‹ Voyage à MadagascarChapitre 46 sur 91 · FANDANA : ROCHE DU SOMMET. (DESSIN DE TAYLOR, GRAVÉ PAR DERG · texte numérisé non relu

FANDANA : ROCHE DU SOMMET. (DESSIN DE TAYLOR, GRAVÉ PAR DERG

DE TANANARIVE A FIANARANTSOA. 303

cette histoire répandue par les Antimerina n'était pas exacte. En effet, ceux-ci en faisant le siège du village d'Ifandana avaient pu non pas le prendre de vive force, mais l'entourer de leurs soldats pour couper les vivres aux assiégés. Les Betsileo, pressés par la faim, avaient voulu entrer en composition avec les assiégeants et leur offrir leur soumission. Celle-ci avait été acceptée et les Antimerina avaient encore imposé comme conditions aux Betsileo de sortir deux par deux de leurs retranchements. Les Betsileo trop confiants avaient accepté et dès que les rusés et cruels Antimerina voyaient venir à eux ces malheureux désarmés, ils les tuaient et jetaient leurs corps dans la caverne où nous venons de trouver des ossements.

Cette deuxième version est certainement plus conforme à la vérité, elle est peut-être plus désavantageuse aux Antimerina, mais cela importe peu. Si les défenseurs d'Ifandana, comme le veut la légende antimerina, s'étaient précipités du haut de leurs sommets escarpés en bas delà colline sur les roches qui y sont amoncelées, les ossements présenteraient certainement des bris et des fractures que je ne constate pas, sans compter que les Betsileo de la plaine auraient certainement rendu les derniers devoirs à leurs malheureux compatriotes plutôt que d'aller porter les cadavres dans une caverne sur le haut de la colline. Les crânes et les os que je trouve portent les marques d'instruments piquants et coupants qui ne peuvent être autres que les sagaies et les sabres antimerina.

Sans chercher encore d'autres preuves pour rétablir ce point de l'histoire qui est en somme peu important, et sans qu'il soit besoin d'ajouter un fait de plus à la liste déjà longue des cruautés et des perfidies employées par les Antimerina pour réduire les autres tribus de l'île, il me suffira d'indiquer que la légende d'Ifandana racontée par Rainimanana est non seulement plus conforme aux habitudes antimerina, mais plus probable; elle concorde beaucoup mieux avec ce que j'ai vu à Ifandana.

Ce voyage à Ifandana et dans les villages voisins, à Ivohidahy, à Ambohimandroso et à Ambalavao, nous avait fait connaître, en partie <lu moins et dans ce qu'elle a de plus intéressant, la région sud du Betsileo : nous ne voulions pas quitter Fianaranlsoa sans faire une excursion dans l'Est, du côté des Tanala. L'Ouest tentait moins notre curiosité : Maistre et moi avions parcouru de vastes territoires de ces pays sakalava, en allant à Majunga et à Ankavandra; d'ailleurs, dans noire voyage du Sud, nous devions traverser des pays absolument analogues, entre Isalo et Ihosy.

Cette deuxième excursion, dans laquelle le docteur Besson veut bien encore une fois nous accompagner, nous mène de Fianaranlsoa aux confins de la forêt de l'Est, au village d'Amlmasarv. Nous nous j arrêtons quelque peu. Nous sommes là en face de la haute montagne d'Ambondrombe, sur la limite orientale du pays des Tanala. Cette montagne d'Ambondrombe est célèbre partout à Madagascar; son accès est faclij. C'est le séjour des ombres, et aucun Malgache ne voudrait essayer d'y monter dans la crainte de s'aliéner quelques mauvais esprits. Maistre et moi aurions bien voulu, en dépit de la superstition des indigènes, gravir la montagne sacrée, mais nous nous exposions à mécontenter probablement la population et je n'en avais garde; nous avions trop grand besoin des indigènes pour notre campagne future, dont je ne voulais pas compromettre le succès en gravissant une montagne qui, en somme, ne diffère en rien de beaucoup d'autres sommets de Madagascar sur lesquels nous nous sommes élevés. J'ai appris d'ailleurs, depuis mon retour de notre campagne du sud, que le docteur Besson, plus libre que nous, avait pu, avec un missionnaire, et malgré la superstition et le mauvais vouloir des indigènes, gravir la montagne d'Ambondrombe. Celle montagne, qui s'élève à environ 1750 mètres, est couverte de broussailles; son sommet dénudé laisse apercevoir de gros massifs de rochers, ses flancs ne sont pas très rapides, si ce n'est du cédé du sud, et l'accès en est rendu difficile surtout par les broussailles et les fourrés épineux qui couvrent ses flancs. La légende d'Ambondrombe, qui est connue de presque toutes les tribus de l'île, est particulièrement répandue chez les Antimerina et les Betsileo. Le R. P. Abinal, dans son ouvrage Vingt ans à Madagascar1, la donne telle que je l'ai entendu raconter plusieurs fois à Madagascar. Comme son récit est de tout point conforme à celui que je pourrais faire, je vais citer le

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