H. P. Abinal, Vingt ans à Madagascar
qui signifie être deux. Qu'est-ce que ces deux, ou ce surplus de deux? Les avis sont partagés. En voici néanmoins la curieuse explication :
« Tout objet, tout corps a une ombre, mais on trouve auprès de l'ombre quelque chose de moins obscur qu'elle : c'est la pénombre.
« El qui donc la produit, cette pénombre, si ce n'est l'âme? « Pour les partisans de miroa, l'âme, c'est la pénombre.
« Les partisans d'ambiroa admettent aussi l'ombre et la pénombre; mais il y aencore, ajoutent-ils, celte légère nuance indécise et presque imperceptible de l'ombre, qui côtoie la pénombre : voilà l'âme.
<■ Cette dernière opinion est la plus générale, je dirai presque, l'universelle croyance du pays, et celle qui est reçue comme la plus certaine.
<, A la sortie du corps, l'âme s'appelle encore ambiroa; mais en outre elle prend le nom spécial de maloatoa. Ma, préfixe du mot ton. comme la répétition de ion, indique le diminutif. « Le tout peut se traduire par : un semblant de l'individu.
., L'âme se désigne encore par le nom d'avelo. Le préfixe a marque un acte ou une tension vers la chose signifiée par le mot principal; vélo, obscur, noir, indécis. A-velo, vaguement obscur, fantôme de l'être. Nous dirions : une ombre de l'être.
« Chez les peuples de l'Imerina, lame d'un malfaiteur mort prend le nom d'angaiïa. « Dans les provinces, ce mot signifie lutin, mauvais génie. Les âmes des sorciers s'appellent /olo; elles reviennent assaillir les vivants pour les faire souffrir.
« Les angalra sont des êtres maigres comme des squelettes, avec de longues dents, une longue chevelure et de longues griffes. Une seule bouffée de leur haleine empestée peut donner la mort à distance.
« Le Mo, très opiniâtre, s'acharne sur la partie du corps qu'il attaque; les poitrinaires surtout meurent victimes de sa rage.
« L'âme, n'étant point le principe vital, peut s'envoler sans que la mort de l'homme en résulte immédiatement. L'opinion la plus générale est que l'âme se retire du corps de l'homme un an avant la fin de sa vie. Pour certains, c'est onze mois environ; pour d'autres, c'est treize lunes.
« L'âme ne s'envole point de son plein gré. Quelle est celle qui se dégoûte du séjour des vivants, au point de lui préférer celui des ombres? Certes, ce n'est point l'âme du Malgache. Elle redoute ces froides demeures, et ne cherche à s'y rendre que le plus tard possible.
« Mais un être malfaisant par nature, un être dont le destin est de haïr, par-dessus tout, son semblable, le sorcier, puisqu'il faut le nommer par son nom, possède l'art infernal de ravir l'âme à la demeure paisible du corps, et de la jeter sur la roule du néant. De là vient que les Malgaches ne croient pas à la mort naturelle. Personne ne finit naturellement chez eux. Un vieillard meurt-il plus qu'octogénaire, on n'attribuera sa mort ni à l'âge ni à la maladie, mais à la malice d'un sorcier.
« Quand un sorcier a choisi sa victime, il passe près d'elle inconnu, inoffensif en apparence; il met le pied sur son ombre ou la pénombre! Voilà l'âme saisie! 11 l'emporte captive sous la plante de son pied; son art accomplira le reste.
« L'âme est si légère, que celui qui en est privé ne s'aperçoit pas d'abord du vol commis à son préjudice; mais bientôt il maigrit, il perd ses forces; à peine s'il peut se traîner.
« Comme vous avez changé, lui dit-on! Mais vous avez perdu votre âme! — Hélas, répond la vie-
c lime du sorcier, cela doit être puisque vous le remarquez. D'ailleursje me débilite à vue d'œil, je ne me <. reconnais plus moi-même. »
« Là-dessus, le pauvre homme inspecte ses trois ombres; il n'en voit (pie deux, d'où il conclul qu il n a plus d'âme. Elle est déjà loin; comment faire pour la rejoindre?
(. 11 est un premier moyen pour ressaisir lame : la famille éplorée tienl conseil, el décide de consulter le mpsikidy (diseur de sorts). On va donc le trouver et on expose l'affaire. En homme expert, le mpsikidy se recueille d'abord profondément, puis, relevant la tète : ci J'ai parcouru le labyrinthe du cas dont VOUS ». m'avez saisi; j'en ai mesuré toute la gravité. Consentez-vous à en subir les suites, ou voulez-vous que
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«j'opère? » A ces mois, le patient qui ne peut plus se sentir de crainte dans l'Ame, puisqu'il n'a plus d'âme, s'écrie avec ardeur : « Faites, monseigneur, faites; si votre art peut encore quelque chose, opérez de « suite ». En même temps, il porte la main à la ceinture et en tire la pièce d'argent d'usage, nerf de l'art divinatoire chez tous les peuples.
« La pièce reçue, le mpsikidy paraîl plein d'espoir. 11 aligne ses jetons, prononce des formules cabalistiques, des mois bizarres, le tout à l'effet de découvrir la piste de l'âme fugitive.
« Bientôt il annonce gravement qu'il la tient; elle est là-bas, errant sur telle montagne, il faut partir à sa poursuite.
« Le malade, sa famille et le devin s'acheminent donc vers la montagne désignée, emportant une corbeille à couvercle, destinée à rapporter sûrement l'âme au logis, après sa capture.
« On arrive, mais le travail est encore assez long.
<• Avant de tendre le piège où la fugitive doit se prendre, il faut, dil le mpsikidy, épier ses allées et venues, reconnaître les endroits qu'elle fréquente de préférence.
« On fait donc promener le malade ni chaise ;'i porteurs, à la fraîcheur du malin ou du soleil couchant. Si le devin connaîl son métier, il prescrit pendant ce temps force bouillons de poulets avec légumes frais. Le l'usé' compère amuse en même temps son malade par des contes joyeux el toutes sortes de distractions. Au bout de quelques jours, quand les couleurs revenues indiquent un retour de santé, notre homme annonce de son côté qu'il a fini par découvrir le lieu hanté par l'âme vagabonde : il va la prendre.
« A cette fin, dans l'endroit si péniblement découverl il dépose quelques rayons de miel, sur une feuille de bananier propremenl installée à terre, cl tout à côté, il place la corbeille avec le couvercle relevé, puis il lance vivement aux quatre vents du ciel une kyrielle de mois hideux, dont (oui Malgache garde soigneusement sa langue; chaque vilain mol esl un coup porté aux marnais génies qui pourraient mettre obstacle à l'arrivée de l'âme.
ci Voici le momenl décisif, Le sorcier se tait. Tout le monde se lait aussi, recueilli, palpitant, el attend, la bouche béante, les yeux fixés sur le miel.
- L'âme fugitive, que le devin seul peul voir, arrive entin à son pas ordinaire ; elle flaire et puis déguste le suc embaumé, doux lïuil du travail des abeilles.
« Tandis qu'oubliant toute autre chose, elle s'en donne à cœur joie, la corbeille que dirige l'habile main du chasseur l'enveloppe doucement.... cl la voilà prise. Encore tout enivrée du nectar, elle se laisse l'aire sans résistance ; on l'emporte en toute hâte.
« Les parents prennent les devants cl vont toul préparer pour une réception joyeuse.
« L'heureux chasseur, le malade el son âme en corbeille, arrivent ensuite el se présentent à la porte de la maison, où l'on seul déjà les apprêts d'un festin : « Soyez les bienvenus, leur crient de l'intérieur, des « voix pleines d'allégresse; entrez, nous sommes ravis de votre retour ».
« On entre, on s'assied sur la natte neuve déployée à la place d'honneur. Puis enfin, sur la demande générale, on ouvre la corbeille, et chacun peul y constater de ses yeux que l'âme n'y est pas, preuve manifeste que duranl le trajet, ennuyée d'être dans la corbeille, elle a préféré rentrer dans sa demeure. On s'en réjouit par une fête de famille, cl le devin est congédié, chargé de présents : il a réussi.
« Quelquefois le mpsikidy esl sensé se tromper de montagne; son client ne va pas mieux; lame ne se retrouve pas. Il n'en fera pas moins faire la cérémonie du retour avant que la vie abandonne tout à faille malade. Il s'agit, en effet, pour lui, de ne pas perdre le fruit de ses peines, et de ne pas renoncer aux cadeaux d'usage, en pareille circonstance.
« Telle est la première méthode pour retrouver el ramener les âmes perdues. Elle fut employée jadis avec succès, en faveur de la reine Ranavolana Ir", par un mpsikidy bien connu encore àTananarive sous le nom de maloâ. Ayant donné la chasse à l'âme royale, il eut l'adresse de la ramener et de la retenir dans le corps de la souveraine jusqu'à une vieillesse avancée. Si on l'avait cru, il aurait également retrouvé celle de Rasoherina ; mais, contrairement à ses prescriptions, on s'obstina à ne pas aller la chercher sur
les montagnes. On la chercha seulement dans la plaine où elle n'était pas, et la reine s'en alla rejoindre ses aïeux.
« La seconde méthode est plus expéditive que la première. En voici du reste le procédé Tort simple :
« Sitôt que par l'inspection des ombres il est constaté que lame a disparu, on s'adresse à l'un des habiles dans l'art de la ramener. Celui-ci, dès la veille du jour où il doit opérer, fait servir du riz cuit à l'angle de la case, dit l'angle de la prière ou L'angle des ancêtres. L'âme qui, naturellement, va rejoindre ses aïeux, ne peut manquer de se rendre à cet angle. Elle voit le riz servi, s'en approche el en mange l'urne : car, comment supposer qu'une àme malgache puisse résister à l'appât d'un plat de riz? Le lendemain, on lui en apporte une seconde l'ois; elle y revient et en mange en toute sécurité. Or, vers la fin de son invisible repas, l'opérateur se lève; il lient d'une main une gourde vide percée par le haut; de l'autre, une feuille verte. Il si l'Ile d'abord tout doucement, ensuite un peu plus fort; bientôt il siffle dans toutes les directions, présente sa gourde aux quatre points cardinaux, regarde au dedans et siffle encore, tout en présentant sa gourde aux points intermédiaires. Il tourne en sifflant, et manœuvre sa gourde en tournant, tantôt l'élevant, tantôt 1 abaissant; puis il tend l'oreille à l'ouverture de l'instrument.
« Si, au son, il juge n'avoir rien saisi du côté du plafond, rien capturé vers le sol, il change de diapason ; son sifflement devient strident el accéléré; son geste s'en ressent et ses mouvements se précipitent. Parfois il réussit assez promptement à saisir la fugitive ; le plus souvent elle est rebelle et exige, avant de se rendre, de pénibles elïorts, une longue lutte. Alors le chasseur se dépouille de son lamba, s'en ceint fortement les reins et commence une course grotesque à la poursuite de l'âme. Il se démène, court de l'angle du sud à l'angle du nord, revient au sud, passe à l'ouest, bondit à l'est, et cela vingt, l'ois en une minute; il siffle cependant sans interruption, saute, se courbe, se relève; on dirait cinq hommes éperdus, jouant aux quatre coins dans la maison. La gourde rapide passe partout, effleure tout, suivie du chasseur et de son sifflet strident.
« La pauvre âme, déjà affaiblie par le dédoublement, n'y tiendra pas longtemps; la voilà haletante, épuisée. Elle cherche, dans sa fuite, un trou pour se blottir; elle ne voit que celui de la gourde impitoyable. Elle s'y précipite, pensant n'être ni vue, ni entendue de son persécuteur. Hélas 1 celui-ci a saisi le frôlement de son aile; il s'arrête et tend l'oreille.
« Un bourdonnement, imperceptible à tout autre, lui décèle la présence de la fugitive. Plus rapide que l'éclair, sa main applique aussitôt la feuille verte sur l'orifice de la gourde : « Je la tiens! » s'écrie-t-il.
« Et il reprend haleine avant de terminer l'opération, car il n'en peut plus de fatigue; et si l'âme ne s'était pas rendue, il allait tomber lui-même de lassitude et d'épuisement. Ne faut-il pas d'ailleurs laisser à sa prisonnière quelques minutes de réflexion?
« Pauvre àme! Elle réfléchit en effet, dans le fond de celte gourde. Humiliée donc profondément de se voir réduite à un si étroit espace, à une si petite demeure, elle prend la résolution de passer chez n'importe quel individu que ce soit, dès qu'un rayon de lumière lui en fournira l'occasion.
« Cependant on lui prépare son logement.
« Son premier possesseur, enveloppé d'une longue toile blanche, s'approche et s'accroupit auprès du chasseur d'âmes. Celui-ci passe la gourde, et l'âme qu'elle renferme, sous la toile blanche, ferme toute issue et retire la feuille, que le souffle de l'âme a desséchée.
« La captive, de s'envoler à l'instant et d'entrer dans le corps qu'elle rencontre sous mêmes voiles qu'elle. C'est ainsi que le malade retrouve son ancienne compagne, et par suite sa santé première.
« Quant à l'heureux chasseur, il reçoit pour prix de ses sueurs la somme de 5 francs ou de 1 fr. 50 centimes environ, selon les conditions de fortune de celui dont il a ramené l'âme.
« Quelquefois, le mpsikidy se contente d'exposer dans un endroit favorable, la gourde, largement ouverte, et de faire couler, au fond de la gourde, un peu de miel. Mais, avec celle méthode, l'attente est longue parfois; on préfère généralement donner l'assaut à l'âme el la prendre à la course, comme nous venons de le voir.
« Dans les maladies graves, on simule aussi quelquefois, avec des liges de papyrus, un bosquel dressé
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à l'angle de la ease, appelé l'angle des ancêtres. On allèche alors l'âme avec du miel et du riz, et l'on dépose, à côté, un bassin plein d'eau, où elle vase désaltérer et se mirer. Le malade s'y mire aussi. S'il y voit son ame et que celle-ci se montre disposée à rentrer au logis, la maladie n'aura pas une terminaison funeste; mais si elle s'obstine à voltiger de branche en branche, et refuse de revenir, le malade connaît, par là même, le sort qui l'attend. Il ne lui reste qu'à faire son testament et à prendre ses dernières dispositions.
« Quand tout est réglé, il se fait porter hors de la case et on l'expose aux rayons du soleil, afin qu'il en jouisse à son aise une dernière fois. Il rentre ensuite pour mourir. »
Du sortir du village, nous longeons, pendant quelques instants, des lacs et des étangs, qui environnent complètement Ivahona, excepté du côté de l'Est; puis, nous passons près de deux hameaux bara, Betanimena et Mandisoa. Vers dix heures, nous traversons un ruisseau, le Sokoarohy, qui donne son nom à un village situé non loin d'ici. Tous ces ruisseaux se rendent à un cours d'eau qui prend sa source dans le sud. C'est le Mangoky. Il y a quelques années, le Mangokv était dénommé Onilahy, nom qu'il porte encore dans la partie liasse de son cours. En remontant ce cours d'eau, nous trouverons sa source sur notre route, cl qous aurons découvert un fait géographique des plus importants. Jusqu'ici on supposait en effet que l'Onilahv ou rivière de Sainl-Auguslin prenait sa source par le travers d'Ihosy, sur le versant occidental de la chaîne d'Isalo; que le fleuve descendait ensuite directement vers le sud, puis, vers le 23° 30' de latitude, s'infléchissanl brusquement, coulait droit vers l'ouest et enfin se jetait dans la baie de Saint-Augustin.
Celle vallée du Mangokv est 1res peuplée. Il y a partout de nombreux villages. Et cependant, sur les cartes existantes, cette contrée esl marquée pays désert. A mesure que nous remontons la vallée de ['Onilahy, le cours de ce fleuve el celui de ses affluents, nombreux petits ruisseaux qu'il nous faut traverser à chaque instant, deviennent de plus en plus lents. Leurs rives disparaissent sous d'épais fourrés de bararata.
Cela va continuer ainsi les jours suivants jusqu'à ce que nous trouvions la source avant, d'arriver à Tamotamo. Dans celle région montagneuse, le Mangoky et les ruisseaux ses affluents deviennent torrentueux. Nous franchissons une petite chaîne de collines nommée [androtsy, qui limite, dans l'Est, la vallée de l'Onilahv OU Mangoky. Nous nous arrêtons, vers cinq heures, au village d'Iaborano. Ce village
est disposé une les précédents; niais on remarque au nord-est, compris dans la haie de cactus, une
sorte de blockhaus élevé sur pilotis.
Iaborano compte environ cinquante cases. Ce village esl situé au milieu d'une plaine assez belle, dans la vallée du Mangoky, qui coule à 200 ou 300 mètres de là, dans l'ouest.
Le mardi 17 juin, nous traversons un cours d'eau nommé Irina. Celle rivière, qui vient de l'Est et qui passe à quelques centaines de mètres dans le sud du village que nous venons de quitter, va grossir l'Onilahy à 1 kilomètre d'ici. Nous traversons ensuite les villages d'Imiarina et d'Andriamdapy. Pendant toute celle étape nous avons remonté les rives de l'Onilahv, qui est ici un grand ruisseau. Sa vallée se resserre de plus en plus, elle compte à peine (1 kilomètres de large. De chaque côté de celle vallée s'élèvent d'assez hautes montagnes; en face de nous surgit un pic remarquable, le Tanienomby. Avec les contreforts qui la prolongent dans l'Est et dans l'Ouest, celle montagne limite au sud la valléede l'Onilahy; c'est sur son liane méridional que L'Onilahy ou Mangoky prend sa source.
Nous sommes encore ici dans le bassin du canal de Mozambique, mais demain, lorsque nous aurons franchi le mont Tanienomby, nous rentrerons de nouveau sur le versant de la merdes Indes. Nous serons alors dans le bassin du Man.lrare, grand fleuve qui se jette dans le sud, à G0 kilomètres environ à l'ouest de Fort-Dauphin. Le soir, nous arrivons à Tanimalaza, dernier village bara que nous devons trouver sur notre roule.
Le mont Tanienomby est considéré par les Bara Antaivondro, que nous venons de traverser, comme la limite de leur territoire vers le sud. Au delà, c'est dans le pays des Antanosy émigrés que nous allons entrer. Plus au sud encore, nous traverserons une nouvelle tribu bara, celle des Manambia. Poursuivant
LES SOURCES DE L'ONILAHY OU MANGOKY.
notre chemin, nous rentrerons chez les Antanosy, celle fois pour ne pins les quitter jusqu'à la mer. Quelques heures avant Tanimalaza, nous avons eu à traverser un passage vraiment fort difficile. C'était dans un bas-fond, au milieu d'un marais où l'on voyait une sorte de prairie naturelle, dans laquelle serpentait la route. Mais, en s'engageant sur ce tapis de verdure, on s'apercevait que le sol cédait sous les pas. Puis les pieds enfoncèrent peu à peu; la position devint grave. Quelques hommes, restés en arrière, purent jeter à l'avant-garde des paquets de fascines, grâce auxquels leurs compagnons réussirent à sortir de ce marais dangereux.
On observe très souvent, à Madagascar, ces sortes de fondrières qui peuvent se trouver non seulement sur les bords des lacs et des étangs de quelque importance, et dans les marécages qui sont situés au fond des profondes vallées, mais encore sur les plus hauts plateaux, entre deux replis de terrain.
Ces fondrières se forment toujours de la môme façon. Pendant l'hivernage, les eaux des pluies, qui viennent s'accumuler dans tous les fonds, ne peuvent être absorbées par un sol complètement imperméable, elles forment donc des masses d'eau stagnantes plus ou moins importantes. Par suite de 1 humidité qui se développe sur les bords de ces petits étangs, cl grâce au climat chaud, une végétation exubérante se développe bientôt. Des plantes aquatiques croissent en grand nombre, leurs feuillages s'entrecroisent, formant à la surlace du lagon un véritable feutrage. Dans la suite des temps, ce feutrage augmente d'épaisseur et de solidité; les vents amoncellent, sur sa surface, des feuilles mortes, des débris organiques qui forment une couche d'humus éminemment favorable à une végétation d'herbe et de roseaux. En quelques années, la couche d'eau est recouverte de ce tapis épais, qui peut même, dans certains endroits, supporter le poids de l'homme, mais dans d'autres, ce sol factice peut s'cnl r'ouvrir et engloutir
LES ANTANOSY ÉMIGRÉS, LES MANAMBIA, LES ANTANDROY
CASES liAUA MANAMBIA, A rAMOTAMO
l'imprudent qui s'esl aventuré à sa surface. Dans les marches à travers la grande île africaine, je ne saurais trop recommander de se méfier de tous ces lagons recouverts de relie couche de feutrage, d'herbe el de joncs. D'ailleurs un esl toujours prévenu du danger, parce que, 'lès les premiers instants, le sol
cède sous les |ias.
Le mercredi IS juin, nous suivons de 1res près la rive droite <lu Mangoky, et vers deux heures de l'après-midi nous sommes aux sources du Meuve. A cinq heures, après avoir passé au col de Tsiombivosilra, par 1 250 mètres d'altitude, nous descendons dans le bassin du Mandrare el nous sommes bientôt à Tamotamo.
C'est un grand village <|ui compte environ quatre-vingts cases; son plan général est d'ailleurs le même que celui des villages que nous venons de traverser. Mais, par sa population, il mérite une mention spéciale; ce qui frappe tout d'abord, c'esl la diversité des types que l'on rencontre. 11 existe certainement une majorité d'Antanosy, mais, à côté de ces derniers, habitent beaucoup de Bara Antaivondro et Manambia. Je remarque même quelques Betsileo, et, chose plus bizarre encore, je vois dans le village de nombreuses familles aulimerina, que je ne m'attendais certes pas à rencontrer dans ces parages. Ces indigènes me racontent leur histoire; elle esl presque toujours la même : ce sont des esclaves qui ont quitté la maison d'un maître trop exigeant ou trop brûlai; or, comme dans les tribus insoumises l'esclavage n'existe pour ainsi dire pas, elles ont trouvé, dans ces contrées, la tranquillité el le repos. Une autre fraction de cette population, qui esl descendue des hauts plateaux, est moins intéressante et moins nombreuse; ce sont des -eus qui oui quelques peccadilles à faire oublier, de vulgaires criminels, et surtout des réfractaires au recrutement ou aux corvées du gouvernement aulimerina. Parmi les renseignements que l'on me donne, il en esl un que nous ne pouvons contrôler complètement, mais que nous avons
reconnu parfaitement exact dans la contrée traversée avant et après Tamolamo : je veux parler de la densité de la population. D'une manière générale, presque tous les auteurs qui ont écrit sur Madagascar ont pensé et affirmé que la population de l'île était formée en très grande majorité par les Antimerina, auxquels s'ajoutaient un certain nombre de Belsilco, les autres tribus n'existant qu'en quantités insignifiantes. Il n'en csl rien. Je crois pouvoir affirmer, par les calculs minutieux auxquels nous nous sommes livrés, que la population totale de Madagascar dépasse 7 millions d'habitants, et je suis persuadé que
INDIGÈNES BARA MANAMIUA, A TAMOTAMO. [GRAVURE in: BERG, d'aPRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.)
les Antimerina et les Betsileo ne' forment pas le cinquième de ce chiffre total. Les peuplades insoumises ou tributaires des Antimerina représentent à elles seules les quatre cinquièmes des habitants de Madagascar. Sans aucun doute, les environs de Tananarive sont occupés par une population très dense; nous verrons cependanl plus lard qu'un territoire presque inconnu, la contrée des Antaisaka, est plus peuplé encore; mais presque tous les Européens qui vont à Madagascar débarquent à Tamatave, et vont passer quelques jours à Tananarive : ils ne voient donc que les Antimerina, et s'empressent, lorsqu'ils sont rentrés en France, de parler exclusivement de la population qu'ils ont vue. Les tribus indépendantes, celles du sud en particulier, sont laissées complètement dans l'oubli, el on ne les mentionne que pour dire qu'elles comptent 1res peu d'individus, et que dans un temps liés court elles seront absorbées par les Antimerina. ('.'est complètement faux.
Le mont Tsiombivosilra, dans une gorge duquel nous venons de passer pour atteindre Tamotamo, est un point des pins importants pour la géographie de ces régions. 11 se trouve en effet à l'endroit précis où les eaux se partagent el se rendent dans trois bassins différents. Les eaux vont grossir : à l'Est, le Mananara;à l'Ouest, l'Onilahv ; au Sud, le Mandrare. La rivière que nous passerons à une demi-heure
LES ANTANOSY ÉMIGRÉS, LES MANAMBIA, LES ANTANDROY. 333
d'ici, dans l'oucsl de Tamotamo, pour nous rendre à Tsivory, est le Tamotamo. Celle qui se trouve près du village (Tamolamo) se nomme Ianakaomby. Elles se rejoignent à un jour d'ici au sud-est; nous passcions d'ailleurs près de ce confluent. Après cette jonction, la rivière, ainsi grossie, conserve le nom de Tamotamo. Elle se jette ensuite dans le Vorokasy; ce cours d'eau naît dans le nord et se jette dans le Sahanony, affluent principal du Mandrare, qui arrose une grande contrée nommée Manambo. La source du Mandrare esl à Ifanantera, montagne située dans le sud, à deux jours de marche de Tamotamo. Outre le Sahanony, le Mandrare reçoit un autre grand affluent, qui prend sa source également près de Tamotamo, au mont Pisopiso, à deux jours d'ici dans le sud-est. On voit donc que le système hydrographique des environs de Tamotamo est très compliqué. Mais ce n'est pas tout, car à trois jours de marche au sud prend naissance un autre bassin, celui du Manambo vo, qui se jette au sud, un peu à l'est du village de Tsil'anihv. non loin du cap Sainte-Marie, dans la baie Caramboules. Le Manambovo prend sa source à deux jours de marche au sud de Tsivory, aux monts Ihoka et Vohipary ; il se dirige ensuite droit au sud. Le Mandrare est un grand fleuve, qui a de l'eau en toute saison, contrairement à ce qu'indiquent les cartes existantes; le Manambovo, un peu moins considérable, n'est également jamais à sec. Ce cours d'eau, peu connu, arrose d'abord les grandes plaines antandroy, puis il passe au sud-ouest chez les Mahafaly, et plus à l'ouest encore chez les Masikora. Aux sources de ce fleuve, et quelque temps en suivant son cours, c'esl la zone des brousses, où l'on remarque de beaux satrana. Puis, plus loin, c'est une contrée où ne poussent que des cactus raheta.
Comme je le disais précédemment, ces plaines de Tamotamo sont très populeuses; il y a beaucoup de villages sur chaque hauteur: des cases en assez grand nombre et sur chaque monticule. Les deux plus belles agglomérations de ce pays sont Tamotamo, où nous venons d'arriver, et Tsivory, autre gros village à 10 kilomètres dans l'ouest. 11 est à remarquer que ce n'esl qu'à Tamotamo et à Tsivory que l'on rencontre des Antimerina. Nous sommes bien installés à Tamotamo, chez la mère du roi. Vonanara est une bonne vieille, à la physionomie réjouie, coiffée d'un énorme bonnet de jonc. Elle met sa case à noire disposition. Son 61s, Zoromanana, roi du pays, esl absent : il esl parti guerroyer dans l'Est. En attendant son retour, qui, nous dit-on, ne peut tarder, nous irons demain à Tsivory, passer les quelques jours qui vont précéder son arrivée.
Tsivory esl un village plus considérable encore que Tamotamo; c'est aussi la résidence habituelle d'un roi lanosy. nommé Rainiloiijv. très influent dans le pays.
En sortanl de Tamotamo, qui esl à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, nous traversons la rivière du même nom. Puis nous cheminons à travers une belle plaine, presque entièrement convertie en rizières. Nous n'en avions pas vu depuis notre dépari d'Ambohimandroso, dans le Sud-Belsileo.
Nous sommes encore assaillis, au sortir de celle plaine, en traversant «le petites collines, par un vol épais de sauterelles.
Enfin nous arrivons à Tsivory. Ce chemin, que nous avons parcouru de Tamotamo à Tsivory, suit sensiblemenl une ligne droite dirigée vers l'ouest. On traverse un chaînon qui sépare incomplètement les deux plaines. 11 y a en effel vers le sud une trouée par où le ruisseau de Tsivory va se jeter dans la rivière de Tamolamo. Dans ce chaînon, le chemin esl difficile et rocailleux, et je le trouve deux ou trois fois coupé par des chaussées basaltiques.
A Tamotamo, pas plus qu'à Tsivory où nous venons d'arriver, la population ne se montre hostile. Les indigènes sonl plutôt importuns; toutes nos actions sont surveillées, ce qui n'est pas sans nous gêner beaucoup dans certaines circonstances. Les Bara Manambia ou Antaivondro sont plus craintifs et plus sauvages que les autres; les Antanosy émigrés sont plus dociles et semblent infiniment plus intelligents. Les Antimerina el les Betsileo réfugiés dansées villages sont, en revanche, insupportables. Eux, qui ont sans doute vu des blancs dans leur pays d'origine, nous assaillent constamment de leurs demandes; pour la plus petite chose dont nous avons besoin, ils exigent un prix exorbitant, et, comme nous nous adressons de préférence aux Antanosy, pour lesquels, je ne sais pourquoi, j'éprouve déjà un commencement de sympathie, ils essayent toujours de se mettre en travers de nos marchés, ou, tout au moins,
de s'entremettre pour loucher quelque argent. Tandis que les indigènes insoumis s'occupent surtout de la culture de leurs champs, les réfugiés antimerina ont pris tout le commerce de la région; quelques-uns d'entre eux, qui ont fait, semble-t-il, de brillantes affaires, ont, parles quelques piastres qu'ils ont gagnées, su prendre une réelle influence dans le pays.
Au point de vue commercial, celte région, très populeuse cependant, est bien mal partagée; nous verrons qu'il en est de même dans tout le sud de l'île, où je suis persuadé pourtant qu'il y a de brillantes affaires à réaliser. Les commerçants antimerina de Tsivory et de Tamotamo vendent principalement : de la poudre, des aimes, des toiles cl des cotonnades. Ils dirigent des convois sur Mantaora, village visité, en 1807, par M. A. Grandidier. De ce point, ils envoient à Tulear leurs pirogues chargées de caoutchouc, de peaux de bœufs, aux commerçants européens, établis sur l'île de Nosy-Ve, clans la baie de Saint-Augustin. Ces pirogues reviennent ensuite à Mantaora, en remontant le cours de l'Onilahy, chargées des produits qu'ils ont achetés; mais, je le répèle, ces produits, enlevés très rapidement par les indigènes de celle région populeuse, sont complètement insuffisants à satisfaire les demandes. Pour ces convois de marchandises, les négociants antimerina emploient, sur la roule de terre, de Tsivory à Mantaora, desAnlanosv émigrés; de Mantaora à Tulear, les pirogues son! montées par des Masikora, nommés Vezo dans le pays. Mantaora est à deux jours et demi de marche, à l'ouest de Tsivory. A Tamotamo, à Tsivory, et dans plusieurs villages voisins, des Antanosy émigrés me montrent des approvisionnements de boules de caoutchouc, qu'ils oui recueilli dans la brousse; ils ne peuvent s'en défaire, même à vil prix, auprès des commerçants antimerina. Ce caoutchouc du Sud est peut-être moins bon que celui du Menabe; les indigènes manquent d'acide pour le coaguler proprement, mais, cependant, ils en ramassent beaucoup, et dans quelques années, peut-être plus tôt, le sud de Madagascar fournira une grande quantité de ce précieux suc. La plante qui le fournit est un arbuste peu élevé; les racines ou le tronc, près de sa naissance, sont les parties de la plante que l'on doit inciser pour avoir une recolle abondante. Les indigènes recueillent le liquide obtenu dans des calebasses, puis le coagulent en le malaxant soil avec une solution aqueuse de sel marin, soit avec du jus de citron. Ces arbustes à caoutchouc sont très communs dans toute la vallée supérieure de l'Onilahy; nous en trouverons beaucoup plus au Sud encore, dans le pays des Bara Manambia.
Le village de Tsivory est, comme celui de Tamotamo, enserré dans une enceinte de cactus, mais il n'y a plus de ces divisions intérieures, si fréquentes dans les villages bara que nous avons traversés ces jours derniers. La population, comme à Tamotamo, présente beaucoup de variétés dans les types individuels. Les Antimerina sont en plus grand nombre encore, et, grâce à la force numérique qu'ils possèdent à Tsivory, ils ont nommé pour chef un Betsileo esclave qui s'était enfui de chez son maître antimerinaaprès avoir subi une grave mutilation.
Rainitavy, c'est son nom, nous reçoit fort bien, après s'être assuré cependant que dans nos porteurs il n'y a pas d'Antimerina; il les déteste, car, dit-il, « ils m'ont volé ma qualité d'homme ».
Tandis qu'à Tamotamo les Bara Manambia étaient en majorité, ayant à côté d'eux des Antanosy émigrés, des Bara Antaivondro, des Antimerina et des Betsileo, ici, à Tsivory, ce sont les Antanosy émigrés qui prédominent. On trouve bien à côté d'eux quelques Bara Antaivondro, mais ils sont peu nombreux; il y a aussi beaucoup d'Antimerina et de Betsileo. Au milieu de tous ces représentants de tribus différentes, je rémarque un certain nombre d'individus représentant une peuplade que je ne m'attendais guère à trouver dans ces parages. Ce sont des Tanala. De même qu'il y a dans ces régions des Antanosy émigrés, qui ont quitté leur pays d'origine pour fuir la tyrannie des Antimerina, de même on y rencontre des Tanala émigrés qui oui quitté leurs forêts de l'Est, poussés par le même mobile.
Je parlerai dans le chapitre suivant des Antanosy émigrés; l'importance de cette tribu, le vaste territoire qu'elle occupe, ses caractères ethniques, méritent une mention particulière. Quant aux Tanala émigrés, leur importance est beaucoup moins grande. D'après tous les renseignements que je prends, cette population de Tanala ne dépasserait pas ici quelques milliers d'individus. Cependant ce l'ail, assez important, ces exodes successifs, ces populations qui préfèrent quitter leurs pays plutôt que de subir la
LES ANTANOSY ÉMIGRÉS, LES MANAMBIA, LES ANTANDROY. 355
tyrannie antimerina, toutes ces choses montrent que, malgré l'appui intéressé ou aveugle que prêtent aux Antimerina certaines nations européennes, ceux-ci n'ont pas encore fini de conquérir Madagascar.
Nous restons trois jours à Tsivory. Nous sommes ici dans une contrée habitée par des Antanosy émigrés. Ce qualificatif d'émigrés leur vient du fait qu'ils ont quitté le pays d'Anosy, pour se soustraire à la dominaiton des Antimerina. Il est assez difficile de donner le récit exact de cette migration, qui s'est faite de l'Est vers 1 '< >uest. Les documents font complètement défaut. Quant aux légendes des indigènes, toujours fantaisistes, elles sont souvent contradictoires.
Quoi qu'il en soif, les Antanosy qui, pendant près de deux siècles, avaient vécu dans les environs de Fort-Dauphin à l'ombre de notre drapeau, et qui, pendant ce grand nombre d'années, restaient le plus souvent fort paisibles sur leurs vastes territoires du sud-est, le quittèrent en foule, lorsque, après notre abandon de Fort-Dauphin, les Antimerina vinrent s'établir dans les lieux si longtemps occupés par nos
troupes.
Vers 1845, les Antanosy, affaiblis, comme toutes les tribus indépendantes, par les rivalités de leurs trop nombreux chefs, firent alliance avec un grand roi des Bara Manambia, qui les appela près de lui. Beaucoup d'Anlanosv sont donc venus à celte époque se lixerau sud de l'Horombe, dans les environs de Tamotamo et de Tsivory. Depuis, leur puissance s'e<l accrue ; ils vivent en bonne intelligence avec leurs voisins; le territoire qu'ils occupent est peu large dans le sens nord cl sud. mais très long dans le sens est el ouest . Ils ne pouvaient s'étendre en eflel au nord et au midi, enclavés qu'ils étaient entre les Antaivondro el les Bara Manambia. A l'est, ils se heurtaient à de hautes montagnes, qui soutiennent un grand plateau désert allant jusqu'à la zone forestière. A l'ouest, au contraire, la vallée de l'Onilahy s'ouvrait devant eux avec ses plaines fertiles. Les Antanosj se sont donc peu à peu avancés dans celle direction jusqu'à quelques kilomèl res de l'embouchure du fleuve. Les Antanosy émigrés vivent en 1res bonne intelligence avec le^ différentes tribus bara, donl ils ont adopté peu à peu presque toutes les coutumes. Au point de vue ethnique, l'Antanosy diffère sensiblement du Bara; sou teint est cependant plus foncé, ef sous ce rapport il se rapprocherait davantage des gens de la côte orientale. Son nez esl moins épaté, ses lèvres sont moins grosses, et, caractère tout à fait distinctif , l'Antanosj de race pure a les cheveux lisses ou légèrement ondulés. (Test la seule tribu de Madagascar qui, avec les Antimerina, présente de telles chevelures. L'Antanosy esl bien musclé, souvent de forte corpulence, il al Ici ni des lai lies élevées. Au point de vue des qualités intellectuelles, il se montre, pour peu qu'on le fréquente, bien supérieur à Ions ses voisins.
Je ne saurais mieux le comparer qu'à l' Antimerina, avec cette restriction que s'il est plus superstitieux et s'il possède plus de fm/ij. en revanche il n'a pas tous les \ices qui' l'habitant de l'Ankova présente à un si haut degré.
Ils sonl doue bien supérieurs à l'Anlimerina el plus intéressants, ces boni n les du Sud- Est, dont une partie a été si longtemps sous notre domination, cl que nous avons abandonnés si légèrement. CASE ET GRENIER A RIZ CHEZ LES ANTANOSY ÉMIGRÉS.
En dehors des coutumes générales que l'on trouve partout à Madagascar et qu'il est inutile de décrire de nouveau, les Antanosy présentent à l'observateur des usages spéciaux que j'aurai soin de montrer à l'occasion et au fur et à mesure que nous cheminerons dans leur pays. D'ores et déjà je dois dire qu'ils sont surtout intéressants à observer dans les territoires du Sud-Est, c'est-à-dire dans le pays d'origine de ces peuplades. Les Antanosy émigrés ont bien conservé, jusqu'à un certain point, les coutumes de leurs pères, mais elles ne se dégagent pas évidentes, au milieu d'une foule de pratiques bara ou mahafaly que les Antanosy émigrés ont adoptées. Pendant noire séjour à Tsivory, je vais rendre visite au roi des Antanosy émigrés ; Rainitonjy habite à 2 kilomètres d'ici; il est aveugle et très âgé. Mon commandeur Rainizanaka m'a fortement engagé à faire cette démarche, car il prétend que Rainitonjy, malgré son grand âge et son infirmité, a beaucoup d'autorité, non seulement sur ses sujets de Tsivory, mais encore sur les autres Antanosy, que nous devons rencontrer dans le Sud en allant à Fort-Dauphin. Je me rends d'autant plus volontiers aux excellentes raisons que me donne Rainizanaka, que je suis très désireux de voir le vieux monarque antanosy et son entourage.
Un après-midi, accompagné de Rainizanaka et de quelques-uns de nos hommes, suivi d'une nombreuse troupe d'habitants de Tsivory, je me rends à la résidence du vieux Rainitonjy. Nous arrivons vite au village. Une case, un peu plus grande peut-être que les autres, se trouve devant nous : c'est le palais. Sur la façade nord est ménagée une petite ouverture. Je distingue dans l'ombre un vieillard accroupi : c'est Rainitonjy. Devant la case royale s'étend un large espace. J'en occupe le centre. Rangés en cercle, à gauche, sont des guerriers armés ; à droite, des femmes et des enfants. Mes hommes se groupent à mes côtés. Des Antanosy armés de sagaies exécutent des danses guerrières, pendant que, probablement pour soutenir leur ardeur, les femmes et les enfants psalmodient des chants sur un rythme plaintif. Ces divertissements et ces jeux madécasses sont, toujours les mêmes : on s'en fatigue vite.
Cependant les sièges manquent sur ce champ de manœuvres. Au risque de ne pas suivre l'étiquette, j'envoie deux de mes hommes me chercher un mortier à riz, sur lequel je puis m'asseoir. Quelques Antanosy ont bien manifesté un certain étonnement de voir l'étranger prendre un siège en présence de leur souverain, mais, comme tout Malgache, ils n'ont rien dit devant le fait acquis, et je reste assis, le plus paisiblement du monde, plus heureux en cela que le Résident Général de France qui, chez les Antimerina, a dû user de tant de diplomatie pour obtenir un modeste tabouret au fandroana de Tananarive. Je profite d'un moment de répit que me laissent les danseurs et les chanteurs pour présenter au vieux Rainitonjy mes cadeaux de bienvenue. J'ai sorti ce que j'avais de mieux : une boîte à musique, qui répandra probablement pour la première fois les airs de la Mascotte sur les rives de l'Onilahy, puis quelques mètres de cotonnade, des perles, de la poudre et quelques aiguilles. Un vieillard, qui se tient près de Rainitonjy, me remercie. C'est sans doute un ministre, puisque chacun des souverains de Madagascar en a au moins une demi-douzaine. Cet homme respectable m'a parlé en antanosy. J'ai fort bien compris, mais je ne saisis pas un mot du discours que m'adresse un de ses collègues. Il emploie le créole de la Réunion, je le perçois vaguement, mais je ne puis saisir et comprendre un traître mot de cette langue nègre et malgache, où quelques mots français, fort mal prononcés, sont disséminés çà et là. Enfin la cérémonie est terminée, et je puis retourner à Tsivory, convaincu que Rainitonjy ne mettra pas d'obstacles à mes projets de marche vers le Sud.
Le monarque antanosy fait bien les choses ; les airs de la Mascotte ont été agréables à son oreille puisque, ce soir, je reçois de sa part un petit troupeau de bœufs. Ce cadeau royal n'est pas sans me gêner quelque peu; je n'ose le refuser, et je suis très embarrassé pour le loger. Je suis en quête d'un expédient quelconque, car je ne puis raisonnablement songer à faire entrer les bœufs dans ma case, lorsqu'un messager royal, à mine renfrognée, vient me les reprendre de la part de Rainitonjy. Ce procédé me laisse rêveur. Tout s'explique néanmoins, lorsque mes porteurs viennent se ranger autour de moi, en m'assurant que nous allons être attaqués par les Antanosy émigrés; ils m'expliquent que ce revirement soudain de Rainitonjy a été causé par une grave insulte de ma part. Parmi les cadeaux que je lui ai faits, se trouvaient des aiguilles; il y en avait sept : ce chiffre sept est fady à Madagascar, et
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PEMME l'F. KOROMANANA : FACE f:t PROP1L.
porte malheur en toutes circonstances. Je suis donc un sorcier qui veut du mal à Rainitonjy. Il me faut, pour me disculper de cette accusation, retourner près du vieillard et lui expliquer que je n'avais même pas compté les aiguilles avant de les donner ; c'était tout simplement un oubli de ma part, une simple ignorance des coutumes du pays. Il nie faut causer longtemps, dire beaucoup de choses, et surtout faire pas mal de cadeaux, pour obtenir qu'il ne soit plus question de ces malheureuses aiguilles. Vers deux heures du matin, j'obtiens gain de cause, mais ce n'est pas sans peine. Je
dois abandonner à Rainitonjy une partie de nos effets de couchage. Celle privation me parut pénible dans la suite, el je regrettai longtemps de n'avoir pas donné une aiguille de plus ou moins au roi des Antanosy émigrés.
Harassé de fatigue, je quille Rainitonjy et je rentre dans ma maison de Tsivory. A quelque chose malheur est bon : je suis débarrassé de mon troupeau de bœufs.
Le 24 juin, nous revenons à Taniolamo. ( Jette fois, Maisl re esl chargé d'aller voir le grand chef. Ce roi esl un Manambia; il habite, non loin d'ici, un petit village qui porte aussi le nom de Tamotanio. La visite de Maistre fui absolument réglée comme l'avail été la mienne lors de mon voyage à Tsivory. Je dois dire, à la louange des l'ara Manambia, que leur accueil fui beaucoup plus bienveillant tpie ne l'avait élé celui des Antanôsy. Maislre, après avoir remis nos cadeaux à Zoromanana, prit congé du monarque manambia, cl les guerriers de la tribu le reconduisirent en armes jusqu'à noire village, tirant des coups de fusil en son honneur.
Pendant ce temps je travaillais à Tamotamo. Je sors vivement en entendant cette fusillade. Je suis rassuré lorsque le collège triomphal de mon ami se présente aux portes «lu village. Maislre a 1res bon air au milieu de Ions ces guerriers manambia; il esl précédé par une longue fde de femmes, portant chacune sur la tête une petite sobika de riz blanc qui nous esl destinée. C'est un cadeau de Zoromanana. Ce n'est pas loul : deux bœufs arrivent ensuite, cl des guides, pour nous conduire dans le Sud, ce qui nous fait encore un plus grand plaisir.
J'avais hâte de repartir; je Craignais toujours quelque incident. Il est à remarquer, en effet, que le voyageur qui traverse un pays sauvage, ne doit jamais s'attarder trop longtemps dans le même endroit- Celte remarque que j'ai faite depuis longtemps dans mes différentes explorations est absolument juste. Lorsqu'on séjourne dans un village, les habitants, que la venue du voyageur avait quelque peu surpris, se familiarisenl bientôt avec l'étranger; la crainte de l'homme blanc, que l'on trouve plus ou moins vive dans toutes les tribus sauvages, diminue peu à peu, en même temps que l'audace des indigènes s'accroît d'autant. Les naturels interrogent les porteurs; ces grands enfants, toujours prêts à répondre par des mensonges maladroits, ne savenl pas dissimuler les choses les plus simples.
Involontairement, pour faire voir qu'ils suivent un maître généreux et qui sait bien reconnaître leurs services, l'orgueil les pousse à exagérer les richesses du voyageur qu'ils accompagnent. En peu de jours,
la crainte respectueuse donl est environné l'homme blanc diminue graduellement, en même temps que s'allument les convoitises el que prennent naissance les audaces. En somme, je conseillerai donc au voyageur de ne séjourner dans les contrées sauvages qu'il traverse, que le temps strictement indispensable à la mission donl il s'esl chargé. Un jour perdu est une faute, et une faute peut conduire souvenl à un échec.
C'est ainsi que Rainitonjy et les autres chefs devenaient tous les jours plus exigeants; il aurait fallu payer tribut; plutôt que d'accéder à ces conditions par trop déraisonnables, je préférais abréger noire séjour et donner le signal du départ, le 21 juin.
Ce n'es! pas sans quelque difficulté «pie nous reprenons la roule du Sud; uns hommes, effrayés par les kabary des jours précédents, hésitent à nous suivre dans la direction de Fort-Dauphin. Ils craignent les Antandroy, le manque de vivres, la privation d'eau, les fatigues du chemin, qui, disait-on, était très mauvais et presque impraticable. A les entendre, il faut marcher sur Tulear, par la vallée de l'Onilahy, qui offre uni' roule moins périlleuse. La distance est la même; ils trouveraient toujours de l'eau, ne seraient pas astreints au régime des baies de cactus, el enfin ils ne rencontreraient pas d'Antandroy.
Ces lionnes raisons ne pouvaient me convaincre; moitié par force, moitié par persuasion, j'obligeai les porteurs à reprendre encore une fois la route du Sud; je voulais aller jusqu'au bout. D'ailleurs j'avais quelque confiance, d'après le rapport de Maistre, en Zoromanana, roi manambia de Tamotano, lequel, beaucoup moins susceptible que son voisin de Tsivory, nous faisait liés bon accueil. Jusqu'à présent, à Madagascar, nous avions trouvé les ody faits d'une corne de bœuf remplie de terre pétrie avec du miel el des huiles végétales, le toùl renfermant de menus objets qui jouissent d'une propriété magique.
('.liez les Manambia, ainsi que plus au Sud, chez les Antandroy et les Antanosy, les ody ' représentent d'ordinaire un ou plusieurs personnages grossièrement sculptés, hommes ou femmes selon la destination spéciale du précieux talisman.
Souvent leur aspect n'offre rien de caractéristique, et une longue explication est absolument nécessaire pour connaître leur vertu. D'autres fois, au contraire, l'artiste a représenté très naïvement des attributs qui ne peuvent laisser aucun don h1 sur les a spiral ions de l'heureux possesseur de l'ody.
C'est ainsi que l'homme qui désire posséder de nombreux troupeaux portera, fixée an bras, une plaque de bois sur laquelle sont Ggurés plusieurs zébus ou bœufs à bosse de Madagascar. Il est difficile de se procurer ces porte-bonheur; leurs propriétaires y tiennent beaucoup et consentent rarement à s'en dessaisir; ils les gardent continuellement sur eux. Un indigène bien posé en possède environ dix à douze ; chaque fétiche doit répondre à un besoin de la vie.
Le ody le plus répandu est celui qui donne le pouvoir de tirer juste, d'atteindre son ennemi à de grandes distances et de se proléger en même temps des balles de l'adversaire.
J'avais remarqué un de ces fétiches, qui présentait un grand intérêt ethnographique, et je désirais vivement l'acheter. Malgré des offres séduisantes, le propriétaire, un sieur Rainimamona, fut intraitable et refusa catégoriquement toutes mes propositions.
Dans la soirée pourtant, il vint nous voir el nous fît entendre qu'il voulait, non pas vendre son talisman pour des perles ou de la toile, mais l'échanger contre un ody d'origine étrangère.
Je cachai ma surprise el lui demandai des explications.
« Toi, étranger, dit-il, tu as de bons fusils; cela ne m'étonne pas, car lu possèdes un ody qui vient de
1. Dans tous les dialectes du Suit do Madagascar, la consonne D, employée par les Anlimerina, prend le son de L. C'est ainsi une les ody des Antanosy ont toujours été nommés par De Flacourt oly. La tribu des Mahafaly devient pour un Anthnerina, la tribu des Mahafady; il ne faut donc pas voir dans la signification du mot malgache qui désigne cette tribu, une folle gaieté, mais bien une idée de choses défendues : Mafia, qui rend faly, joyeux ; malui, qui rend fudij, défendu. Il me faudrait entrer dans de trop longs développements pour exposer, même d'une manière très sommaire, le mécanisme fondamental de la linguistique malgache, .le me contenterai, d'ores et déjà, de faire observer que beaucoup de voyageurs, de missionnaires, de cartographes, qui se sont occupés de l'île malgache, ont été induits en erreur, parce que, jusqu'à présent, ils ont voulu, envers et contre toutes les règles de la logique et de l'usage, ne considérera Madagascar que la seule tribu des Anlimerina. On a vu que leur dialecte, leurs appellations, font, le plus souvent, l'étonnement des autres tribus, quand elles savent comment on les appelle ou comment on désigne leurs villages.
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loin cl qui esl bien supérieur aux nôtres; donne-le-moi, je te céderai le mien cl je te conduirai jusqu'à Fort-Dauphin. »
J'acceptai avec empressement, lui disanl de revenir le lendemain, car là nuil m'étail nécessaire pour préparer le génie démon talisman à me quitter. A peine Rainimamona fut-il parti que je confectionnai un fétiche à la hâte : quelques chiffons ornés de perles, enveloppanl de l'ail pilé, de l'iodoforme, de pelils cailloux de quartz, suffirent à lui donner une forme cl une odeur convenables.
Le lendemain, m m s Taisions l'échange : je lui certifiai que j'y perdais probablement, car je ne connaissais pas encore son ody; pour le mien, j'en répondais. Seulement il devail le porter continuellemenl sur sa poitrine, cl surtout ne pas faire usage de son fusilavanl un mois. Il csl superflu d'expliquer les motifs pour lesquels je lui imposais ce délai.
Conformément à l'usage malgache, qui exige que. pour qu'un talisman jouisse de toute son efficacité, il faut que son propriétaire s'impose une privation quelconque, j'ajoutai à ces conditions l'obligation de ne jamais manger de volailles.
Ayant congédié liai ni ma nu ma I rois semaines après ce marché, je ne saurais dire si son ody européen lui a donné toutes les satisfactions qu'il en entendait.
Ayant fait quelques approvisionnements à Tamotamo ', sur les instances de Rainizanaka, qui esl décidément un I une précieux et avisé, nous quittons le village le jeudi 26 juin, à midi, accompagnés de
Rainimamona.
Quelques minutes après être sortis de Tamotamo, nous passons au lia m eau d'Ambalamarina, puis nous traversons le village d'Andrianaboatsa \
Dans la brousse, où nous marchons, les sakoa sont très coi ns, et les nids de termites, les volry,
comme les appellent les indigènes, sont élevés et 1res nombreux. Par 330 mètres d'altitude, nous traversons à gué une petite rivière. C'est l'Ianakaomby, qui va non loin d'ici se jeter dans le Tj tamo;
nous suivons pendant quelque temps la rive gauche de ce coui's d'eau. Le pays devient plus boisé. Aux
arbres isolés de la brousse siiecèdenl des bouquets d'arbres. Ces pelils Lois, espacés d'abord, se rap-
prochenl peu à peu, ils couvrent complètement les l'omis de- profondes vallées et les sommets des monticules. Nous traversons le Tamotamo, qui s'en va vers le sud-est. En cet endroit ilmesure 10 mètres de large sur .">o centimètres de profondeur. Peu après, non- arrivons à Tsiesetra. ('.'esl un village manambia qui compte unesoixantaine de cases.
Ces Manambia forment une subdivision importante de la tribu des Lara. Ils offrent d'ailleurs, sous tous les rapports, unecertaine ressemblance avec leur-- voisins du Nord et de l'Est, les Bara Antaivomlro. Il est même assez difficile de reconnaître un Bara Manambia d'un Bara Antaivondro. Cependant on peu! y arriver en faisant énumérer à ces indigènes les quatre points cardinaux; le Bara Antaivondro commencera toujours par l'Est, tandis que le Manambia indiquera -es préférences pour le Nord.
En OUtre, et cela csl encore plus caraclérisl ique, loules les peuplades manambia oui un l'ady particulier
pour le Nord. C'est ainsi que si, en cours de voyage, et pressé par un besoin naturel s'écarte un peu
de la roule, il ne faut jamais l'aire l'ace au nord et se tenir debout ; sans cela on risquerait fort de mécontenter vivement les indigènes manambia, qui ne manqueraient pas de dire que cet oubli des convenances esl impardonnable, etqu'il va sûrement adirer sur toute la contrée des pluie-, des orages cl des inondations. Au contraire, il faut avoir soin de regarderdans une autre direction et de s'accroupir selon l'habitude malgache. Au point de v ue ethnographique, les Lara Manambia diffèrent des Bara Antaivondro par une teinte plus foncée de la peau et par des caractères africains plus accusés. Cela se conçoit aisément,
car si les Lara Antaivondro sonl surtout mélangés avec des Lclsilco cl des Lelsimisaraka. qui présen-
1. En effet celle précaution était nécessaire; pendant les quelques jours <il|i vont suivre, nous ne trouverons que quelques misérables villages, où il est impossible de se ravitailler.
2. La finale tsa, 1res fréquente dans les dialectes du Sud, devienl tra, en dialecte antimerina. J'ai cependant conservé, peur Ions les noms propres du Sud, le Isa, car en appliquante ces dénominations géographiques, la désinence et l'orthographe antimerina, j'en munis dénaturé quelquefois le sens, toujours la prononciation.
tent quelques traits asiatiques, les Bara Manambia sont mélangés dans une forte proportion avec les peuplades antandroy, qui, parmi toutes les tribus madécasses, sont africaines au plus haut point.
Le village de Tsiesetra est construit sur le même modèle que Betroky; notre venue a bien causé un peu d'étonnement aux habitants, mais après quelques heures ils étaient retombés dans leur apathique indifférence.
Le vendredi 27 juin, nous poursuivons notre route vers le Sud, et, presque aussitôt, la contrée présente quelques petits changements dans sa configuration générale et surtout dans sa végétation. A Madagascar, les changements sont rarement brusques lorsqu'on passe d'un territoire sur un autre; il y a toujours, sur les confins de ces contrées différentes, une sorte de zone de transition. C'est ainsi que nous avons vu maintes fois celte zone de transition s'étendre sur de larges espaces, entre les contrées complètement dénudées et les grandes forêts épaisses. Tout dernièrement, en quittant Ambohimandroso, nous avons traversé cette zone qui nous a menés, de l'Arindrano, où l'on ne voit pas un arbre, aux plaines d'Ambararata, dont les sakoa touffus et rapprochés font songer quelque peu aux campagnes normandes. Je me prépare donc, dès maintenant, à voir et à observer un pays nouveau. A mesure que nous marchons, mon étonnement grandit. J'avais songé tout d'abord à un angle rentrant de la ceinture forestière de l'île, mais j'abandonne vile celle idée. Tout d'abord les ruisseaux et les rivières deviennent rares; les petits cours d'eau, qui annoncent toujours la zone forestière, n'existent pas ; signe encore plus certain, les arbres, espacés dans la brousse, qui hier étaient réunis en bouquets, s'isolent les uns des autres; relativement à une surface donnée, leur nombre diminue beaucoup. Ce n'est donc pas la forêt que nous allons voir devant nous. Est-ce une contrée complètement dénudée? Je ne le crois pas. D'abord la population diminue; sur les troncs des arbres rabougris qui nous environnent il n'existe aucune trace d'incendie, ancienne ou récente. Enfin nous descendons sensiblement, et, ce qui serait contraire à toutes mes observations à Madagascar, nous ne trouverons pas de contrée complètement dénudée à 200 ou 300 mètres d'altitude. Or, devant nous, nous découvrons le pays, fort loin vers le sud; la brume seule limite notre horizon. 11 n'existe aucun sommet, aucun haussement du sol, qui puisse nous annoncer une chaîne de montagnes. Devant nous, c'est une immense plaine, et cependant nous allons quitter la brousse, j'en suis sûr.
Au bout de quelques heures, mon étonnement augmente encore, et ce n'est pas sans quelques • inquiétudes que j'envisage l'avenir. Les arbres, et les sakoa notamment, ont complètement disparu. 11 y a encore quelques buissons, surtout des arbustes à caoutchouc; mais la végétation, en général, a complètement changé. Nous voyons des plantes bizarres, que je n'avais jamais rencontrées ailleurs. Nous voici maintenant dans un pays nouveau pour moi à Madagascar. Nous sommes environnés de plantes épineuses , de ces végétaux nommés vulgairement, plantes grasses. Tous les genres et toutes les espèces y sont représentés. Il y a surtout les raketa (Caclas opuntia ou Cactus nopal), et beaucoup d'euphorbes. Il y a aussi de véritables petits bois formés par des végétaux qui ressemblent à des cierges, hérissés, sur toute leur surface, de pointes longues et acérées. Par terre, ce sont des boules, réunies les unes aux autres. Ces sphères épineuses ont jusqu'à 50 centimètres de diamètre; lorsqu'elles atteignent ce volume, elles sont couvertes de boules plus petites soudées sur elles. Ce sont encore des câbles épineux, bizarrement contournés : ils portent, de distance en distance, des étranglements, d'où partent de jeunes tiges, cordes plus petites, qui à leur tour donnent naissance à des rameaux minuscules. Nous sommes donc dans h- pays des épines. Tout ce que l'on peut rêver en fait de plantes grasses se trouve réuni autour de nous, et mes porteurs, nus jusqu'à la ceinture, marchent dans ces fourrés d'un nouveau genre. La situation se complique vraiment; aussi nous arrêtons-nous à midi, et campons-nous sur les bords d'un cours d'eau (pie nous venons de traverser. C'est le Yorokasy, dont la source est à une journée d'ici dans le nord-est; celle rivière va se jeter dans le sud, dans le Sahanona. Nous sommes à environ 30 kilomètres de ce confluent. Le Sahanona, à son tour, va grossir le Mandrare.
Le 28 juin, nous continuons notre chemin dans celte contrée si extraordinaire. Les cactus forment de
LES ANTANOSY ÉMIGRÉS, LES MANAMBIA, LES ANTANDROY.
M l- V> S D£S PLANTES
véritables fourrés; leurs grandes fleurs jaunes sonl du plus joli effet, sur le tapis de verdure qui s'étend loindevanl nous. La marche esl très pénible; aous allons dans des couloirs, que nos guides nous oui fail découvrir. Ces seules. au milieu des cactus, oui été frayées par les troupeaux de bœufs des indigènes. Dans l'après-midi, nous arrivons au village d'Iararaamy. Ce village esl absolument misérable. Il u\ a pas nue goutte d'eau dans les environs. Le hameau esl encore habité par des Bara Manambia, mais leur type général esl différenl de celui que nous .nous observé dans le nord. Ce fait s'explique aisément : laramamy esl la dernière agglomération manambia vers le sud. Tout près d'ici commencent les territoires habités par les Antandroy, el ces indigènes se sonl mélangés fortement avec les Manambia.
Nous recevons assez, hou accueil .les habitants d'Iararaamy. Le chef du village nous donne de nouveaux guides, que je m'empresse d'interroger sur le pays du sud.
D'après eux, immédiatemenl au sud du village où nous sommes, commencent les territoires antandroy. C'esl une vaste contrée, absolumenl plate el qui s'étend jusqu'à la mer: là elle se termine brusquement par des falaises peu élevées. Le territoire antandroy confine à l'esl au pays des Antanosy ; à l'ouest, il s'étend 1res loin jusqu'à celui des Mahafaly et des Masikora. Celle contrée, absolument plate, esl très pauvre, -n eau vive; on n'y trouve, d'espace en espace, que de l'eau croupissante, qui s'amasse dans des creux de terrain après la saison des pluies, 1res «■ourle sous ces latitudes. Le sol disparaît entièrement sous d'épais fourrés de cactus; la marche y est excessivement difficile, sinon impossible. Nos guides antandroy s,, ni 1res affirmatifs sur ce point, et, d'après eux, il me faut prendre à l'Est pour gagner Fort- Dauphin, en suivant le pays des Antanosy, ou remonter dans l'ouest, pour arriver à Tulear. Je l'avoue, ces déclarations ne sont pas sans me faire éprouver un moment de découragement. Tous nos efforts, toutes nos marches vont donc être inutiles; nous voici arrêtés dans noire itinéraire vers le sud, par une
végétation que je maudis de grand cœur. Si jusqu'à présent rien n'avait pu arrêter noire marche au midi; si les protestations de nos hommes nous étaient demeurées indifférentes ; si les coutumes superstitieuses des peuplades traversées, les kabary interminables, n'avaient pu nous faire dévier de la direction que nous avions choisie et qui devait nous mener jusqu'au cap Sainte-Marie, pour aller ensuite vers l'Est, à Andrahombe et à Fort-Dauphin, des cactus nopal allaient nous arrêter d'une manière absolue.
Voilà donc celte contrée différente ' que j'avais devinée les jours précédents. Je pensais bien devoir me trouver en présence d'un pays nouveau, mais jamais je ne me serais figuré un si vaste territoire couvert entièrement de cactus nopal. Sans aucun doute, on pourra m'objecter que, n'ayant pas poussé plus avant dans cette plaine, je ne puis affirmer l'existence des cactus sur une aussi vaste étendue. Cela est certain; quoi qu'il en soit, d'après ce que nous voyons avec de fortes jumelles, d'après ce que les Antandroy nous affirment, en parfait accord avec ce que mes porteurs ont déjà appris des Bara Manambia; enfin, d'après ce que nous avons vu dans l'étape d'aujourd'hui et d'après ce que nous constatons dans noire voisinage immédiat, il est excessivement probable que l'exislence de ce vaste territoire couvert de cactus est une
réalité.
Nous prenons donc la résolution d'obliquer vers l'Est et de suivre, jusqu'à Fort-Dauphin, les confins des territoires antandroy, en nous maintenant toujours en dehors de celle végétation épineuse. Au village d'Iaramamy, on trouve beaucoup d Antandroy de pure race; je m'empresse d'entrer en rapport
avec eux.
Celle peuplade des Antandroy doil être 1res intéressante à étudier. Malheureusement, je ne puis obtenir que des renseignements fort vagues, que je recueille à la hâte pendant la première partie de la nuit. Il résulterait de mes conversations avec les Antandroy d'Iaramamy que ces indigènes oui pour seule nourriture, sur leur territoire désolé, les baies de cactus, qu'ils on) débarrassées de leurs téguments épineux. On me dit aussi qu'ils se servent de la sève des raketa comme de boisson ordinaire. Ils recueillent aussi la rosée du malin sur les feuilles charnues de ces plantes épineuses.
Plus au sud, les Antandroy possèdent quelques troupeaux de bœufs. La fiente de ces animaux est leur seul combustible. Pour beaucoup d'usages, ils se rapprochent sensiblement des Bara Manambia, mais ils sont encore plus superstitieux, ce que je n'aurais jamais cru possible. En somme, celle tribu des Antandroy est, sous tous les rapports, la dernière de Madagascar; ces indigènes semblent même consliluer, dans la grande île, une peuplade exceptionnelle; ils sont superstitieux au plus haut point, ont une religion africaine faite de croyances bizarres aux fétiches et aux amulettes. Leurs traits sont africains; leurs cheveux, 1res crépus, sonl portés en broussailles; leur nez est plus large (pie long; leur peau est du
plus beau noir.
Nous n'avons pas trouvé de vivres dans ce misérable village d'Iaramamy. Aussi avons-nous hà le de
le quitter et de rentrer en territoire lanosy.
Le 29 juin, nous partons, dans l'Est du village; je suis heureux de constater que les cactus diminuent peu à peu; ce sont d'abord des espaces où l'argile rougeàtre se montre à nu. Les grandes herbes poussent quelquefois.
Le pays, absolument plat vers le sud, se relève peu à peu vers l'est; nous franchissons quelques ondulations2. Plus loin, ce sont de petits monticules; plus loin encore, des mamelons, des collines. Le fond de ces accidents de terrain, les thalwegs de ces vallées, deviennent humides. Bientôt quelques filets d'eau se montrent : aussilùf la végétation arborescente réapparaît; nous laissons les épines loin
1. D'ailleurs l'existence do celle vaste plaine du sud, couverte de cactus nopal et habitée par les peuplades antandroy, est connue vaguement dans les pays du sud, que nous venons de. traverser.
2. D'après les renseignements que j'ai obtenus de mes guides indigènes, l'immense plaine couverte de cactus qui consigne le remarquable pays des Antandroy, s'étend vers le sud, sans aucune dénivellation, jusqu'à la mer. Là. elle se termine brusquement par des falaises ,1e -ravier de 200 mètres de haut, environ. Dans ce pays épineux, aucun cours d'eau aucune rivière, dont les eaux ne soient rapidement absorbées par les racines de cactus. Deux fleuves seulement parviennent jusqu'à la mer, roulant leurs eaux vers l'Océan en toute saison. Ce sont le Manambovo et le Mandrare, ce dernier étant de beaucoup le plus important.
LES ANTANOSY ÉMIGRÉS, LES MANAMBIA, LES ANTANDROY.
UN ANTANDROY : l'IinilL.
à noire droite. Vers le milieu du jour, nous sommes de nouveau en pleine brousse; le pays esl montagneux, le terrain accidenté, le sol rocailleux. A côté des sakoa, nos anciennes connaissances, se montre un végétal nouveau pour ces pays, mais que j'ai déjà vu à Majunga : c'est un arbre caractéristique de la cote ouest, le bonlona, ce baobab malgache (Adansonia digitata); j'en mesure quelques-uns de vraimenl liés gros; la pulpe farineuse de leurs gros fruits (pain de singes) esl acidulée et étanche fort bien la soif.
Apres avoir traversé l'Iatranatrana, affluent du Manambolo, et gravi une dernière moulée raide et rocailleuse, nous entrons dans le village d'Imitray.
Pendant noire étape d'aujourd'hui, nous nous sommes élevés sensiblement; laissant la grande plaine anlandroy' à noire droite, nous avons gravi d'abord une chaîne de petites collines, puis nous sommes entrés dans une contrée assez accidentée. Ce système de monticules, 1res rapprochés les uns des autres, l'orme les premiers contreforts, dans l'ouest, de la chaîne de partage des eaux, dont nous nous rapprochons 1res rapidement.
Le village d'Imitray, qui compte 3.j cases, est habité par des Antanosy mélangés avec quelques Anlandroy. Au moment OÙ nous arrivons, il ne reste que cinq OU six hommes, presque tous des vieillards; tous les autres son! partis pour guerroyer dans les environs contre une tribu d'Antandroy qui esl venue voler, à Imilray, des femmes el des bœufs. Dans la soirée, nous assistons à un spectacle intéressant : c'esl une prière ou une invocation en faveur des guerriers absents, 'l'ouïes les femmes dont les maris sont à la guerre se soûl réunies près de la maison du chef du village ; quelques-unes sont 1res jeunes, d'autres ont les cheveux blancs.
Elles portent comme vêtement une pièce d'étoffe ou une natte attachée à la ceinture, el chacune d'elles lienl à la main un long bâton, qui esl censé représenter le fusil ou les ^agaies du guerrier hien-aimé. Leur l'ronl esl couvert d'une couche de peinture blanche; «les feuilles vertes ou des plumes d'oiseaux sonl piquées dans leur chevelure; elles se groupenl autour de l'une d'entre elles, qui joue du tambour, puis, au son du tam-tam, elles se mettent à danser, toujours groupées, el, la l'ace tournée vers l'Est, elles avancent en rangs serrés dans celle direction; leurs chants soûl lents el plaintifs, mais bientôt le rythme s'accélère, el pendant qu'elles prient le Zanahary el les mauvais génies de rendre leurs époux vainqueurs, et de tuer ceux qu ils combattent, elles avancent rapidement vers l'Est, reculent pour s'avancer de nouveau en brandissanl leurs bâtons. Elles répètent le même exercice devant la case de chaque absent. Ce manège dure très longtemps, et la
UN ANTANDROY : FACE.
soirée est déjà fort avancée lorsqu'elles ont fini. Malheureusement pour notre sommeil, ce n'est pas tout. Les épouses éplorées se réunissent sur la place du village, et se mettent à pleurer par anticipation ceux qui ne reviendront pas; elles poussent des cris stridents qu'elles modulent en saccades, suivant la coutume de presque tous les peuples primitifs.
Lorsque nous partîmes, le lendemain, nous n'avions pu goûter qu'un sommeil 1res court, Le village d'Imitray est situé dans une sorte de petite plaine circulaire, entourée de hautes montagnes. Le fond de ce cirque, c'est-à-dire les environs du village, est assez bien cultivé en rizières. Après les avoir franchies, et avant de monter sur les flancs des montagnes qui environnent le cirque, nous rencontrons, près de la route, une pierre levée.
Ce mégalithe est le premier que nous voyons depuis notre départ du Betsileo. Ces monuments commémoratifs sont absolument inconnus chez les Bara Manambia, et je n'en ai pas rencontré chez les Bara Anlaivondro; cependant, il en existe, en très petit nombre, chez les Antanosy émigrés. Ici nous sommes chez les Antanosy qui n'ont jamais quitté leur pays, cl à mesure que nous avancerons vers le sud, c'està-dire que nous pénétrerons davantage dans le Tanosy, nous verrons ces monuments mégalithiques liés nombreux, plus grands, plus beaux et mieux disposés que chez les Antimerina et même chez les Betsileo. Jusqu'à présent ces derniers nous avaient cependant paru une des tribus les plus intéressantes de Madagascar, une des rares peuplades de la grande île qui par leurs monuments pouvaient débrouiller quelque peu l'histoire de ces peuples étranges. Comme le lecteur le verra dans la suite, la tribu des Antanosy, qui se révèle déjà à nous par des signes extérieurs de religiosité, est, sous beaucoup d'autres rapports encore, bien supérieure, plus sympathique, j'oserai dire, que les autres tribus de la grande île africaine, y compris, bien entendu, celle des Antimerina. Le monument que nous voyons au sortir d'Imitray se compose d'un carré construit en pierres sèches qui peut avoir 3 mètres de côté. A chacun des angles de ce carré est enfoncé verticalement un fort pieu qui supporte deux madriers, grossièrement équarris. Ces quatre madriers, réunis ainsi deux à deux par les quatre pieux verticaux sur lesquels ils sont fixés, forment un entourage, balustrade assez large, sur laquelle on a posé, à côté les uns des autres, et faisant face au dehors, des crânes de bœufs ornés de leurs cornes. Au centre de ce carré ainsi délimité se dresse une pierre levée, haute de 3 m. 80, large de 1 mètre, sur oU centimètres d'épaisseur. Ce bloc énorme est en granité rose, roche que je ne trouve pas dans les environs; il a certainement fallu un travail énorme pour élever un pareil monument. Le mégalithe sert à rappeler la mémoire d un chef célèbre d'Imitray, mort en guerroyant contre les Anlandroy.
Pendant que nous examinions ce monument, un indigène antanosy, qui nous regardait avec intérêt depuis quelque temps, se jette au cou d'un de mes porteurs. Le Betsileo Bamasy, c'est son nom, que j'ai engagé à Fianarantsoa, sur la recommandation du docteur Besson ; Bamasy, dis-je, objet de celle sympathique démonstration, reste d'abord quelque peu ahuri ; cependant il finit par reconnaître son jeune frère, qu'il croyait soldat à Fort-Dauphin, au service de Banavalomanjaka. Tout s'explique. Le frère de Bamasy, un ci-devant Betsileo, a élé pris, il y a quelques années, par les Antimerina, pour aller grossir la garnison de Fort-Dauphin. Mais mon Betsileo, qui, comme ses compatriotes, craint les Antimerina, et ne les aime pas du tout, s'est échappé du pays de Tolanara, soumis aux Antimerina, cl est venu ensuite à Iuiitray, où il vil paisible et heureux, s'étant l'ait Antanosy.
La plaine circulaire dont j'ai parlé mesure à peu près 8 kilomètres de diamètre. A côté d'Imitray sonl les villages de Simieba, Sesela et Ambatomasina. Xous commençons à gravir une chaîne de montagnes; la montée csl ardue, le sentier difficile; nous passons par un col à 1 190 mètres d'altitude, puis nous descendons très rapidement sur l'autre versant ; nous arrivons à Imanevy, au fond delà vallée, par 560 mètres d'altitude.
Celte étape a élé très rude; pendant la première partie de la roule, nous avons véritablement escaladé le liane abrupt d'une montagne, pour redescendre de l'autre côté, suivant une pente aussi raide;au village d'Imitray, que nous avons quitté ce matin, nous étions dans le bassin du Manambolo, affluent du Mandrare; maintenant nous voici descendus dans la vallée même du Mandrare. Ce fleuve coule tout
UN « BONTOHA » CHEZ LES BARA MANAMBIA. (GRAVURE DE BOCHEH, DAPRÈS L'KE PHOTOGRAPHE.)
LES ANTANOSY ÉMIGRÉS, LES MANAMBIA, LES ANTANDROY.
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près d'ici ; nous le traverserons demain matin au sortir du village. Les montagnes que nous venons de franchir formenl une chaîne nommée monts Fsira; elle esl constituée presque entièrement de roches micaschisteuses, el esl dirigée du nord-esl au sud-ouest. Devant nous s'étend une autre chaîne «le montagnes, beaucoup plus haute, et qui paraît plus longue encore que celle que nous venons de franchir ; c'est la chaîne de Maroampingaratra ou Beampingaratra. Les monts Isira au nord-ouest el les monts Beampingaratra au sud-est limitent doue celle vallée du Mandrare, au fond de laquelle nous sommes. Il faut remarquer aussi que les monts Isira séparent le bassin d'un affluent du Mandrare du fleuve principal, plus au sud, ces monts Isira se termineront brusquement, pour permettre la jonction des doux cours d'eau. Les monts Beampingaratra, au contraire, continuent la ligne de partage des eaux; sur le versant oriental, nous trouverons le Mananjara, qui va se jeter dans |a mer des Indes après avoir arrosé le pays d'Ambolo. La végétation, qui croîl autour de nous, devient déplus en plus belle: une épaisse couche d'humus noirâtre couvre le sol; les arbres sont touffus, ils se réunissent maintenant par bouquets ; je reconnais beaucoup de plantes que j'avais déjà vues en pays betsimisaraka. La population est très dense. Il y a de nombreux villages.
Le mardi 1er juillet, nous quittons Imanevy, et, bientôt après, nous traversons à gué le Mandrare, qui, en cet endroit et en cette saison, mesure 10 mètres de large sur 50 centimètres de profondeur. La vallée est, étroite, el bientôt nous nous élevons sur les lianes des monts Beampingaratra. Le sentier s'engage dans une gorge, il longe un torrent qui bouillonne en cascade à nos pieds; c'est l'Andrevoroka, affluent du Mandrare. Nous sommes dans une brousse très épaisse, el. quelques instants après, nous voici dans une forêt touffue, qui, accrochée aux lianes des Beampingaratra, en couronne les cimes. Nous marchons rapidement, mais la nuit nous surprend sous les hautes futaies; nos guides nous conduisent pour camper dans une caverne qu'ils connaissent dans les fourrés. Notre logis esl 1res pittoresque, el les feux de
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nos hommes no peuvent dissiper les ténèbres qui emplissent ces salles souterraines. Mon compagnon et moi devons, pendant une bonne partie de la nuit, donner une chasse vigoureuse aux fanihy, chauvessouris, petites et grosses, que notre venue a mises en émoi.
Le matin, nous nous remettons en marche dès la première heure. Celle forêt du pays des Antanosy est beaucoup plus jolie que toutes celles que nous avons vues précédemment à Madagascar. C'est une vraie forêt tropicale, avec sa végétation vigoureuse, ses arbres magnifiques, son enchevêtrement de lianes. Le spectacle est tout nouveau pour nous. Par instants, nous pensons être bien loin de Madagascar. Vers dix heures nous commençons à voir quelques clairières. Des longoza et des ravenala se montrent eà et là, avec des fourrés de bambous; ils nous annoncent la végétation d'une contrée maritime. Puis, ce sont des défrichements. A onze heures et demie, nous arrivons au village d'Izama. Nous sommes là dans la vallée d'Ambolo, le plus beau pays de Madagascar.
VILLAGE h IARAMAMY.