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FEMME RARA

r.HEZ LES BARA. 333

f.'rsl au village d'Antanambao que commence véritablemenl notre voyage du sud de Madagascar. Comme le premier jour, nous voulons aller à Fort-Dauphin, el de l'endroil où nous sommes, trois roules se présentent pour gagner le pays de Tonalara. L'une, à l'ouest, nous ferail gagner la baie de Saint- Augustin ; elle a été faite en 1H71 par Richardson, missionnaire protestant. Nous n'aurions donc comme pays nouveaux à traverser que les grandes plaines du sud, el 1rs territoires 'les Masikora el îles Antandroy, pour aller de Saint-Augustin à Fort-Dauphin. Celle roule esl très longue, elle n'a pas l'attrail de la nouveauté : nous l'abandonnons dune, et noire choix se lixe définitivement sur les deux autres : l'une droit au Sud, par le ce ni re de l'île pi un- l'aller, l'autre dans l'Est, le long de la côte, puni- le retour. No) re roule d'aller, qui se maintiendra sensiblement jusqu'au tropique par 13 degrés ÎO minutes de longitude Esl, nous fera traverser le pays déserl de l'Horombe el plus au sud des territoires également inexplorés. Lorsque nous aurons dépassé le 24' degré de latitude Sud, nous inclinerons vers l'Est pour gagner la vallée d'Ambolo el de là le pays de Tolanara. Je ne doute pas que nous ne puissions réussir, maintenant que nous avons quitté définitivement des territoires soumis aux Antimerina. Nos porteurs vont nous suivre partout, et,'à moins de mauvaises rencontres, nous devons arriver à Fort-Dauphin dans un mois.

Le lundi '.i juin, nous quittons Antanambao dans la matinée. Au sortir du village, la végétation arborescente esl très fournie, mais bientôt nous commençons à monter et les arbres disparaissent peu à peu. Enfin nous arrivons sur le plateau de l'Horombe, à I 130 mètres d'altitude. Après une heure d'arrêt pour noire déjeuner, nous reprenons notre marche vers le sud el nous ne nous arrêtons que le soir sur le bord d'un ruisseau, près de roches élevées contre lesquelles i s dressons noire huile.

Au point 'le vue géographique, ou peul considérer ce plateau de l'Horombe comme une sorte de prolongement vers le sud du grand massif central, avec cette différence que cette roui rée élevée, au lieu d'être, comme l'Imerina el le Betsileo, parsemée de montagnes el de hautes collines, esl absolument plate. On ne remarque que quelques ondulations 1res légères vers l'Est : de ce côté, la \ ne s'arrête sur la haute chaîne de partage des eaux qui limite dans relie direction la /une forestière el le long de laquelle coule l'Ongaivo. ha us l'ouest, on distingue forl loin les chaînes de Sa loi i les massifs du Bemarana :

vers le nord, le Lainhoanx el l'Andringit ra ; vers le sud. au contraire, rien n'arrête l'œil : c'esl une plaine

immense qui se déroule à perte de vue. C'est dans l'Horombe que prennent naissance les nombreux ruisseaux qui, suivant une pente assez douce, vont constituer les affluents de droite de l'Onilahy.

Nous devions quelques jours plus lard, el non loin du village hara de llelrokv. découvrir la s re

même de ce fleuve important du versant du canal de Moçambique qui \a se jeter dans la baie de Saint-Augustin.

L'Horombe esl couvert de hautes herbes; c'esl une enclave de la zone dénudée dans hi zone des brousses. Pas un arbre, pas un arbuste, el même ces hautes herbes ne se trouvent qu'en certains endroits. Dans d'autres, le sol aride el rocailleux esl absolument stérile. Aucune trace d'habitation ; à l'horizon, la fumée produite par l'incendie «1rs grandes herbes indique quelquefois la présence de l'homme ; eà el là, des ossements blanchis, des crânes de bœufs jalonnent le sentier.

Nos élapes étaient longues, je pressais les hommes, craignant le manque de vivres. A la tombée du jour, nous campions sur les bords d'un ruisseau, pour nous remettre en marche le lendemain, au lever du soleil.

Au point de vue géologique, le plateau de l'Horombe présente des particularités intéressantes. L'assise fondamentale parait consister non pas en gneiss el en granité comme nous en avons vu dans le sud du Betsileo, et comme nous en verrons encore près des inouïs Ampingaratra, mais bien en roches micaschisteuses, quelquefois même en véritables schistes cristallins. On trouve encore des gisements considérables de jaspe jaune et beaucoup de magnétite. Mais ce qui constitue une anomalie plus grande encore dans l'histoire géologique de Madagascar, c'esl que dans l'Horombe la roche fondamentale n'es! pas partout recouverte d'une puissante couche argileuse; le plus souvent, au contraire, la roche esl enfouie bien profondément sous des couches épaisses de pelils graviers. I'ius loin, c'esl du sable blanc mélangé' de paille) tes de mica el de quelque peu d'argile.

Cetlo particularité géologique avait une importance pratique fort grande pour notre caravane. En effet , lorsque nous traversions ces espaces déserts et que nous marchions sur la roche ou sur le gravier, nous avions quelques chances de rencontrer des cours d'eau. Lorsqu'au contraire nous traversions un territoire sablonneux, il était Lien rare de pouvoir étancher notre soif, qui se faisait vivement sentir dans ces solitudes. Sur ce terrain arénacé, la chaleur était insupportable et. la réverbération des rayons solaires était pénible; de plus la marche, sur ces sables presque toujours mouvants, était excessivement difficile; dans certains endroits, un homme ordinaire et sans être chargé enfonçait de 80 centimètres dans le sable. Il est donc de toute nécessité pour le voyageur qui voudrait traverser le plateau de l'IIorombe, de fuir absolument ces espaces sablonneux. On peut passer du nord au sud, de Anlanambao à Belroky, en suivant le terrain caillouteux; il faut faire parfois de grands détours, mais cet allongement du chemin est très largement compensé par une fatigue moindre et des privations moins pénibles. Ces territoires arénacés de l'Horombe ont une superficie très variable : tantôt on voit devant soi une vaste nappe de sable qui s'étend à perle de vue, tantôt ce n'est qu'une petite tache blanche, en général circulaire, qui tranche vivement sur le terrain rougeàtre et caillouteux qui l'environne. Ces petits espaces circulaires de sable blanc sont particulièrement dangereux pour la marche, et l'imprudent qui dans ces endroits s'aventurerait sur le sable risquerait bien de payer fort cher sa précipitation. Il pourrait disparaître en effet dans la partie centrale. Ces îlots sablonneux au milieu de ces terrains rocheux sont encore la cause d'une particularité très intéressante. En effet, lorsqu'ils occupent le flanc d'une petite hauteur et qu'un cours d'eau, ruisseau ou petite rivière les rencontre, les eaux diparaissent dans le sable, et, à quelques kilomètres en contre-bas, à l'endroit où le terrain sablonneux cesse et où la roche recommence, il ne faut pas être étonné de voir sourdre du sable une jolie petite rivière. Tous les cailloux que l'on rencontre dans l'Horombe sont ou bien des fragments de quartz amorphes, et quelques cailloux de jaspe, ou bien des minerais de fer; ces derniers étaient autrefois très recherchés par les indigènes. Dans l'Horombe, on trouve de l'hématite rouge, sanguine, brune; on en venait chercher de fort loin, c'était les projectiles les plus recherchés pour les frondes. Actuellement, ces petits cailloux bruns, rougeâtres, servent à l'occasion de projectiles pour les armes à feu des Bara et des Sakalava; ils sont même achetés assez cher par ces indigènes, mais atteignent un prix moins élevé cependant que les pieds de marmites de fonte, qui remplissent le même usage. Malgré mes conseils, ' chacun de mes porteurs se charge de quelques kilos de ces cailloux de minerai de fer, ils veulent les vendre lorsque nous atteindrons les premiers villages du sud. Enfin je citerai encore parmi les roches de l'Horombe une sorte de silex employée par les indigènes comme pierre à fusil.

La nuit du 9 juin est particulièrement fraîche. Le 10 juin, nous suivons le Lalanana presque depuis sa source. Il y a quelques végétations sur ses bords, l'argile et les grandes herbes se montrent de nouveau, le sable a disparu. Nous campons le soir sur les bords de la rivière, et le lendemain malin, quelques minutes après avoir repris notre route, traversant les grandes herbes, nous sommes tout à coup environnés par un fort parti de guerriers bara. Notre caravane s'arrête; je m'attends à une attaque et je prends mes dispositions en conséquence. Malgré l'attitude belliqueuse des guerriers qui nous environnent, mes hommes, à ma grande surprise, ne manifestent aucune crainte. Cependant les Bara, qui s'étaient peu à peu rapprochés de nos bagages, s'arrêtent tout à coup. Celui qui parait être leur chef, un grand diable drapé dans un lamba rouge et portant tout un arsenal, leur fait sans doute un discours éloquent, car ses gestes sont expressifs. Il désigne successivement de la main Maislre et moi, puis il montre le sud, et semble indiquer que nous allons bien loin. Les paroles n'arrivent pas jusqu'à nous, mais nous percevons cependanl un bruit confus de voix humaines, lorsque les guerriers bara soulignent quelque passage important du discours de leur chef (c'est probablement le marina izayl marina izay! des Antimerina). Des deux côtés on s'observait curieusement. Comme celte situation pouvait durer 1res longtemps, comme d'autre pari je ne voulais à aucun prix commencer les hostilités, j'ordonnai à nos hommes de se remettre en route; Maislre cl moi, prêts à tout événement, nous protégions l'arrièregarde. Les Bara nous suivirent toute la journée; vers le soir, ils disparurent derrière un pli de terrain.

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