FEMME BETSILEO
d'un serpent, comme le croient les Antimerina, mais bien celle d'un petit crocodile de couleur brune et tacheté de rouge sur le dos, le ventre est blanchâtre.
Dès que l'animal a été reconnu par la famille du défunt, ceux-ci s'en approchent et lui demandent s'il est bien réellement le parent qu'ils ont perdu. Si le lézard lève la tète, c'est un signe certain que c'est bien le mort. Lorsque cette certitude est acquise, des membres de la famille du défunt apportent en cet endroit le plat dans lequel le mort a mangé pour la dernière fois. On met dans ce plat un peu de rhum mélangé à quelques gouttelettes de sang obtenues en coupant l'oreille d'un jeune bœuf. Le plat est placé devant le fanano; si cet animal accepte celle offrande en y goûtant tant soit peu, c'est le signal de grandes réjouissances. Rainimanana ajoute que le fanano retourne au tombeau, qu'il choisit comme sa demeure, il y devient très gros, c'est un dieu lutélaire qui protège la famille du mort et les contrées voisines.
On conçoit aisément la crainte respectueuse qu'éprouvent généralement les Betsileo pour tous les reptiles. Celte coutume de traiter les morts est dans l'île de Madagascar tout à fait particulière à la tribu des Belsileo; plus encore qu? les Antimerina ils ont le culte des morts, ils construisenl leurs tombeaux avec beaucoup de soins, en font de véritables monuments ornés d'une façon toute spéciale, avec des pierres souvent très grosses, des madriers finement sculptés ou des crânes de bœufs qui ont conservé leurs cornes.
Le Betsileo est aussi très superstitieux, plus encore que ses voisins du Nord, les fady sont nombreux dans cette tribu dont chaque individu porte ostensiblement ou en cachette plusieurs odij ou talismans. Le odij que nous trouverons encore dans toutes les tribus du Sud, où il est très répandu, est le seul signe extérieur de religiosité de ces peuplades. Dans un chapitre précédent, j 'exposais dans ses grandes lignes les croyances religieuses du Malgache, elles sont les mêmes pour toutes les tribus; mais dans le Sud principalement, le bon Principe est bien laissé de côté, et c'est avec des ocly, des fétiches, des amulettes, des talismans et porte-bonheur qu'ils croient conjurer les attaques du mauvais Principe. Pour toutes les circonstances de la vie, quelles qu'elles soient, un homme du Sud bien outillé possède un ochj et nous verrons plus lard, comme conséquences pratiques de ce l'ail, que dans les tribus guerrières du Sud, chez les Bahara principalement, ils se montrent très osés et très entreprenants, ce qui est remarquable chez un Malgache, parce qu'ils sont fermement convaincus de la vertu de leur ody.
En parlant de la façon d'enterrer chez les Belsileo et de leurs croyances aux ody, j'ai signalé les deux faits les plus importants qui les différencient des Antimerina. 11 n'y aurait plus maintenant à noter que quelques détails sans grande importance, tels que la coiffure compliquée des femmes betsileo, le gros anneau d'argent qu'elles portent dans les cheveux lorsqu'elles sont fiancées, et le mode de construction des maisons dans celle partie du plateau central. On peut dire en général que le Belsileo a conservé plus religieusement (nie l 'Antimerina les coutumes de ses pères ; on le voit tout d'abord par le respect religieux dont il aime à entourer ses nobles et ses chefs de caste, au grand désespoir des Antimerina qui n'ont pu jusqu'à ce jour déraciner le respect des vieilles familles chez les Betsileo et le remplacer par l'adoration de leur propre reine, eux qui, cependant, sur tous les autres points, sont les maîtres incontestés de celle peuplade douce et docile. Ce respect des anciennes coutumes chez les Belsileo nous esl encore indiqué par leur croyance aux odij. Celle ancienne croyance générale cl incontestée à Madagascar n'est cachée superficiellement que chez les Antimerina sous le vernis de civilisation dont on les a recouverts à grand'pcine. La coiffure chez les Belsileo est resiée (elle qu'elle était autrefois, tandis que chez les Antimerina les modes européennes ont prévalu, et cependant j'ai encore vu, en 1889, un Antimerina de type pur, parent du chef de Mahatsinjo, qui possédait une longue chevelure divisée en tresses, terminées par des boules enduites de graisse de bœuf.
Enfin les maisons en bois belsileo sont tout à fait comparables, si ce n'est identiques, aux maisons antimerina d'ilafy, au tombeau de Radama II, et à la vieille maison en bois de Ranavalona Irc dans le palais de la reine à Tananarive. Il est à remarquer cependant que dans ces maisons en bois belsileo les ouvertures sont excessivement petites, et qu'il faut de savants efforts pour pénétrer à l'intérieur. Les
DE TANANARIVE A FIANARANTSOA.
Betsileo chantent et dansent comme les Anlimerina, ils n'ont conservé qu'une vieille danse spéciale qu'ils appellent la danse de la sagaie; nous y retrouvons toujours un ou deux acteurs principaux debout au milieu d'un cercle de gens accroupis, qui psalmodient en ton mineur et qui s'accompagnent à contretemps de battements de mains.
Mais tandis que les Anlimerina manquent complètement de poésie dans leurs chansons populaires et se contentent le plus souvent de psalmodier le récit d'un voyage, simple itinéraire où l'on mentionne sèchement les villages de la roule, les Betsileo, comme les autres tribus du Sud, manifestent dans leurs chants et leurs récits populaires quelques velléilés poétiques. Voici traduits en antimerina et en français les chants de Barimaso et de Dombita; c'étaient les plus répandus lors de mon passage dans le Betsileo.
barimaso. — ■ La belle aux grands yeux.
Traduction antimerina.
Barimaso sasa manafalra Njola kely tsy misy bialana.
— Nba tiavo kely ah fa raora tianal Asivo soa atro fa mora mamaly!
Raha tianao alio dia basinao!
Raha tsy tianao dia basin 'olon' kafa Apetraka ery amoron — dalana
Tsy ilao zan' izay olon — kandray.
— Raha isy hianao aho tsy tonga tatj ! Raha tsy hianao aho tsj mahalala trano! Raha tsy hianao aho tsy mahalala, lalana!
— Andeha isika mba hifankatia Hifankatia ka tsy mba hiady Tsy mba hisaraka.
Satry ny olona tsy mba miray.
— Mifankatiava re ry tanora falon-bitsyl - Andeha isika hiaraka adala
Fa rehefa tonga miara-terezany.
Traduction française.
La belle aux grands yeux est fatiguée de me faire appeler.
[par une laide amie.
— Je ne puis nie rendre à ses rendez-vous, ear je suis retenu Aime-moi, car je me laisse aimer facilement.
Fais-moi <\n bien, car je réponds volontiers.
Si tu veux je serai ton fusil (!!).
Si tu ne veux pas. je serai celui d'un autre.
Placée là-bas au boni du chemin.
Il ne manquera pas de gens qui me prendront!
— Si ce n'étail pour loi. je ne serais pas venue ici.
Si ce n'était pour toi, je n'aurais pas suivi celte route.
— Allons nous aimer!
Nous aimer et ne pas nous disputer, Ne pas i - séparer.
Il déplail aux gens de nous voir unis!
- Aimez-vous, jeunes gens, car tous êtes peu nombreux. — Allons folâtrer ensemble, Car à notre retour nous serons grondés tous les deux.
Traduction anlimera. — dombita!
Nisy vehivavy anankiray nisaoran' nv vadinv, ka nanenina; dia nilrnv sadv nanao io hira io izy, nanao hoe :
Maly re aho nariany; nisaorany omaly hariva — Mifona re aho Tompokolahy ; mivalo, indry vola voamena antandrako anao; mananda re aho! avelaore mba hitoetra aminaol aoka re mba hoato! naho mpiloto vary aza ! na ho mpaka rano! avelaore mba ho ato!
Nainaly iley lehilaly ka nanao hoe : namalv.
Izaho tsy tianao inlsony, l'a mandehana miala ; Izaho tsy tianao intsony.
Dia hoy indray ravehivavy :
Ka rehefa manandra ho hianao Isy manaiky ko hanao ahoana aho! Baby karv Kolo! andeha isika handeha fa rahefa lehibe hianao hateriko aty! Baby aiv rakoto! Baby aryl Baby. Dia nandeha hono izy mianake ka nony louga anv an-trano ny ray amandreninv, dia maly lampo ka rahevivavy nanenina.
Traduction française. — dombita!
Il y avait une femme qui avait élé répudiée par son mari; elle se repentit, prononça ces paroles et fil la chanson suivante :
Je suis perdue, car il m'a rejetée; il m'a répudiée hier soir. Je vous demande pardon, monsieur, je me repens, voici voamena (2-'te partie de la piastre) ' que je vous donne; je vous fais un don! laissez-moi
t. Cet usage, très répandu dans toute l'Ile et surtout chez les Antimerina et chez les Retsileo, est très remarquable; il parait être caractéristique des peuples madécasses. En elTet, lorsque dans une occasion quelconque un Malgache vient à offenser, à outrager même très cruellement une personne quelconque, il s'imagine très volontiers que, en donnant à la
demeurer avec vous! permettez-moi de rester ici! même si je dois piler du riz! ou aller chercher de l'eau à la source! permettez-moi de rester ici.
Le mari répondit en ces termes :
Je ne vous aime plus du tout, allez, partez, je ne vous aime plus du tout.
La femme reprit encore :
Je t'ai fait un don et tu n'acceptes rien, que dois-je faire! Viens, Koto, que je te porte sur mon dos! Allons, partons, lorsque tu seras grand, je te ramènerai ici! Viens, Rakoto, que je te porte sur mon dos!...
La mère et l'enfant partirent et . à peine arrivée dans la maison de ses parents, l'épouse repentie mourut subitement.
Si nous trouvons sous ce rapport une certaine supériorité des tribus du Sud sur les tribus du Nord, en ce qui touche la sculpture, cette supériorité devient encore plus évidente. En effet, on sait que depuis les temps les plus reculés presque toutes les races humaines ont. reproduit sur une matière quelconque, corne, os, bois, pierres, etc., les objets qui frappaient le plus souvent leurs regards. Ces premières sculptures spontanées font absolument défaut dans le nord de Madagascar. Les Antimerina eux-mêmes, les plus civilisés des Malgaches (par convention), n'ont aucune idée d'une sculpture quelconque. Sans doute certains de leurs ouvriers à Tananarive ont pu faire ou principalement copier plusieurs figurines importées d'Europe tout récemment, mais ils n'ont jamais trouvé dans leur tête un motif quelconque d'ornementation. Leurs idoles les plus renommées n'étaient que des morceaux de bois informes ou des cailloux bruts roulés dans des chiffons. Ici, dès notre première étape dans le Sud, nous rencontrons de véritables sculptures, ce sont encore, il est vrai, des essais grossiers et naïfs; je remarque d'abord sur les planches qui ferment les fenêtres et les portes des cases des dessins géométriques aux contours plus ou moins réguliers .qui entaillent profondément le bois dur. Ces mêmes dessins sont reproduits encore sur des pierres levées, sur des madriers dressés comme ceux que nous avons vus au sud de Sabotsy. Ces mêmes dessins géométriques sont également souvent reproduits sur les palissades, qui entourent les tombeaux ou sur les mégalithes qui s'élèvent dans leurs voisinages. Le plus beau spécimen que nous avons rencontré dans ce genre est l'entourage en bois sculpté du tombeau de Ramaharo, un des descendants des anciens roisbetsileo de Lalangina, construit non loin des rives du Matsiatra, et près du village d'Ialananindro.
Au-dessus de cette sculpture géométrique, je trouve encore des essais plus compliqués dont le Retsileo est l'auteur sur ses principaux ustensiles de ménage. Ce sont des mortiers à riz, des mortiers à piment, des cuillères, des plats, des salières; tous ces objets en bois sont souvent très finement sculptés. On y trouve déjà des figures plus compliquées, ce sont quelquefois des formes animales, le bœuf est le plus souvent représenté. Les artistes belsileo se sont donné aussi libre carrière pour l'ornementation de leurs cases en bois. Dans cette tribu des Betsileo comme dans celle des Tanala plus à l'Est, non seulement les volets qui ferment les ouvertures sont sculptés, mais encore les piliers principaux de la maison sont artistement gravés; il en est de même des deux pignons qui le plus souvent sont surmontés d'un oiseau qui représente assez bien un pigeon au repos. La forme humaine est très rarement employée. si ce n'est pour des ody, des talismans ou des amulettes.
La tribu des Betsileo a été signalée par de Flacourt dans son grand ouvrage à Madagascar.
« Le païs des Eringdranes est un grand pais qui se divise en grandes etpeliles Eringdranes ; les petites Eringdranes sont au sud et c'est d'où sort la rivière Mangharac (Menarahaka). Les grandes Eringdranes sont au nord et finissent au pais des Vohito'Anghombes dont la rivière de Manlsialrc (Matsiatra) fait la séparation. C'est un païs très peuplé et qui peut fournir plus de 30 000 hommes en un besoin. Le païs
personne ainsi outragée un morceau d'argent d'une valeur infime, l'injure sera oubliée, le pardon complet sera accordé, l'offense sera effacée. Pour ces peuplades qui ont un véritable culte pour l'argent, le don d'un voamena (i sous de notre monnaie), d'un haslna quelconque, doit vous permettre de compter sur l'entière bienveillance de la personne à laquelle ce présent est offert.
DE TANANARIVE A FIANARANTSOA.
MENDIANT DETSILEO.
est tout plein et bordé à l'Est de grandes montagnes fertiles en bestial. A l'Ouest, il y a trois grandes rivières qui courent et se vont rendre dans une grande baye qui est située sous le 20° degré latitude sud, sur la mer de Moçambique et Aethiopique. Les rivières s'appellent Manatangh (Mananantanana), Zoumando (Tsimandao), Sahanang, lesquelles sourdent des montagnes qui sont à l'Est des Eringdranes et traversent tout le pais.
« Mantsialre, une grande rivière qui sépare le païs des Voliito- Anghombes et des Eringdranes, est une 1res grande rivière comme pourrait être la Loire, el se va rendre dans la susdite baye. »
La tribu ou la peuplade que de Flacourl désigne sous le nom de Eringdranes, est celle des Belsileo. Le mol Eringdranes a été employé par lui pour Arindrano.
La province des Belsileo comprend deux parties principales : l'une, au nord du Matsialra, l'autre au sud. Dans la première, située sur les confins de l'Imerina, on est frappé plus vivement encore que je ne le suis à Fianarantsoa de la ressemblance, je dirai même de l'identité qui existe entre ces Belsileo du nord cl les Antimerina leurs voisins. Dans la partie sud, au contraire, que les indigènes appellent plus généralement andafy aisimony Matsiatra, les différences entre les deux tribus voisines sont plus marquées. Dans le sud en effet, les Belsileo ont échappé davantage à l'influence antimerina. C'est donc là qu'il faut
se placer pour les mieux connaître. Le mol betsileo est 1res peu employé par les indigènes, celte appellation a sans doute pris naissance après la complète du pays. C'est Radama 1", roi des Antimerina, qui a conquis la province des Betsileo en 1812 environ. Ses prédécesseurs avaient déjà fait quelques expéditions dans ce pays du Sud, mais des révoltes continuelles des Betsileo venaient toujours menacer la domination antimerina. Radama I" voulut étouffer ces révoltes dans le sang cl il y réussit. La ville d'Ambosilra, dans le Betsileo nord, qui n'avait pas voulu reconnaître son autorité, fut prise pâlies Antimerina.
« Toutes les maisons d'Ambositra lurent détruites, ses défenseurs mis à mort, les femmes et les enfants emmenés en captivité dans l'Imerina. Défense fut l'aile aux habitants du pays de songer jamais à s'établir sur les ruines de celle cité rebelle '. »
Beaucoup de villages importants du Betsileo subirent le sort d'Ambositra et on ne peut guère dans cette province marcher quelques heures sans rencontrer des traces de la férocité des Antimerina.
J'ai dit que le Betsileo était surtout un agriculteur; plus encore que l'Anlimcrina il sait travailler ses champs, faire produire ses rizières; il possède aussi de nombreux troupeaux de bœufs; mais chose rare à Madagascar, le Betsileo n'est pas seulement agriculteur et pasteur, il est aussi très habile pour fabriquer des lamba. Dans l'île entière les tomba de l'Arindrano jouissent d'une juste renommée. Les Betsileo du Sud principalement font aussi avec une soie indigène des lamba bien lissés qui atteignent souvent des prix fort élevés; ces him/ni sont surtout réservés pour l'ensevelissement des morts. Enfin les Betsileo de l'Est fabriquent, avec une écorce d'arbres, des lamba rayés de couleurs vives connus sous le nom de sarimbo.
L'une des principales excursions et sans contredit la plus intéressante que nous faisons aux environs de Fianarantsoa en compagnie du docteur Besson est celle d'If andana.