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LiU LALANANA.
En somme, ce n'était qu'une simple alerte. Les Bara indépendants axaient voulu pousser une reconnaissance et j'étais fermement convaincu «pie devant notre attitude ils se tiendraient pour satisfaits. Mais pendant la marche j'eus bien soin de manifester quelques inquiétudes en présence de mes porteurs, et je les rassemblai même pour leur dire que la position était critique, et qu'il ne fallait sous aucun prétexte s'écarter de notre route. Mes paroles furent très bien prises, et c'était un heureux résultat : ce que je leur faisais voir comme une attaque de Bara nous fermait la roule de retour vers le nord. Dès lors mes porteurs me suivirent aveuglément.
Pendant l'étape d'aujourd'hui, nous nous sommes dirigés vers un pie remarquable, le mont Ambohitrakoholahy. Cette montagne termine vers l'Ouest le petit chaînon de monticules qui se trouve à noter gauche, depuis que nous avons quitté la vallée de- Lalanana. Dans les grandes herbes où nous avons rencontré ce malin les guerriers bara, se trouvaient en assez grand nombre des sangliers gros et petits. Je puis heureusement en tuer un. Ce bel échantillon du sanglier de Madagascar est reçu avec un vif sentiment de satisfaction par nos cuisiniers, qui, depuis le départ d'ihosy, étaient embarrassés pour la confection de nos repas. L'animal que j'ai tué pèse plus de 100 kilogrammes; c'est une liés belle bête, de couleur fauve avec une raie grise sur le dos. Sur la tête il porte deux petites excroissances de chair, ressemblant à des cornes minuscules; sa mâchoire inférieure est armée de grosses défenses.
Le jeudi 12 juin, à notre sortie du petit bouquet de bois où nous venons de passer la nuit, et lorsque le soleil a dissipé la brume du matin, nous apercevons dans l'ouest, à 5 ou G kilomètres, lo village bara de Mandrehenana, puis, par 970 mètres d'altitude, nous traversons un marécage avec beaucoup de difficultés, dans une contrée basse relativement au plateau environnant. Deux ou trois heures après avoir été retardée quelque peu par un vol important de sauterelles, la caravane entrait dans le village de Betroky; l'Horombe était traversé.
Le village de Betroky est une agglomération absolument identique à celles que nous rencontrerons les jours suivants, jusqu'aux pays des Antanosy émigrés. C'est le type du village bara. Dans cette tribu, tout village est bâti en terrain plat, à proximité d'un grand ruisseau ou d'une petite rivière. Nous avons
vu précédemment qu'à Madagascar, en particulier sur le plateau central, un village se compose essentiellement d'un nombre plus ou moins considérable de cases, entourées à l'ordinaire d'une enceinte de haies de cactus. Chez les Bara, on trouve Lien la même disposition générale, mais avec des modifications importantes. Ainsi Betroky, qui compte une cinquantaine de cases, semble très grand. Cela tient à ce que les cases sont disposées par groupes de o ou G unités. Chaque groupe comporte pour lui seul une
DAR.V DE BETHOKY
enceinte spéciale, haie de cactus, large, fournie et épaisse. En somme le village bara ne semble pas être une seule agglomération de cases; il est plutôt la juxtaposition d'un certain nombre de petits hameaux. Celle disposition, très utile pour la défense des villages bara — elle nécessite en effet, non pas l'effraction d'une seule haie, mais bien le passage de plusieurs enceintes successives — est liés désagréable pour nous; il faut, pour rentrer chez soi, se faire ouvrir un grand nombre de portes, et ce n'est pas toujours chose facile de retrouver son chemin dans ces labyrinthes épineux. Chacune de ces enceintes comprend ses portes, ses cases, son parc à bœufs. Le plus souvent elles ne communiquent pas entre elles. Ce sont aulant de petits villages juxtaposés et formant un tout qui porte le nom général '. Ce tout est toujours susceptible d'agrandissement par un nouvel enclos de cactus qui vient s'appuyer contre le précédent.
Betroky est assez propre ; dans son ensemble il compte 150 à 200 habitants. L'enclos où nous sommes esl vaste; il contient, en plus de ses six cases, de ses deux parcs à bœufs spéciaux, et de son petit
1. Chacune do ces petites enceintes a un nom particulier qui malheureusement peut être, suivant les circonstances, donné au voyageur au lieu et place du nom général du village.
réduit pour piler le riz, un assez large espace découvert où nous pouvons faire à l'aise nos cinquante pas, chose rare dans un village malgache. Si j'ai pris Betroky comme type d'un village bara, je puis prendre la maison où nous sommes logés, comme le type général des cases de cette tribu.
Lue maison bara possède, sur le plan horizontal, la forme d'un carré parfait, de3m. 10 à 4 mètres de côté, l'arête du toit étant orientée nord et sud. la façade principale du côté ouest. Là charpente générale se compose de deux grands poteaux nommés handry plantés verticalement au milien des deux côtés nord el sud. ces deux forts pieux supportant le madrier longitudinal <pii forme le faîtage el que l'on appelle vovonana.
Aux angles du carré son) quatre autres pieux verticaux, les zorontrano, reliés à leur extrémité supérieure par des traverses latérales, les sokona. Sur la partie supérieure de cette charpente rudimen taire, on pose parallèlement des chevrons, landro-
Ir/niu, qui Supportent eux-mêmes des
traverses longitunales, en bararata;
ces traverses, nommées varivary,
supportent le chaume (chez les Bara
ou les feuilles de lataniers (dans
l'Ouest); l'ensemble du loi! se nomme
tafo, la couverture en herbes sèches, teny. Les cloisons sont formées par des claies debararata, enduites
le plus souvent d'une couche de bouse de vache el d'argile plastique, ce revêtement est très utile pour
protéger les habitants du logis du froid et de l'air vil' de la nuit. La porte es! ménagée le plus souvent
sur la face ouest cl du côté nord, cl la fenêtre sur la face -d du côté Est. La porte, wravarana, est
faite d'une seulepièce de bois, elle mesure 1 m. 25 :< 0 m. il x 0 m. 03 maison de Betroky . Celle porte s'ouvre en dedans, un cadre forme un recouvrement en dehors. Au milieu de la porte, un trou laisse passer une queue de bœuf, elle sert à tirer la porte lorsqu'on sort de la maison. Une cheville plantée dans l'encadrement en bas et en dehors assure la fermeture. Comme gonds, on a ménagé à la porte deux ergots, l'un en haut, l'autre en bas. qui pénètrent dans des trous correspondants de l'encadrement.
L'ameublement d'une case est des plus simples. Le lit, kibany, occupe la plus grande place. Le foyer, fata, carre de 70 centimètres, est une masse argileuse au centre de laquelle sont élevées trois pierres hautes de 20 centimètres; les loko, le foyer est toujours au nord. Les indigènes disent, leurs prières dans l'angle sud-ouest, de la case. Les ody sont pendus après la cloison est, dans le coin sud-est est construite une petite étagère nommée taky, elle porte divers ustensiles. Près du foyer, une grande
I (1EFS DE BEI ROKY.
cruche, simjbe, repose sur un support en pierres nommé torasiny. L'ouverture de la cruche est cachée sous une petite corbeille de jonc.
Nous avons vu que chez les Anlimerina et chez les Betsileo les portes des cases avaient des seuils très élevés; chez les Bara, ces seuils ont disparu. Nous les verrons de nouveau plus au sud, lorsque nous entrerons dans le pays des Antanosy émigrés.
Les Bara de Betroky et de la contrée environnante s'appellent plus particulièrement Antaivondro ; ces indigènes, qui appartiennent à la grande tribu de Bara, sont venus de l'Est, du sudd'Ivohibe. C'est, il y a environ 12 ans, à la suite d'une guerre heureuse avec une autre tribu bara. que les Antaivondro se sont étendus jusqu'à Betroky.
Nous séjournons dans le village le samedi 11 juin et nous passons un bon moment à l'aire des visites aux rois du pays, qui sont décidément très nombreux. En effet, Betroky n'a pas un chef unique; chaque petit enclos, chaque division dont est formé le village a un roi, des ministres, des personnages importants, qu'il nous faut voir et combler de cadeaux. Le roi de notre quartier nous procure un guide, Andrianèvo, qui doit nous conduire demain au prochain village. Comme chez les Sakalava, je retrouve ici beaucoup de l'ady plus ennuyeux les uns que les autres. 11 faut me cacher pour préparer la peau du sanglier que j'ai tué hier Comme nous ne sommes plus en pays anlimerina, le sanglier est mis en interdit au même titre que le porc. Enlin, il y a partout des accommodements avec les croyances. Grâce à quelques petits miroirs, des aiguilles, un lot de perles, on me laisse relativement libre, mais ma réputation en souffre : à ma grande satisfaction, on s'éloigne de moi pendant que je me livre à cette opération sacrilège. Maistre, que n'absorbent pas ces soins de collections zoologiques, cl qui s'occupe adresser notre itinéraire, est en bulle à la curiosité indiscrète des hommes et des femmes du village. On lui fait toutes sortes de petites misères: son encrier est renversé deux ou trois fois sur sa planchette, des indigènes s'épilent avec ses compas, une femme a pris ses tire-lignes pour s'en servir d'épingles à chignon; un gros roi d'un quartier voisin est tout joyeux parce qu'il a saisi les jumelles de mon compagnon, et que, regardant par l'objectif, il nous a tous vus dans des proportions minuscules. Maistre est très importuné et, pour le délivrer des curieux, je suis obligé d'aller porter ma peau de sanglier à ses côtés. Aussitôt tout le monde se relire et fait place nette.
Le dimanche 13 juin, nous quittons Betroky sous la conduite du guide que le mpanjaka de l'enclos où nous avons logé hier soir veut bien nous donner, et une lionne étape nous conduit au village bara
d'Ivahona.
Toute la journée nous avons marché dans la brousse, et nous avons passé près de deux villages, Amba-
lalany et Analalisaka.
UN SANGLIER DE L HOROMBt .
5AK0A h ET NIDS DE fERMITES DAKS LA BROUSSE.