleil ?