LE HÉRISSON ET LE CUAT SAUVAGE
Un hérisson et un chai sauvage avaient, dit-on, échangé le serment du sang. — « Allons nous réjouir chez nous, l'ami », dit le chat sauvage. — Ils s'y rendirent et quand ils furent arrivés ils trouvèrent un gros os qu'une poule avait dérobé et qu'ils mangèrent tous deux. — Lorsqu'ils furent rassasiés, le hérisson dit à son tour : « Ami, partons maintenant et allons chez nous ». Ils s'éloignèrent, mais le hérisson ne conduisit pas son compagnon dans sa maison, mais dans un verger de citronniers. — « Nous y sommes, dit-il à ce dernier, il y a des fruits, monte sur cet arbre et mange. » Le chat sauvage grimpa sur un citronnier, le hérisson planta alors au pied de l'arbre un morceau de bois pointu, après quoi il cria au chat sauvage : « Voici quelqu'un, l'ami! » — Le chat sauvage sauta du haut de l'arbre, tomba sur le pieu qui lui traversa le ventre et mourut. Le hérisson lui coupa alors une cuisse qu'il porta à d'autres chats sauvages, compagnons du mort, et pour leur expliquer son présent il leur dit : « J'ai invité mes parents et voici votre part de viande, car il n'est pas convenable de manger seuls le tout ». Tous les chats sauvages le remercièrent et mangèrent. Quand tout fut achevé, le hérisson, s'adressant à tous, leur cria : « Oh! les museaux aplatis qui ont mangé' les os de leur parent! » — Tous les chats sauvages se mirent en colère et s'écrièrent : « Tuons-le à l'instant, car il nous a ensorcelés! » — Le hérisson leur dit alors : « Ne me tuez pas ici, messieurs, car je ne pourrais être tué en cet endroit, mais sur cette pierre plate là-bas, je pourrais l'être facilement ». — Les chats sauvages acceptèrent, mais quand ils furent fous arrivés au lieu indiqué, le hérisson pénétra dans une fente de la roche et se trouva hors d'atteinte, et de nouveau il salua les chats sauvages ert leur disant : « Oh! les museaux aplatis! qui ont mangé les os de leur parent! » Les chats sauvages, honteux, s'en retournèrent chez eux.
Ces indigènes, réunis en agglomérations peu importantes, demeurent dans des maisons en bois analogues à celles que nous voyons dans le Betsileo; ils vivent surtout de chasse et de pèche; ils défrichent cependant autour de leurs villages quelques espaces, dans les fonds des vallées principalement, qui produisent des graines et des légumes en quantité suffisante pour leur alimentation.
C'est dans cette tribu forestière que l'on rencontre le plus d'individus de petite taille à Madagascar. J'ai vu quelques adultes dont la hauteur totale ne dépassait pas 1 m. 15. Peut-être sont-ce de semblables observations faites par mes prédécesseurs à Madagascar qui ont pu donner naissance à la légende des Kimos, ces peuples nains qui habitaient sur les arbres et que certains voyageurs aiment à placer dans les centres inconnus. A ce sujet de peuples nains, je m'empresse de dire qu'il n'en existe pas à Madagascar, à ma connaissance du moins.
Lors de la conquête du Betsileo par Radama Ier, et de l'établissement de la domination antimerina dans le sud du plateau central, beaucoup d'indigènes conquis, mais non soumis aux vainqueurs, quittèrent leur pays et se réfugièrent dans l'Est, dans les forêts du Tanala, qui leur offraient un asile inviolable. ( l'est surtout dans la province d'Arindrano que se recrutèrent avec le plus de facilité ces insoumis à la domination antimerina. Ils se rendirent nombreux chez les Tanala, et dans une vallée profonde qu'ils découvrirent au milieu de la forêt ils vinrent fonder la ville d'Ikongo.
La partie habitée d'Ikongo forme une vallée ou un bassin long et étroit, dont l'étendue du Nord au Sud est d'environ GO kilomètres et de 23 à 30 kilomètres à peu près de l'Est à l'Ouest.
Elle est enfermée de tous côtés par une suite de collines élevées qui font partie, à l'Est et à l'Ouest, du système général des montagnes de Madagascar. Les monts les moins élevés au Nord et au Sud s'élèvent en forme d'aiguillons à l'extrémité îles plus longues chaînes de montagnes.
De tous côtés, s'étend une immense el magnifique forêt, vaste, majestueuse et imposante, mais tellement épaisse qu'elle est presque impénétrable. Les roules ou plutôt les sentiers (seuls moyens pour voyager à Madagascar) sont si étroits et couverts en telle abondance de petits arbrisseaux et autres plantes touffues, qu'il est impossible à deux personnes d'y marcher de front. La difficulté de voyager
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est encore augmentée par la nature ardue du terrain, par les troncs d'arbres renversés que l'on laisse toujours dans la même position où ils sont tombés, si Lien qu'ils forment, dans certains cas. une barrière bien difficile, pour ne pas dire impossible, à franchir.
A l'Est, la forêt est large d'environ dix-huit heures de marche, de sorte qu'elle forme pour Ikongo un rempart et une protection toute naturelle.
Plusieurs fois, les Antimerina sont venus mettre le siège devant Ikongo, mais ils ont toujours été repoussés, et celte ville tanala, qui est sur les confins du Betsileo, peut être considérée comme imprenable par les Antimerina, et, pour cette raison. Ikongo est devenue l'asile où vont s'enfermer ceux qui craignent les Antimerina pour un motif quelconque. La tribu des Tanala vient donc grossir encore la liste déjà longue des provinces malgaches insoumises au gouvernement de Tananarive.
Sous le rapport du commerce, il n'y a que fort peu île transactions entre les populations tanala et les gens des provinces voisines. Il y aurait bien un certain commerce ci insistant principalement en toiles et indiennes, cotonnades, quincaillerie, mais les Tanala ne voient pas toujours d'un bon d'il les marchands antimerina qui s'aventurent sur leurs territoires, cl eux-mêmes par conséquent n'aiment pas à sortir de leurs forêts pour aller s'approvisionner sur les marchés voisins. 11 n'y a aucune industrie, el «•(■pendant ces forèls seraient une des plus grandes richesses de Madagascar si elles étaient exploitées d'une façon intelligente. Je donne, d'après mon journal de voyageur, les principales essences forestières que je trouve aux environs du village d'Amboasary. Les hauteurs données sont presque toutes des hauteurs maxima. Les planches faites à la hache ont une longueur el une épaisseur variable- au gré de l'artisan, la largeur ne peut varier que dans des limites beaucoup plus étroites selon le diamètre exploitable de l'arbre considéré.
On trouve dans les forèls tanala de fort beaux arbres, les essences forestière- sont 1res variées, celles que me montre mon guide sont les suivantes :
Lalona. — Grand arbre, 30 mètres de haut, bois rouge, lourd, dur, peut l'aire des planches de 0 in. 80. bois de construction, pirogues; le lalonavavy sert à faire du charbon.
Voamboana. — Grand arbre, 30 mètres de haut, buis rouge. 1res Awv. assez lourd, pourrit assez vile. bois de construction el d'ébénisterie, planches de 0 m. 80.
Itotro. — Grand arbre, 18 mètres de hauteur, bois rougefttre, résistée la pourriture, planches de 0 m. 30.
Varongy. — 13 mètres de haut, bois jaune, assez léger, vite pourri, planches de o m. 30. bois de construction.
Tsitsihina. — 8 mètres de haut, bois jaunâtre, assez lourd, dur. résiste à la putréfaction, bois de construction, planches de 0 m. 20.
Vintanina. — 10 mètres de haut, bois jaunâtre, léger, vite pourri, bois de construction, ébéniste rie, odeur agréable, planches de 0 m. 20.
Ambora. — 30 mètres de haut, bois jaune veiné, bois dur el presque imputrescible, sert à l'aire des bardeaux pour les palais, des cercueil-, ébénisterie, planches de 0 m. 60.
Vandrika. — i mètres de haut, bois jaune, dur et assez lourd, vite pourri, bois de construction, planches de Om. 10.
Zahana. — 3 mètres de haut, reflets bleuâtres, lourd et dur, | ourrit vite, bois de construction, manches de sagaies el d'outils, planches de 0 m. 08. Famelona. — 2 mèlres de haut, bois jaune, dur el assez lourd, manches de sagaies el d'outils.
Hajondrano. — 20 mètres de haut, bois jaune, dur et lourd, pourrit peu facilement, fois de construction, filanjana, planches de 0 ni. 20.
Lambinana. — 18 mètres de haut, bois blanc, tendre et assez lourd, pièces de charpentes.
Valanirana ( Voavarana, Betsi). — 30 mètres de hauteur, bois blanc léger, résiste peu à la pourriture, bois mauvais, planches de 0 m. 25.
Leliambo. — 2 m. 30 de haut, bois blanc, dur el lourd, manches de sagaies et d'outils.
Haîombaio. — 10 mètres de haut, bois violacé, dur et lourd, bois de construction, de charpente.
Hetatra. — 28 mètres de hauteur, bois rougeâtre, dur et assez lourd, pourrit assez vite, bois de construction, planches de 0 m. 30.
Hajobongo (Nato, Betsi). — 6 mètres de hauteur, bois rouge, dur et lourd, l'écorce sert à la teinture en rouge, manches de sagaies et d'outils.
Masehizano ou Masaizano. — 6 mètres de haut, bois blanc, léger et tendre, mauvais bois.
Voalava. — G mètres de haut, bois jaunâtre, léger et tendre, odeur empyreumatique, sec, on en fait de grandes pirogues.
Harjonloha. — 2 mètres de haut, bois rougeâtre, dur et lourd, manches de sagaies et d'outils.
fliaka. — 1S mètres de haut, bois jaunâtre, dur el assez lourd, pourrit vite, bois de construction, planches de 0 m. 25.
Ambovitsika. — 1G mètres de haut, bois blanc, léger et tendre, se pourrit vile, mauvais bois.
Bajonovy. — Arbuste.
lovoka, — 2 mètres de haut, bois jaune, sert aux ody.
Voara. — 10 mètres de haut, bois blanc, tendre et très léger, boucliers, plats, tambours, ne se
fend pas.
Voatauovaralra. — 12 mètres de haut, bois blanc, léger et tendre, bois de charpente.
Valopangady. — \ mètres de haut, bois jaunâtre, assez lourd et dur.
Maroiravina. — Arbuste, feuilles épineuses.
Hajon-dreana. Arbuste.
Tsilailra. — Arbuste, sert aux ody.
Tsilai-baratra. — Arbuste ody, contre la foudre.
Andraisoa [Kimboiboy en Betsi). — Arbuste, feuilles employées contre la syphilis tertiaire.
Finga. — 20 mètres de hauteur, bois jaunâtre, veiné, dur et lourd, ne se pourrit pas vite, bois de construction, planches de 0 m. 40.
A celle liste déjà longue des essences de bois que l'on trouve dans les forêts tanala, il me faut ajouter le ravenala. L'arbre du voyageur, qui, en effet, à Madagascar, est le végétal caractéristique de la zone forestière orientale, est ici très commun. Il en est de même des fougères arborescentes des vakoa, des bambous que nous avons déjà rencontrés plus au nord, en traversant celte même zone forestière orientale, à notre départ de Tamatave et de Mananara.
En quittant le village d'Amboasary, nous faisons nos adieux aux Tanala, (pie nous ne devons plus revoir, et nous arrivons vite au village d'Antandrokazo. Nous sommes revenus là en pays betsileo, dans cette zone dénudée, d'une manière moins absolue cependant que celle de l'Imerina. Autour des villages betsileo, da moins dans cette partie, on peut voir dans des enclos assez bien entretenus : pêchers, bibassiers, manguiers, caféiers, citronniers, goyaviers, bananiers; à côté de ces arbres à fruits, on trouve, disséminés dans la campagne el principalement groupés sur les hauts sommets, des arbustes tels que le voandelaka, lilas de l'erse (Melia Azederach '); le zahamborozano, jambose ou jam-rosa (Jambosa-Eugenia); Vamontana, qui atteint quelquefois 8 mètres de hauteur et qui sert de bois à brûler (Ficus Baronï); le seva, arbuste (Beddleia Madagascmiensls); le tsiafakomby , arbuste épineux que nous avons déjà rencontré dans l'Ouest et dans le Nord, sappan de Bourbon Csesalpinia sappan); le dingadingana, arbuste (Psiadia dodonexfolia), et le dingadingambasaha, autre arbuste (Juslicia gendarussa): Yamberana (Urera amberana), arbuste à feuilles urticantes, très employé pour les clôtures, ainsi que le roingiry;Yampaly (Ficus soroccoides), dont les feuilles sont employées par les indigènes en guise de papier de verre; le zahana, arbre dont le bois dur sert à faire des manches d'outils ou de sagaies (Phyllarlhron bojerianum); le hasina (Dracxna anguslifolia), arbuste, que l'on suppose aimé des Vazimba, est employé par les Betsileo pour fabriquer des instruments de musique; le tainakoho, arbuste à fleurs jaunes, en betsileo sannlry
^. Ce lilas de Perse ainsi qu'une variété d'eucalyptus sont des arbres importés récemment à Madagascar.
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(Cassia Isevigata); le falahidambo {Dichroslachys lenuifolia); le roibe, arbuste à piquants qui donne de grandes fleurs et donl l'écorce rugueuse sert aux enfants à l'aire des frondes espèce d'hibiscus : le roibevavy, la grande espèce (Hibiscus diversifolius), et le roimainty [Rubus ' fructicosus . donl le fruit mûr rappelle assez bien nos framboises de France; le fandramanana ou voafotsy, arbuste dont les feuilles servent à l'aire une boisson comme celle du thé (Aphloia iheseformis .
Cependant nous voici maintenanl au milieu de mai. La température se maintient toujours fraîche, principalement pendanl les heures qui précèdent le lever du soleil; mais les pluies fines, les brouillards ont cessé complètemenl ; nous sommes entrés tout à l'ait dans la saison sèche des Betsileo. Nous n'avons pas de temps à perdre el je hâte de tout mon pouvoir nos préparatifs de voyage vers le Sud. A force de patientes recherches, nous trouvonsà Fianarantsoa et dan- les environs quelques hommes qui consentent à nous suivre dans le Sud el qui, ajoutés à nos fidèles de Tananarive, vont former le noyau de notre convoi. Bien entendu, dans le Sud ils vont se dire Betsileo : il ne faul pas que dans les tribus insoumises que nous allons traverser on nous voie accompagnés d'Antimerina. Cette compagnie pourrait compromettre totalement le succès de notre entreprise, et, dan- tous les cas. nous recommanderait fort mal aux tribus rebelles chez, lesquelles nous allons passer. .Noire ami Rainimanana a l'ail dan- sa jeunesse quelques excursions chez les Bara, cl sur ses conseils nous allons dans l'extrême Sud-Betsileo, chercher de ses anciens compagnons, qui fort probablement consentiront à nous suivre. Le- avis de Rainimanana sonl bons, car à Ambohimandroso nous trouvons un esclave betsileo qui veut bien voyager avec nous. Rainizanaka, c'est son nom, a été l'aire du commerce chez le- Bara; il connaît un peu le -,| du territoire de celle tribu, en parle le dialecte, cl non- sera certainement fort utile. Rainizanaka, qui doit être
le commandeur de noire caravane, i- trouve rapidemenl le- h, mimes qui nous sonl nécessaires pour
compléter noire convoi. Je suis heureux d'avoir terminé le recrute ni de notre persoi 1. Nous avons,
en dehors des Malgache- proprement dits, un créole de la Réunion i lé Mitra el un natif -le Sainte- Marie, Barthélemj Louai, qui s'occupe plus spécialement de nos armes, de no- ,,,-lr mts et des collections d'histoire naturelle —j'avais jugé que la santé de notre fidèle Jean Botonelui permettait pas de ' s accompagner dan- le Sud, et, à son grand regret, j'avais «lu le laisser à Tananarive ; — un commandeur indigène, Rainizanaka, avec 32 homme-, 16 porteurs de bagages el 16 porteurs de filanjana.
Comme <m voit, j'avais renoncé aux bêtes de s ne, qui ne pouvaient pas non- être d'un grand service,
el j'avais conservé comme yen de loc tion, rapide cl ci iode,le filanjana, cette chaise à porteurs
malgache, qui restera, quoi qu'on en dise, l'unique véhicule de la grande fie, tant qu'une nation européenne n'y aura pas l'ail construire des voies de communication.
Notre personne] était complet el c'était là le plus important; je le pavais fort cher, il esl vrai, un kirobo par jour el par homme (2o sous de notre monnaie . Ce salaire, relativement 1res élevé pour Madagascar, élail néa lins acceptable, vu les circonstances et les pays difficiles que nous allions traverser,
el surtout les termes de notre fanekena marché, convention , car il élail expressément stipulé, avec nos porteurs, que leurs salaires leur seraient pavés en argent coupé à Fianarantsoa. si Maislre el moi n'étions pas morts, tués en cours du voyage.
Four le matériel, le problème élail moins difficile à résoudre. Nous étions d'ailleurs équipés depuis longtemps pour de telles expéditions, et d'un autre côté le nombre de nos porteurs de bagages nous interdisait absolument toutes proi isious superflues. Nous n'avions donc que le strict nécessaire, mais en quantité suffisante. Nous n'avions en somme trouvé dans les préparatifs de notre voyage du Sud qu'une seule difficulté, mais elle élail aussi grande qu'imprévue. Lu elle!, dans les provinces méridionales que nous nous proposions d'explorer, l'argent ne passait plus sous aucune forme. Tandis que toutes les autres tribus que nous avons rencontrées jusqu'à ce jour admettaient au moins la pièce de cinq francs, entière ou fractionnée en petits morceaux: les tribus méridionales, qui vivent à Madagascar dans un isolement presque complet, ne connaissent aucun métal précieux, exigenl pour leur transaction des perles, de la verroterie, en un mol des marchandises d'échange. Nous étions fort embarrassés, d'abord parce que nous n'avions aucune idée des objets qu'il nous fallait emporter, el ensuite à cause du poids fort lourd (pie
cela nous obligeait à traîner avec nous. Dans celte circonstance, Rainizanaka nous l'ut d'un grand seepurs, et nous n'avons eu qu'à nous louer dans la suite de ses indications. Dans les tribus du sud de Madagascar, comme autrefois dans tout l'Ouest, abstraction l'aile des étoiles de cotonnade et d'indienne, qui même maintenant ont cours un peu partout, la marebandise d'échange la plus appréciée est sans contredit la perle de verroterie. Nous en faisons donc une certaine provision sur lemarclié d'Ambalavao, village connu pour cela dans tout le S.ud-Betsileo et réputé pour ses odij ou talismans. Je ne veux pas donner ici une nomenclature détaillée el une description minutieuse des différentes perles dont nous faisons provision pour le Sud ; les modes changent , cl avec tint» perle dans le goût du jour on obtiendra une mesure de riz chez des Bara, alors qu'avec deux perles démodées on n'en aurait pas une poignée. Qu'il me suffise de dire que ces perles de verroterie, de fabrication allemande, sont très répandues dans tout le sud de Madagascar. Elles se divisent en deux types principaux. Les unes sont de petites perles spbériques blanches, bleues, rouges, noires, toujours opaques. Les petites perles bleues, qui ont environ 5 millimètres de diamètre, s'obtiennent aisément chez les marchands du Betsileo à raison de 18 sous le 100, et avec quatre d'entre elles on rachète une poule dans toutes les tribus du Sud. L'autre type de perles est de forme cylindrique : elles sont beaucoup plus grosses que les perles sphériques; les cylindres sont tantôt à facette plane, tantôt tordus sur leur grand axe. Avec une perle cylindrique à facette de 10 centimètres de long sur 2 d'épaisseur, de couleur rougeâtre, que je peux me procurer à Ambalavao pour -2 fr. 50, j'achèterais chez les Bara et chez les Antaisaka un bœuf de fort belle taille. Mais, je le répète, telle perle qui représente une valeur réelle à un moment donné chez certaines tribus du Sud, peut la perdre complètement quelques mois plus tard. Donc, pour l'achat des perles de verroterie, on ne saurait trop s'entourer de renseignements minidieux exacts et récents. En plus de nos perles de verroterie et toujours sur les conseils de notre commandeur Rainizanaka, nous augmentons notre pacotille d'échange de petits miroirs ronds, d'aiguilles, de couteaux, de pinces à effiler, de quelques coupons d'étoffe. J'ai môme au fond d'une malle deux petites boites à musique qui viennent de France, et qui, chez ces peuplades sauvages, atteindront, je n'en doute pas, une grande valeur.
Maintenant tous nos préparatifs sont terminés. Nous présentons nos adieux à M. le docteur Besson, et, munis de souhaits de réussite des deux ou trois Européens qui habitent Fianaranlsoa, nous quittons la capitale des Betsileo le samedi 24 mai 18'JO.
ÎSC3 *
Il A.NDANA.
NI I i RE MAISON DANS L HOHOMBE