P. Abinal, Vingt ans à Madagascar
passage de son livre auquel je fais allusion. Il y a si peu d'ouvrages sincères écrits sur Madagascar que je me plais à rendre hommage au livre du R. P. Abinal, écrit par un homme qui a bien connu Madagascar et qui s'est complu à raconter sincèrement et franchement ce qu'il a pu observer.
« Les anciens Hova n'avaient pas songé à créer des Champs-Elysées pour le séjour des Ames de leurs morts ; ces âmes, pensaient-ils, passaient un an environ à aller et venir de leur tombeau à leur case el de leur case au tombeau, et mouraient ensuite de la seconde mort, qui les replongeait dans le néant.
« Au commencement de ce siècle, les Retsileo, amenés dans l'Imerina par leurs vainqueurs, y introduisirent la croyance à un séjour où les âmes des morts passent trois ans.
« Ce lieu serait situé, d'après eux, au fond de leur pays, bien loin dans le Sud. Il porte en leur langue le nom de Ralsy, mauvais. Les Hova lui ont donné celui d'Ambondrombe, pays où les roseaux abondent. C'est là que les Ames terminent enfin leur course, au royaume des morts.
« Or, ce royaume des morts est une haute montagne, que couronne un énorme rocher abrupt, dénudé et dominant au loin la grande forêt des Tanala. Ses flancs sont couverts d'une forêt vierge comme il en reste encore quelques-unes à Madagascar. Des lianes innombrables, parfois hérissées d'épines, s'enroulent autour des arbres comme de gigantesques serpents, grimpent jusqu'au sommet, jettent d'un arbre à l'autre des ponts aériens, retombent, se relèvent el s'enchevêtrent dans les broussailles, de manière à rendre le passage presque impossible. Les sangliers et les singes osent seuls s'avancer dans ces fourrés. Comme la montagne d'Ambondrombe se trouve sur la ligne de partage des eaux, les rivières qui sortent de ses flancs se dirigent les unes vers le canal de Mozambique, les autres vers l'océan Indien. Sa position exceptionnelle, au-dessus de gorges profondes et impénétrables, de forêts humides el de marais pestilentiels, en l'ait le rendez-vous de toutes les vapeurs malignes des environs. Elles s'y condensent en épais brouillards, et alors que tout le pays d'alentour s'illumine et resplendit aux rayons d'un soleil étincelant, le rocher d'Ambondrombe est encore couvert d'un amas de nuages sombres comme d'un manteau gris. Le peuple appelle ces vapeurs la fumée des ombres.
« On raconte au sujet de cette montagne des faits merveilleux.
« Jadis, au temps de la conquête, une armée en campagne passait non loin de là. Elle entend des salves d'artillerie qui saluent son approche, puis une musique militaire exécutant l'air royal. L'armée arrête sa marche, porte les armes et rend le salut. Le prodige parut de bon augure; les Hova furent en effet victorieux, et le général, au retour de son expédition, ne manqua pas de s'arrêter au pied de la montagne pour immoler des bœufs en actions de grâces. Au bruit du canon tiré par les vivants, se mêlèrent de nouveau les fraternelles détonations de l'artillerie des morts, et la musique d'Ambondrombe, pour la seconde fois, unit de même ses accords aux fanfares joyeuses des vainqueurs.
« On raconte aussi, dans l'Imerina, l'histoire d'un jeune homme des environs d'Ambohidralrino. Ce jeune homme tomba un jour dans une léthargie profonde; sa famille le crut mort et commença les préparatifs de ses funérailles. Or, pendant ce temps, son Ame voyageait et se rendit, paraît-il, à Ambondrombe pour visiter un de ses amis. Dès son arrivée à la fameuse montagne, elle aperçoit des milliers de personnes qui vaquaient tranquillement à leurs occupations de tous les jours : des jeunes gens en grand nombre erraient çà et là sans soucis, tandis qu'ici des jeunes filles retouchaient les tresses de leur chevelure et s'ajustaient comme pour une fêle; plus loin, quelques vieillards appesantis par l'Age, accroupis à terre, le dos appuyé au mur de leur case, réchauffaient aux feux du soleil leurs membres languissants. Le jeune homme, ou son Ame, s'engage alors dans les rues d'une ville au milieu de laquelle se pressaient de nombreux habitants, et finit par arriver au quartier et à la case qu'habitait son ami.
« Le premier élonnement passé el les salutations d'usage échangées : « Que signifie donc, demande le nouveau venu, tout ce que je viens de voir? — Ne sais-tu pas, lui répond son ami, que tu es entré dans le séjour des ombres? Toutes les Ames, aussi bien celles des hommes que celles des brutes, des plantes, des maisons, des rizières, en un mot tout ce qui a existé un jour à Madagascar, se trouvent ici. »
« Mais déjà les ombres entraient dans la case et s'attroupaient autour de l'Ame de l'étranger nouvel-
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lement arrivée dans leur séjour. Elles paraissaient affamées de nouvelles et commençaient à lui en demander de tous côlés. Leur curiosité s'accrut avec les réponses qu'elle leur donna et devint bientôt importune au delà de toute expression. L'âme du pauvre jeune homme en était accablée, et elle se sentait d'ailleurs tellement pressée par la foule des ombres, qu'elle ne savait où se mettre pour leur échapper. La voilà donc se juchant sur la claie du séchoir qui surmonte tout foyer malgache. Elle eul l'agrément d'y être enfumée jusqu'au soir. El on ne lui servit d'ailleurs au repas que l'âme du riz, nourriture unique des morts à Ambondrombe. Ce dîner peu substantiel acheva de la dégoûter du pays. Elle s'échappe donc au plus tôt, à demi morte de fatigue et de faim, franchit les marais et revint chez elle en toute haie.
« La première chose qu'elle rencontre en entrant clans son village, «'est son cadavre qu'on portail en terre. Inutile de dire qu'elle s'empressa d'arrêter le convoi et de réveiller sur-le-champ son corps de sa trop longue léthargie, au grand ébahissement de tous les parents, voisins et connaissances.
« Cette Ame, heureusement, n'avait élé séparée de son corps que d' manière transitoire. Toutes les
autres Ames définitivement séparées de leur corps et qui se rendent à Ambondrombe, qu'elles viennent de loin ou de près, doivent demeurer uniformément un an en route avant de L'atteindre.
« Le maître et seigneur du I ri sic séjour des ombres réside au centre du nuage qui couvre le sommet du
rocher. Chaque jour il envoie des officiers aux quatre points cardinaux, p ■ recevoir et introduire les
nouveaux venus, et les distribuer dans leurs quartiers respectifs, selon leur caste et leur condition.
« Certaines Ames n'arrivent pas seules, mais escortées par les A s des bœufs tués à leur enterrement.
Avoir des bœufs tués à son enterrement est un privilège qui, de droit, n'appartient qu'aux grands chefs ou à ceux qu'ils ont voulu honorer. Ainsi, quiconque se présente aux portes d'Ambondrombe, suivi de l'Ame d'un bœuf au moins, esl assuré d'être reçu et traité avec distinction : les autres son) logés avec la populace et les esclaves, Voilà pourquoi les Malgaches tiennent tant A ce qu'il y ail des bœufs immolés à leurs funérailles.
« La montagne d'Ambondrombe esl divisée en I mis /.ducs circulaires (''gales, comprenant chacune un tiers de sa hauteur. Durant la première année, les Ame- habitent la zone inférieure; elles montent ensuite A la seconde zone et arrivent, vers les commencements de la troisième année, au sommet du rocher, dans la région du nuage qui le couronne.
« La quatrième année elles meurent.
<( On ignore si le seigneur d'Ambondrombe les anéantit ou s'il les dévore et se les incorpore.
« Durant les trois ans que dure une vie d'ombre, chacune garde ses habitudes passées : l'ombre du militaire prépare pour les jours de revue l'ombre de son mousquet; l'ombre du général fait défiler ses bataillons d'ombres, au son de l'ombre d'un tambour; l'ombre d'un avocat pérore devant des ombres de jury et pour la ruine des ombres de ses clients; l'ombre de l'esclave y porte l'ombre de son maître sur une ombre de palanquin; aux Ames des portes, les Ames des canons sont braquées; les ombres des servantes reviennent de la fontaine, portant l'âme de leur cruche pleine de l'âme de L'eau.
« On raconte aussi que lorsque les souverains sont aux portes de la mort, des ombres choisies sont envoyées d'Ambondrombe au-devant d'eux; on les voit crier autour de la capitale et annoncer le deuil prochain par les feux de leurs torches lugubres. Ce sont sans doute les feux follets courant au-dessus des rizières à certaines époques de l'année. Toujours esl-il qu'en les voyant le peuple croit au présage de la mort prochaine du monarque, et que ceux-ci eux-mêmes sont terrifiés par ces feux.
« Ambondrombe inspire aux Malgaches une terreur religieuse. Sa forêt est sacrée; jamais les indigènes n'y ont porté le feu, ni la cognée; et personne n'oserait pénétrer dans ses épais fourrés. On dit que ses arbres parlent cl peuvent donner la mort .
« Autrefois cependant, si l'on en croit la légende, un jeune homme eut le courage de se rendre à Ambondrombe en traversant la forci et réussit à mener à bonne fin sa téméraire entreprise. 11 voulait consulter son père sur une affaire 1res embrouillée, dont dépendait le sort de sa famille. Après de grandes difficultés et de grandes l'alignes, il arriva enfin à l'enceinte sacrée. A peine a-l-il l'ail quelques
pas, que des voix se font entendre : « Oui va Ià> » Ses cheveux se dressent sur sa tête, et une sueur froide couvre ses membres; mais domptant son émotion, il répond : « C'est moi! » et il se hâte de décliner son nom et ses titres de noblesse. « Que viens-tu faire ici? — Je viens consulter mon père sur une affaire très importante. — Quel est ton père? Comment est-il fait? — C'est un tel, il est court de taille cl rouge de figure. — Avance donc, car le voici qui joue au fanorona (sorte de jeu de dames ou de trictrac) là-bas, au pied de ce grand arbre qui ombrage la place de son quartier. »
<■ On ajoute qu'après avoir consulté son père, le jeune homme reprit le même chemin pour revenir sans encombre, mais non sans peur, au milieu des vivants.
« Lorsqu'une guerre est sur le point d'éclater, la forêt, dit-on enfin, s'illumine toutes les nuits. On peut même alors voir le mouvement et l'animation qui régnent dans le royaume des ombres : chaque tribu se prépare à porter secours aux vivants et fourbit ses armes ou s'exerce au combat.
« Les âmes des morts ne sont pas tellement attachées à leur séjour d'Ambondrombe, qu'elles ne voyagent quelquefois et ne retournent visiter les vivants qui les évoquent.
« Quoi de plus commun à Madagascar que leurs apparitions vraies ou imaginaires!
<( Les Malgaches distinguent à ce propos deux sortes d'apparitions ou visites faites par leurs morts, l'une de l'ombre, ou, ce qui revient au même, de l'âme toute seule; l'autre, du spectre en chair et en os. Chacun de ces deux genres de visite peut apporter bonheur ou malheur; et l'on reconnaît ce qu'elles apportent à la conduite que tiennent les morts. S'ils parlent et se conduisent en amis, l'augure est favorable; s'ils sont mélancoliques, ne proférant point de paroles, et semant le désordre sous leurs pas, s'ils oppressent ou obsèdent les vivants, s'ils les suivent clans les rues et à la campagne, ce sont des artisans de malheur, des malfaiteurs ou des sorciers.
« Autant est désirable, d'après les Malgaches, la première espèce d'apparition, autant est à craindre la seconde ; et dès l'ensevelissement des morts, chacun prend ses précautions pour se procurer l'une et éviter l'autre. Avant de draper le mort dans ses lamba, chaque membre de la famille, ou l'un d'eux au nom de tous, dépose donc une pièce d'argent dans la bouche du défunt; cette pièce doit lui ouvrir les lèvres et lui délier la langue, lors de ses apparitions futures. Ce seul fait indique assez déjà quelle est l'erreur des écrivains qui ont assimilé la coutume malgache, dont il s'agit ici, à la coutume analogue pratiquée par les anciens aux funérailles de leurs morts. Personne en effet n'entendit jamais parler à Madagascar du Styx, ni de la barque à Caron, tandis que tout le monde tient au contraire à ouvrir la bouche de ses parents défunts lors de leurs apparitions.
« Ce résultat s'obtient presque infailliblement, dit-on, si l'on accompagne la pièce d'argent, déposée dans la bouche du défunt, d'une tabatière garnie de bon tabac qu'on place à côté de lui; mais il faut pour cela que le parent mort ait eu l'habitude du tabac pendant sa vie. Or quel Malgache ne l'a pas? Ces précautions prises, on attend les apparitions avec l'assurance la plus complète, souvent même avec impatience.
« Pour quelques-uns elles commencent à avoir lieu dès le jour des funérailles, pour d'autres seulement au bout d'une année, quelquefois plus tôt, d'autres fois plus tard.
« Au dire des Malgaches, les parents morts viennent s'entretenir avec leurs enfants, qui reposent à la place oit jadis ils ont eux-mêmes pris leur repos; ils montent à l'étage, redescendent et inspectent toutes choses dans leur ancienne case. On les voit manger l'âme du riz ou celle du miel qui leur est servi, boire à la coupe commune, etc., etc.
<« Comment avoir des doutes sur la réalité de ces apparitions, puisqu'on retrouve alors pendant la nuit les mêmes personnes avec lesquelles on fut autrefois en rapport. C'est leur voix, leur figure, leur démarche, leurs manières, leurs habitudes : rien n'est changé à leurs traits et à leurs mœurs bien connus. Parfois ces chères ombres demandent un objet qui leur manque, un chapeau neuf, un lamba, une tabatière; on se hâte d'apporter l'objet réclamé au tombeau du défunt, et le lendemain son ombre vient remercier.
« Les maris reviennent consoler leurs épouses fidèles, et ne les laissent veuves que de nom.
« Si elles enfantent dans leur veuvage, serait-ce douze ans après la mort de leur mari, la loi, fondée sur
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la foi en ces apparitions singulières, admet reniant au partage de la fortune du mort; bien plus, cet enfant peut être privilégié, et on pourra le choisir pour chef de la famille, au détriment des frères nés du vivant de leur père.
« Les apparitions de ce premier gerire sont, aux yeux des Malgaches, des événements qui n'ont rien que de consolant. Ils aiment à se les procurer et possèdent certains secrets pour cela.
« Une mère, par exemple, inconsolable de ce que ses enfants ne sont plus, se lèvera doucement de sa couche, à l'heure où tout l'ail silence dans la nature, et les appellera de sa voix la plus tendre. Puis doucement, dans sa case, à l'angle appelé angle de la prière, elle servira du riz ou du miel à ses chères ombres, ainsi qu'une coupe pleine d'eau pure; elle placera une lampe à côté, cl. montant l'escalier qui conduit à l'étage, elle s'y accroupira, les yeux attachés sur son offrande.
« Les chères ombres, en effet, ne larderont point à paraître, elle verra leurs silhouettes se dessiner sur la cloison opposée, elle pourra les contempler avec amour, durant lout le temps de leur repas, cl au départ, elle aura le bonheur de les entendre de leurs voix d'enfants la saluer en lui adressant respect ueusement la formule habituelle du remerciement.
« Nous venons de parler des apparitions consolantes ; il en est d'autres qu'on désignerait mieux smis le nom de récréatives; nous n'en dirons qu'un seul mot.
(i On sait que rien n'égale la passion des Malgaches pour les combats de taureaux, de chiens ou de coqs. Dans un passé encore bien récent, les souverains cl le-, riches possédaient ici des animaux de combat, comme nous entretenons en Europe des chevaux de course ; cl ils avaient des escla\ es au sen ici' de ces animaux pour les nourrir, les dresser cl les conduire au combat. < >r, il est arrivé parfois que des \ illages ont été réveillés en sursaut, par les cris tumultueux d'une foule d'ombres, qui se donnaient le passetemps d'une de ces joules. A la laveur d'une vive lumière on apercevait distinctement dans la pi ai ni' des ombres de taureaux, qu'entouraient des ombres de spectateurs; des esclaves chargés de dresser leurs bêles, les poussaient l'une contre l'autre, les encourageaient par le cri d'usage, les applaudissaient après un coup d'éclat, s'apitoyaient sur elles après leur défaite; leurs mains caressaient le vainqueur, cl ><>ignaient les plaies du vaincu.
« L'Européen qui lira ces lignes sourira peut-être d'un sourire d'incrédulité, et traitera ces récits de rêves ou d'hallucination. Nous axons les premiers éprouvé ces sentiments.
« Ce que nous devons cependant certifier, c'est que les témoins de qui nous tenons ces faits parlaient sérieusement. Tous affirmaient avoir vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles, et ils appuyaient leur parole du témoignage «les habitants de leur village qui Ions avaient \ a el entendu comme eux ; c'étaient des faits publics, et ils s'étonnaient forl de nous voir en douter el ne pas prendre au sérieux leurs étranges récits.
« Voici d'ailleurs un l'ail analogue, el bien plus célèbre :
« Le grand conquérant de Madagascar, Andrianampoinimérina, venait de passer de vie à trépas. Néanmoins, durant l'espace d'un an environ, on le vit continuer, dit-on, de loul régler à sa cour, comme par le passé. Au signal du couvre-feu, alors que la circula lion esl interdite dans le labyrinthe de casse-cou, qu'on appelle les rues de la capitale, il se montrai) tout à coup dans l'enceinte intérieure du palais. La garde lui portait les armes, lorsqu'il faisait sa ronde à son ordinaire, donnant un mol déluge à celui-ci, un mot de blâme à celui-là, suivant les occurrences cl le mérite. Il entrait ensuite dans ses appartements privés, et y faisait paraître des signes sensibles de sa présence, malgré la garde quintuplée aux portes, el la consigne sévère de ne laisser en lier personne.
« D'autres commandaient lejour, il régnait la nuit, cl prenait à plaisir le contre-pied désordres donnés le jour. Dix mille vétérans, qui se sonl succédé dans la garde du palais, se portent comme les témoins de ces laits, el assurent avoir mille preuves de leur réalité objective.
« Un mot encore, pour finir, sur les apparitions désagréables el les moyens de s'en débarrasser.
« Nous avons dit que les visiteurs de mauvais augure se connaissaient à leur silence obstiné, au désordre qu'ils mettaient partout sur leur passage, à leurs obsessions insupportables, etc.
« Ces signes une fois obtenus, il n'y a pas lieu de douter, et l'on doit aussitôt songer à mettre en fuite l'ombre de malheur; d'abord par les moyens simples et ordinaires, ensuite par les plus redoutables.
ci II se peut en effet que ce soit un parent qui vient avertir ainsi quelqu'un des siens d'un danger imminent auquel celui-ci ne songe pas.
Le sacrifice d'un coq dont on lui offrira la tète, suffira pour conjurer le péril et faire cesser l'apparition,
« Le fantôme persistel-il à molester la maison, il faut s'armer de haricots et de tout petits débris de pots cassés, et dès que l'ombre reparait, la harceler sans relâche avec cette mitraille de nouvelle espèce. On peut être sûr, pourvu que ce ne soit pas l'ombre d'un parent, qu'avant cinq jours elle aura entièrement disparu. Mais si le visiteur désagréable et obstiné esl un paient, c'est un signe manifeste qu'il élait sorcier. En pareil cas, un honnête Malgache se garde de rendre son déshonneur public, il tient secrètement conseil avec les membres les plus discrets de la famille, et désigne avec eux le plus capable de ne dire que ce qu'il faut.
« Investi d'une pareille mission, celui-ci va trouver le mpsikidy, el le met au courantde l'affaire, autant qu'il le juge convenable. Le mpsikidy lui déclare alors quelle victime doit être immolée pour sauver le membre de la famille poursuivi sans relâche par l'ombre du sorcier. Que la victime désignée soit un coq, un mouton ou même un bœuf, le sacrifice doil s'offrir au plus tôt. Le mauvais soit sera ainsi conjuré. »
Rainimanana me donnait bien d'autres détails encore sur les coutumes bizarres des ombres de ses ancêtres. Toutes ces croyances seraient trop longues à relater ici, et je ne puis mieux faire que de renvoyer le 1er leur soucieux de s'instruire des idées religieuses des peuples madécasses à l'ouvrage remarquable du P. Abinal.