‹ Voyage à MadagascarChapitre 61 sur 91 · Octobre · texte numérisé non relu

Octobre

SI

France, sinon le joyau, du moins l'un des plus beaux bijoux de notre parure coloniale. En examinant et en observant les peuples de la grande île africaine, j'ai été amené à conclure qu'il était absolument contraire à la vérité scientifique de considérer les Antimerina comme une race absolument supérieure au reste des Malgaches. Si je proclame bien haut que c'est une erreur scientifique, c'est justement parce que cela concorde absolument avec la conclusion à laquelle je suis amené dans la troisième partie de mon travail, je veux parler de l'histoire de notre protectorat à Madagascar. Là, je conclus en disant qu'un protectorat à Madagascar est une chose absolument néfaste », absolument contraire à nos intérêts. C'est faire le jeu de l'Angleterre que s'obstiner contre toute logique, contre toute expérience, à vouloir continuer à ne considérer à Madagascar que les Antimerina. Peut-être fera-t-on une expédition, peutêtre se décidera-t-on enfin à comprendre en France que Madagascar ne doit pas être abandonnée, mais surtout, ce qu'il ne faut pas faire après celte expédition qui coûtera certainement très cher et qui sera la seconde, c'est de nous obstiner à vouloir établir à Madagascar un deuxième protectorat. Il serait vraiment regrettable, triste, j'oserai dire, de voir notre pays s'engager dans une expédition coloniale et dépenser tant de millions pour plaire à l'administration des Affaires étrangères et établir à Madagascar, au profit des Antimerina, un protectorat dispendieux où nous continuerons à voir comme par le passé un agent consulaire britannique accrédité officiellement auprès du souverain des Antimerina. Tant qu'à faire une expédition à Madagascar, tant qu'à y dépenser nos millions et à y voir mourir nos soldats, il faut au moins que ce ne soit pas en vain.

Parmi tous les avantages sérieux (?) que comporte un protectorat, un des plus beaux sans contredit est celui qui maintient à l'État protégé, les avantages ou désavantages des traités antérieurement conclus par lui avec les puissances étrangères. Ainsi, lorsque le traité de Kasar-Saïd a été signé avec la Tunisie, les accords douaniers entre le nouvel État protégé et les puissances étrangères ont été maintenus. En ce qui concerne les Anglais spécialement, ils ont les mêmes avantages que nous dans la Régence ; ils pourraient donc, toutes choses égales d'ailleurs, s'emparer très facilement de tout le haut commerce. S'ils ne l'ont pas fait, cela tient à des circonstances spéciales qui, en dehors de l'administration des Affaires étrangères, malgré elle, je devrais dire, font que dans ce pays nos nationaux sont privilégiés. Il n'en est pas de même à Madagascar et nous continuerons à voir, si l'on maintient le protectorat dans la grande île africaine, les grandes maisons de commerce anglaises, allemandes et américaines lutter victorieusement contre les nôtres avec lesquelles elles se trouveront placées, par ce traité néfaste, sur le pied d'égalité. Le résultat sera superbe; nous allons dépenser des millions, sacrifier pas mal d'hommes pour permettre aux étrangers de venir nous battre à Madagascar.

Et pourtant cette égalité des droits de douane, pour nos compatriotes comme pour les étrangers, n'est qu'un des nombreux avantages que comporte ce système colonial absurde qui a nom : protectorat.

Certainement, après l'expédition qui sera heureuse, je n'en doute pas, l'administration des Affaires étrangères agissant pro domo sua viendra nous dire qu'un protectorat seul s'impose; elle viendra, comme partout et toujours, faire le jeu de l'Angleterre, elle viendra aussi réclamer l'administration d'un pays pour y placer nombre de ses agents. Il est vrai que, depuis dix ans, elle n'a su rien faire dans ce pays, hypnotisée qu'elle est par le spectre britannique. Encore voit-on, par la plus étrange des aberrations, dans ce même ministère des Affaires étrangères, la direction des affaires politiques être chargée justement des protectorats; ce même bureau des affaires politiques, qui vient peut-être de traiter une grave question avec une grande puissance, l'Angleterre par exemple, débat quelconque dans lequel notre direction politique a cédé comme toujours, comme c'est son habitude invétérée. Eh bien! comment veuton que ce môme bureau puisse, en présence de la puissance devant laquelle il recule constamment, maintenir haut et ferme le drapeau de la France! Il en sera toujours ainsi. Il est évident que ces mêmes gens ont pour mission d'apaiser des conflits éventuels entre les peuples, d'assouplir les rapports internationaux, d'éviter en un mot toute cause, si petite qu'elle soit, qui viendrait détruire plus ou moins

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