‹ Voyage à ma fenetreChapitre 45 sur 54 · VI · texte numérisé non relu

VI

Que nous étions heureux en ces belles folies! A ce seul souvenir mon front a rayonné. Cécile était jolie entre les plus jolies; Pour moi, je n'étais pas, je pense, un rafOné. En songe je cherchais les blondes Opliélies : .Apollon du moulin, je poursuivais Daphné.

Daphné , le savez-vous , est un symbole triste. La femme qu'on poursuit de son plus cher désir , Sur le sein de laquelle — amant — poêle — artiste — On voudrait moissonner les roses du plaisir, Celle pour qui l'on chante et pour qui l'on existe, Ce n'est plus qu'un rameau quand on veut la saisir.

xvin.

Ln rameau de laurier pour l'orgueilleux poëte

Qui met tout son bonheur, — le vieil enfant gâté ! —

A faire un peu de bruit sur la rive muette ;

Qui profane son cœur en sa virginité.

Qui veut laisser au mur d'airain sa silhouette :

Vanités ! vanités ! Tout n'est que vanité !

C'est un rameau de hnux pour l'amoureux sans arme, Pour les sots ce ne sont que chardons indiscrets. Pour le rêveur un lys qui renferme une larme. Pour les adolescents, s'agenonillant auprès, lue aubépine en fleur qui déchire et qui charme. Pour le grand nombre enfin quelque sombre cyprès.

Car la femme souvent n'est qu'une tombe ouverte : Sur un beau sein plus blanc que la neige des monts , \ ous avez respiré l'odeur de l'herbe verte Qui fleurit sur les nKu-ts , archanges ou dénions. — Et que de fois aussi de terre on l'a <()uierle A l'heure de l'amour celle que nous iiirnoiis !

VOYAGE A MA FEXKTRK. '.^I'

Ainsi la mort a pris Cécile et l'a couchée

Kn sa verte saison sous les saules maudits.

Belle moisson d'amour que je n'ai pas fauchée ,

.A qui je ne dis plus rien qu'un De piofundix .

— Treille de pourpre et d'or ! — branche toute penchée

Sous le fruit savoureux qu'on cueille au Paradis I

Ah ! ma chère maîtresse , où donc est-elle allée ? Est-ce l'auhe auï cils blonds qui sourit au matin , Le nuage d'argent, l'étode cchevelée, La rose ou le bleuet que je cueille incertain ? Je te cherche partout, ô ma belle exilée ! Est-ce toi qui m'appelle en un hymne lointain?

D'autres vont sur la tombe, amoureux du mystère, luterroger la vie et la mort, — ô douleur! — Ils demandent au ciel ce qu'on devient en terre , Si l'àmc des vingt ans y survit dans sa fleur ; Moi, quand sur un tombeau j'arrive sohtaire. Je ne sais que pleurer les larmes de mon cœur.

Rien ne dure ici-bas, ni l'amour ni la joie, Xi même la douleur : — au bout d'une saison, D'une autre passion mon cœur était la proie. L'amour m'avait rouvert son plus rose horizon; Et, les yeux éblouis d'une robe de soie. Je voyais sans pleurer le toit de sa maison I

Lorsque revint le temps de la feuille qui tombe. Allant au cimetière en proie au cher tourment. Je vis que l'herbe amère envahissait sa tombe Et voilait ce doux nom, — divin enchantement —

Cécile .' — Hélas 1 pourquoi ses ailes de colombe

L'ont-elles emportée au ciel sans son amant ?

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