CHAPITRE
Départ de Fianarantsoa. — Ambohimandroso. Kabarj des Borizana. -. Les monts dénudés du Betsileo. Massifs de l'Andingitra el chaîne des Lohatrafo. — Village d'Ankaramena. — Vallée « 1 1 1 Tsimandao. - Les sauterelles .;i Madagascar. - Sur le territoire bara. — Dans la brousse.- Le plateau des Lamboany. Les mpanjaka bara. Le roi de Zazafotsy devient notre ami.- Au village d'Ambararata. — Ihosy. Au village d'Antanambao. Chez les Bara. — Sur le plateau de l'Horombe. — Sur les rives du Lalana. - Attaque des Bara. — \ illage de Betroky. — Ivahona.
LE FRERE in: HOI DAMBARARATA.
l'oint n'esl obtenir qui
ans presque Ions les pays du monde, lorsqu'on commence un grand voyage avec un personnel nombreux, il esl rare que
dès la première heure loul le n le soil prêl en temps el lieu.
Nous voyons, par ce qui nous arrive aujourd'hui, que cette règle s'applique liï's bien à Madagascar. S'il était besoin de preuves, nous en aurions ce malin une confirmation éclatante. lies les premières heures du jour, quelques zélés sonl venus faire acte de présence, mais le gros de la troupe ne vient qu'à
1() heures <ln malin. Selon i habitude bien malgache, les
hommes aillent à empaqueter noire matériel. ( )n lie les charges, que je distribue avec le |>lns d'impartialité possible. Puis, chacun soupèse son paquet, vérifie les cordelettes, trouve, bien entendu, les poids exagérés, se décide enfin à poser le bambou de charge sur les épaules, el alors... on ne pari pas. Oh! je suis Lien habitué à celle façon d'agir des porteurs; il faul en passer par là. Beaucoup d'entre eux me demandent à aller faire leurs adieux à leurs familles ou à prendre dans leur case quelques objets indispensables qu'ils oui oubliés. Voilà huit jours qu'ils sont prévenus que nous partirions ce malin, et leurs dispositions ne sont pas prises. besoin de raisonner avec ces nègres. Je sais qu'ils poursuivent un but : ils veulent lque avance sur leur salaire du voyage. Si cette avance était forle, il est bien entendu
que je no los reverraîs plus, et n'ayant pas la force pour moi, il me faut employer la ruse. Je leur donne donc quelque argent, et surtout je me propose d'aller très lentement au débui de mon voyage dans le Betsileo méridional, contrée relativement très sûre. Je ne m'engagerai sur le territoire bara que lorsque je devrai à chacun de mes porteurs une somme assez importante. Comme je connais les Malgaches, dès ce moment ils me suivront partout, j'en ai la quasi-certitude; il ne s'agit maintenant que de les amuser jusqu'à Ihosy, le dernier poste antimerina dans le Sud-Betsileo.
Après les kabary d'usage, et de nouvelles répartitions des charges, nous parlons enfin pour le Sud à 1 heure de l'après-midi.
Nous suivons la route que nous avons prise il y a quelques jours pour aller à Ifandana. Vers S heures, nous faisons halle au village d'Ambalafeta.
Le dimanche 25 mai, nous marchons trois heures pour nous rendre à Ambohimandroso.
C'est un important village, construit, comme c'est la règle, sur un mamelon assez élevé qui domine la plaine de Mananantanana. On compte à Ambohimandroso environ 150 cases; c'est donc une agglomération assez importante, la dernière du reste que nous allons trouver sur notre route jusqu'à Ihosy. Nous ne verrons plus que de pauvres villages betsileo, dont les habitants ont conservé plus qu'ailleurs les mœurs et les coutumes de leurs pères.
Le jour suivant, nous restons encore à Ambohimandroso; nos hommes ont de nouveau des adieux à faire à certains de leurs compatriotes, et, sur les observations des porteurs de bagages — ils réclament toujours, c'est la règle, — il me faut prendre des porteurs supplémentaires pour diminuer les charges, qui sont déjà bien légères. Heureusement je trouve à Ambohimandroso, le pays de Rainizanaka, des hommes de bonne volonté; ils s'engagent au même prix que les autres, et je dois augmenter les charges de plusieurs ballots de sel. Ce jour perdu à Ambohimandroso favorise mes projets, je laisse donc faire mes porteurs, et, faisant appel à une patience rare, je partirai quand ils voudront.
Le 27 mai, de très bonne heure, nous sommes heureusement surpris de trouver tous nos hommes réunis à la porte de la case que le R. P. Fabre, chargé de la mission catholique d'Ambohimandroso, avait mise fort gracieusement à notre disposition. Nos porteurs, qui viennent prendre leurs charges, ont presque tous acheté des sagaies pour se défendre contre les nombreux fahavalo qui, disent-ils, infestent le pays. Nous augurons bien de ces achats, qui valent certainement mieux que les bouteilles de rhum dont se sont munis certains hommes. Nous partons à8 heures et demie, après avoir recommandé à nos hommes de rester groupés et de ne pas s'éloigner trop de nos filanjana. Nous prenons notre ordre de marche habituel, ordre que nous ne quitterons plus durant cette campagne du Sud. En tète, Douai et Mitra, les deux hommes en lesquels nous avons le plus de confiance et qui seront chargés éventuellement de surveiller les guides ; puis derrière eux, à la file indienne, tous nos porteurs de bagages. Maistre et moi formons l'arrière-garde et veillons à ce qu'aucun homme ne reste en arrière de la troupe.
D'une manière générale notre vitesse de marche pendant cette campagne du Sud, du moins à l'aller de Fianaranlsoa à Fort-Dauphin, est assez réduite. Nous ne cheminons plus en effet dans une contrée parfaitement connue, comme dans notre voyage à travers l'Imerina, ou mal déterminée, il est vrai, comme dans la traversée de Mananara à Majunga, mais présentant cependant quelques points de repaire nettement définis. Ici tout au contraire, après Ihosy, nous serons sur des territoires complètement inconnus, et nous marcherons vers le Sud jusqu'à la mer si les circonstances nous favorisent. Je ne sais pas du tout quel sera le point terminus que nous atteindrons. Il est donc de toute nécessité, pour nous, de ne pas marcher à l'aventure, et puisque nous n'avons pas devant nous des points nettement déterminés où nous serons sûrs d'arriver, il faut nous relier constamment par l'arrière, c'est-à-dire vers le Nord, avec un point de départ connu qui sera la province des Betsileo. Pour satisfaire ce desideratum, nous avons dû relever notre route par cheminements successifs, en prenant comme point de départ les deux derniers sommets fixés par le P. Roblel, dans sa triangulation récente du plateau central. D'ores cl déjà je suis heureux de dire (pie nous avons pu arriver à ce résultat et réunir, à travers 500 kilomètres de pays inconnus, la triangulation du P. Roblel au village de Fort-Dauphin. Sans aucun doute, malgré nos
instruments assez précis et notre bonne volonté, malgré les circonstances qui nous ont constamment favorisés, nous n'avons pas la prétention d'avoir fait œuvre parfaite, mais nous avons fait cependant un tracé géographique de notre itinéraire du Sud assez exael et assez précis pour répondre complètement au but (pie doit se proposer tout missionnaire scientifique qui traverse des pays inconnus. A ce tracé géographique et comme contrôle, sont venues s'adjoindre des observations astronomiques, latitudes par des circumméridiennes prises le plus souvent possible; j'ajouterai enfin que les distances ont été calculées entre chaque étape, depuis notre départ de Fianarantsoa jusqu'au retour dans celle ville, par un podomètre convenablement réglé. J'ai hàle de reconnaître que seul je n'aurais jamais pu faire toutes ces observations : la conduite de la caravane me causait trop de soucis, mes collections et mes observations d'histoire naturelle prenaient tous mes instants. C'est mon compagnon de voyage Maistre qui s'occupait plus spécialement des observations topographiques. Pendant les trois mois qu'uni duré noire voyage du Sud. mon ami, gravissant tous les sommets de quelque importance que nous rencontrions sur noire mule, s'en écartant même souvent de plusieurs kilomètres, ;i l'ail plus de 150 tours d'horizon soil avec le théodolite à boussole (marine N° 60 ,soil avec la boussole Kater modèle de l'état-major russe . À notre sortie d'Ambohimandroso, de nombreux indigènes nous accompagnent jusqu'aux dernières maisons de la ville; ce sont, pour la plupart, «les femmes quj viennent dire adieu à nos porteurs, leurs maris. II est étonnant de remarquer à Madagascar combien les porteurs de filanjana ou de bagages ont de femmes; ces épouses, légitimes ou non, se trouvent dans chaque village <p\r [es borizana traversent d'habitude. Rainizanaka m'explique que pour eux c'est fort utile. Tandis qu'ils font leur rude métier ils sont assurés de trouver, dans n'importe quel village où les amèneront les hasards de leurs courses aventureuses, bon gîte, bon souper, et autres choses encore. C'est évidem ni très pratique. Il est à remarquer que tous les porteurs, en général, qui se trouvent dan- le Sud comme dans toutes les provinces
autres que l'Imerina, comprennent une aotable proporti l'hommes libres. Dans l'Imerina, au contraire
presque tous les porteurs sont des esclaves. C'est là aussi, dans l'Ankova, que d'une manière absolue la proportion des esclaves est la plus forte; faible ailleurs, elle devient presque, nulle dans les territoires insoumis.
En quittant Ambohimandroso, nous entrons dans la grande plaine de Mananantanana. Celle plaine esl en grande partie inculte, couverte de hautes herbes, vero {Andropogon hirlns),horona [ristidaq/tscensionis). On remarque cependant autour des vala disséminés çà et là quelques champs d'ambrer ades des rizières, des piaulai ions de canne à sucre, de manioc el de pal a les. Les arbres sont très rare-. Ce -uni les mêmes variétés que j'ai signalées aux environs de Fianarantsoa.
La plaine esl entourée de montagnes élevées. Au sud. c'est le pic d'Andraintonga, terminé par un cône de grande; au nord el au nord-ouest l'Isomahy, l'énorme ma— if de l'Ivohibe, le somme! pointu du Vohi-
tafia, surmonté d'un tombeau, l'Ansahaviro ; enfin, loin dan- I' -I. le- grandes roche- arides des
Manampy découpent sur le ciel leurs formes bizarres.
Nous avons vu dans nos voyages précédents, et principalement dans l'Imerina el dans le nord du plateau central, de nombreuses montagnes ou collines élevées. Ces hauts sommets du nord se présentent toujours sous la même forme invariable. Ils sont constitués par de puissantes assises rocheuses recouvertes d'une épaisse couche rougeâtre ; le plus souvent un maigre gazon revêt leurs lianes aux pentes douées. Très rarement des émergences rocheuses apparaissent au sommet, quelques blocsde roches primitives sont accrochés à leurs flancs. Nulle part on ne voit d'arêtes vives; l'argile, résultat de la décomposition pendant de longs siècles des roches sous-jacentes, a comblé toutes les anfractuosités. De loin en loin, l'œil ne découvre sur ces croupes arrondies que de petits ravins creusés dans l'argile par les eaux sauvages. En somme, dans les provinces du nord, dans les plaines comme sur les sommets, l'argile rougeâtre recouvre la roche fondamentale. Dans le sud au contraire, on observe le plus souvent une disposition toute différente. Là en effet, tandis que les plaines el les vallées offrent comme ailleurs un sol argileux, les sommets, les montagnes comme les collines, les mamelons comme les monticules, sont d'énormes masses rocheuses. Comme nous l'avons vu à Ifandana, comme nous le voyons aux Manampy,
comme nous le verrons plus lard sur noire roule du Sud jusqu'aux monts Béampingaratra qui enserrent la vallée d'Ambolo, tous les hauts sommets sont des roches, le plus souvent massives, déchirées, bizarrement contournées; les arêtes sont vives, les parois al impies, les anfractuosités fréquentes. Cette différence entre les sommets du nord et les sommets du sud esl vraiment frappante à Madagascar.
Au milieu de la plaine du Mananantanana nous traversons un petit ruisseau près de son confluent avec celle rivière; puis un marais qui disparaît sous une végétation épaisse de barârata et. de herana. Nous y faisons une chasse fructueuse de vorompotsy [Ardea bubulçu's) et de takatra. Nous croisons de nombreux indigènes, qui nous souhaitent en.passant un heureux voyage. Ces hommes portent des paquets suivant un système que je n'avais pas encore vu employer jusqu'à ce jour à Madagascar. Ils ont en effel sur le dos un grand panier, sorte de hotte, maintenu sur les épaules par des lanières de cuir.
La plaine devient plus étroite, resserrée qu'elle esl dans l'ouesl parles premiers contreforts de l'Andraingilra et par les assises inférieures des Manampy.
Sur ces derniers contreforts se trouve construit le petit village de Manambolo, où nous nous arrêtons pour déjeuner. Ce polit hameau de 25 cases environ esl entouré d'une épaisse haie de cactus. A côté des cases qui sont encore en terre, on remarque plusieurs greniers à riz; ce sont de petites constructions cylindriques faites en bois et en torchis et recouvertes d'un toit de chaume. Lorsque nous reprenons notre roule après avoir quitté le village de Manambolo. nous traversons à gué une petite rivière du même nom. En cet endroit, le Manambolo mesure 10 mètres de large sur iO centimètres de profondeur moyenne. Ce cours d'eau se dirige vers le nord, et à peu de distance d'ici il va se jeter dans le Mananantanana.
A l'ouest du Manambolo, le senlier que nous suivons quille la plaine du Mananantanana et commence à gravir les premiers contreforts des Manampy et du Valotsilondroina; la direction générale de ces collines rocheuses est nord et sud. Jusqu'à présent le chemin a été assez bon dans cette plaine qui environne Ambohimandroso, mais maintenant il devient mauvais, il nous faut contourner les émergences rocheuses qui percent l'argile en maints endroits, et nous faufiler entre des bloc-; énormes de gneiss et de granité,, qui le plus souvent ne laissent entreeux que d'étroits passages. Nous arrivons enfin au sommet du Yalolsitondroina, à 1 150 mètres d'altitude. De l'autre côté de ce point culminant où nous nous sommes arrêtés quelques instants pour nos observations, s'étend un plateau légèrement ondulé couvert de cultures d'ambrevades. Il s'y trouve aussi des champs d'ompembe (flolcus sorgho), que je n'avais pas encore vus jusqu'à ce jour à Madagascar.
Le sorgho, presque inconnu sur le plateau central el dans l'Est de la grande île, est au contraire assez commun dans le Sud el dans les territoires sakalava.
Tandis que de l'endroit où nous sommes, la vue peut s'étendre 1res loin vers l'ouest, où nous reconnaissons sans peine la zone des brousses, vers le nord et vers l'es! l'horizon, beaucoup moins vaste, est fermé par les hauts sommets du Sud-Betsileo ; vers le midi, ce sont de hautes montagnes où scintillent des blocs de quartz; ces montagnes, très hautes et 1res déchiquetées, barrières naturelles entre les Bara et les Belsileo et soutenant le plateau central vers le sud, forment le massif de l'Andraingitra et la chaîne des Lohatrafo.
A 4 heures et demie, nous faisons halle à Andranovoronloha. C'est un misérable village, qui compte 18 maisons, plus malpropres les unes que les autres. L'enceinte de cactus qui environne le village sert aussi de pare à bœufs, et le troupeau, qui vient de revenir du pâturage, a envahi le village. Ces animaux dous bloquent dans la case «pie nous avons choisie, et comme ils sont d'humeur belliqueuse, nous ne pouvons pas sortir.
Nous passons donc dans ce pauvre endroit la journée du 28 mai en lèle-à-lè(e avec nos bœufs. Vers le milieu du jour, nous tentons une sortie vigoureuse, couronnée de succès d'ailleurs, pour aller gravir le mont Ifaha. qui se trouve non loin d'ici et dont, le sommet sera pour nous une bonne station topographique. Aux alentours du village, L'immense majorité des terres est inculte. Les Bctsileo mettent le l'en dans les herbes à celle époque de l'année, afin qu'à la prochaine saison des pluies elles repoussent plus
tendres et plus vivaces, pour servir à la nourriture de leurs troupeaux de bœufs. Le mont Ifaha, qui a environ 1 810 mètres d'altitude, est isolé au milieu de ce plateau. Son sommet est formé de deux immenses rochers à pic de tous côtés, et nous sommes obligés de rester à leurs pieds pour prendre nos observations
Le jeudi -29 mai, nous quittons dès l'aube Andranovoronloha, et peu d'instants après nous traversons le village de Targay. Dans la contrée où nous sommes, qui appartient encore à la zone dénudée, mais qui est très voisine de la zone des brousses, apparaissent devant nous de nombreux nids de termites. Le termite à Madagascar, vitsikazo, est absolument confiné dans la zone des brousses ou sur les parties des autres territoires qui touchent de très près cette zone; c'est dire que notamment il esl très commun sur tous les territoires sakalava. Maintenant que nous sortons à peine du Betsileo, nous en trouvons déjà vers le sud. A Madagascar, les termites se construisent des nids coniques, répandus en grand nombre dans toutes ces campagnes argileuses. Ces cônes atteignent en moyenne 00 centimètres de hauteur sur 50 de diamètre inférieur.
Dans toutes les contrées où se trouve le termite existent en plus ou moins grand nombre des compagnies de pintades sauvages, akanga [Numida milrata). Nous passons ensuite près d'une montagne c'esl le Vintalala. Dans cette partie de la roule, la roche est à nu. plus loin l'argile rouge réapparaît, couverte comme toujours de grandes herbes de vero et de horona. Çà et là commencent à sortir des herbes de petits buissons, plus loin encore ce sont des arbres. Avant la fin du jour nous entrerons dans la zone îles brousses. Ces arbres isolés et qui commencent à couvrir la plaine sont surtout des takoa, arbre de Cythère ou Evi (Spondias Cylherœa), et des nonoka \ Fiais malien). 11 y a aussi beaucoup d'euphorbes à fleurs jaunes, de songosongo [Euphorbia splendida .
Ici nous arrivons à un col, et à partir de ce point nous allons descendre brusquement jusqu'au \ illage
d'Ankaramena. Au sommet du col, à 1 310 mètres d'altitude, s avons une très belle vue vers l'Ouest
sur la vallée du Tsimandao et sur la plaine d'Ankaramena. Le pays change d'aspect, la plaine est sillonnée de nombreux ruisseaux dont les bords -eut couverts d'une belle végétation formant des lignes de verdure qui vont se perdre loin dans l'Ouest. On remarque surtout beaucoup de petits arbustes qui ont îles feuilles comme nos pins d'Europe; ce sonl des espèces de hosana (Xerophyta pectinata et Xerophyla sessiliflora).
De ce col, le Tsimandao semble venir du nord, puis à partir du village d'Ankaramena. il se dirige vers l'ouest et passe près d'un autre village betsileo, Mai'aitra; ensuite il prend une direction générale nord-ouest. Nous sommes descendus dans la vallée d'Ankaramena. à S1U mètres d'altitude. Le sol est d'argile rouge couverte partout de hautes herbes ; les arbres isolés sonl en grand nombre. De distance en distance on aperçoit, semblables à des petites huttes, d'énormes nids de termites. Ces nids sont quelquefois si rapprochés que l'on croirait se trouver en présence d'un village en miniature.
A midi, nous passons à Vohibola. Une pierre levée esl à l'entrée de ce village; non loin de là, à l'ombre d'un arbre au feuillage ('pais, un groupe de femmes travaillant à piler du riz. Nous passons sans nous arrêter. Al'ouest du village, nous traversons à gué le Tsimandao. Cette rivière, large d'une vingtaine de mètres, n'a pas à celle époque de l'année plus de 30 centimètres de profondeur; elle coule sur un lit de sable blanc auquel des paillettes de mica donnent çà et là des reflets métalliques. Puis nous arrivons au village d'Ankaramena, où nous nous arrêtons vingt-quatre heures.
Ankaramena est la seule agglomération importante que nous ayons rencontrée depuis notre départ d'Ambohimandroso. Elle compte environ 60 cases, construites presque toutes sur le même modèle. Sur une charpente en bois sont appliquées des cloisons de bararata tressé ou des claies de vero. Ankaramena. comme presque tous les villages betsileo, est enfermé dans une enceinte de cactus de plus de 50 mètres d'épaisseur, absolument impénétrable par conséquent; on accède au village par un couloir sinueux ménagé dans l'enceinte et coupé par quatre portes que l'on ferme chaque soir. Ces mesures de précautions, générales à Madasgascar, se retrouvent plus ou moins partout; elles ne manquent totalement que dans les villages des Antimerina construits récemment. Par contre, le village d'Ankaramena est bâti dans la plaine; celte disposition, contraire à celle que nous avons vue partout sur le plateau central, chez les
Al VILLAGE d'aNKARAMENA. PILEUSES DE RIZ. (l)EsMN D'A. PARIS, GRAVÉ PAR BEBG.}
Belsileo comme chez les Anlimerina, se rencontrent dans tous les territoires insoumis. Ankaramena esl encore divisé en quatre villages distincts par des haies intérieures de cactus. Les bœufs, qui sont ici très nombreux, ont une enceinte réservée ; ils constituent d'ailleurs la principale richesse des indigènes, et dans ces contrées se vendent plus cher que dans le nord (8 piastres environ, 40 francs). Il y a dans le village beaucoup de poules et quelques moutons, mais pas de porcs. On voit que les Anlimerina n'ont pas encore pénétré dans ces régions. A côté de presque toutes les cases du village, dans une enceinte particulière faite de bararata ou de grands roseaux, se trouvent des greniers à riz, élevés de 2 mètres environ au-dessus du sol et semblables à ceux des Betsimisaraka. Les habitants dAnkaramena sont encore des Belsileo, mais très éloignés du centre de la province, ils ont gardé presque intactes les coutumes de leurs pères. C'est ainsi que, contrairement à ce que nous avons vu à Fianaranlsoa, les hommes portent les cheveux tressés cl savamment disposés, comme les femmes. C'est la vieille coutume malgache.
Le samedi 31 mai, nous continuons notre route dans la vallée du Tsimandao, large de plus d'un kilomètre à la hauteur d'Ankaramena, mais qui se rétrécit à mesure que l'on s'avance vers l'ouest; comme végétation le pays présente le même aspect que celui traversé le 29 mai à partir du col de Vintanala. Ce sont toujours de grandes herbes cl des sakoa, sur lesquels voltigent d'innombrables petites perruches vertes. Une fois de plus, l'aspect de ce pays desséché et cependant couvert d'arbres vient me prouver encore, s'il en était besoin, que le déboisement complet du plateau central, de toutes ces contrées si riches en eaux vives cl relativement des plus fertiles de Madagascar, n'est pas un fait naturel. A 9 heures, nous traversons un petit ruisseau qui se jette dans le Tsimandao, dont nous côtoyons presque les rives. Le sol esl couvert de petits cailloux de quartz aux arêtes vives et tranchantes, mais tous nos porteurs ont des kapa, sandales indigènes, qui préservent leurs pieds des coupures dangereuses. Un immense
AL VILLAOE D ANK.VU.VMl.N V.
vol de sauterelles qui remonte vers le nord vienl nous envelopper; il mesure trois ou quatre mètres de hauteur, et s'étend sur une largeur de plusieurs kilomètres. Nous voyons le long de la route quelques indigènes qui s'occupenl à défendre leurs rizières contre ces terribles adversaires. Leurs efforts ne sont pas toujours couronnés de succès. Malgré les cris qu'ils poussent et les branches d'arbres <|u'ils agitent, les foyers qu'ils entretiennent ettjui répandenl dans l'air des nuages d'une fumée acre et épaisse, les criquets dévastateurs, poussés par la masse des autres insectes qui volent derrière eux, ne peuvenl se
détourner. Los indigènes se vengent en mettant dans des sacs de roseaux de n breux cada\ res étendus
sur le sol. Presque tous les Malgaches mangent les sauterelles sans répugnance. Cuites à l'eau et frites, elles forment même un mets très apprécié.
Nous arrivons au village de Mafaitra et les sauterelles passent encore au-dessus de nos lèles. Nous sommes ici à la limite de la province des Betsileo : Mafaitra est en effel le dernier village de noire route qui soit habité par des indigènes de celle tribu; plus petit qu'Ankaramena, il ne compte qu'uni' quarantaine de cases, mais il esl absolument analogue au village que nous avons quitté ce malin. Même situation dans la plaine, enceinte de cactus identique ; nous y retrouvons le couloir sinueux, les quatre portes, et dans l'enceinte les greniers à riz, et le parc à bœufs. A noire arrivée, toute la population, hommes, femmes et enfants, se bourre de sauterelles que l'on vient de prendre. Ces indigènes doivent avoir des estomacs fort robustes pour digérer celle quantité d'acridiens.
Les sauterelles de Madagascar, valala comme disent les indigènes i Pachytylus migratorioïdes, variété Capilo), sont très communes dans la grande île el ne se trouvent généralement, que dans la zone des brousses, au Nord, à l'Ouest et au Sud du plateau central. Leurs migrations assez fréquentes ne semblent pas suivre des règles lixes; c'est à l'époque de la ponte, m'affirment quelques indigènes, que ces
voyages en niasses sont le plus fréquents. Les mœurs des criquets ne semblent pas différer à Madagascar de ce qu'ils sont ailleurs, je ne m'étendrai donc pas davantage sur le compte de ces acridiens.
J'ai dit que presque tous les Malgaches mangeaient ces criquets migrateurs; voici comme je vois les préparer à Mafaitra.
Les valala, sauterelles, sont mises dans une grande marmite avec une très petite quantité d'eau. Après
BETSILEO D ANKARAMENA.
avoir fermé hermétiquement le vaisseau de terre, on le place sur le feu, et les insectes sont longuement cuits à l'éluvée. On étend ensuite les sauterelles sur une natte que l'on expose au soleil. Ainsi préparées et séchées, elles peuvent se conserver très longtemps. Pour les manger, on les fait griller ou frire. J'ai voulu essayer de goûter à ce mets indigène, et malgré une répugnance que tout Européen éprouverait, je crois, j'ai goûté à deux ou trois valala ainsi préparés. La vérité m'oblige à dire que ces insectes, débarrassés, selon la coutume, de leurs pattes et île leurs ailes, ne sont pas trop mauvais; il y a même dans cet aliment un arrière-goût de noisette pas trop désagréable; mais, je le confesse, je me suis vite arrêté dans cette dégustation, aimant mieux donner à Rainizanaka la pleine assiette qu'il m'avait apportée.
Nous passons le reste de la journée à recueillir quelques provisions, toutes différentes, je m'empresse de le dire. Pendant deux ou trois journées de marche environ, nous ne rencontrerons pas de villages, et par suite nous ne pourrons pas nous ravitailler.
En entrant sur le territoire bara existe donc ce que j'avais constaté toutes les fois que j'étais passé
d'un territoire soumis au gouvernement anlimerina dans une tribu rebelle. Je veux parler d'un espace
assez grand, sorte de zone frontière où on ne rencontre pas de villages. Celle sorte de territoire tampon
existe en effet toujours entre les possessions anlimerina et les territoires insoumis. C'est un terrain
favori des fahavalo ; loin de toute agglomération, ils ne craignent pas les gêneurs. En cas de bonne fortune, ils peuvent de suite tenter un coup de main sur les villages soumis aux Anlimerina et qui sont à proximité; en cas de revers au contraire, ils n'ont que peu de distance à franchir pour se mettre à l'abri dans les territoires insoumis; ils savent d'ailleurs que dans les tribus rebelles, chez les Bara, comme chez les Sakalava, un ennemi des Anlimerina, serait-ce un vulgaire pillard, sera toujours bien reçu pourvu qu'il n'exerce son industrie que contre les Amboalambo, leurs sujets ou leurs amis.
Le dimanche 1" juin, ayant fait trois journées de vivres, nous quittons le village de Mafaitra et laissant à droite la Vallée du Tsimandao, nous entrons dans un petit vallon dirigé vers l'ouest. Au point précis où nous l'avons quitté, le Tsimandao change de nom, et devient le Ranomaitso, principal affluent de gauche du Mangoky. Après avoir trayersé un pelil ruisseau, affluent du Tsimandao, par 820 mètres d'altitude, nous entrons dans une grande plaine limitée au sud par des collines peu élevées et à l'ouest par la chaîne et le massif du Lamboany; et, à environ i'j kilomètres dans le nord, elle esl limitée par une chaîne de montagnes parlant d'Ankaramena el se dirigeant vers le nord-ouest. Celle chaîne', à laquelle appartient le mont Vohidrosa, pic remarquable qui nous a servi de point de repère pendant nus précédentes étapes, semble bornerai! nord la vallée du Tsimandao.
L'aspect général du pays esl le même, partout du ueroj çà et là des sakoa. Nous sommes maintenant définitivement entrés dans la zone des brousses; nous avons quille le plateau Central dans la journée d'hier. La rapide el longue déclivité
d'Ankaramena était la dernière marche qu'il nous fallait descendre pour nuit- voir transportés du plateau des Belsileo au niveau des grandes plaines du sud, niveau que nous venons d'atteindre aujourd'hui. Nous traversons le Sabanona, puis un de ses petits affluents el, à quelques centaines de mètres d'un rocher qui ressemble à la croupe de quelque animal gigantesque, nous passons au village de Mandazaka. agglomération abandonnée aujourd'hui de ses habitants. Au milieu île ce village passe un petit cours d'eau qui va dans l'Ouest rejoindre le Sabanona. Sur ses rives croissent des fandrana (espèces de pindanus) à tige mince et droite, portant à l'extrémité des branches un bouquet de longues feuilles filiformes. Le long de ce pelil ruisseau s'épanouit une belle végétation, des fandrana en grand nombre puis des lalona t Weininannia Bojeriana), des voira (Eugcnia jambolana), des hafotra (Abulilon angulatum), arbres précieux pour les indigènes, car de leur écorce préparée ils se font des vêlements. Dans ces contrées relativement éloignées de tous centres commerciaux, l'usage des lamba et des chemises de toile et colonnade, si répandu à Madagascar, commence à n'être plus ici qu'une exceplion, et plus nous avancerons vers le sud, plus nous verrons le lamba, le vêtement malgache par excellence, disparaître peu à peu pour faire place aux nattes tressées et aux pagnes decorces préparées; ce n'est qu'en arrivant dans les environs de Fort-Dauphin que nous verrons les toiles, cotonnades et. indiennes réapparaître. Après nous être arrêtés quelques heures au milieu du jour nous reprenons noire route au sud-ouest. Nous commençons de suite à gravir la chaîne des Lamboany; au sommet, par 1230 mètres d'altitude, nous découvrons devant nous un plateau complètement aride. L'herbe qui le recouvrait a été brûlée par les indigènes. Cette contrée désolée que nous allons mettre deux jours à traverser est absolument inhabitée, elle n'est fréquentée que par quelques fahavalo et des voleurs de bœufs. Notre commandeur Rainizanaka nous assure que ce plateau désert est considéré par les indigènes comme territoire neutre entre les Bara et les Betsileo, il assure que le gou-
COIFFURE DETSILEO D AHKAIUMEM».
verneur antimerina d'Ihosy a depuis quelques années donné des ordres pour que tous les voyageurs armés qui traverseraient ces solitudes donnent la chasse et attaquent sans provocation aucune tous les Bara qu'ils rencontreraient et qui ne seraient pas conduits par un Antimerina.
J'eus bien soin de répondre à mon commandeur que les ordres antimerina me laissaient absolument indifférent et que les indigènes, Bara ou Antimerina, que nous rencontrerions devaient être absolument respectés; du reste j'assurais à tout mon monde que, à l'occasion, je saurais faire exécuter les ordres donnés. L'on m'avait raconté à Fianarantsoa et ailleurs le sort malheureux de plusieurs expéditions dans le Sud; cela ne m'étonne nullement, maintenant que je vois les dispositions que prennent les Antimerina contre les indigènes insoumis, et les dispositions qu'ont dû prendre, sans en rien changer, presque tous les explorateurs, mes prédécesseurs, qui se faisaient passer et à justes raisons dans ces contrées du sud pour les amis et les admirateurs des Antimerina. Cette façon d'agir n'était pas très logique pour des "•ens qui voulaient traverser et demander l'hospitalité à des tribus insoumises, mais l'exemple est contagieux, et à Madagascar, l' Antimerina est le dieu du jour.
Sur ce plateau des Lamboany, plus un arbre, plus un arbuste. Par contre, les émergences rocheuses sont très fréquentes; chose rare à Madagascar, le terrain est caillouteux, ses pierres sont pour la plupart des quartzites aux angles vifs. Cependant la contrée était peuplée autrefois, nous y voyons des restes d'un ancien village, Ambalamaty. Dans l'après-midi, nous nous arrêtons pour camper sur les bords d'un ruisseau, l'Akazomsidika, affluent du Menarahaka.
Dimanche 1" juin. — Celte nuit a été fraîche et humide, et quelque temps avant le lever du soleil nous avons dû tous nous réunir autour des feux que nos porteurs n'avaient cessé d'entretenir pendant la nuit entière. Trois heures après notre départ des bords de l'Akazomsidika, nous passons au village de
Zazafotsy.
Il est construit en plaine comme les agglomérations précédentes. Les cases sont également faites au moyen de claies de bararata appliquées sur une charpente en bois. Ici nous sommes chez les Bara. Zazafotsy, qui compte cinq ou six cases environ, possède dix à douze habitants; l'un d'entre eux, qui setrouve près de la porte lors de notre passage, nous invite à entrer voir le roi.
Dans tous les territoires que nous avons traversés à Madagascar jusqu'à présent, le mot mpanjaka ou ampanjaka signifiait roi, souverain, et il n'était employé chez les Antimerina ou chez les tribus qui leur sont soumises que pour désigner le souverain de Tananarive; chez les Sakalava insoumis de l'Ouest, on désigne par mpanjaka l'individu, homme ou femme, qui commande à toute la tribu ou qui gouverne un vaste territoire. Dans ces deux cas, la signification propre du mot est donc identique. Dans le sud au contraire, le mot mpanjaka (ils disent plus volontiers ampanjaka) a une signification beaucoup plus étendue. Cette appellation désigne non seulement les grands chefs des tribus ou ceux qui commandent à de vastes territoires, mais encore les mille petits potentats qui sont à la tête de chaque district, de chaque village. Toute agglomération, si peu importante qu'elle soit, a un ampanjaka complètement indépendant de tous ses voisins. Chez les tribus du sud, ampanjaka ne désigne pas seulement un chef quelconque, c'est encore une appellation honorifique que l'on donne sans aucune parcimonie à tout étranger qui traverse le pays, suivi de quelques serviteurs. Durant toute cette campagne du sud, Maistre et moi avons été des ampanjaka ; je dois à la vérité de dire que jamais cette appellation royale n'a troublé nos idées et que nous n'étions pas plus fiers pour ça.
Le roi de Zazafotsy est un solide gaillard d'une quarantaine d'années. En dehors de son fusil un peu plus orné, aucun insigne ne le distingue de ses sujets. Son lamba est aussi crasseux, son odeur sui genern aussi désagréable. Il nous reçoit dans sa case et nous offre une corbeille de riz. Nous le remercions et nous lui offrons en retour quelques petits cadeaux, qui semblent lui faire grand plaisir. Quoique ce roi ne me paraisse pas jouir d'une grande notoriété parmi ses compatriotes, puisqu'il n'a que neuf sujets, je ne laisse pas passer l'occasion de lui dire que nous voulons aller jusqu'au territoire Anlandroy, bien loin dans le sud. Il est d'abord quelque peu défiant, mais de nouveaux présents viennent vite le rassurer; il se montre surtout plein de confiance à notre égard lorsque nous lui avons affirmé, très chaleureuse-
ment du reste, que nous n'avons aucun rapport avec les Antimerina; nous venons de leur pays, c'est vrai, mais ce n'est nullement pour eux que nous voyageons à Madagascar. Notre petit discours le touche profondément, il nous assure que dès que nous aurons dépassé Ihosy et que nous entrerons dans les territoires complètement insoumis, nous trouverons partout bon accueil; des émissaires qu'il va envoyer tout de suite vont aller dire dans le sud — à Madagascar les nouvelles se répandent vile — qu'on ait à nous laisser librement passer, du moment que nous semblons èlre de braves gens, étrangers soucieux de respecter les coutumes du pays, et surtout n'ayant rien de commun avec les Antimerina. Sur cette bonne promesse, nous nous quittons bons amis avec le roi de Zazafotsy.
Je dois dire que le chef obscur de ce pauvre village bara n'a pas oublié sa promesse, nous avons toujours, comme je l'ai su depuis, été précédés dans le sud d'une bonne réputation ; grâce à celle renommée, nous n'avons jamais rencontré de gros empêchements à nos projets de marche, nous n'avons jamais élé attaqués par les indigènes cl sauf les petits kabary sans importance que nous ont valu plusieurs fois certaines maladresses de nos porteurs, nous avons relativement marché dans le Sud avec la même facilité que dans l'Imcrina. Et pourtant ces tribus sont jalouses du droit de passage, un étranger n'est pas toujours en sûreté au milieu d'elles, elles sont très superstitieuses, les indigènes sont ràpaces et cruels; nous en avons eu bien souvent la preuve, par des ennuis fréquents que nous avons rencontrés dans beaucoup de villages bara, mànambia, antanosy et antaisaka, mais qui se sont toujours résolus au mieux de nos intérêts, bien que nous nous soyons trouvés parfois dans des positions fort délicates. Aussi puis-je affirmer, sans crainte d'être démenti par l'expérience, que tout voyageur qui ne disposerait pas d'une véritable force armée el qui voudrait traverser ce sud de Madagascar avec la protection des Antimerina, courrait les plus grands dangers. Il est juste d'ajouter que notre réputation enlevait toute gène el toute défiance aux indigènes, sujets des rois que nous interrogions. Personne ne songeait à dissimuler devant nous, et chacun disait le plus grand mal des Antimerina. Pour rester dans notre rôle, il nous Fallait, bien entendu, acquiescer le plus souvent, mais, cela n'étant pas en contradiction avec nos propres pensées, nous n'en étions que plus sincères.
Zazafotsy est le premier village bara que nous rencontrons sur notre roule. Comme nous devons encore parcourir pendant une ou deux semaines le territoire de celle tribu, je ne prends ici que quelques notes, que je me propose de compléter dans la suite. En sortant de ce village, qui ne peut d'ailleurs nous offrir aucune ressource, et où il est par conséquent inutile de nous arrêter, nous traversons à gué un grand ruisseau et nous continuons sur le plateau. Jusqu'au village d'Ambararata, ou nous arrivons vers quatre heures du soir, la contrée reste sensiblement la même : c'est la brousse. Grande plaine très boisée, un arbre en moyenne Ions les dix mètres, des sakoa principalement, dont les fruits acides el bons à manger nous font oublier la soif. Les arbres forment de petits bouquets de bois près des ruisseaux. La végétation serait encore plus active si les indigènes n'incendiaient constamment la prairie. Ambararata nous semble tout différent des villages que nous avons traversés les jours précédents. Les maisons, du même modèle, sont disposées sans aucun ordre au milieu d'un grand espace défriché de la brousse et, chose rare, on ne voit que des enclos de bararala; la formidable haie de cactus qui entoure d'habitude tous les villages n'existe pas ici.
En arrivant au village, Tsiaviry, roi d'Ambararata, vient à noire rencontre accompagné de ses deux frères. Remarquant l'attention que nous mêlions à examiner sa coiffure, il est pris aussitôt d'un fou rire; il appelle tous les gens du village pour nous les faire admirer. Il nous faut les regarder tous les uns après les autres; ce n'est qu'après celle revue de détail que nous pouvons entrer dans la case qui nous est destinée. Le roi nous fait alors les compliments d'usage et nous offre un peu de riz. Tsiaviry est un homme qui frise la cinquantaine, de taille moyenne, mais 1res fort et bien proportionné; au menton il porte une petite barbiche, le reste de son visage est rasé. Un salaka et un lamba rouge en landy composent son vêlement. Autour du cou il porle un collier de perles auquel est suspendu un petit morceau de bois travaillé, un ody certainement.
Son frère aîné, Tandrosa, est un grand diable de 1 m. 80; le plus jeune, Rainibanaka, très grand lui
aussi cl bedonnant passablement, est un personnage très gai et très bavard, poussant à chaque instant d'immenses éclats de rire qui n'en finissent plus. C'est contagieux, dit-on, et nous sommes pris à notre tour d'un rire convulsif. Nos hôtes royaux et Rainibanaka en particulier ont des étonnements d'enfants. Leurs questions sont des plus embarrassantes ; ils palpent nos habits et s'étonnent de la laxité de ce qu'ils croient être notre enveloppe cutanée ; les clous de nos souliers provoquent chez eux un grand étonnemcnt; ils ont appris notre arrivée par leurs cousins de Zazafotsy, mais ne comprennent pas tout de même ce que nous sommes venus faire dans leur pays. La vue de nos collections d'histoire naturelle devient le signal d'une folle gaieté. Dieu me pardonne! Rainibanaka nous tape sur le ventre en nous appelant gros farceurs. Il est devenu très familier. Nous sommes longtemps à expliquer à nos visiteurs, qui commencent à devenir incommodants, le fonctionnement de certains de nos instruments. Tout le monde est très gai et nous sommes vite populaires chez les Rara d'Ambararala.
Le mercredi 4 juin, nous quittons le village, faisant route sur Ihosy, dont nous ne sommes pas très éloignés maintenant. Nous cheminons tout d'abord sur un plateau à fond marécageux, où l'on trouve quelques rizières, quelques cultures de manioc et de patates; puis nous nous élevons sur les flancs d'une haute colline qui se prolonge dans le nord-Est et le sud-Est par des chaînons assez importants. Cette chaîne de collines est celle de l'Analatelo. Nous franchissons la chaîne par un col de 870 mètres d'altitude, puis nous descendons rapidement de 150 mètres environ pour atteindre le niveau inférieur de la vallée de l'Ihosy, affluent de gauche du Tsimandao. A deux heures et demie, nous gravissions les pentes rapides d'un mamelon isolé au milieu de cette plaine, au sommet duquel sont construits le fort et le village antimerina d'Ihosy.
Le village d'Ihosy comprend environ -400 habitants, dont la grande majorité se compose d'Antimerina, de leurs esclaves et de leurs métis.
La ville est bâtie sur une colline qui se raccorde vers l'Est, par un petit contrefort, à la chaîne d'Analatelo. Les maisons, une centaine environ, en bois ou en roseau, sont presque toutes enduites d'un mélange de bouse de vache et d'argile plastique. Il y a une triple enceinte de cactus épineux, et le rova bâti tout au sommet du mamelon a lui-môme une enceinte palissadée. En bas de la ville, nous voyons une maison un peu mieux construite que les autres. C'est là qu'habitait le missionnaire norvégien qui vient de mourir après un séjour de quinze mois à Ihosy. Le village fortifié d'Ihosy est entouré de tous côtés, surtout dans l'Ouest, de marais très grands et très profonds dans la saison des pluies. Ce village est très malsain. C'est peut-être pour cela que le premier ministre des Antimerina envoie comme gouverneur à Ihosy les personnes de son entourage qui lui portent ombrage et dont il veut se débarrasser.
Le gouverneur actuel, que nous allons voir, Ramaniraka 14 tra, est un Antimerina qui semble fort intelligent; il parle couramment l'anglais et dit quelques mots de français. Il y a quelques années, il a été envoyé comme ambassadeur en Europe par son gouvernement. A sa rentrée dans son pays, comme, par ses connaissances étendues et par sa manière d'agir, il s'était fait une certaine popularité à Tananarive, Rainilaiarivony, toujours jaloux et soupçonneux, l'envoya en exil à Ihosy. C'est là que ce malheureux Ramaniraka, entouré des soins d'une fille dévouée, attend philosophiquement la mort. Si les fièvres des marais ne le font pas disparaître assez vite, un tsimandoa envoyé par Rainilaiarivony viendra certainement hâter l'issue fatale. Quoique Ramaniraka ne se fasse pas d'illusion sur le sort qui l'attend, il remplit de son mieux les fonctions dont il est chargé. Son rova est assez bien tenu, et ses soldats, des Betsileo pour la plupart, sont toujours en éveil. Je me hâte d'ajouter que la vigilance de Ramaniraka n'en est pas la seule cause : les incursions des Bara causent souvent ici de vives alertes, et les Antimerina ne sonl pas toujours en sûreté.
Ihosy est le poste militaire construit par les Antimerina le plus au sud dans l'intérieur de l'île. On peut même dire que d'ici à de longues années, c'est le point extrême que pourront atteindre les Antimerina dans ces régions; au sud d'Ihosy en effet, existe le vaste désert de l'Horombe, infranchissable poulies Antimerina avec les moyens de transport dont ils disposent dans l'île de Madagascar.
D'une manière générale on a fort mal compris jusqu'à ce jour la situation de ces postes militaires
antimerina dans les tribus insoumises; on a cru, sur la foi do rapports mensongers ou sur l'inspection de quelques cartes, (pie, à Madagascar, là où existaient des forts antimerina, on se trouvait en territoire soumis à cette tribu. Il n'en est rien. Sans doute, dans beaucoup de territoires insoumis, sur les côtes principalement, les Antimerina ont fondé des comptoirs ou des villages, ils les ont ensuite entourés suivant la mode du pays de défenses rudimentaires, puis selon leur orgueilleuse habitude ils les ont baptisés pompeusement du nom de postes militaires. Il faut avoir vu ces postes militaires et les troupes qui les défendent pour savoir ce que ces mots signifient à Madagascar. Quoi qu'il en soit, comme on ne peut exprimer les idées qu'avec des mots, dont on ne calcule pas toujours assez la valeur, on a pu faire croire en France à la puissance des Antimerina et à leurs prises de possession de la presque totalité de l'île de Madagascar.
En réalité, voici comment cela se passe dans la pratique. Je prendrai Ihosy comme exemple; exemple d'autant mieux choisi que la fondation de ce poste m'a été racontée toul au long par des chefs bara des plus intelligents. Lorsque, après la conquête totale du Betsileo par Radama I" el ses successeurs, 1rs Antimerina virent leur autorité bien établie el bien admise dans cette tribu, il- songèrent à en étendre les limites, et surtout à en protéger les confins par quelques garnisons. A relie époque, les Bara étaient ce qu'ils sont aujourd'hui : de vulgaires sauvages, divisés en une foule de petites principautés toujours enguerreles unes avec les autres. Ces petites tribus se seraient bien mise- contre les Antimerina, si ceux-ci s'étaient présentés avec des velléités de conquête sur les territoires de leurs pères. Les Bara, dans celle circonstance, auraient été vainqueurs des Antimerina, ce qui n'est difficile pour personne. Mais les conquérants du Nord eurent recours à leurs armes habituelle- : à la ruse el à la duplicité. Ils tirent de nombreux cadeaux aux principaux chefs bara el les trompèrent par de fallacieuses promesses; ils envoyaienl en même temps quelques hommes en tournée sur le territoire bara, le motif avoué de cette mission était I achat de bœufs. En cours de voyage, les Antimerina missionnaires perdirent l'un d'entre eux, ou le tuèrent fort à propos dans la chaîne de l'Analatelo. Le lendemain, ils ensevelirent le corps de leur compagnonau sommet de la colline occupée maintenant parle village d'Ihosy. Ils dressèrent près de
ce tombeau provisoire une haute pierre el s'en retournèrent dans le Betsileo. Alors le gouverne ni
antimerina résolut de profiter de celle petite comédie qui venait de se jouer dans l'Analatelo et à Ih<>s\ .
Par la crainte ou par les pr esses, par les cadeaux el par la discorde semée parmi les chefs bara. ils
obtinrenl deceux-cique des Antimerina iraient fonder un village à Ihosj pour garder le tombeau de l'officier lue en voyage, lui même temps, dans ce village d'Ihosy qu'on allait fonder, il allait venir des marchands qui vendraient à très bon compte, aux indigènes de la contrée, de la toile, des perles, des marchandises de toutes sortes. Les Antimerina demandaient tout naturellement ensuite que quelquesuns de leurs soldats viennent à Ihosy pour garder les marchandises cl faire respecter le tombeau. Les Bara, dans leur intellect primitif, ne voyaient pas dans la construction de ce fort d'Ihosy une atteinte très grave à leur liberté, el encore de nos jours, ici comme dans l'Ouest, chez les Bara comme chez les Sakalava, au Sud comme au Nord, chez les Antanosy comme chez les Antankara, ces pauvres villages antimerina (pie l'on convient d'appeler, je ne sais pourquoi, les postes militaires, ne constituent pas le moins du monde une prise de possession du pays par les Antimerina. Partout dans ces territoires insoumis, les indigènes m'ont affirmé maintes fois, et je l'ai vu d'ailleurs, que ces villages antimerina étaient considérés par eux comme des centres commerciaux des gens de l'Imerina et .pie ceux-ci faisaient ce qu'ils voulaient dans leur village et n'avaient aucune espèce d'autorité dans la contrée environnante. Ainsi, à Ihosy où nous nous trouvons, les Antimerina ne sortent que très rarement de leurs retranchements. Bien entendu ils proclament bien haut que le territoire bara est terre de Hanavalona Mpanjaka, niais ils ne se soucient pas d'aller y faire jamais aucun acte de souveraineté.
J'ai cru devoir m'élendre sur cette question des postes militaires antimerina, parce que comme tant d'autres elle a été mal comprise en France, ou plutôt mal présentée par des gens qui avaient intérêt à le faire. En somme, les Antimerina ont demandé, le plus souvent bien humblement d'ailleurs, à des chefs de tribus indépendantes la permission de s'établir sur leurs terres, sur un petit emplacement généreuse-
ment payé par eux, et 1res rarement conquis par la force des armes. Puis se faisant fort de cet établissement factice et dont ils dénaturaient le sens, ils ont fait accroire à la France qu'ils possédaient l'île de Madagascar tout entière. C'est une plaisanterie.
A l'ouest de la ville, coule la rivière Ihosy, dans une plaine marécageuse large de plusieurs kilomètres, au milieu de laquelle elle décrit de nombreux circuits; à l'Est, cette vallée est limitée par la chaîne d'Analatelo, et, à l'Ouest, par le contrefort rocheux qui soutient le plateau désert de l'Horombe.
Comme Ihosy était le dernier village antimerina que nous devions rencontrer sur cette route du sud, nos porteurs, selon toute probabilité, allaient encore essayer de nous faire renoncer à nos projets de courses aventureuse. C'est en effet ce qui arriva.
Le samedi 7 juin, j'avais prévenu les porteurs dès le grand matin de se tenir prêts à partir au plus tôt. Mais nos hommes, réunis en troupe compacte près de notre case, voulurent tenter île commencer un kabary ; je les laissai faire, sachant où ils voulaient en venir et bien résolu d'ailleurs à continuer à tout prix ma route vers le sud. D'ailleurs j'avais bon espoir : le gouverneur d'Ihosy, Ramaniraka, m'avait assuré ne vouloir se mêler en rien de mes affaires. Si j'avais obtenu la neutralité du gouverneur antimerina, comme explorateur français, je devais m'en estimer très heureux; dans la plupart des cas, un Français ne doit attendre que de l'hostilité de la part d'un semblable fonctionnaire. De plus je devais à chacun de mes porteurs une quinzaine de francs environ; je me trouvais donc dans d'excellentes conditions pour résister à leurs exigences. Je les laissai dire et les écoutai patiemment pendant plusieurs heures. Le discours qu'ils me firent ne fut qu'une répétition de ce qu'ils m'avaient dit déjà dans mon précédent voyage du nord. C'est toujours la même chose : l'éternelle histoire de l'homme primitif qui veut tromper l'Européen. Ce thème invariable à Madagascar est le suivant : un Malgache traite d'une façon quelconque avec un Européen; si celui-ci accepte, le Malgache se dit qu'évidemment il a été trompé, et qu'il n'a pas demandé assez cher; donc il invente une histoire invraisemblable pour rompre le marché conclu.
On conçoit combien un pareil système facilite les transactions dans ce pays sauvage. Il fallait établir, notre solde de porteurs sur de nouvelles bases, ou ils menaçaient de nous quitter. Je leur répondis tout simplement que puisqu'ils annulaient notre contrat, je ne leur devais rien, et qu'ils pouvaient retourner chez eux. Maistre et moi, nous étions d'ailleurs parfaitement résolus à marcher seuls dans le sud; quatre ou cinq fidèles nous auraient suivis, c'était assez pour un bagage indispensable à l'existence. Je laisse mes porteurs discuter, et je vais à quelques kilomètres d'Ihosy sur les monts Analatelo continuer la triangulation; mes porteurs ont rendez-vous pour demain matin, et, malgré ma tranquillité apparente, ce n'est pas sans quelques appréhensions que je vois l'aube du dimanche 8 juin, date irrévocablement fixée pour notre départ dans le sud. Je suis donc très agréablement surpris de trouver tous mes hommes prêts à partir à cette heure matinale. Us n'ont pas voulu perdre les trois piastres que je leur devais à chacun d'eux, ni retourner dans le Betsileo seuls à travers le désert du Lamboany, où ils auraient pu rencontrer le roi bara de Zazafotsy, qui n'aurait pas manqué de leur demander de nos nouvelles.
Pour les explorateurs, on dit qu'il y a d'heureux hasards : c'est parfaitement exact, et dans cette occurrence ce fut une circonstance tout à fait fortuite qui vint faire pencher la balance en notre faveur. On se rappelle que nos porteurs étaient en grande majorité des hommes libres, et que, comme tels, ils étaient susceptibles d'être réquisitionnés pour le service militaire. Or le gouvernement antimerina rencontre toujours les plus grandes difficultés lorsqu'il veut lever des soldats pour les forts frontières; il faut prendre des hommes, les enchaîner et les pousser de force jusqu'au poste militaire. Faute d'employer ces moyens, les Betsileo, sur qui tombent généralement ces corvées peu agréables, refusent tout service et désertent en masse. Ramaniraka, qui justement avait besoin d'hommes pour compléter les effectifs de sa garnison, avait fait dire à tous mes porteurs hommes libres que, s'ils ne restaient pas avec moi, ils seraient pris par lui pour le service de la reine. Mes hommes n'hésitèrent pas entre ces deux alternatives. Tous voulurent quitter Ihosy au plus vite et se sauver bien loin de toute autorité antimerina. Je profile sans larder de leurs bonnes dispositions, et, ayant donné aux porteurs de filanjana les
charges du riz blanc que j'avais acheté hier en prévision de la traversée de l'Horombe, nous quittons Ihosy aujourd'hui dimanche, à huit heures du malin.
La ville d'Ihosy est à 870 mètres au-dessus du niveau de la mer, et très rapidement nous descendons de 190 mètres au fond de la vallée, où le convoi passe à gué la rivière Ihosy. l'uis nous continuons dans la brousse, et nous traversons deux villages Lara, Antsambilo el Ivoka. Enfin nous nous élevons peu à peu sur les premiers contreforts qui soutiennent vers l'Esl le plateau de l'Horombe.
Là nous nous arrêtons à Antanambao. C'est un petit village bara, d'une trentaine de cases environ, entouré comme toujours d'une enceinte de cactus. C'est la dernière agglomérai ion des Bara proprement dits; plus au sud nous rencontrerons probablement encore quelques Bara nommés Manambia ou Antaivondro, qui présentent avec les Bara que nous quittons quelques différences ethniques. Je remarque ici que le nom de cette tribu devrait correctement s'écrire Bahara. Comme je le montrerai plus tard, les Bara viennent de l'Esl, el leur nom, qui signifie « sauvages », leur a été donné parles populations betsimisaraka.
Les Bara sont divisés en plusieurs tribus : 1° Les Bara de l'Ouest, dont les centres principaux sont : Ihosy, Ranokira, Betanimena, etc. Ce sont ceux qui supporten) le plus difficilement le voisinage îles Antimerina. Cependant leur grand mi Voira, qui habite tantôl Ranokira, tantôt Betanimena, a été acheté par les Antimerina et a reçu d'eux le titre de in- honneur. 2" Les Bara de l'Est, qui onl pour principal centre Ivohibe; le roi Sambo esl complètement indépendant. :t" Les Antaivondro, qui habitent au sud des deux tribus précédentes, à la hauteur de Vaingaindrano. Ils sont nombreux el mélangés en partie avec les Anlaisaka. 4° Au sud des Antaivondro on rencontre des populations métisses de Bara el d'Antandroy, qui s'appellent Bara Manambia.
Les Bara sont robustes cl de taille élevée, leur teint esl 1res variable, il passe comme chez le-; Sakalava du jaune clair au noir le plus foncé, le nez esl aplati, les lèvres épaisses, les yeux 1res peu brides, les cheveux très crépus. En somme, le type africain domine beaucoup dans toutes ces populations, qui se rapprochent sous tous les rapports du type sakalava.
Les hommes portent généralement au menton une petite barbiche, et sur les joues un collier de barbe très étroit. Quelques-uns, surtout les chefs, sont véritablement de beaux types qui rappellent beaucoup le genre arabe. Ce qui frappe le plus chez les Bara, c'est leur genre de coiffure. Leurs cheveux très longs soid roulés en boules de nombre cl de grosseur variables. Ces boules, disposées 1res savamment, forment autour de la tète deux ou trois couronnes concentriques, sur le sommet un énorme pompon forme un chignon. Toutes ces boules de cheveux sont recouvertes d'une couche épaisse de terre blanche mêlée avec de la "raissc et de la bouse de vache, pommade qui donne à ces indigènes une odeur repoussante. La coiffure est la même pour les deux sexes et ne diffère entre les individus que parle nombre et la grosseur des boules, el l'épaisseur de la couche de graisse; plus cet enduit esl .'pais, plus l'individu est élégant. Les coiffures une fois faites durent environ un mois. Les femmes laissenl quelquefois, en avant de la première couronne de cheveux, quelques mèches soigneusement lissées qu'elles ramènent sur le front; ce qui rappelle la coiffure à la chien. Au milieu des cheveux se trouve plantée une longue aiguille en bois, en os ou en cuivre, objet indispensable pour déloger ou tout au moins ennuyer les trop nombreuses petites bêles qui peuplent (outes ces tètes bara.
Comme vêtement, les hommes portent un salaka en étoffe, tantôt de provenance européenne, tantôt fabriquée dans le pays. Ces derniers ont beaucoup plus de prix; ils sont faits soit en coton, soit en chanvre, soit encore avec l'écorce de Vhofotra. Larges de 20 à 30 centimètres, les deux extrémités qui tombent par devant sont ornées de perles de verroterie formant des dessins et terminées par une frange. Beaucoup d'hommes onl un lamba presque toujours en colon ou en chanvre, seuls les chefs ont des lamba en lundi/. L'usage des kapa ou semelles en peau de bœuf est assez répandu. Les femmes portent comme vêtement une pièce d'étoffe ou pagne (pi 'elles fixent tantôt au-dessus, tantôt au-dessous des seins el qui tombe jusqu'aux genoux. Beaucoup portent un petit carré de natte jeté sur les épaules et retenu au cou par un cordon de perles; ce petit vêtement, appelé hela, sert
à abriter, contre les rayons <lu soleil cl aussi contre le froid, l'enfant qu'elles portent sur le dos. Les Bara aiment beaucoup les ornements; hommes et femmes portent des colliers de perles, des bracelets en étain ou en cuivre aux mains et aux pieds, des boucles d'oreilles; chez les hommes, ce sont de simples morceaux de bois, chez les femmes ce sont tantôt de petites chaînes argentées longues de 10 à 15 centimètres (Manambia), tantôt des boucles d'oreilles en cuivre (Ivohibe), tantôt de grands anneaux en
étain (Bara d'Ihosy), etc. Tous portent le felana, coquillage marin que l'on trouve à la côte Ouest ; les hommes le portent au milieu du front, les femmes sur la poitrine. Quelques hommes de cette tribu — l'on en rencontre même assez souvent — se font tatouer. Dans le jeune Age, on leur fait trois coupures longitudinales sur les pommettes, ces trois coupures longitudinales longues d'environ 3 centimètres vont converger au menton. Nous retrouvons là un usage purement africain.
Il ne faut pas non plus oublier les odij ou fétiches. Chaque Bara qui se respecte en porte au moins deux ou trois; ce sont tantôt des bouts de cornes de bœuf remplies de miel, de résine, de boue, tantôt de simples morceaux de bois, tantôt, comme chez les Manambia, de petites statuettes grossièrement sculptées. Ces orfy se portent les uns sur la tète, les autres à la ceinture ou sur le bras, etc. Dans les villages se trouve planté, sur une place principale, le ùilo, grande perche en bois représentant • le fétiche commun, c'est là que se font les prières. La médecine chez les Bara est très simple. Pour guérir un mal quelconque, il suffit d'appliquer à l'endroit malade une couche de terre blanche et de graisse. Les Bara ne se séparent jamais de leurs armes. Ils ont tous : 1° un fusil à pierre beaucoup sont de fabrication française), très long et dont la crosse est ornée de clous et de fils de cuivre formant des dessins divers; 2° deux sagaies, dont le fer très bien travaillé a en général une forme assez, effilée, quelques-unes sont ornées d'anneaux de cuivre. Pour avoir l'équipement complet d'un Bara, il faut ajouter la ceinture (ou Katra) en peau de bœuf, à laquelle se trouvent suspendus une corne servant de poire à poudre, un couteau, une boite en bambou contenant de la graisse, une petite corne avec un briquet, etc. Le tout, orné de clous de cuivre, chaînettes en cuivre ou acier, etc.
Chaque tribu bara est divisée en un grand nombre de villages ayant chacun un chef qui prend le titre de roi. Les villages sont ordinairement situés dans des plaines, ils sont entourés de haies de cactus et quelquefois divisés (mi plusieurs quartiers.
La monnaie est inconnue chez les Bara. Pour se procurer des vivres et payer les achats on doit avoir des articles d'échange ; les plus estimés sont : les toiles américaines bon marché ; les verroteries : perles bleues rondes, ou atody podji (quatre de ces atody pody valent une poule), les voronosy, perles allongées en porcelaine avec dessins en bleu ; les rangues, perles rouges octogonales longues les unes de 0 m. Kl, les autres de 0m. 03; enfin les petites perles blanches vakapotsy en cordon, les anneaux en étain, les chaînettes, les miroirs, les couteaux, les bagues en étain, les aiguilles, lespinces à épiler, les ciseaux, le sel, etc.