PIEÎ1RES LEVEES AU SUD DE S \BOTSY
DE TANANARIVE A FIANARANTSOA. -285
Posé sur ces deux cadres esl et ouest du monolithe est un autre encadrement, qui entoure le sommet de la pierre levée et qui porte encastrées dans les madriers qui le forment, de longues chevilles pointues sur lesquelles on vient fixer des offrandes. La pierre du sud, sensiblement plus petite, n'est revêtue d'aucun ornement, elle est moins bien travaillée, et la date de sa pose est sans aucun doute plus récente. Ces deux pierres sont en granité. Le madrier qui s'élève entre les deux monolithes est encore plus élevé, il mesure plus de 3 mètres de haut sur 43 centimètres d'équarrissage; une coupe perpendiculaire à l'axe et jusqu'à une certaine distance de son sommet est celle d'un carré parfait. Son extrémité est légèrement tronconique, et la partie conique se raccorde avec la partie quadrangulaire par un étranglement bien prononcé. Le madrier esl sculpté sur toutes ses faces; ce sont les mêmes dessins qui s'élagent en quatre séries.
Ce madrier levé est de la même époque que le gros monolithe. Comme celui-ci d'ailleurs, son pied repose au centre d'un espace rectangulaire formé de dalles de gneiss grisâtres qui on! dû être apportées de fort loin, car il n'en existe pas dans la contrée environnante.
Dans l'après-midi, nous marchons toujours sur' l'argile rouge qui disparaît maintenant sous une épaisse couche de vero. Plus loin ce sont des fanoro, dans lesquels il faut nous frayer péniblement un passage. Ce petit arbuste à fleurs jaunes (Gompkocarpus fruticosus), el dont les baies cotonneuses servent aux indigènes à se fabriquer des oreillers, se trouve ici en grande quantité.
A cinq heures, nous arrivons à Ambohinamboiriiia. Ce village de construction récente a élé fondé il y a quelques années par les Antimerina sur ce point de la roule de Tananarive à l'ianaranlsoa. Ce fait n'est pas isolé, el il convient de remarquer que, dans loule la province des Betsileo, principalement dans la partie septentrionale, les Antimerina ont multiplié leurs postes militaires dans une large mesure. Parmi toules les tribus de .Madagascar conquises par les rois antimerina, les populations betsileo son.l celles qui supportent le mieux la dure servitude que leur ont imposée leurs vainqueurs. Les Antimerina tiennent donc beaucoup à celle province, ils l'ont assimilée, ce qui esl chose aisée entre gens de même race si voisins et si semblables sous tous les rapports que les Antimerina el les Betsileo. I les régions Sud du plateau central sont actuellement les plus riches de Madagascar, elles comptent aussi parmi les plus fertiles, el la population douce el paisible qui les habite se laisse, sans murmurer, écraser sous les corvéeset sous les exactions sans nombre (pie leur font subir leurs vainqueurs. Aussi, sans parler des gouverneurs, des officiers civils et militaires, des juges el des soldais relativemenl nombreux (pie les Antimerina entretiennent dans les principales agglomérations betsileo, il y a aus^i dans presque toutes ces villes, surtout dans le nord de la province, un certain nombre d'Antimerina établis à litre purement privé, sorte de colons que les Antimerina favorisent pour tenir plus étroitement encore ces malheureux lîelsileo. Nous avions rencontré un grand nombre de ces Antimerina, propriétaires ou marchands, à Ambositra, à Ambohinamboarina il n'y a que de cela. En fondant ce posle militaire, les Antimerina ont pris loul le terrain environnant, l'ont distribué à plusieurs de leurs compatriotes, qui sont venus fonder un village au pied du fort,
Ambohinamboarina, qui compte une centaine de cases cl qui esl donc pour Madagascar une agglomération importante, se trouve situé de part et d'autre de la route, en cet endroit fort belle, sur le versant occidental d'une colline élevée dont le rova, poste militaire proprement dit, occupe le sommet.
Les environs du village sont particulièrement bien cultivés; à coté de toutes les cultures ordinaires du plateau central, je remarque des champs que je n'avais vus encore nulle part ailleurs, et qui, je crois, sont spéciaux à la province des Betsileo; on en rencontre depuis Ambohinamboarina et ils s'étendent sans interruption jusqu'à la partie méridionale de la province. C'est dans les environs d'Ambohimandroso que l'on en rencontre le plus. Ces champs sont couverts d'un arbrisseau de la famille des légumineuses, il porte de petites fleurs jaunes, ses graines forment des petits haricots aplatis (c'est le Cajanus ■hidicus ou ambrevade). Les Malgaches mangent ces petits haricots nommés ambatry lorsqu'ils sont arrivés à maturité, mais ils ne se livrent pas à cette culture dans ce seul but, le feuillage des ambrevades sert à nourrir un ver à soie indigène nommé landinamberivatry {Borocera madagascariensis), qui leur
donne des cocons avec lesquels ils font une soie lustrée et de belle apparence. Il n'y a que dans le Betsileo que l'on se sert de cette soie malgache pour faire des lamba rouge brun généralement et destinés à envelopper les morts. Les Anlimerina, comme nous l'avons vu précédemment, emploient pour faire leurs lamba de soie de la matière première qui leur vient de l'étranger.
Le samedi 29 mars, dans la première partie de l'étape, la route reste toujours assez belle, mais elle devient fortement caillouteuse, les blocs de rochers sont plus fréquents, des émergences de gneiss et de granité soulèvent et percent en maints endroits la couche superficielle rougeâtre de l'argile plastique. L'herbe est toujours rare, en revanche on rencontre beaucoup de petits arbrisseaux à fleurs jaunes nommés par les indigènes tsilolsokola. Dans ces contrées rocheuses, les pierres levées sont très fréquentes. A neuf heures, nous passons à gué la rivière Ankona, elle coule en rapide, son lit est très large et ses bords disparaissent sous une épaisse végétation, ce sont des fourrés inextricables de bararaia (l'hragmites communis), ce roseau aux feuilles acérées, et que nous avons vu si souvent sur les rives dos fleuves de l'Ouest. Nous sommes ici à 1 170 mètres d'altitude. Quelques minutes après notre passage de l'Ankona, nous arrivons à Talata Inkiala, nous faisons arrêt dans ce petit village et continuons noire roule vers le sud. Nous traversons encore de nombreux ruisseaux, en suivant une roule sinueuse qui par monts et par vaux nous fait descendre insensiblement à 1 130 mètres d'altitude, au village d'Alarobia, où nous nous arrêtons pour passer la nuit.
Le village d'Alarobia compte une cinquantaine de cases, et cependant nous y voyons une grande population qui semble ne pas pouvoir contenir dans les maisons du village, et qui n'est pas venue des hameaux voisins, m'affirment mes porteurs; ce sont tous des habitants d'Alarobia. Nous avons tous raison, ils n'habitent pas en effet au village d'Alarobia proprement dit, et ils ne viennent pas des villages voisins. L'explication de ce fait est assez simple. Dans mes précédents voyages à Madagascar, à travers les autres provinces de l'île et notamment dans l'Imerina, avec laquelle je comparerais le plus souvent le pays des Betsileo, les habitants sont cantonnés dans îles villages, des bourgs, des hameaux.
Dans cette province des Betsileo, cette population des villages est en partie (la plus infime) logée dans des maisons réunies en agglomérations que l'on trouve principalement le long des routes fréquentées ; une autre partie (la plus grande) habite des maisons isolées et disséminées dans la campagne. Ces maisons, qui s'appelleraient des fermes dans notre France, s'appellent là-bas des vala. Chaque vala, qui occupe le plus souvent le sommet d'un monticule, est formé essentiellement d'une clôture : murs d'argile, fossés, plantes épineuses ou rakeia, celte clôture enserre un espace souvent considérable au milieu duquel sont construites la maison du propriétaire du vala et celle de ses esclaves. Cette disposition qui est tout à fait spéciale au pays betsileo n'a pu qu'augmenter mes chances d'erreur dans les évaluations approximatives que j'ai tenté de faire partout, à Madagascar, de la population.
Le dimanche 30 mars, une demi-heure après notre départ d'Alarobia, nous arrivons sur les bords du Malsiatra, formant lui aussi, comme le Mania, que nous avons traversé plus au nord, un des grands lleuves du versant occidental de Madagascar : le Mangoky. Nous passons le Matsiatra en pirogue. Le passage est à 1 090 mètres d'altitude, cl à celle époque de l'année le fleuve mesure 80 mètres de largeur sur 2 m. 30 de profondeur. Après la traversée du Malsiatra, nous passons encore à gué un de ses affluents : l'Ibita. Nous marchons ensuite dans de belles rizières. Les cultures deviennent abondantes, des vala couronnent chaque colline; à une heure, nous entrons à Fianarantsoa, la capitale du sud de Madagascar.
Sans aucun doute," Fianarantsoa n'occupe pas le deuxième rang parmi les villes de Madagascar au point de vue du nombre d'habitants. Sous ce rapport, Tamalave viendrait avant cette ville; néanmoins on a l'habitude de désigner Fianarantsoa comme la deuxième cité de l'île tant au point de vue de l'importance politique — elle esl en effet la capitale des Belsileo, la tribu la plus anciennement soumise aux Anlimerina cl celle qui a accepté, toléré, cl souffert le mieux les mœurs, les usages, les lois des vainque urs — qu'au point de vue géographique; sa position en fait le centre île la domination des Anlimerina dans le sud du plateau central. La population totale de Fianarantsoa, en laissant de côté bien
DE TANANARIVE A FIANARANTSOA.
MAHC11E Lit: l'IANAUANTSOA.
entendu les quelques villages qui L'environnent — qui en sont en quelque sorte les faubourgs — el surtout les vnffi, habitations isolées, que l'on rencontre en grand nombre dans tout le voisinage, ne dépasse pas G 000 habitants.
Comme c'est l'usage à Madagascar et principalement sur le plateau central, la \ ill«' de Fianarantsoa occupe le sommet d'une colline élevée. Le point culminant de ce mamelon est pris par l'emplacement du rova antimerina, c'est là qu'est construite en briques crues la maison assez, spacieuse du gouverneur Rainiketabao, l'i" honneur, le père du médecin malgache qui nous avait loué sa maison à Tananarive. Les flânes de cette colline de forme conique el à pente douce sont couverts partout de maisons pressées les unes contre les autres el qui ne laissent entre elles que des ruelles étroites dont les sinuosités et les escaliers de granité nous rappelaient très exactement d'ailleurs l'aspect de certains quartiers de Tananarive. Le chemin le plus praticable est celui qui, partant <\i\ pied de la colline du côté nord, monte en suivant une direction sensiblement droite jusqu'aux portes du palais du gouverneur. Celle rue n'est que la prolongation directe de la roule de Tananarive.
Lorsque venant du nord on approche de la capitale des Betsileo et que l'on peut distinguer bien nettement toutes les maisons qui se présentent aux regards, on est de suile frappé du nombre considérable d'édifices religieux, d'églises et de temples qui se trouvent bâtis sur ce côté nord de la ville. Lorsque l'on a dépassé et laissé sur la gauche les bâtiments de la vice-résidence de France qui sont à la limite des premières maisons de la ville, on arrive de suile à l'emplacement de la mission catholique que le chemin principal coupe en deux parties à peu près égales, à droite, dans l'ouest par conséquent, se trouve le bâtiment occupé parles pères jésuites, l'église lui est contiguë; dans le nord, un peu plus loin, sur un emplacement assez vaste on ramassait, lors de notre passage, des matériaux : les missionnaires catholi-
ques faisaient construire en effet une grande église en pierres; de l'autre côté de la rue, se trouvent la maison et l'école des frères de la Doctrine chrétienne, derrière ces bâtiments s'étendent de beaux jardins dont malheureusement la partie principale occupe le fond d'un ravin.
En continuant de suivre vers le sud le grand chemin de Fianarantsoa qui s'élève bientôt sur les flancs de la colline, on rencontre à droite l'emplacement du grand marché, puis ce sont successivement les terrains et les bâtiments des missionnaires norvégiens dont l'église aux tons rougeâtres se dresse à notre gauche avec son clocheton aux quatre faces égales. Une église anglaise, de je ne sais quelle secte, lui fait face; il s'en trouve encore une demi-douzaine dans les quartiers hauts de la ville.
Il est à remarquer à Madagascar que c'est seulement dans les tribus des Antimerina et des Belsileo que les missionnaires, français, anglais et norvégiens, ont fondé des établissements. Dans tout le reste de l'île on parcourait des milliers de kilomètres sans en voir; il n'y en a, à ma connaissance, en dehors de l'Imerina et du Belsileo, que sur les côtes, à Fort-Dauphin, à Manambondro, à Andevoranto et à Tamatave. On dirait que ces apôtres du christianisme, sans distinction de religion, ne sont venus à Madagascar que pour les Antimerina, la tribu la plus forte et que l'on est convenu en Europe de trouver la plus civilisée. Ces missionnaires espéreraient-ils que, après avoir converti les maîtres, ils tiendront les esclaves? Celte observation si importante mériterait de longs développements dans lesquels je ne puis entrer ici, je n'en dirai que quelques mots lorsque j'exposerai les conclusions générales que j'ai été amené à formuler à la suite de mon voyage à Madagascar.
Les environs immédiats de Fianarantsoa sont encore plus mouvementés que ceux de Tananarive, ce sont des collines élevées, de gros monticules aux pentes rapides, aux sommets rocheux. La végétation semble plus vigoureuse, les rizières sont plus jolies et mieux travaillées. C'est toujours la zone dénudée des hauts plateaux ; mais, malgré la densité de la population chez les Belsileo, le défrichement de la contrée est moins absolu que chez leurs voisins du Nord. Dans les environs immédiats de Fianarantsoa, on observe quelques bouquets de bois qui ont été respectés et qui couronnent plusieurs des monticules entourant la ville. A4 kilomètres dans l'Est se tient, une fois par semaine, le vendredi, un grand marché. C'est quelque chose d'analogue au zoma de Tananarive. Des vieillards m'ont affirmé que l'emplacement de ce zoma était boisé dans leur jeunesse; maintenant les premiers arbres de la forêt de l'Est sont à plus de 60 kilomètres de Fianarantsoa. Chez les Betsileo donc, comme chez les autres Malgaches et principalement chez les Antimerina, nous assistons, à l'époque contemporaine, à un défrichement lent mais continu de toutes les parties de l'île ; ce défrichement est d'ailleurs en raison directe de la densité de la population. Quoi qu'il en soit, ces vestiges de végétation, que nous voyons déjà aux environs de Fianarantsoa, nous annoncent la zone des brousses dans laquelle nous entrerons en trois journées de marche vers le Sud, et qui est plus rapprochée encore du côté de l'Ouest; à l'Est, c'est la zone forestière, le pays des Tanala.
Dès notre arrivée, nous avions reçu de la part de M. le docteur Besson, vice-résident de France à Fianarantsoa, un accueil des plus bienveillants dont je ne saurais trop le remercier. Le docteur Besson habite en famille une maison spacieuse, construite il y a quelques années sur les ordres du résident général de Tananarive. Malheureusement remplacement a été mal choisi, peut-être est-il plus juste de dire que le gouvernement français a dû se contenter de ce que les Antimerina ont bien voulu lui vendre à poids d'or. Mais à Madagascar comme partout ailleurs c'est la règle, et le Ministère des affaires étrangères, imitant le sage, se contente de peu. La résidence de Fianarantsoa est édifiée au nord de la ville, [nés du chemin qui vient de Tananarive; le terrain au milieu duquel s'élève la maison est sur le versant oriental d'une colline élevée. La déclivité de ce terrain est tellement prononcée qu'il est impossible de s'y tenir debout, il a donc fallu à grands frais y aménager des terrasses et l'aire en un mol tout le nécessaire pour rendre celle portion de lerrain habitable.
Grâce au docteur Besson, nous trouvons à louer en dehors de la ville et non loin de la résidence, au heu dit Ambalolahikisoa, une maison assez spacieuse et très suffisamment confortable. C'est là que
DE TANANARIVE A FIANARANTSOA.
nous allons séjourner quelques semaines, pour attendre le retour des beaux jours, étudier le peuple betsileo et surtout nous préparer à notre prochain voyage dans le Sud.
Lorsque nous avions quitté Tananarive, les pluies avaient cessé, le temps était redevenu beau et la bonne saison semblait nettement commencer. Ici, dans le Bclsileo, nous retrouvons le mauvais temps. Ce ne sont plus, il est vrai, les averses diluviennes qui caractérisent la mauvaise saison à Madagascar, mais tous les jours, dans la matinée principalement, nous nous trouvons enveloppés d'un brouillard froid et humide; vers midi, il tombe une petite pluie, le vent s'élève bientôt, puis la journée devient belle. ,Cc qu'il y a de particulièrement curieux dans le Betsileo, ce ne sont pas tant les petites pluies persistantes à la fin de la saison chaude que ce froid vif qui com-
-«SPSr,
AMDATOLAHIKISOA !: I hl'l DES MAISONS Bl
menée à se faire sentir. J'avais déjà remarqué un peu partout el surtout dans l'Est que la saison des pluies ne se termine pas brusquement, à s<m déclin des petites pluies sont encore Fréquentes, elles sont journalières dans la zone des forêts; mais ce que je n'avais jamais éprouvé ailleurs, c'est un tel degré de froid. Nous grelottons littéralement. La température dont nous jouissons n'est en somme qu'une froidure printanière pour des Européens, mais ici dans ces pays intertropicaux, on s'attend si peu à l'éprouver et on y est si mal préparé par les températures ressenties dans les mois précédents el dans les autres parties de l'île, qu'elle nous semble rigoureuse. A cinq heures du matin, j'ai noté pendant plusieurs jours -+- 5° centigrades.
Ici, nos journées passent \ile. Nous avons beaucoup de distractions; ce sont, en compagnie du docteur Besson, des excursions très intéressantes aux environs de Pianarantsoa ; ce sont de nombreuses visites el de longues causeries avec des Betsileo dont nous nous sommes empressés de faire nos amis pour lier connaissance el nous instruire des coutumes de celle peuplade. Les travaux ne nous manquent pas non plus, il faut consacrer nos soins à nos collections, prendre des noies, rédiger nos rapports cl surtout nous préparer à notre grand voyage futur.
Parmi nos nouveaux amis betsileo. Rainimanana, qui me semble le plus instruit, nous met rapidement au courant des mœurs de ses compatriotes. D'esprit beaucoup moins borné que la plupart de nos éphémères connaissances, ses renseignements sont très précieux; son Age avancé ne lui oie rien de ses facultés, ses souvenirs sont très précis et grâce à lui nous allons connaître à fond la peuplade des Betsileo. Rainimanana nous raconte un soir des légendes et de vieilles histoires que nous trouvons d'autant plus remarquables que, jusqu'à présent, nous avions eu une peine ('norme à en réunir quelques-unes sur le peuple malgache.
Je vais donner une de ces légendes betsileo dont la traduction française littérale offre cependant quelques charmes malgré sa naïveté. Je crois bon aussi d'y joindre le texte betsileo et sa traduction en dialecte antimerina, car ces textes mettront sous les yeux du lecteur deux échantillons de dialectes parlés dans la grande île africaine.
I. Texte betsileo : — Nihavana hoe ny akoho aminy mpanpango fah*ela, Ka nifankatea soasoa : ara tsi'ela ko rota ny lamban'ny akoho ; Ka dia nanao hoe taminy mpanpango i : « Mb a ampindramo fanjaitsa aho hanjairako itoy lambako iloy (sady miatats'y no manao izay).
Dia nomen'ny mpanpango; ko tsiveho te-he nanjaitsa igny ko vere ny fanjaitsa; nitadia ny akoho ko nitsindroka ko nilsindroka ko, tsi cla ko avy ny mpanpango nanao hoe : « Aia ny fanjaitso? Dia hoe ny akoho : Izao ny mitadia fa vere etato ko Isa hitako ; sady mitsmdrok'amin'iz'ay ny akoho.
Nadiky hoe ny mpapango ko roso mitsidigna : ko egn'ambony i no mangaika nanao hoe : « Filoko ô! Filoko ô !
Taitsa hoe ny akoho ko nanao hoe : Izao ny mitadia ko andrazo velivety.
Tsa nahandry koa hoe ny mpanpango ; fa dia pignaogne ny zanaky ny akobo, ko nahatongane be, dia anadroe ro sisa. Dia hoe ny akoho tsi ela = Terak : tiraika tsa ho tratsa, terak'iraika tsa ho tratsa, fa aho nileraka ro vakivaky tratsa! vakivaky tratsa vakivaky tra a Ira!
Izany hoe ro ihinanan'-ny mpanpango ny anak'akoho nagnare ny filone natao hanjairangn'i clanc rota, fa iraika hoe io ny ela ./.
II. Traduction antimerina : — Nisakaiza, hono, ny akoho sy ny papango taloha, ka nifankatia dia nifankatia; ary nony ela, hono, rovotra ny lambany akoho (ny elany) : dia hoy izy tamy ny papango : « Mba ampindramo fanjaitra kely aho, hanjairako ity lambako ity (sady mialatr'izy no saronany ny elany ny tongony anila).
Dia nomen'ny papango; ka vantany vao nanao hanjaitra ka very ny fanjaitra. Nitady, hono, ny akoho sady mitsindroka re! ka mitsindroka re! Nony ela avy ny papango nanao hoe : « Aiza ny fanjailro? » — Dia hoy ny akoho : Izao no mitady azy fa very eto iky ka tsi hitako! (sady mitsindrok'izy no manao izany).
Tezitra, hono, ny papango ka nanid ina; ka eny ampanidinan'izy no miantso nanao hoe : Filoko ô! Filoko ô ! ô !
Taitra tamin'izay akoho ka nanao hoe : Izao mitady azy ka andraso vetivety.
Tsy naharitra intsony, hono, ny papango : fa dia no faohiny ny zanaky ny akoho isan'andro mandrapandrainy ny fanjaitra; nefa tsy nahita mandrak'ankehitriny.
Dia izao, hono, mba hery nataon'ny akoho : Terak'iry tsy ho tratra; terak'iry tsy ho traira; izaho niteraka no vakivaky tratra! vakivaky tratra.
Izany, hono, no nihinanan'ny papango ny zanak'akoho; manary ny filony ny akoho.
Nefa, asa moa fa ny antilra no ho banga : ela nihinanana; ary ny osy no misy somolra : diso kely ny andro nitcrahana; ka tsy izaho no mandainga fa toa mifanilsy samy mai'ina ireo ./.
III. Traduction française : — On raconte qu'autrefois, la poule et le papango (Milvus œgyplius G. m. gros oiseau de proie) étaient liés d'amitié et s'aimaient beaucoup; un jour la poule, ayant son Inmba (aile) déchiré, s'adressa au « papango » en ces termes : « Prèle-moi une aiguille pour coudre mon lamba » (et en même temps elle se pâmait de douleur et couvrait une de ses pattes avec son aile).
Le papango lui donna une aiguille, mais quand elle eut fini de s'en servir elle la perdit. La poule se mil alors à chercher l'aiguille et pour cela picola... picota.... — Le papango survint et demanda : « Où est mon aiguille? » — Je la cherche, répondit la poule, car je l'ai perdue et ne la retrouve pas (el en disant cela elle continuait de picoter).
Le papango, en colère, s'envola, cl tout en volanl demandait : « Mon aiguille! mon aiguille! »
DE TANANARIVE A FIANARANTSOA
POR il nu liov.v A PIANARANTSOA.
Ln poule, prise parla peur, lui dit alors : « Je la cherche, attends un peu ».
Le papango ne supporta pas cela plus longtemps el se mil m devoir de s'emparer chaque jour des pelils de la poule, jusqu'à ce .pie l'on lui rendît sou aiguille, mais jusqu'ici la poule n'a pas encore retrouvé l'aiguille.
Pour terminer, la poule dit : « Je fais un petit el ne puis le conserver! J'en fais un autre el il subit le même sort! Aussi moi qui les mets au monde je me fatigue en pure perte. »
Voilà pourquoi le papango mange les petits de la poule : c'esl que celle-ci lui a perdu son aiguille.
Cependant, j'ignore si les vieillards sont édentés parce qu'ils mangent depuis longtemps cl si les chèvres ont de la barbe au menton parce qu'il y a eu une petite erreur dans le jour de leur naissance : mais ce n'est pas moi qui ment, car je ne fais que justifier des choses également vraies ./.
« Et cela est si vrai, ajoutait Rainimanana, que depuis cette époque le papango ne cesse de se venger et toutes les poules du monde picotent toujours pour chercher la malheureuse aiguille. »
J'ai dit dans le chapitre précédent que, parmi toutes les tribus de Madagascar, celle des Belsileo étad, sous une foule de rapports, celle qui se rapprochait le plus des Anlimerina.
Le Belsileo appartient très certainement à la même famille ethnique que l'Anlimerina. Il est très souvent, assez difficile de les distinguer l'un de l'autre; cependant, d'une manière générale, le Betsileo a le teint plus noir que l'Anlimerina; ses lèvres sont plus épaisses, son nez plus aplati, ses cheveux; plus crépus. Tout semble donc indiquer que le Belsileo est le produit d'un mélange d'un élément asiatique avec un élément africain, mélange dans lequel le dernier élément entre pour une part bien 'plus considé-
rable que chez l'Antimerina actuel, qui est le produit d'une fusion analogue. Le Betsileo a généralement la stature plus élevée et les membres plus forts que l'Antimerina. Les facultés intellectuelles du Betsileo ne semblent pas, d'une manière évidente, être inférieures à celles de son vainqueur. Le Betsileo est plus doux, plus calme que l'Antimerina; malheureusement son apathie égale sa soumission, il ne se livre, pas volontiers aux opérations commerciales; bien moins hardi et entreprenant que l'Antimerina, il n'aspire