Entretien du général avec M. Marxvin
Celle altitude a porté ses fruits dès le lendemain de la bataille; j’invoque ici le témoignage du correspondant français qui a suivi toute la campagne :
« J’ai assisté là-bas à de curieux spectacles, un entre autres, qui, sans me surprendre, m’a paru original : c’est la façon d’agir des officiers russes alors qu’il s’agit de faire de la politique avec l’ennemi. Ils n’arrivent pas au lieu choisi pour les délibérations avec un luxe qui pourrait rappeler le camp du Drap d’or; ils viennent, au contraire, avec une simplicité, et j’ajouterai avec une bonhomie incroyable. On se serre la main, on se regarde en vieux amis qui n’ont pas été fâchés de se mesurer, mais qui, la tempête étant passée, sonl tout heureux de se connaître. On fraternise, on s’entr’aide; aux femmes et aux enfants on offre des vêtements; aux hommes on offre des cigarettes et du thé, et le général en chef lui-même, les mains dans les poches, le visage souriant, ayant à ses côtés son interprète, échange avec les anciens de bonnes paroles qui, loin de rouvrir la blessure, la pansent et font que d’ennemis on devient immédiatement amis.
« Ce sonl mille prévenances à la manière bon enfant, et cela sans chercher malice, parce que, en effet, c’est le fond du caractère russe que cette bonhomie, que ce manque complet de représentation. El ces braves Tekkés, braves entre les braves, — enlendez-moi bien, — sonl tout de suite disposés à subir le joug, ce joug ne paraissant pas être bien lourd. »