Chef de village; en général : chef, personnage important
FAMII.LF ANTIMFRINA.
devait mourir, ce ne lui pas 1 « >n ;:*. Les agents anglais travaillèrent avec ardeur le parti antimerina que l'on appelait à Tananarive e le vieux . par oppositition au jeune parti qui, avec le mi Radama II, seniblail se jeter dans les bras de la France. Une conspiration s'organisa, les partisans do Radama II furent massacrés, le roi lui étranglé. Le principal chef des conjurés d'alors est aujourd'hui premier ministre îles Antimerina, il s'appelle Rainilaiarivony, l'âirite damnée de l'Angleterre. Je renvéie le lecteur désireux de s'instruire aux nombreux ouvrages qui traitent de l'histoire des commencements du royaume antimerina '. Je passe rapidement sur nus premières hostilités avec 1rs Antimerina, à la suite desquelles nous obtenions le protectorat de la côte nord-ouest. A ce moment, l'Angleterre devait avoir une vive appréhension en nous voyant négliger les Antimerina el nous occuper des Sakalava. Mais notre ennemie héréditaire eut vite repris son assurance lorsqu'elle assista à notre expédition récente de 1883.
A celle époque, par suite de circonstances que je ne puis raconter dans un récit de voyage, uni' expédition française lui dirigée contre Madagascar. A ce moment il eût été 1res facile de négliger fi^ Antimerina, de les laisser grelotter sur les hauts plateaux el de nous établir bien tranquillement sur les points de la côte les plus à notre convenance cl rebelles à leur domination. Mais, un lieu de cela, nous élions tellement enlisés dans le plan Farquhar, nous étions tellement bien pris, tellement dupés par les menées anglaises que nous ne voyions à Madagascar, lors de nol re cxpédil ion, que les \nl imerina seuls. Nous leur demandons de nous céder Diégo-Suarez qui ne leur appartient pas cl . comme comble de la naïveté, nous reconnaissons le souverain antimerina comme (lie! de l'île entière. Je suis Français, je puis critiquer mon gouvernement, mais non me réjouir des hélises qu'il fait. Si j'étais Anglais, je me gaudirais fort de voir la France tomber si naïvement dans le piège que lui oui tendu les gouverneurs de Maurice, piège que nous appellerons pour le léguer à l'histoire le piège de Robert Farquhar. Mais, ô lecteur! ce n'est pas tout el VOUS allez voir dans la suite avec quelle ardeur nos fonctionnaires el nos gouvernants continuent à faire à Madagascar le jeu de l'Angleterre, au grand détriment des intérêts de notre pays.
Après 1885, forte de noire protectorat, la France établit donc des fonctionnaires à Madagascar. Ton. jours fidèles à nos engagements, nous considérons le traité comme nous liant absolument, et nous l'exécutons à la lettre. Ile leur côté, les Antimerina s'en moquent comme de leur premier lamba el bien entendu ne l'exécutent pas. Nous avons donc fait celle expédition de 1885 en pure perte5. Comme c'est la règle, toute expédition qui se termine par un protectorat est une opération désastreuse.
1. En particulier aux deux livres suivants : lî. I'. Abinal, Vingt ans à Madaga car, et Henry d'Escamps, Histoire el géographie il<' Madagascar.
2. Il est juste d'ajouter qu'elle aboutissait à un protectorat. Combien donc laudi'.i-l-il d'hommes tués et de millions gaspillés pour montrer à la France que les protectorats ne valent rien? D'ailleurs les protectorats nous ont été con-
En effet, depuis dix ans que voyons-nous? C'est un pays de protectorat. Par conséquent nous respectons l'autorité antimerina. Dans notre naïveté, nous traitons avec eux de puissance à puissance, comme, dans tout protectorat aussi, les fonctionnaires français ne sont que des agents consulaires accrédités auprès de ce qu'on appelle la cour d'Emyrne. A côté d'eux, et avec tout autant de puissance, je dirai même avec plus d'influence sur le gouvernement antimerina, se trouvent des consuls anglais, allemands, italiens, américains, de sorte que nous avons combattu et dépensé des millions en 1885, pour avoir, déguisés sous le nom de résident et vice-résident, des consuls et des vice-consuls auprès du gouvernement antimerina. Ce n'était pas la peine de dépenser tant d'argent pour arriver à ce piètre résultat.
Déplus, pendant dix ans, les résidents généraux français de Madagascar emboîtaient le pas au premier titulaire du poste et ne voyaient dans l'île que les Antimerina seuls. Pour ces fonctionnaires, les tribus insoumises n'existaient pas, il n'y avait pas moyen de prendre Madagascar, si l'on ne flattait les Antimerina. Conséquences logiques : la reine Ranavalona 111 est nommée grand cordon de la Légion d'honneur, l'assassin de Radama II, Rainilaiarivony, est nommé commandeur. On ne sait quels cadeaux faire aux Antimerina. Chaque année, un peu avant le 22 novembre, des présents arrivent de France; des pendules, des objets d'art, des vases de Sèvres, vont s'entasser au Palais d'argent. Dans quelques mois, lorsque je reviendrai de ma campagne du nord, avant de partir pour Fianarantsoa, je verrai monter, pour le palais de la reine, une grosse caisse que tous les Malgaches salueront dans la rue, comme c'est l'usage. Elle contient un manteau royal en velours rouge bordé d'hermine. Ce magnifique vêtement vient de la rue Royale et coûte 11 000 francs.
Malgré toutes ces largesses, les Antimerina se montrent récalcitrants à notre protectorat; on a beau dire en France que tout va bien à Madagascar, je constate que tout va mal, pour la France bien entendu.
Les affaires étrangères continuent leur système de cadeaux. Cela ne mord pas. En 1892. on donnera aux Antimerina une batterie de canons de campagne : quelle dérision! Dans mon voyage à Madagascarje me rends bien compte de ce système de colonisation absurde et inepte qui a nom : protectorat. Nos fonctionnaires continuent a faire le jeu des Anglais, ils sont pris et font prendre la France de plus en plus dans le piège de Robert Farquhar; pendant que notre résident général obtient à grand'peine le droit de s'asseoir au Palais d'argent, les agents britanniques, accrédités officiellement auprès du gouvernement antimerina, continuent à guider cette peuplade au mieux de leurs intérêts; pour nous, nous continuons à faire des cadeaux. Le guillotiné par persuasion est un personnage qui n'est jamais sorti du domaine de la fantaisie; c'est, je crois, dans ce même domaine qu'il faut reléguer le roi nègre con-. quis et protégé par persuasion.
Telles sont fortement abrégées les réflexions que m'inspirait à cette époque l'essai de nos tentatives de colonisation à Madagascar. Avant de reprendre mon récit, qu'il me soit encore permis de communiquer au lecteur quelques pensées que me suggère ma connaissance de ce pays malgache et de la politique aveugle que la France y a inaugurée. Je vais parler de l'avenir et je ne crains pas d'être démenti. Il serait très désirable au contraire que je le fusse. Oui vivra verra, a dit la sagesse des nations. Au moment où j'écris ces lignes (décembre 1893», qui ne seront publiées probablement que dans deux ans, je crois pouvoir affirmer à l'avance qu'une expédition se fera dans quelques années pour venir forcer les Antimerina à respecter le traité de 1883. Je crois pouvoir affirmer, d'autre pari, que celte expédition coûtera fort cher. Quel en sera le résultat? je ne suis pas prophète, je ne puis que donner une opinion probable qui a, néanmoins, grande chance de se réaliser. Après celte expédition onéreuse cl qui nécessi-
scillés par l'Angleterre dans nos entreprises coloniales, pour les faire échouer et nous dégoûter à jamais d'en tenter denouvelles. Ce nouveau piège tendu par l'Angleterre où, conduits comme toujours parles affaires étrangères, nous avons donné tète baissée, est d'autant plus redoutable que par un heureux hasard qui ne se représentera jamais, notre premier protectorat semble avoir réussi. Il n'en fallait pas plus pour que nous généralisions le principe des protectorats sans tenir compte des peuples, des pays, des circonstances.
tera un grand nombre d'hommes, car forcément l'administration des affaires étrangères aura intérêt à grossir, comme à plaisir, la puissance des Antimerina pour bien démontrer que, si elle n'a pas réussi, c'est parce qu'elle avait à faire à forte partie; après cette expédition, dis-je, qui réussira, cela va sans dire, que fera-t-on?
Il semble être indiqué de ne pas continuer cette politique néfaste de protectorat dans laquelle les Anglais nous ont engagés. Il semble tout indiqué d'abandonner enfin ces Antimerina, nos ennemis à Madagascar. Il semble tout indiqué de nous mettre du côté des tribus insoumises, de diviser pour régner, enfin de mettre la main sur la grande île africaine.
Voilà ce qu'on devrait faire, mais voilà selon toute probabilité ce qu'on ne fera pas. Je crois que l'administration des affaires étrangères ne voudra pas amoindrir son prestige en abandonnant Madagascar à d'autres. Et je crois que, après la future expédition, toujours fidèle au mot d'ordre de Robert Farquhar, le ministre des affaires étrangères d'alors viendra dire aux représentants de notre pays, qu'il faut continuer à protéger une race (les Antimerina), et le gouvernement, à celte époque, peut-être proche, viendra, j'en suis convaincu, après celte expédition, faire ratifier au parlement non une annexion, mais un protectorat.
Ainsi, deux expéditions qui vont nous couler très cher en hommes et en argent vont nous conduireà ce résultat de proclamer les Antimerina la race supérieure de Madagascar, de conquérir l'île à leur profit, de dépenser notre argent, de faire tuer nos soldats pour leur plus grand bien, pendant que des consuls anglais viendront comme par le passé conseiller ces indigènes, les soutenir dans leur lutte contre nous.
On a dit bien souvent que les entreprises coloniales étaient mauvaises pour la France, je commence à me rallier à celle opinion, j'attends pour l'adopter complètement le prochain protectorat que nous établirons à Madagascar. Dans les fasles de l'histoire, jamais on n'aura vu un peuple agir avec tant de légèreté, dépenser tant d'argenl . verser peut-être tant de son sang pour arriver à un si petit résultat : un protectorat à Madagascar après deux expéditions onéreuses.
Mais, laissons là ces réflexions que je n'ai pu m'einpèeher de communiquer au lecteur; je le prie seulement de retenir le plan Farquhar.
Celle ingérence de l'Angleterre, dans cette petite peuplade de Madagascar, va nous expliquer, d'une façon très logique, la civilisation appareille des Antimerina que l'on ne comprendrait guère au point de vue ethnographique, qu'en les tenant entre tous les Malgaches pour une race vraiment supérieure; ce qui n'est pas. Dans l'avant-propos de cet ouvrage, j'ai déjà dit quelques mots de l'histoire ethnique des Antimerina; je les ai rangés dans le deuxième groupe (le groupe malais), à côté des Betsileo, j'ai donné leur type le plus commun, je renvoie le lecteur à ce chapitre.
Ces indigènes sont au nombre d'environ 80DO00, ils sont plus généralement connus en France sous le nom <le Ilova. Dans cet ouvrage je n'emploie jamais pour les désigner cette appellation, en effet elle n'est pas correcte, elle désigne une classe spéciale du peuple, intermédiaire entre les nobles et les esclaves, ce qu'on pourrait appeler la bourgeoisie. L'appellation Antimerina est la plus exacte, la plus conforme aux habitudes malgaches, c'est la seule qu'on doit employer. Dans l'île entière, celte dénomination d'Anlimerina est connue et comprise. Mais elle n'est pas exclusivement adoptée. On peut dire au contraire que chaque tribu, chaque peuplade, a un mot spécial pour désigner les Antimerina. Ainsi les Betsileo les appellent Ambaniandro (ceux qui sont sous le jour et les peuplades du premier groupe, c'est-à-dire les différentes tribus Sakalava, les Bara, les Antaisaka, les Antandroy, et les Antanosy même les appellent Amboa-Lambo (chien cochon). Il est très difficile de donner les origines des Antimerina ; les voici résumées assez exactement d'après la tradition sakalava, tradition qne j'emprunte au livre du R. P. Abinal '.
« Les Amboa-Lambo sont venus d'au delà des mers Le navire qui les portait se brisa sur les côtes de Madagascar.