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Appellation moins usitée que la première

2. D'une manière générale on a mal représenté, dans les livres et rlans les relations de voyage, le rôle joué par les fahavalo, ces pirates de Madagascar. Sans doute, on n'a pas voulu diminuer le prestige des Antimerina en disant tout simplement Ja vérité. On n'a pas voulu dire que ces fameux fahavalo n'étaient tout simplement que des indigènes appartenant aux tribus insoumises aux Antimerina et qui par une guerre d'embuscade, par des razzias fréquentes sur les confins des territoires soumis, venaient protester à leur façon contre les empiétements des Antimerina. Je sais bien que tout fahavalo n'est pas nécessairement Sakalava, Bara ou Antaisaka; à côté de ces représentants des tribus insoumises viennent se grouper des gens sans aveu de toutes les tribus, des Antimerina même, soldats déserteurs, des esclaves fugitifs qui sont attirés par l'appât du pillage. Il n'en est pas moins vrai que les fahavalo ne sont pas du tout, comme on s'est plu à le dire, de vulgaires voleurs. Ce sont surtout des tribus rebelles qui font la guerre aux Antimerina. Ils pillent, ils volent, cela est certain, mais ne le feront jamais autant que les Antimerina. Si on a dépeint les fahavalo comme de vulgaires voleurs, c'était surtout en vue d'un protectorat futur. On voulait représenter le gouvernement

LE LITTORAL BETSIMISARAKA

Le jeudi 26 septembre, mon convoi est prêt pour le voyage de l'ouest, les guides sont arrivés, et au lever du jour, je quitte Soavinarivo. En sortant du village, nous faisons immédiatement route à l'ouest et en quelques minutes nous arrivons au bord du Mananara, près d'un gué que nous devons franchir. De l'autre côté de la rivière noire roule jusqu'à Mandritsara aura une direction générale O.-N.-O. Le Mananara en cet endroit mesure plus île cent mètres de largeur, nous le passons en pirogues. Sur l'autre rive nous retrouvons exactement la même contrée que nous avons déjà traversée de Fito à Ivondrona. Ce sont toujours des petits mamelons arrondis, placés à côté les uns des autres, et sans aucun ordre, sans aucune orientation; la végétation est aussi la même, nous marchons dans de petits taillis; dans de grandes herbes, et le plus souvent, au milieu des longoza, roseaux à larges feuilles dont les tiges mâchées et surtout le fruit rouge rappellent, à s'y méprendre, l'écorce fraîche du cannelier; les feuilles de ce hngoza (Amonum Danielli) sont souvent employées par les indigènes en guise de cuillères. Vers dix heures, les taillis deviennent plus grands cl plus épais, nous voici maintenant dans l'ancienne zone forestière, nous sommes dans les défrichements. Nous marchons dans les rizières, puis dans les longoza, c'est bien la région limitrophe de la forêt, entre Filo et Ivondrona. Pour que la ressemblance soil plus complète encore, une pluie assez forle vient nous assaillir.

Ce n'est pas sans quelques inquiétudes que j'envisage le chemin à parcourir pour gagner Mandritsara. Allons-nous retrouver sur cette roule toutes les difficultés que nous avons rencontrées de Didy à Tamatave? Allons-nous recommencer encore une fois, el dans d'aussi mauvaises conditions, la traversée de la zone forestière de l'est? Pourtant ici j'ai confiance, die doit être moins large : d'après tous les renseignements que j'ai pris, je trouverai des villages sur la roule, enfin, d'après ce que j'ai vu hier, et c'esl surtout ce qui me fait bien augurer de l'avenir, la chaîne de partage de- eaux, la ligne de faîte, qui à l'est

de Mandritsara sépare le versant occidental du versanl oriental, ne doil pas être très élevée. M< spoir

ne devait pas être déçu. A onze heures, après avoir traversé à une le Sahavv. petite rivière affluent de droite du Mananara, nous passons à Àndongo, village de quinze cases, construit sur une colline rocheuse de gneiss cl de granité. Derrière nous l'Océan; bien loin à l'horizon se profilent encore le cap Masoala el la presqu'île d'Antongil; devant nous c'est la grande forêt. En quittant Andongo. nous sommes dans un taillis de ravenala. Nous traversons ensuite une petite rivière sur les bords de laquelle nous trouvons un autre village, c'est Ambodiampambe, village qui doil son nom à un ampan colossal qui a poussé dans le voisinage. Cet arbre, qui se trouve à droite de la roule, avant d'arriver aux premières cases est vraiment très gros.

Le vendredi 27 septembre, nous continuons notre roule, toujours dan- le- longoza. Chose extraordinaire, nous jouissons d'une belle journée. Depuis notre dépari de Mananara, nous nous sommes toujours dirigés sur un pic aigu el d'aspect 1res remarquable, qui se voit dans le lointain, c'est le Manevarivo. Le oir, nous sommes au pied de ce mont au village d'Amhodimanevarivo : avant d'entrer dans ce village nous avons traversé une rivière assez grosse, assez considérable qui va se jeter dans la baie d'Antongil au nord du Mananara, au sud du Manambolosv.

Le samedi 28 septembre, nous continuons noire roule vers l'ouest. Nous sommes toujours dans la contrée des défrichements et des longoza; les ravenala deviennent plus rares, en revanche nous voyons beaucoup de bouquets de raphia. Nous nous arrêtons vers midi à un petit hameau : Andasibe. Là, j'assiste à un spectacle très étrange : c'est une véritable attaque du village par un nombre considérable de rats, les habitants luttent vaillamment. Mes porteurs et moi, nous leur apportons un précieux renfort, et nous décidons de la victoire. Le rat, comme la souris, est un véritable fléau pour Madagascar; ils pullulent dans ce pays où rien ne vient s'opposer à leur développement. Partout les indigènes ont cherché à mettre les graines et les fruits dont ils se nourrissent à l'abri de leurs déprédations. Dans chaque village aussi bien des côtes que de l'intérieur on construit des greniers à riz. Dans presque toutes les cases on

antimerina seul, et admis sans conteste par tous à Madagascar. On voulait aussi en faire le défenseur de l'ordre et montrer les autres tribus comme un ramassis de voleurs et de pillards.

suspend, à un plat en bois, façonné d'une manière spéciale, les objets que l'on veut préserver de la dent de ces rongeurs. Ces greniers à riz, comme ces garde-manger spéciaux de l'intérieur des cases, sont construits tous sur un même principe. Qu'on se figure un grand plat de bois, dont la concavité regarde le sol, ce plal en bois est traversé par un des poteaux qui supportent le grenier à riz, qui n'est qu'une petite case, bâtie a la mode du pays, les trois autres pieds sont munis de plats semblables. Comme chacun sait les rats sont très forts en gymnastique, ils peuvent donc s'élever sans la moindre difficulté le long des quatre poteaux qui supportent le plancher du grenier à riz situé' au moins à deux mètres au-dessus du sol, mais lorsqu'ils sont arrivés en haut des poteaux, ils se trouvent arrêtés fatalement : les plats qui débordent tout autour du poteau les empêchent de grimper plus loin. Ces surfaces concaves sont pour eux un obstacle infranchissable. Dans les cases le garde-manger malgache est tout simplement ce même plat en bois dont, la concavité regarde le sol et qui est suspendu par une corde à une poutre du toit ' au-dessous du plat on suspend à de petits crochets, les épis de maïs, les racines de manioc ou tout autre objet que l'on veut conserver. Dans ce cas, le rongeur pourra bien descendre du toit, par la corde, il pourra même se promener sur la surface convexe du plat, mais il ne pourra en dépasser les bords et se trouvera encore arrêté avant de pouvoir atteindre le maïs succulent qu'il voit pourtant si près de lui. Je passe à Andasibe le reste du jour, mes hommes sont fatigués, ils sont surtout découragés par le loni>' trajet qu'il leur reste à parcourir pour retournera Tananarive. Mais je suis maître d'eux, je suis le plus fort puisque je leur dois de l'argent, et ils me suivront partout pour ne pas perdre leurs créances. Cela esl un des grands moyens que le voyageur doit employer partout et en particulier à Madagascar pour se rendre maître de ses porteurs, et les empêcher de l'abandonner, éventualité si grave, échecs si fréquents de toutes les explorations. Les noirs sont à peu près tous les mêmes dans les pays tropicaux, ils se défient toujours du blanc, on ne les décide pas à nous suivre par des promesses fallacieuses, ils les croient du moins toujours telles si elles dépassent le taux normal de leur salaire. Ils comptent peu sur les cadeaux, sur les sommes extraordinaires, qu'on leur donnera à l'arrivée : si elles sont trop fortes, ils pensent que le blanc se moque d'eux, si elles sont trop faibles ils n'acceptent pas, mais si au contraire, elles concordent avec ce qu'on a l'habitude de leur donner, ils consentent à partir. Le noir, qui ne croit pas trop aux promesses, et aux brillants cadeaux, croit beaucoup au contraire au salaire normal: il n'abandonnera pas son dû facilement, il le suivra avec ténacité. Quand donc je devais commencer une expédition un peu pénible, j'engageais des hommes à un prix guère plus élevé que le salaire habituel, puis je les promenais quelques jours dans des contrées faciles à parcourir, et quand je leur devais quelques piastres, je les aurais emmenés partout dans l'île. J'ai toujours employé ce procédé et je m'en suis continuellement bien trouvé. Un Malgache ne consentira pas toujours à faire deux heures de marche pour une piastre, avec un fardeau léger, alors qu'il fera volontiers des lieues pour réclamer un voamena qui lui est dû. Dans un cas, il n'a pas confiance, car il croit que le blanc lui promet trop, la somme est trop belle et il ne l'aura pas; dans l'autre cas au contraire, la somme esl petite c'est vrai, mais elle lui est due cl en toute justice il doit l'avoir. Dans ce village d' Andasibe, les guides que le gouverneur de Vohizanahary nous avait donnés retournent à leur village, mais deux autres de ce hameau vont les remplacer et il en sera toujours ainsi jusqu'à Mandrilsara.

Le dimanche 2'J septembre, en quittant le village d'Andasibe, nous nous élevons très rapidement suides escarpements rocheux, c'est un passade véritablement très difficile, cl il nous faut passer dans un col où coule un ruisseau torrentueux. Malgré mon expérience des mauvais chemins à Madagascar, je n'avais rien vu d'aussi détestable. Au sommet, nous sommes à 430 mètres d'altitude; peu après, nous arrivons vers midi, à Ambavala, village d'une douzaine de cases, où nous avons besoin de séjourner un peu, pour faire nos vivres, car c'est demain que va commencer pour nous la traversée de la grande forêt. A l'ouest d' Ambavala, commence la zone forestière proprement dite, nous n'avons mis que quatre petites journées à y arriver, alors qu'il nous avait fallu un temps beaucoup plus long et même en marchant plus vile pour aller de Fito à Ivondrona. La zone forestière orientale de Madagascar esl en effel beaucoup plus rapprochée du littoral, au nord et au sud de l'île, elle ne s'arrête même qu'au rivage dans

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LE LITTORAL BETSIMISARAKA

les environs de la baie d'Antongil et dans les parages de Fort-Dauphin, tandis que dansla partie médiane, et dans les environs de Tamatave en particulier, la forêt est beaucoup plus éloignée du rivage. Cela tient à la configuration de la chaîne côtière dont la forêt suit sensiblement la ligne de faite, et aussi, à ce que, dans la partie médiane, on a poussé beaucoup plus loin ces défrichements.

Le lundi 30, je m'enfonce dans la forêt, sous une pluie battante comme il est de bonne règle dans ces parages. Lu Européen, établi depuis fort longtemps à Mananara, et a qui je me plaignais de cette maudite pluie, et de tous les ennuis qu'elle m'avait fait supporter pendant mon dernier voyage, m'a assuré (pie dans celte région de la baie d'Antongil, il avait noté pendant plusieurs années les jours de pluie. Or, d'après la moyenne que je relevais moi-même sur son carnet d'observation, il y aurait deux cent quatrevingt-dix-huit jours de pluie par an. Dans la forêt, nous retrouvons de suite par ce temps humide, nos anciennes connaissances .le la forêt de Didy, les dimatika, les sangsues, qui sont encore en plus grand nombre. Je n'aurais jamais cru un lel fait possible. Le soir, nous campons sur le bord d'un ruisseau l'Amlravahy. et nous nous arrangeons tant bien que mal dans un terrain marécageux; pour comble de bonheur, les eaux du ruisseau envahissent noire camp vers dix heures du soir : lAndrovahv grossi par les pluies continuelles déborde bien mal à propos. Mes hommes chassés de leurs abris par l'inondation veulent organiser un bal et un concert, en allendanl le lever du jour. Il devient impossible de prendre au. -un repus. .le me vois donc obligé de répéter cette phrase célèbre : « Il est défendu de parler mais on peut s'asseoir ». Le lendemain, nous continuons dans la forêt, où la route est relativement bonne, nous marchons sur un plateau à pente très douce qui se relève insensiblement vers l'ouest, nous montons excessivement peu, le sol est toujours formé d'argile rouge, el les roches primitives sont plus fréquentes que dans la forêt de Di.lv. La végétation est aussi plu- belle, si les arbres sont moins serrés et moins élancés ils sont plus touffus el leur tronc a un développement beaucoup plus considérable; les essences d'arbres sont les mêmes, mais on y compte plus de variétés. Il n'y a plus de fourrés de bambous, et les fougères sont relativement très rares. On \ trouve :

L'ébénier de Madagascar, hazomainty.

Le natte, hazomena ' (Weinmannia Ruteinbergii ou Imbricaria Madagascariensis, est un bois rouge, <bu- et fin. L'écorce, qui contient beaucoup de tanin, est employée par les indigènes, comme teinture et pour tanneries cuirs, mais les peaux ainsi préparées retiennent la matière colorante rouge et déteignent par l'usage.

Uindraména, qui semble appartenir à la famille des résineux, a un suc d'une couleur rouge vif, qui

noircit à l'air, on obtienl par évaporation de ce suc macéré dans l'alcool bouillant, i sorte de nomme

laque, cette résine est noire et très belle el plus dure que la gomme copal. C'est avec du bois uindraména que les indigènes fabriquent leurs torches.

Le tacamaka, bois blanc rougeàtre, employé pour la construction des bordages des pirogues.

Leharuhara (Exocarpusxylophylloïdes),cet arbre qui vient très gros, a un cœur très dur et très dense, il sert à l'aire des manches d'outils, de sagaies, e!c. ; son écorce est fort recherchée par les indigènes, qui en l'ont commerce el la vendent assez cher; macérée dans l'eau, elle esl prise comme antidote, par les gens qui ont aval.'- dans l'eau des tsingala -.

Le lanona (Weinmannia Bojeriana et les variétés W. criocarpa et \V. Bojeriana), qui atteint de grandes proportions, est le bois le plus généralement adopté' par les indigènes pour leurs constructions.

Le varongy (Ocotea tricophlebia), autre arbre excellent pour les constructions.

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