‹ Voyage à MadagascarChapitre 28 sur 91 · VOYAGE \ MADAGASCAR · texte numérisé non relu

VOYAGE \ MADAGASCAR

Rasoa Rainiharisoa, 12 tra. Secrétaire particulier, etc., etc., etc. Rasoa Rainiharisoa, 12 Hr. Secrétaire particulier, etc., etc., etc.

Ny Andriana.

Chefs de la noblesse.

Zanak' Andriana : S. A. R. '. Ralsimamanga, là Ira. Printsy.

Zanakandriana : S. A. R. Ralsimamanga, 15 H1'. Prince.

Zazamarolahy : Rasehenolalvj . Zazamarolahy. Rasehenolahy.

2° Caste.

Andriamasinavalona : Ravelonanosy. Andriamasinavalona : Ravelonanosy.

3e Caste.

Zanatompo : Razakavahy. Zanalompo : Razakavahy.

¥ Caste.

Zanakambony : Rasoamanana. Zanakambony : Rasoamanana.

5e Casle.

Andriandranando : Andriamamonj y . Andriandranando : Andriamamonjy.

6'' Casle.

Zanadralambo amin, Andrianjaka : Rabedasy. Zanadralambo et Andrianjaka : Rabedasy.

7e et 8° Castes.

Voilà fidèlement reproduits et littéralement traduits les noms des principaux dignitaires antimerina, leurs fonctions, les titres jaompeux dont les Anglais se plaisent à les affubler; appellations grotesques que l'Annuaire du protectorat publiait à Tananarive par les soins du résident général de France, copiées et reproduites d'après les presses évangéliques. Je laisse au lecteur le soin de conclure, je lui laisse le soin de se former une idée de cette peuplade antimerina sauvage comme les autres, mais où les tentatives anglaises ont mélangé avec une rare patience les apparences d'une civilisation avancée avec un fond de barbarie. C'est donc cet état de choses que nous voulons continuer à Madagascar. Nous voulons donc que comme par le passé ce gouvernement ridicule subsiste, s'accroisse même en puissance. Nous voulons donc que comme par le passé toujours, les agents britanniques viennent conseiller ce peuple protégé par nous au prix des plus grands sacrifices. Avec un protectorat, nos millions dépensés, nos soldats ensevelis à Madagascar, toutes nos pertes en un mol auront servi à perpétuer un état de choses néfaste aux intérêts français. Les Anglais continueront à avoir la haute main sur les Antimerina! En serait-il de même dans une colonie française? L'administration des colonies n'a pas comme celle des affaires étrangères l'habitude de se laisser mener par les agents britanniques. Madagascar doit être colonie française. Elle le sera un jour, mais à quel prix!

Voici succinctement le fonctionnement normal du gouvernement antimerina. Le premier ministre est tout-puissant, il nomme à son caprice qui bon lui semble pour occuper les charges fictives de la cour à Tananarive. Il est plus vrai de dire qu'il les vend au plus ollVanl et dernier enchérisseur. L'acheteur doit cependant être persona grata et surtout être de bonne paye. Puis à côté de ce gouvernement central, chaque province est administrée par un gouverneur nommé parle premier ministre. Voici encore d'après le même Annuaire de Tananarive la liste des gouverneurs de provinces mise au courant en 1891 :

Rainandriamampandry, Vô tra Toamasina (Tamatave).

Rakotovao, 10 tra Yatomandry.

Randreza, 10 tra Mahasoa (Soamandrakisay).

1. S. A. R. Ce sont les initiales des trois mots français : Son Altesse Royale. Il est vraiment très curieux de voir nos résidents généraux gratifier du titre d'Altesse Royale des nègres que nous nous acharnons à combler d'honneurs et de présents.

Rahaga, 12 tra Tanimandry (Andovoranto).

Rantoandro, 10 tra Mahavelona (Vohimarina .

Rainizanamino, 9 tra

Ramiaramanana, 9 Ira Tsarasaotranitompony.

Rainizanahoera, 11 tra Vbhimasina (Fenoarivo .

Rainikctamavo, 10 tra

Rainingavelo, 12 Ira Saomianina.

Rainimandranto, 11 tra

Rabesandratana, 13 Ira Maroantsétra.

Rainivoavy, 12 Ira

Raharinosy, 12 tra Vohijanahary.

Andrianantony, 12 tra taonibe Ambohitsara .

Rainisoa Rabetontonana, 11 tra

Rafaralahitsimandresy, 12 tra Iharana.

Ramanandray, 11 tra

Ratovclo, 13 Ira

Ramambazafy, 18 Ira Mojanga Majunga).

Rafaralahidimy, 10 tra Maevatanana (Ambodiroka .

Rainimarobandro, 8 tra Vntongodrahoja.

Rainijaobelina, 10 tra Mahabo Avar .

Rainivoanjo, 12 tra Marovoay.

Andriantsiferana, lo tra Malatsy.

Andrianaivotraika, Tira Kinajy.

Andriantseno, 9 Ira Morokoloy.

Andriambelo, 8 Ira Vmpotaka.

Rafaralahitsaroana, 8 Ira ^ndrova.

Rainisoa, 7 Ira Unbodiamontana.

Ratsimihala, 9 Ira Vnkoala.

Rainitandra, 10 Ira Beseva.

Rainibemolaly, 8 tra Vmparihibe.

Ramiandravola, Il tra \jnberolia.

Rakotovao, 13 Ira V.norontsanga.

Rabesihanaka, 12 Ira

Rainizanaka, lo Ira ^mbodimadiro.

Rainilaikely, 10 tra Vnkaramy.

Randriaiiarv, 9 Ira Vmpasimbitika.

Rainimanambahy, s Ira Vndranomalaza.

Razàfîndrazaka, 12 Ira Mahabo.

Ratiaray, 11 tra Andakabe (Amorondava .

Rajafimbolo, 12 tra Mania.

Andriamarovony, 12 tra Faradofay (Fort-Dauphin).

Ralaimandanona, 12 Ira Vangaindrano.

Rajaona, 11 tra Mahamanina.

Rabcnjamina, 11 tra Vohipeno.

Andriamanisa, 10 tra

Radavidra, 12 Ira Mananjara.

Rakolo, 11 Ira

Rainisolol'o, 12 Ira Mahanoro.

Rainiketabao, 14 tra Fianarantsoa.

Rainimakaola, 11 tra

Rainizafy, 10 tra Kalamavony.

Rabanona, 11 tra Fanjakana.

Andrianaivo, 9 tra Mahazony.

Andriamaro, 11 tra Ambohimandroso.

Rananambahoaka, 10 tra

Ramaniraka, 14 tra Tompoamanandrariny (Ihosy).

Rainitsara, 11 tra Midongy.

Rasamimanana, 10 Ira Malainbandy.

Ranidrampy, 8 tra Tremo.

Rakotovao, 9 tra Janjina.

Ratsima, 7 tra Ambohinoma.

Razafintsalama, 13 tra Fierenana.

Rabeony, 12 tra Ambatondrazaka.

Andriamikato, 11 tra

Razakasoa, 11 Ira Amparafaravola.

Ramanilra, 10 tra Befandriana.

Rainizaly, 10 tra

Rainitsizafy, 14 tra Mandritsara.

A. Ramanitra, 11 Ira

Rafaralahinantsa, 11 tra Marotandrano.

Rainialy, 11 tra Ankavandra (Miadanarivo).

Rainisoahita, 9 tra Manandaza.

Rainisoatsifa, 9 tra Analabe.

Rainibenaivo, 10 tra Bevato.

Rakotovao, 10 tra Tsiroamandidy.

Ratrema, 11 tra Moramanga.

Rainimanarivo, 11 Ira

Ramiakatra, 10 tra Belanona (Anosibe).

Ratsimba, 10 tra Betafo (Vakin 'Ankaratra).

Rainijaonary, 11 tra Nanatonana.

Rainisoavahia, 12 tra Ambositra.

Rasoamanana, 11 tra

Rainizanama, 11 tra Ambohinamboarina.

Radaniela, 11 tra

Ratsarahoela, 10 tra Soavinandriana.

Ravanarivo, 13 tra Ambohimanga (Atsimo).

Ces gouverneurs de provinces, de villes, de villages, sont indépendants les uns des autres et reçoivent directement leurs ordres du premier ministre de Tananarive. Avec ces gouverneurs sont d'autres officiers, dont le premier, qui a le titre de commandant en second (lefitra), a pour principale mission non de suppléer au gouverneur, mais de l'espionner, et de rendre compte de ses faits et gestes au gouvernement central.

Telle est dans ses grandes lignes l'administration générale des Antimerina : à la tète, à Tananarive, un autocrate, le premier ministre; à l'extérieur, des gouverneurs qui dépendent exclusivement de lui. J'ajouterai pour être complet que dans chaque village, dans chaque hameau, il y a un chef de l'agglomération nommé lehibe, Sakaizambohitra ou encore Anlily. Ces petits chefs de villages ne sont que les vestiges des

anciens chefs de villages qui existaient autrefois clans toutes les tribus de l'île. Ces agents subalternes placés sous l'autorité du gouverneur de la province ou du commandant de la ville principale dont ils sont proches, font exécuter les ordres des gouverneurs et des commandants.

Telle est la description la plus simple que je puisse donner du pouvoir exécutif des Antimerina. Le pouvoir législatif ainsi que le pouvoir judiciaire n'existent pas; les Anglais ont bien fait des lois que j'ai vues à Tananarive imprimées et réunies dans une brochure par Parret, un de nos bons amis anglais de Madagascar, mais ce recueil de lois ne signifie rien, pas plus que le reste : le bon plaisir du premier ministre est la seule loi; d'ailleurs tous les juges, les Andriambavenly sont à vendre on achète leurs arrêts en piastres ou en bœufs. Si l'affaire en vaut la peine, le premier ministre se réserve de juger en dernier ressort. Ce sont ses petits bénéfices.

Quoique je ne veuille pas m'étendre beaucoup sur celle organisation sociale et politique actuelle des Antimerina, elle n'en vaut pas la peine vraiment. 11 me faut expliquer une coutume récente qui permettra de comprendre au lecteur désireux de s'instruire différents termes liés souvent employés dans les livres qui traitent de Madagascar. Je veux parler des honneurs. Le gouvernement antimerina nomme officier qui le veut bien pourvu qu'il paye; il a adopté une classification, une hiérarchie qui s'applique à tout, aussi bien dans le civil que dans le militaire. C'est ce qu'on appelle l'honneur, voninahitra, qui a Madagascar se mesure par degrés. Ainsi un simple soldai aussi bien qu'un homme libre serait un honneur qu'on écrit 1 Ira; un caporal deux honneurs, un sous-lieutenant quatre honneurs, un lieutenant cinq honneurs, un capitaine six honneurs, un commandant sept honneurs, un lieutenant-colonel huit honneurs, un colonel neuf honneurs, un général de brigade dix honneurs, un général de division onze honneurs, un général d'armée douze honneurs, un maréchal treize honneurs, un liés grand gouverneur quatorze honneurs, un prince quinze honneurs, le premier ministre a seul seize honneurs. Pour être un personnage de quelque importance, il faul dépasser la douzaine.

Le système financier chez les Antimerina esl aussi des plus simples. Il n'y a pas d'impôts. Il n'y a pas de revenus pour le gouvcrnemenl. Les finances de l'Étal s'identifienl avec la fortune personnelle du premier ministre. Les revenus des douanes existent bien, mais seulement depuis 1883. Depuis lors, grâce à notre naïveté, les Antimerina tirent de celle source d'assez beaux bénéfices, cl sous ce beau régime de protectorat, les Français payent toul aussi cher que les autres. Davantage même, car ils sont sous la coupe el la surveillance directe des résidents français, tandis que les Anglais el les autres étrangers, absolument indépendants, dans un pays de protectorat, des agents du pays protecteur, peuvent, sous la sauvegarde de leurs consuls, agir à leur guise. Lorsque le gouvernement antimerina a besoin d'argent, il appelle à Tananarive quelque gouverneur influent et l'oblige à verser une somme importante. Le gouverneur s'exécute et, lorsqu'il retournera dans sa province, il se fera rembourser avec usure par ses administrés.

L'armée antimerina a été constituée pour la première l'ois par le roi Radama 1". Ses successeurs et leurs minisires y ont apporté de notables perfectionnements. L'organisation militaire ries Antimerina, incomplète sans doute et qui laisse encore beaucoup à désirer sous tous les rapports, a suffi néanmoins pour leur assurer un avantage marqué sur les bandes armées que peuvent leur opposer les autres tribus. Dans un édif pompeux, Rainilaiarivonv établit en 18791e service militaire obligatoire pour tout homme libre, sa durée devait être de cinq années. Après cette période active, l'Antimerina n'était plus enrôlé que pour une guerre nationale. Je transcris là l'édit de Rainilaiarivony , c'esl la théorie; mais la pratique est bien autre chose. Ainsi tout homme libre se rachète facilement pour un voamena quatre sous), qu'il n'a qu'à verser au 7 Ira ou au 8 Ira chargé du recrutement, seuls les pauvres sont enrôlés. Il esl très difficile d'en estimer l'effectif; d'après mes calculs, ce «pie j'ai vu cl ce que j'ai appris, la province de l'Imerina peut fournir à peu près (5000 hommes en prenant tout. Mais il convient d'ajouter à ces troupes antimerina les contingents que fourniraient les provinces soumises des Betsileo et des Betsimisaraka ; ces contingents auxiliaires, qui viendraient peut-être doubler ce nombre de 6000, n'en viendraient pas, comme on pourrait le croire, augmenter la valeur. Bien au contraire, les Antimerina sont tellement aimés des autres

tribus de l'île que lorsqu'ils lèvent des contingents chez leurs alliés, ils doivent les enchaîner ou les surveiller de très près pour les empêcher de fuir, de sorte que, en cas de guerre nationale, les Anlimerina pourraient opposer à l'envahisseur 6 000 hommes de leurs troupes, et s'ils levaient des contingents auxiliaires ils n'auraient plus que i 000 combattants ; il y aurait 2 000 de leurs soldats au moins, occupés à garder leurs peu utiles auxiliaires. J'estime donc après des observations minutieuses, des renseignements précis, de longues recherches, à cinq ou six mille combattants, le nombre des troupes que les Anlimerina pourraient nous opposer si nous nous décidions à faire une expédition militaire à Madagascar. Mais je m'empresse d'ajouter que les troupes seraient fortement soutenues par quelques aventuriers anglais, quelque "Willougby ou Scherwinglon, comme ceux que nous avons trouvés devant nous en 1885.

Je termine ce rapide exposé de l'organisation politique des Antimerina. Je ne me suis attaché qu'aux grandes lignes, j'ai surtout voulu montrer au lecteur que celle peuplade de Madagascar, absolument analogue aux autres tribus de l'île, ne devait qu'aux étrangers seuls la réputation imméritée dont elle jouit; cette réputation est le résultat d'un grand travail, d'une longue élucubration anglaise que nous sommes venus consolider comme à plaisir. Il est triste de reconnaître qu'il y a quelque vingt ans l' Antimerina était comme l'Antandroy; grâce à d'autres, mais à nous surtout, il est devenu quelqu'un; nous nous sommes efforcés, comme à plaisir, à faire sortir du néant cette peuplade sauvage, au lien de leur opposer quelque autre tribu, moins travaillée qu'eux par l'or et les agents anglais; nous avons fait croire au monde que c'était une race supérieure, la seule, l'unique à Madagascar. C'est faux, absolument faux.

Dans le cours de mon voyage, chargé d'une mission scientifique, par goût aussi bien que par devoir, je me suis appliqué surtout à relever les côtés scientifiques des choses observées. Pour les peuplades également, l'ethnographie et l'anthropologie me plaisaient et m'occupaient bien davantage que la politique. Quoi qu'il en soit, si j'ai cru dans ce chapitre, comme je le ferai dans la conclusion, à la fin de mon ouvrage, communiquer au lecteur quelques réflexions sur la politique malgache, c'est que j'ai cru, en faisant cela, répondre à des questions qu'on ne manquerait pas de me faire. J'ai cru aussi que ma faillie voix aurait peut-être quelque influence, si minime qu'elle soit. Il était donc de mon devoir de la faire entendre. Il faut pour la France prendre Madagascar, ce sera, je crois, pour l'avenir une bonne opération. Il faut l'annexer purement et simplement, la remettre ensuite à un ministère compétent; mais ce qu'il faut se garder de faire, c'est de la laisser plus longtemps gérer par l'administration des affaires étrangères. Depuis dix ans celte administration a montré ce dont elle était capable à Madagascar. L'expérience est faite, elle est concluante. Madagascar aux colonies, ou abstension et abandon. C'est plus pratique et moins coûteux.

Faire peut-être encore une expédition nouvelle dont le coût ajouté à celui de l'expédition de 1885 formera un nombre respectable de millions, faire peut-être encore périr beaucoup de braves soldats, tout cela pour arriver à un nouveau protectorat, tout cela pour nous plonger davantage dans le piège de Robert Farquhar, pour élever plus haut les Antimerina, celle fois en faire une véritable puissance, ce serait par trop absurde. Et puis encore, après ce nouveau protectorat établi, il faudrait dans dix ou vingt ans refaire une troisième expédition.

Enfin il me reste à dire quelques mots de l'esclavage, institution barbare et inhumaine si répandue à Madagascar.

Tout d'abord, il faut distinguer parmi les esclaves ceux qui sont étrangers au pays, qui y sont importés principalement de la côte d'Afrique située en face de Madagascar, et de l'autre côté du canal de Mozambique i l ceux d'origine madécasse qui peuvent appartenir à toutes les tribus, hormis cependant à celle des Antimerina. Je n'ai jamais vu d'esclaves de race antimerina pure, et cela se comprend. Parmi les diverses peuplades de l'île, l'institution de l'esclavage exisle en droit mais non en fait : chez les Anlandrov, les Bara, lesAntanosj ,les Antaisaka, l'esclavage n'existe pas; chez les Sakalava et les Belsimisaraka, les Antanala cl les Bezanozano, ainsi que chez les Antankarana, si l'esclavage existe en fait, il est 1res exceptionnel. Mais c'est chez les Betsile'o et surtout chez les Antimerina, c'est-à-dire chez les peuplades

du premier groupe, que l'on trouve des esclaves en grand nombre; ceux-ci sont presque (ous d'origine malgache, alors que chez les Sakalava et les Antankarana, les rares esclaves qui s'y trouvent son! presque tous d'origine étrangère, ce sonl des Makoa. J'écarterai donc tout d'abord les tribus insoumises des Anlandroy, des Antanosy, des Antaisaka, des Bara, qui ne connaissent pas l'esclavage; quant aux autres tribus rebelles aux Antimerina et qui possèdent quelques rares esclaves d'origine étrangère, comme les Sakalava par exemple, il me suffira de ilire que dans ces tribus, si l'on trouve quelques rares esclaves il est vrai, la vérité oblige à reconnaître que la plupart du temps leurs maîtres ne sont pas des Malgaches, mais presque toujours des Arabes, des Silama, comme disent les Malgaches, des Karany, c'est-à-dire des Indiens, sujets britanniques. Je n'ai vu que I rès exceptionnellement deux ou trois fois en cinq ans des Malgaches de la côte Ouest posséder des esclaves makoa. Je m'empresse d'ajouter que ces Sakalava propriétaires d'esclaves étaient depuis longtemps devenus musulmans, ils s'étaient faits Silama. L'élude de l'esclavage à Madagascar avec ses détails répugnants doil donc être faite exclusivemenl chez les peuplades du premier groupe, c'est-à-dire un peu chez les Betsileo, beaucoup chez les Antimerina. Je sais bien que depuis longtemps déjà, de nombreuses personnes se sonl plu à nous parler de l'esclavage à Madagascar comme d'une institution familiale; à en croire ces admirateurs des Antimerina, l'esclave d'un homme de cette tribu est devenu quelque peu l'enfanl de sa maison. Celte peinture fausse que l'on a (racée de l'esclavage à Madagascar peul reconnaître deux principales

causes.

La première esl de vouloir quand même placer au-dessus de tout Malgache l'Anlimerina, c'esl de vouloir quand même fermer les yeux sur ses défauts el ses vice-, alors que l'on n'a pas assez de voix pour célébrer les vertus qu'il n'a pas. La deuxième cause esl plus simple, quoique tout aussi importante. La voici en deux mois: les gens qui ont été à Madagascar fonctionnaires, missionnaires el colons après être débarqués àTamatave, sontmonlés à Tananarive en Glanjana, portés par huit borizana esclaves. Toul le long de la route, pendant six ou sepl jours, quelquefois plus, ils ont été en contact avec ces hommes qui, esclaves à la vérité, ont des occupations particulières, fon) partie d'une corporation qui a ses lois, ses règlements, ses privilèges même. Ces borizana qui formenl parmi tous les esclaves une classe privilégiée ont montré au voyageur pendant toute la roule une gaieté, un entrain qui lui feronl dire des choses fausses ; ce voyageur, généralisant ce qu'il au i'a vu, croira que tous les esclaves à Madagascar sont aussi heureux que les porteurs de Tananarive et de Tamalave. ('.el homme, après avoir l'ail avec huit borizana le voyage de Tamatave à Tananarive, après avoir traversé Beforona, Ampasimbe, Moramanga, prétendra ne plus rien ignorer des choses de Madagascar cl en particulier connaître très bien le sorl des esclaves madécasses.

THMIIKUT AN I l\I! Hl\ '.

ISO VOYAGE A MADAGASCAR.

J'ai le regret de venir contredire encore cette affirmation par trop optimiste en laveur de l'esclavage à Madagascar.

Sans doute, parmi tous les esclaves que possèdent les Antimerina qui habitent Tamalave, Tananarive et les lieux voisins, les porteurs de filanjana et de bagages jouissent d'un sort moins malheureux que ceux qui sont disséminés dans la province de l'Ankova. Sans doute ces porteurs ont un sort très doux; toujours en chemin, ils échappent à la surveillance continuelle du maître, ils ne lui apportent qu'une pelite part de leurs bénéfices, puisqu'ils ont dépensé la plus grande partie de leur argent dans leurs élapes successives. 11 ne faudrait pas croire cependant qu'il n'y a que des esclaves borizana à Madagascar; pour s'en convaincre, il faut seulement visitera fond la grande île africaine, ce que n'ont jamais fait ces voyageurs qui viennent nous dire qu'à Madagascar l'esclavage est une institution familiale.

A Madagascar comme ailleurs, l'esclavage est une institution barbare et qui répugne à tout sentiment humain quelque peu élevé. Pour m'en tenir au pays des Antimerina, il est une classe d'esclaves beaucoup plus nombreux que les borizana; ces hommes, avec lesquels l'Européen de passage à Madagascar ne se trouve jamais en contact, sont disséminés dans les petits villages, chargés de cultiver les rizières, de remuer la terre. Ils naissent dans la peine, ils meurent oubliés dans ces cases de terre de l'Imcrina, et personne ne pense à leurs souffrances. Ces esclaves de la glèbe, que chaque Antimerina agriculteur possède en plus ou moins grand nombre, sont traités comme des bêtes de somme. J'ai déjà dit que ]' Antimerina était avant tout un commerçant âpre au gain; ses aptitudes au négoce s'appliquent malheureusement à l'esclave de la terre et à sa famille (famille est peut-être une expression mal choisie quand on parle de l'esclave antimerina). Le maître lui procure des femmes, il le marie de force à peine nubile; ce que l' Antimerina veut c'est que ses esclaves lui rapportent de nombreux enfants. Puis, quand ces petits êtres auront quelques années, il les conduira au marché pour s'en défaire malgré les supplications de la mère éplorée, du père désespéré. Ces garçons auront de la chance s'ils trouvent un acquéreur dans la capitale; dans ce cas, s'ils sont robustes, ils deviendront peut-être borizana, leur sort sera plus doux et ils seront enviés. Moins favorisés au contraire seront les autres garçons qui ne trouveront d'acquéreurs que dans la province de l'Imerina et qui iront travailler la terre comme leurs parents. Dans leur malheur, ces pauvres petits pourront cependant de temps en temps, si la distance n'est pas trop longue et si la culture du riz et le bon plaisir de leur maître leur permettent, venir embrasser leur mère. Les filles, elles, qui se vendent en général beaucoup plus cher que les garçons, sont (qu'on me pardonne ce détail) toujours réservées pour la reproduction. Un garçon d'une dizaine d'années se vend en moyenne de 200 à 100 piastres, un adulte ne vaudra qu'une centaine de piastres, un vieillard ne trouverait pas d'acquéreur pour une somme très modeste. Une petite fille atteint un prix fort élevé, les jeunes filles bien formées dépassent souvent 1 000 piastres sur le marché du Zoma.

Que de fois pendant mon séjour à Madagascar j'ai vu des scènes véritablement atroces, que cause cet esclavage si répandu à Madagascar. C'est ainsi que les Antimerina possédant dans beaucoup d'endroits à Madagascar des postes militaires, ont besoin pour ceux d'entre eux qui vont y résider, fonctionnaires civils ou militaires, de se faire suivre d'un nombre d'esclaves plus ou moins grand. Un Antimerina par exemple avait été nommé gouverneur d'Andakabe, il partit pour ce poste éloigné de la côte Ouest avec quelques-uns de ees esclaves adultes qui devaient porter ses bagages, mais comme cet officier savait qu'il resterait de longues années à Andakabe, il avait acheté au marché de jeunes esclaves garçons et filles pour l'accompagner dans sa nouvelle résidence ; il les prenait jeunes, me disait-il, pour pouvoir les habituer plus facilement à son service. Il avait aussi des jeunes filles pour faire des enfants qu'il vendrait aux négriers africains avec un grand bénéfice; le jour du départ de cet officier, les mères de ees jeunes enfants lui firent un cortège de pleureuses jusqu'à sa sortie de Tananarive. Ces esclaves d'origine malgache, en si grand nombre dans la province des Antimerina, ont tous une origine analogue : ce sont des Betsileo, des Betsimisaraka, des Sakalava, des Anlanosy, ramenés par les armées antimerina, lorsque, si mis des règnes précédents, elles ont soumis quelques provinces. Ces esclaves se sont mélangés, le type

originel est perdu depuis longtemps, ils se distinguent seulement de leurs maîtres antimerina par des caractères africains plus accusés.

Voilà pour les esclaves d'origine malgache; pour les esclaves d'origine africaine, la question est beaucoup plus embrouillée. Pour la présenter convenablement, il me faudrait entamer un chapitre spécial, il me faudrait parler de ces boutres négriers qui, partant tous d'un point commun qui est Zanzibar, viennent sur les côtes malgaches prendre des bœufs vivants, en charger leurs boutres qu'ils conduisent ensuite sur la côte voisine d'Afrique; là, ces négriers arabes échangent leur cargaison de bœufs contre une cargaison de chair humaine. Ces esclaves africains conduits à Madagascar sont vite achetés par des négociants arabes ou indiens qui les revendent avec un bénéfice énorme aux Malgaches. Ce commerce est absolument officiel, il est même très répandu. Il est triste de dire, et cependant c'est la vérité, que quelques Européens s'y adonnent sur la côte de Madagascar. Cependant ce trafic maritime est nominalement interdit. Des croiseurs fiançais, anglais et allemands sillonnent le canal de Moçambique cl les environs de Zanzibar pour y mettre un terme. Les Français et les Allemands font à ces négriers une chasse loyale et correcte, franche el désintéressée. Les Anglais, eux, agissent d'une façon toute particulière : un croiseur anglais vient-il à s'emparer d'un boutre chargé d'esclaves, qu'il conduit le navire au consulat le plus voisin dont le bateau arborait le pavillon, puis il embarque la noire marchandise qu'il se garde bien de ramènera son poinl de départ en lui rendant la liberté. Nos voisins, toujours pratiques, conduisent ces esclaves dans une de leurs colonies, où ils les font entrer comme engagés pour une longue période d'années; inutile d'ajouter que l'état-major du bâtiment capteur louche par tète d'engagé forcé une

prime payée par la colonie. J'en aurais encore long à dire sur celle répression de la traite par les puissances européennes le long de la côte orientale d'Afrique, mais je ne veux pas sortir de mon sujet. J'y rentre donc en constatant avec peine qu'à Madagascar, pendant que d'un côté la France dépense son argent et emploie une partie de sa marine pour diminuer la traite des nègres et combattre l'esclavage, d'un autre côté dans la grande île africaine elle dépense encore plus d'argent et emploie ses fonctionnaires à proléger sinon l'esclavage chez les Malgaches en général et les Antimerina en particulier, du moins, ceux qui l'admettent.

Quoi qu'il en soit du résultat de l'expédition que la France parait devoir entreprendre à Madagascar, il faut espérer au moins que dans le traité imposé par nous aux Antimerina on supprimera radicalement cet esclavage que nous n'avons pas craint de supprimer brutalement dans toutes nos autres colonies. Celle suppression que nous avons faite chez nous au nom du progrès universel de l'humanité, mais contre nos intérêts, hésiterons-nous à la faire à Madagascar au détriment des Antimerina seuls ?

Ne pas supprimer l'esclavage à Madagascar et protéger entre toutes les tribus malgaches celle qui

FEMME AN mil ni'. : ,

justement l'admet le plus et le pratique le mieux, ce serait véritablement renier notre passé civilisateur et humanitaire.

Et pourquoi, je me le demande, ne supprimerait-on pas l'esclavage à Madagascar? Quelques enfants sakalava iraient retrouver leurs parents, il est vrai; quelques propriétaires antimerina perdraient de l'argent, c'est encore exact, mais ces considérations suffisent-elles pour obliger la France à renoncera des idées libérales qu'elle n'a cessé d'avoir et de montrer au monde entier.

11 est vrai que presque tout ce qui se passe à Madagascar est incompréhensible pour moi, je l'avoue sans détour. Celte grande ile africaine est habitée par des tribus différentes. Les unes sont hostiles aux Français, les autres ont pour eux, sinon de la sympathie, du moins de l'indifférence; parmi ces tribus, il en est qui ont demandé notre appui, notre protection, qui nous ont appelé en un mot, nous offrant leur territoire; il en est d'autres, au contraire, qui nous ont combattus, qui nous combattront encore, qui nous délestent cordialement. On reconnaît , n'est-ce pas, les Antimerina? Et c'est justement ces Antimerina que l'on veut faire plus grands qu'ils ne le sont, que l'on veut protéger au détriment des autres tribus. Nous négligeons nos amis, ou tout au moins des neutres, pour ne servir que nos ennemis. Si cela se réalise, si de nouveau un protectorat français est établi à Madagascar au profit des Antimerina, je comprendrai encore moins l'action de la France à Madagascar. Il me faudrait pour l'expliquer invoquer des raisons, des intérêts particuliers, invraisemblables peut-être, que j'ignore complètement et que je me refuse, tout à fait même, de chercher.

UN JEUNE ANTIMERINA.

OBSERVATOIRE D AMBOBIDEMPOM \.

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