MAISON D'UN VAI.A. (DESSIN DE BOUDIER, D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE
qu'à vivre tranquille au sein de sa famille et à se fixer sur ses terres qu'il cultive avec beaucoup de soins. Le Betsileo est surloul un paysan, il n'aime pas vivre dans les agglomérations; sa ferme, son valu, forme tout son horizon. Il aime beaucoup ses terres, il est très jaloux de sa propriété. Gonséquemment, il a la réputation d'un chicanier, il semble aimer les procès. On voit en effet, chaque année, des familles betsileo se ruiner dans des contestations qui ont pour objets des parcelles de terrains. Le Betsileo dans sa bonne foi naïve ne veut pas céder, et comme l'Antimerina esl son seul juge il y perd la plus grande partie de sa fortune; c'est à cause de ces procès incessanls que soutiennent les Betsileo, que le posle de gouverneur de Fianarantsoa esl si recherché des Anlimerina influents. Dans ce posle, un gouverneur — dénué de scrupules, comme ils le sont tous d'ailleurs — peul se l'aire environ 300 000 francs de renie de noire monnaie en vendant ses arrêts.
Comme les Anlimerina, les Betsileo on! adopté pour les hommes depuis quelques années la mode de se couper les cheveux courts. Les femmes les portent tressés artistement, elles oui le talent de donner à leurs chevelures toutes espèces de formes. Tête nue, on les croirait coiffées d'un bonnel de dentelle. Chez les Betsileo, le costume esl le même que chez les Anlimerina.
Dans le courant de cet ouvrage, j'ai déjà eu l'occasion de parler plusieurs fois de quelques coutumes spéciales à la tribu des Anlimerina. Je retrouve presque loules ces coutumes ici; je ne signalerai donc
DE TANANARIVE A FIANARANTSOA.
que celles qui me semblent spéciales aux Betsileo. L'une des plus étranges, qui caractérise cette tribu, est sans contredit leur façon de traiter les morts.
Lorsqu'un Betsileo vient à mourir, son corps est roulé peu après son trépas dans de riches lamba, puis il est placé clans un cercueil de bois. Comme chez les autres tribus de Madagascar, la famille du mort s'est réunie, on a chanté les louanges du défunt, ce sont toujours pour cet instant les mêmes cérémonies. Lorsqu'elles ont pris fin, on porte le cercueil dans le tombeau de famille. Comme chez les Antimerina, ce tombeau est généralement formé de cinq grandes dalles de granité, el il est aussi le plus généralement construit au sommet d'une colline. Mais chez les Betsileo le tombeau est plus profond, et au lieu de s'ouvrir en levant la dalle supérieure, on y accède par une galerie parfois 1res longue et qui souvent débouche forl bas sur le liane: de la colline el toujours du côté du sud-ouest. Ces tombeaux betsileo sont construits avec soin, ils sont l'objet d'une grande vénération de la pari des indigène . Autrefois les ramilles riches cachaient dans le tombeau de leurs ancêtres leurs objets précieux et leur argent .
Lorsque le cercueil a été déposé dans le tombeau, on immole des bceufs qui sont partagés entre les assistants, on boit de nombreuses bouteilles de rhum el l'on se sépare souvent fort ému après toutes ces libations.
Deux ou trois jours plus tard, el c'est ici que la coutume betsileo esl tout à l'ail particulière, on retire le cercueil du tombeau, le défunt est ramené dans sa maison. On le roule fortement cuire deux planches, el lorsqu'il n'est plus qu'une masse informe, on le ficelle debout contre le poteau principal de la case avec des lanières de peaux de bœufs. On lui a i 1 1< • i ■< • '• la plante des pieds sous lesquels esl placée une cruche ou une marmite de lent'; on laisse alors agir la putréfaction, cependant que la famille et les amis du mort sont entassés dans sa demeure, (hantent ses louanges, célèbrent ses bienfaits et boivent force rasades de rhum pour s'étourdir et pouvoir résister à l'odear épouvantable qui se dégage «lu cadavre en décomposition. Au bout d'un mois, quelquefois plus, la putréfaction a continué son œuvre, et un liquide putride et infect esl venu remplir le vaisseau de terre. Celui-ci est l'objet de soins jaloux, on surveille attentivement la venue des vers qui s'y forment : un d'entre eux paraît-il plus gros que les autres que toute la famille se réjouit, car l'âme du mort s'est réincarnée sous celle forme. On attend encore quelques semaines pour permettre aux vers de grossir quelque peu. Il esl procédé avec grande pompe à l'inhumation des restes du défunt dans le tombeau de famille. En même temps que ces restes on place aussi dans le tombeau et prés de la tête du cadavre le vaisseau de terre dans lequel vil le gros ver, ultime incarnation du défunt désignée par les Betsileo sous le nom de fanano. On a soin de placer dans le vase de terre un long bambou par lequel plus lard doit remonter sur la surface de la terre le fanano mystérieux. Toutes ces opérations se font sans grandes variantes dans toutes les familles betsileo et je les ai vues maintes fois. Pour la suite je vais laisser la parole à notre ami Rainimanana.
Après un certain temps, temps variable qui ne dépasse jamais une année, le fanano remonte à l'intérieur du bambou et fait son apparition sur la terre. Cet animal mystérieux affecte non pas la forme