‹ Voyage à MadagascarChapitre 16 sur 91 · FEMME PORTANT SON ENFANT · texte numérisé non relu

FEMME PORTANT SON ENFANT

Malgré

é cette richesse en eaux vives, la végétation de l'Imerina esl loin d'être luxuriante. Si, parfois.

en plongeant dans les vallées, l'œil est réjoui par le spectacle d'une fécondité due à l'intervention de l'industrie humaine, il n'a plus devant lui que l'aridité et la désolation quand il se relève sur les coteaux couverts d'une herbe courte et rare que percent çà et là des blocs de granité. Peu souvent quelques chétifs buissons enfoncent leurs racines dans ce sol lavé par les pluies et privé de terre végétale; on ne voit pas un arbre à plusieurs kilomètres à la ronde.

Tel est l'aspect général du pays des Antimerina. En le parcourant, nous verrons que les deux caractéristiques de ces régions : l'étal bouleversé du terrain et l'absence presque totale de végétation active et spontanée, sont plus fréquemment exagérées qu'amoindries.

Dans la journée du 29 avril une petite étape nous avait conduits, en dehors des environs immédiats de Tananarivc, au village d'Ambohimana. Le 30, au matin, nous nous mettons en route dans la direction des monts de l'Ankaralra et à la tombée de la nuit nous arrivions aux pieds des hauts sommets, au hameau d'Ankadivavala.

Nous sommes là dans une contrée presque déserte qui contraste vivement avec le pays peuplé que nous avons traversé en quittant Tananarivc. De loin en loin on aperçoit sur les mamelons dénudés quelques huiles d'argile. Ankadivavala, avec ses huit maisons sales et misérables, est le plus gros village île la région.

La case la moins exiguë, celle dont nous prenons possession, est l'église. Cela nous vaut la visite de tous les indigènes qui viennent en foule protester de leurs bons sentiments, de leurs fermes croyances, el nous demander par suite force cadeaux pour soutenir leur foi. Nous les renvoyons, non sans peine, surtout un jeune néophyte qui, chargé d'appeler les fidèles à la prière, voulait une montre pour lui permettre de sonner la cloche aux heures convenables. Débarrassés de tous ces mendiants ', nous pouvons enfin prendre quelque repos, de courte durée, hélas! Le sonneur s'est vengé en venant plusieurs fois nous demander avant l'aube s'il était l'heure de tinter l'angélus.

Dans la journée, pendant que mes compagnons étudiaient dans les environs la faune et la flore qui ne paraissaient leur promettre qu'une récolte peu abondante, j'allais visiter la montagne.

Le massif de l'Ankaralra est formé au centre de l'Iinerina, comme je l'ai dit plus haut, par une incurvation vers l'ouest de la ligne de partage des eaux. Ces sommets élevés de 2 000 à 2 700 mètres sont échelonnés du nord au sud sur une longueur d'environ 50 kilomètres. Séparés par des vallées peu profondes, ils ont l'apparence de ballons; les pentes argileuses et peu rapides sont gazonnées, les émergences rocheuses sont rares, si ce n'est sur les plus hautes cimes. Aussi ces monts, les plus élevés de Madagascar, qui s'étagenl peu à peu au-dessus des collines, déjà d'une altitude considérable (1 G00 mètres, en moyenne), du pays des Antimerina, n'ont pas l'aspect imposant des monts rocheux et des mornes déchiquetés qui surgissent dans les plaines du sud Betsilco. La structure géologique du massif de l'Ankaratra apparaît difficilement sous l'épaisse couche d'argile qui recouvre toute la contrée. Aux pieds des monts, le gneiss fondamental est traversé en maints endroits par des éruptions granitiques, sur les flancs ce sont des coulées de basaltes, de roches trachytiques formant principalement les crêtes et les cimes élevées.

Le soir, je regagnais le village où je trouvais mes compagnons. Leurs patientes recherches n'avaient pas été vaincs. Ils rapportaient une gerbe de fleurs, échantillons modestes et rares de la végétation herbacée de l'Ankaratra.

Rainivoavy me présente deux guides qui nous conduiront demain sur le Tsiafajavona, le plus haut sommet de l'Ankaralra. Ces indigènes consentent à nous accompagner si nous promettons de n'emporter ni graisse de porc, ni oignons. Ainsi le veut la coutume. Le dieu de la montagne frapperait des plus affreux malheurs le mortel assez téméraire pour enfreindre cette défense. Aussi les guides ne veulent pas s'exposer à ces châtiments terribles et, s'ils se contentent de notre parole, ils obligent nos porteurs

1. Le primitif est toujours quelque peu mendiant vis-à-vis du civilisé. L'Anlimeiina possède au plus haut point cet attribut des races inférieures.

VOYAGES DAXS L'IMERIXA.

à l'aire une lessive générale de leurs vêtements qui pourraient être maculés de graisse. Les hommes passent donc une partie de la nuil occupés à celle besogne; le lendemain malin, drapés dans leurs larhba blancs, ils apparaissent superbes parmi les habitants sales el déguenillés d'Ankadivavala. Ces Antimerina ne vont pas souvenl sur le Tsiafaj'avona.

La matinée esl fraîche et brumeuse, -+- 11°. Les Lasses températures «pie l'on observe pendant les premières heures du jour dans les régions élevées du centre de l'île sont mal supportées par les indigènes. Insuffisamment protégés par des vêlements de toile ou de colonnade, ils ne peuvent se garantir

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