‹ Voyage à ma fenetreChapitre 34 sur 54 · DU DA\CER DE PEIXDIIE LA MADELEINE AU DÉSERT · texte numérisé non relu

DU DA\CER DE PEIXDIIE LA MADELEINE AU DÉSERT

Jusqu'en 1837, son liisloire se peut raconter en quelques lignes. Son père, d'origine lorraine, peintre lui-même, paysagiste de l'école de Lutherbourg, l'avait laissé au berceau à la garde d'une mère isolée, qui s'attacha à son enfance de toute son âme. N'ayant plus que lui à aimer, elle l'aima jusqu'à l'idolâtrie, l'ous dire toutes les tendresses de cette pauvre mère, ce serait un trop long chapitre. Elle commençait à ressaisir l'espoir du bonheur ; mais le ciel lui permit à peine de sourire, il la frap|)a pour la seconde fois. Elle mourut en décembre 183G, laissant Frédéric seul en ce monde. Comment allait-il faire, maintenant qu'il n'avait plus le sourire de sa mère? Il fut près de se laisser abattre; mais la jeunesse a tant de ressources cachées au jour du malheur, elle rebâtit si gaiement et si vite sur des ruines! Frédéric pleura sa mère, il garda son image adorée dans le sanctuaire de son cœur, il vécut durant de longues semaines dans le souvenir de cette pauvre femme qui avait subi un si triste destin. Il avait recueilli de l'héritage de sa mère à peu près deux mille livres de revenu, un ameublement assez joli, quelques tableaux et un peu d'argent comptant. Il y avait là de quoi vivre pour traverser la préface de la vie et du talent. Frédéric résolut de vivre seul : il loua un atelier dans la rue Notre-Dame-des- Champs, en belle vue et en belle lumière; il se mit à l'œuvre gravement, après avoir pressé sur son cœur un vieux pinceau de son père. Il commença par une Vierf/e au pied de la Croix. Quoiqu'il eût un peu oublié sa mère , ce fut cette tendre et suave figure qui vint d'elle-même s'animer sur la toile. Cette figure une fois retrouvée , Frédéric sentit qu'il n'était pas tout à fait seul , que par la volonté du ciel sa mère venait veiller sur lui et lui dire d'esjjérer. Vous pensez qu'il se garda bien de se séparer de ce tableau ; il le

caressa de tout son amour et de tout son talent ; il le suspendit audessus de sa couche solitaire et pieuse; il refusa, sur l'instance d'un ami, de le laisser partir. Jusque-là tout allait bien : le travail était son refuge et sa vie, son espoir et sa joie. 11 se levait de ijonno heure, comme l'oiseau chanteur, comme l'ouvrier laborieux; il déjeunait dans son atelier, se délassant par quelque lecture plus souvent frivole que solide. Sur le soir il allait dîner, ou à peu près, avec quelques étudiants; après dîner il se promenait dans Paris pour étudier encore, cherchant parloul des yeux quelque noble et belle tète digne de figurer dans sa galerie. Quand le pinceau était rebelle, il allait au Louvre s'extasier devant quelque splendide page de Rubens , son vrai maître.

En 1837, au mois d'avril, par une fraîche et souriniile nialinée, Frédéric peignait une Madeleine au désert. Pendant qu'il peint, traçons nous-mème son portrait : une figure de vingt ans, d'un profil pur, des cheveux brunissants, des yeux bleus qui rèvenl, une bouche timide encore, quoique relevée d'une fine moustache, des joues un peu colorées, mais qui pâliront bientôt, taille svelte, pied léger, main de femme, voilà Frédéric. Si j'avais à peindre son esprit, je n'oublierais pas de l'affubler de tous les travers de notre temps.

Il avait ce jour-là pour modèle de sa Madeleine une jeune fille blonde qui promettait, par sa physionomie, de se faire beaucoup pardonner, mais qui n'en était pas encore au repentir. Tout en s'élevant au ciel, ses yeux pétillants de tous les feux de la volupté semblaient regretter les joies de la terre. En un mot, c'étail Madeleine pécheresse et non Madeleine repentante.

Frédéric, ayant déposé sa palette pour contempler son oeuvre à divers points de vue, secoua la tète avec chagrin: «Ce n'est point là Madeleine au désert, dit-il en prenant son chapeau. — Où allezvous ? lui demanda son modèle. — La séance est levée ; renouez vos cheveux, je vais chercher une autre Madeleine. » Disant ces mots, Frédéric sortit gravement. Il traversa le Luxembourg et descendit la rue de Tournon ; comme il passait devant la maison loule ridée et fout édentée d'une devineresse célèbre, mademoiselle Lenormand, Frédéric s'arrêta émerveillé devant une jolie femme qui

desceudait d'un flacre, en toilette extravagante. Ne voyant que sa figure, il s'écria : «Voilà ma Madeleine! » Et, sans trop savoir ce qu'il faisait, il la suivit jusqu'à l'escalier de la prophétesse. Revenant un peu do son enthousiasme, il voulut, au bas de l'escalier, rebrousser chemin ; mais, celle femme s'étant retournée je ne sais pourquoi, il ne put résister à l'attrait de la voir quelques instants de plus. Il entra donc à la suite de la dame et alla s'asseoir en face d'elle dans le salon d'attente. Pendant qu'elle regardait avec une curiosité inquiète l'ameublement fantasque de la vieille sibylle, il étudiait avec les yeux du peintre toutes les lignes et tous les tons de celte belle figure un peu dévastée par les veilles, les passions et le chagrin. Cette femme finit par s'impatienter du regard obstiné de Frédéric : elle détourna la tète; mais, sous prétexte de voir un paysage , il se leva et alla se placer plus près d'elle. L'inconnue lui demanda alors sans façon ce qu'il prétendait faire. Il répondit en s'inclinant : ^<. Je vous ai suivie sans le vouloir. — Que voulez-vous dire?»

Et la dame regarda Frédéric des pieds à la tète pour savoir à qui elle avait affaire. « Je veux dire , madame , que votre figure m'a frappé; je suis peintre, je cherchais partout une tète de sainte... ne vous offensez pas, c'est sainte Marie Madeleine que je veux peindre... Si vous voulez que je fasse un chef-d'œuvre, vous n'avez qu'à venir à mon atelier. — Me feriez-vous mon portrait? — Vingt fois ; je ne me lasserais pas de reproduire ce chef-d'œuvre de la création. »

Tout en parlant , la dame avait pénétré avec ses yeux de lynx dans l'âme de Frédéric , elle y avait découvert je ne sais quoi de noble et de grand qui la séduisait, elle n'avait pu se défendre d'un certain entraînement vers lui. « Ecoutez, lui dit-elle avec un joli jeu de physionomie , je vais demander à la devineresse si je puis sans danger aller dans votre atelier. )>

A cet instant une grande dame un peu fanée sortit du cabinet mystérieux; la devineresse apparut sur le seuil et fit signe d'entrer à la nouvelle venue. Frédéric était si enivré de son aventure, qu'il ne prit pas garde à la sibylle. La porte se referma ; il demeura seul très-agité, jetant çà et là un coup d'œil distrait sur les tableaux et les gravures oîi l'araignée se promenait et filait sa toile.

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Au bout criin quart d'heure la jeune dame sortit. « Eh bien? » lui demanda Frédéric d'un air suppliant.

KJIe prit sou bras sans façon, a Eh bien! lui répondit-elle avec un sourire forcé, allons à votre atelier. »

La dame se nommait Lydia ce jour-là. Son histoire est connue , car ces dames ont toutes la même histoire. Sous les poètes mythologiques on l'eût surnommée la Sirène , sous les poètes romantiques on l'eût surnommée la Lionne ou la Panthère; le nom n'y fiùt rien. Elle habitait la rue Xotre-I)ame-des-Lorettes; elle ne Cgurail pas mal dans les chœurs de l'Opéra, mais elle jouait beaucoup mieux son rôle sur le théâtre du monde. Ce qu'elle étudiait le plus était son calendrier pour se rappeler les mille noms dont elle s'affublait, les mille noms de ses amants , les mille rendez-vous qu'elle accordait. Son origine, son avenir, vous le savez. On ne les voit pas venir, on ne les voit pas s'en aller; elles apparaissent et disparaissent sans avertir personne. J'en connais qui aboutissent à la dévotion; celles-ci ont imité les bateliers, qui abordent au rivage tout en lui tournant le dos. Sa figure était faite par l'amour et embellie par le diable. Quoiqu'elle vécût dans le péché, avec le péché et par le |)éché, il restait à ses traits je ne sais quoi de noble et d'élevé qui avait séduit Erédéric. A coup sûr, plus qu'une autre de sa famille elle pouvait inspirer un ])einlre jtoui- une Madeleine repenlante.

Erédéric et Lydia allèrent tout droit à l'atelier, Erédéric heureux d'une si belle découverte, Lydia curieuse de voir si le jeune peintre possédait autre chose que ses pinceaux et sa palette. En moins d'une heure elle compta sur ses doigts toutes les ressources de Frédéric, car il était confiant comme la jeunesse , il répondit à tout, u A merveille , dit Lydia, celui-là pourra fournir à mes dépenses ])endant la saison. »

Et, tout en mettant en jeu ses artifices, elle posa en Madeleine repentante, u Faut-il que je pleure? demanda-t-elle à Frédéric. — Quoi! dit-il tout enchanté, vous pousseriez si loin l'amour de l'art? — Croyez-vous donc que je ne connaisse pas les larmes de Madeleine ? «

Lydia prit un crucifix d'ivoire et leva les yeux au ciel. Frédéric

se mit à l'œuvre. Se tournaut vers Lydia, il fut surpris de voir briller deux larmes dans ses yeux bleus. « Ah! madame, dit-il avec enthousiasme, ces larmes-là ne seront pas perdues. »

11 retoucha les yeux de sa Madeleine, il y suspendit les pleurs de Lydia. Mais tout à coup , jetant son pinceau , il tomba aux pieds de la comédienne.

Le lendemain , l'atelier ne fut point ouvert ; le surlendemain , Frédéric y vint un instant; mais à peine s'il prit le temps de regarder sa Madeleine. Comme il entrait dans sa chambre à coucher, il fut frappé plus que jamais de l'expression tendre et inquiète du portrait de sa mère. « C'est vrai, dit-il, saisi d'une émotion confuse ; je n'étais pas là cette nuit , — ni l'autre. » Mais le démon du mal ne lui laissa pas le temps de réfléchir : il ferma la porte et ne vit plus que l'image attrayante de Lydia.

in.

LES FOLLES .IMOUllS.

Vous raconterai-je mot à mot tout le cliapifre de ses folles amours, toutes les coquetteries de Lydia et toutes les faiblesses de Frédéric ? Pénétrerai-je dans le labyrinthe sans poétiques visions où s'égare plus que jamais la jeunesse dorée de notre temps, ce labyrinthe de la passion sans âme, du désenchantement et du désespoir? Vous montrerai-je à la pâle lumière de la vérité la galerie de ces belles aventurières qui ravagent tant de nobles cœurs, qui flétrissent tant de nobles esprits! Ne criez pas trop à la moralité; j'ai assisté plus d'une fois à ce douloureux spectacle d'un avenir doré qui se perdait sans retour dans cet abîme sans fond. Lydia puisa à pleines mains dans la bourse et dans le cœur de Frédéric ; elle dissipa en peu de temps ses ressources et ses fraîches espérances. Il découvrit trop tard qu'il était la proie du démon, ou, qui mieux est, d'une courtisane. Il voulut revenir sur ses pas ; mais retrouvera-t-il son ardeur pour le travail, ses caressantes illusions, sa petite fortune, fruit des veilles de son père? C'en était fait de lui; la fumée du plaisir lui cacha bientôt la fumée de la gloire. « Autant l'une

'iàO VOVAGH A MA FEXÊTRE.

([tio l'auliT, >■ lui (lisait Lydia. De plus ou plus égare daus un monde éperdu , il ne voyait plus que par le prisme de Fiiressc ; une longue nuit s'étendait sur son âme.

Toutes les semaines il vendait un coupon de rentes, s'iraaginant, dans son insouciance ou son découragement, qu'un honmie de lalcnl n'était jamais ruiné. Dans les premiers temps, il comptait un peu, se rappelant les pieuses économies de sa mère; mais il Unissait par ne plus compter. Lydia savait mieux que lui l'état de sa petite fortune. Elle lui en donna bientôt la preuve en se'brouillant avec lui sans raison apparente ; elle prépara une scène de jalousie. Comme il ne l'aimait plus depuis longtemps, il se brouilla de bon cœur. C'était une bonne fortune; il allait reprendre sa liberté. Il rentra cbez lui le cœur plus gai que de coutume. " C'est étonnant, disait-il en revoyant sa palette avec un charme inconnu; c'est étonnant que Lydia ait songé à se brouiller avec moi : que me manque-t-il"? Je suis beau, j'ai les airs d'un grand seigneur, j'ai |)lus d'esprit qu'il n'en faut, je suis généreux comme un fils de famille, ou peut dire que je jette avec grâce l'argent par la fenêtre... " A ces derniers mots, Frédéric pâlit et secoua le tète. " Voyons! » dit-il. Il fit l'inventaire de ses papiers et de sa fortune, Lydia avait compté juste : il ne restait que mille francs à Frédéric. «Je comprends, dit-il avec colère, je comprends pourquoi elle s'est brouillée avec moi ! «

Il rentra dans l'atelier avec la résolution de reprendre son œuvre où il l'avait laissée , de ressaisir avec ardeur tous les lambeaux éparpillés de sou talent. Durant deux jours, il travailla sans reprendre baleine, mais il était un peu tard pour revenir dans le beau chemin si verdoyant qu'il avait quitté sans presque retourner la tète; le désœuvrement l'avait envahi; la religion de l'art était éteinte en son âme ; la soif de la renommée ne passait plus sur ses lèvres flétries. Son ardeur ne fut que passagère. Le troisième jour, il alla retrouver ses amis; après souper, il prit une autre maîtresse , une digue compagne de Lydia, qui ne fut pas longtemps à dévorer le millier de francs que Lydia avait dédaigné en disant : « Va te ruiner avec une autre. " Après Lydia, il avait pu relever encore son front abattu ; après Olympe, tout espoir était perdu. Il se laissa

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aller aux mille extravagances de l'orgie du cœur; il suivit lète baissée, sans honte et sans regrets, l'ornière fatale qui se creusait au bal de l'Opéra pour aboutir à Clichy. " Tu n'es qu'à moitié ruiné, lui dit Olympe le jour où il jeta son dernier écu chez une marchande à la toilette, tu n'es qu'à moitié ruiné; n'as-tu pas la ressource des dettes? Avec ta bonne mine, il y a là de quoi vivre un an. " Frédéric, sans guide et sans frein sur cette mer orageuse , se laissa aller à tous les mauvais vents. « Qu'importe? disait-il dans son insouciance, je ne crains pas le naufrage : la peinture ne sera-t-elle pas toujours une planche de salut?»

Quand il se fut raisonnablement endetté, Olympe se brouilla avec lui je ne sais comment. Frédéric ne prit point le temps de s'arrêter pour regarder la vie en face : il s'égara de plus en plus. Bientôt on saisit ses meubles et on les vendit à l'encan; bientôt il fut poursuivi à chaque coin de rue par un créancier. Il ne lui resta rien de tout le mobilier qu'avait béni sa mère. On lui laissa son chevalet, sa palette, ses pinceaux, le portrait de sa mère, sa fatale Madeleine toujours inachevée et quelques toiles barbouillées à peine. Il loua un autre atelier, ou plutôt un coin de grenier mal éclairé par deux lucarnes, près de Sainte-Geneviève. Il espérait sortir bientôt de ce mauvais pas; il disait pour se consoler que la pauvreté est la meilleure compagne du génie. Cette maxime n'était plus vraie pour lui, pour lui qui avait perdu la religion de l'art, l'enthousiasme de la jeunesse, les prismes de l'illusion. Autrefois la pauvreté aurait eu pour lui, comme pour les nobles esprits qui se dévouent au martyre de l'art, des sourires encourageants; mais, à cette heure, la pauvreté devait apparaître à ses yeux sans masque et sans déguisement, dans sa pâleur de mort, avec ses guenilles qui sentent le linceul. Il voulut la fuir par l'ivresse ; il créa mille paradoxes pour s'étourdir encore; mais la nuit il rentrait chez lui ; en franchissant le seuil désolé de la porte , il entendait une voix terrible qui lui demandait compte de son temps; dans l'àtre nu, la pauvreté lui apparaissait grelottante et affamée; enfin sa mère lui souriait toujours d'un sourire angélique, sourire doux et terrible. Une nuit, se trouvant indigne de ce sourire, il saisit le portrait, le baisa en pleurant et s'écria : « Non! ma mère! non, tu ne sais pas

quelle route impie j"ai traversée; non, non, je n'ose plus dormir sous ton regard. Adieu! " Il retourna le portrait.

Il faut le dire à sa louange, il ne put résister à tant d'ignominie. Il tenta de se faire une ressource de la peinture, mais il avait perdu son talent : sa main tremblait ; le pinceau , naguère si docile, était devenu rebelle; la palette où il trouvait la création n'était plus qu'un triste chaos; son front, qui avait renfermé mille et mille images adorables, ne renfermait plus qu'un désert aride. Il voulut cependant achever sa Madeleine; comme il n'avait ni foi ni amour, il gâta en quelques coups de pinceau l'expression divine qu'il avait trouvée autrefois. « C'est fini, dit-il en rejetant son pinceau, je no suis qu'un barbouilleur. « 11 fut pris d'une colère sauvage, il renversa son chevalet et piétina la toile. « Oui, reprit-il, je ne suis qu'un corps sans âme, un cœur sans passion : tout est fini pour moi. " Il voulut mourir. « Mais comment mourir? Et puis, pourquoi ne pas subir la lutte au moment terrible? Il faut des soldais au pays, je serai soldat. Dieu me fera la grâce de bien mourir. " Tout en disant cela, il se mit à la lucarne de son triste refuge. En face de cette lucarne, on bâtissait une maison; une douzaine de maçons , éparpillés sur les murs , manœuvraient avec ardeur. Toutes ces figures plébéiennes étaient animées d'une franche gaieté; les uns chantaient, les autres devisaient, tous sans perdre de temps. L'équerre, le compas, le ciseau, s'agitaient sans cesse dans ces mains laborieuses. Frédéric fut ému jusqu'au cœur par ce tableau du travail; il comprit que la vie était là, que le travail était pour moitié dans le bonheur, que le pain du travail était le seul béni de Dieu. «Je ne serai pas soldat, dit-il, je serai peintre d'enseignes; puisque je suis indigne d'être un artiste, je serai un ouvrier. » 11 tint bon dans cette résolution ; il ramassa ses hardes et ses pinceaux, déposa le portrait de sa mère à la garde d'un marchand de tableaux qui lui avait acheté quelques esquisses de son bon temps ; enfin il partit de Paris sans savoir où il allait, n'ayant gardé sur lui qu'une douzaine de francs. Vous croyez peut-être qu'il est sauvé , que les beaux sentiments vont refleurir en lui, que le peintre d'enseignes va retrouver peu à pe» son talent d'artiste? Mon, Dieu est

plus rebelle à ceux qui ont dégradé son œuvre; il veut que celui qui gaspille les fleurs ne recueille que des fruits amers.

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