‹ Voyage à MervChapitre 11 sur 46 · septembre · texte numérisé non relu

septembre

Askhabad. — Douchak et la future ligne de l’Inde. — L’oasis de l’Atek; la rivière Tedchen. — L’oasis de Merv et le Mourgab. — Arrivée à Merv. — Aspect de la nouvelle ville. — Visite aux autorités russes : le général Annenkofl' et le colonel Alikhanolî. — Dîner dans le train. — Les oasis de la Turkménie méridionale. — Le bazar de Merv. — Type et caractère des habitants; mœurs et coutumes.

On ne s’arrête qu’un quart d'heure à la station de Ghéok- Tépé, mais il vous sera facile de descendre du train, d’attendre le suivant et de visiter en détail la citadelle et ses environs. Il circule par semaine deux trains de voyageurs dans chaque sens entre Merv et la mer Caspienne ; en oulre, vous pouvez tous les jours prendre place dans un train de marchandises transformé en train mixte pour la commodité des touristes 1 .

Continuons donc notre voyage. Après Ghéok-Tépé, l’oasis d’Akhal-Tekké devient très verdoyante des deux côtés de la ligne, à droite surtout, au pied des montagnes où l’eau ne

1. L'exploitation du Transcaspien forme aujourd’hui un service distinct de la construction; elle est confiée au général LSasof.

manque pas. La eliaine persane se creuse en forme de cirque et présente un panorama superbe.

Midi 43. Station de Besmein. Le pays ne cesse pas d’être bien cultivé. Des. arbres en assez grand nombre. A gauche se dessinent des dunes de sable formant une ligne de collines. A droite, l’horizon est toujours fermé parles montagnes escarpées de la Perse. Nombreux troupeaux de vaches et des multitudes de bourriquols. Les ânes ont la ressource d'exterminer les chardons; mais les vaches semblent faire triste figure dans les pâturages brûlés par le soleil. N’en ai-je pas vu déjà, de ces malheureuses, au bord de la Caspienne, se précipiter avidement sur des débris de pastèques jetés par la portière d’un wagon? Bonnes laitières de Normandie, que feriez-vous ici? Du reste, les indigènes ne boivent que le lait de chamelle.

Nous arrivons à une heure trente au chef-lieu de la Transcaspienne, Askhabad. Enlace, sur la gauche de la ligue, un fort lurcoman; à côté de la ville nouvelle, peuplée d’environ 8000 âmes, y compris 4000 soldats de garnison, un camp î-usse de création récente. Plusieurs rideaux d’arbres, blancs de poussière, cachent les habitations européennes, en pierres — il y a cinq ans on ne voyait ici que des huttes en terre glaise — , les quartiers persans, le bazar, le lazaret, les casernes, les magasins d’approvisionnements, l'hôtel du général Komaroff, chef du gouvernement transcaspien. Le général fait une tournée d’inspection sur la frontière; nous le verrons au retour, et la capitale avec lui.

En quittant la gare, qui est de première classe et possède de nombreux bâtiments, magasins de dépôt, réservoirs d’alimentation, etc., le chemin de fer passe entre les ruines de deux forteresses turcomanes et plusieurs villages ou ronds de tentes, véritables douars arabes.

Un tumulus élevé se remarque sur la droite; et l’on aperçoit de tous côtés un grand nombre de petites tours en argile, hautes de 3 à 4 mètres. Que signifient ces tours, qui

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peuvent abriter une demi-douzaine d’hommes au plus et ne possèdent qu’une étroite porte très basse, où l'on ne passe que le dos courbé en deux? Ces fortins servaient d’abri aux Turcomans de l’Akbal-Tekké, contre les incursions des cavaliers merviens ; ils servaient aussi de postes d’observation pour les guetteurs chargés de signaler l’arrivée des pillards. Aussitôt l’alarme donnée, les cultivateurs laissaient leurs champs, les bergers, leurs troupeaux, pour chercher un refuge dans les tours les plus voisines.

Entre tribus de même race, on guerroyait fréquemment, on se razziait sans trêve ni merci. Quand vinrent les Russes, en 1880, 6000 soldats de Merv prirent part à la défense de Gbéok-Tépé. Quelques jours avant l’assaut, ils firent défection et retournèrent dans leur oasis. Chez les peuples sauvages, les rivalités des chefs priment tout, même le sentiment patriotique)

Vingt minutes après avoir quitté Askhabad, la végétation luxuriante, les arbres, les jardins, cessent tout à coup; on traverse deux langues de sable dont la largeur atteint 13 kilomètres. La terre ne cesse pas d’être cultivée au pied des montagnes de Perse, qui s’éloignent tout en devenant plus élevées. Beaucoup de tentes, beaucoup de chameaux.

De grandes ruines apparaissent sur la droite, à lï2 verstes d’Askhabad ; ce sont celles d’une Irès ancienne cité (Anna ou), et elles comptent parmi les plus belles de la contrée. Faites en terre argileuse, elles mesurent une longueur de plus d’un kilomètre et demi ; l’œil y distingue une citadelle aux remparts élevés, avec une tour centrale et des portiques ornés de briques émaillées qui semblent avoir appartenu à une mosquée persane.

C’est toujours dans les sables que se rencontrent les inégalités de terrain; ici, en particulier, le train passe sur un remblai d’environ 5 mètres de hauteur maxima et d’un kilomètre de longueur. Les dunes sont tapissées d’une herbe jaune, courte et clairsemée; elle parait avoir été brûlée;

mais, nous dit-on, le soleil est l’incendiaire. Les touffes de saxaoul se font maigres et rares. Quant aux habitations, aux tentes indigènes, aux troupeaux, ils disparaissent tout à fait .

Les dunes mamelonnées font bientôt place au désert d’alluvions, où le chemin de fer déroule ses deux fils de rails en lignes droites d'une longueur prodigieuse. C’est un spectacle assez nouveau que de voir ces alignements parfaitement tracés se perdre à l’horizon; il y en a qui dépassent 30 kilomètres. Ici se termine l’oasis de l’Akhal, qui forme, le long du Kopet-Dagh, une bande de 217 verstes de longueur, de 6 à 15 verstes de largeur. Tout ce pays a fait partie du royaume des Parthes et subi les révolutions que mentionne l’histoire asiatique.

A quatre heures, on arrive à la station de Ghéours ou Ghiaours (versle 479), où les chaînes persanes présentent un superbe tableau . Les premières hauteurs s’abaissent pour former une large vallée verdoyante qui pénètre dans le massif montagneux et permet d’apercevoir les sommets élevés du plateau de l’Iran. Là serpente le chemin muletier qui mène d’Askhabad à l’importante ville de Mesched (30 000 habitants). Ce chemin, s’il est un jour remplacé par une voie carrossable, prendra une grande importance stratégique; il occupe l’unique coupure par laquelle une armée anglaise jiuisse descendre du plateau dans la plaine et inlercepter les communications entre Merv el la mer Caspienne. Les Russes ont dépensé depuis deux ans 150 000 roubles sur cetle route, qui ne doit être — je suppose — franchissable que pour eux seuls.

Mesched a du reste joué dans l’histoire de la Perse un rôle important depuis deux siècles, et fut bâtie sur les ruines de la grande ville de Thous , où se voyaient, d’après Yaqout, les tombeaux d’Ali, fils de Mouça-er-Ridha, et de Reschid, fils d’El-Mehdi. « Thous, dit Mo’çer ben Moehlehl, - cité par Yaqout, — est formé par la réunion de quatre

Ruines d’une mosquée près d'Askhabad.

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villes, dont deux sont grandes et les deux autres de moindre importance; elle a une étendue d’un mille carré. On y voit de beaux monuments qui datent de l'islamisme... Entre Thous et Niçabour est un château d’un aspect imposant, entouré de fortes et hautes murailles. L’intérieur est d’une construction remarquable, et on ne peut voir sans étonnement ses portiques, ses arceaux, ses salles et ses cellules nombreuses. » (Traduction Barbier de Mevnard.) A l’époque actuelle, Mesched n’a pas cessé d’être un lieu de pèlerinage très fréquenté; elle peut passer pour la rivale de La Mecque dans le monde de l’islamisme, et nous verrons plus tard que cette particularité n’a pas été négligée par les Russes, depuis la construction du Transcaspien.

Les vestiges de vie reparaissent en même temps que la verdure. A gauche de Ghéours, grandes ruines d’une forteresse turcomane, où se dressent encore six hautes tours; à droite, jolies oasis, avec les ruines d'un autre fort, un gros village et de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons.

L’alluvion se couvre d’une végétation assez fournie; il y a même quelques champs labourés.

Le chemin de fer se rapproche des montagnes, qui prennent un nouvel aspect. Les petits chaînons du premier plan ne se sont pas reformés après la vallée de Mesched et ne masquent plus la grande chaîne. Celle-ci se dresse à pic, formant une falaise infranchissable, de 4 à 500 mètres de hauteur; la ligne de crête horizontale est coupée de dentelures qui ressemblent aux créneaux d’une muraille cvclopéenne.

Cinq heures douze. Petite station d 'Akhsou (verste 490). Le désert, l’herbe jaunie el clairsemée, sont revenus. A Ghéours, il n’v a que peu d’eau, et cette eau est mauvaise, boueuse, stagnante; Akhsou ne possède pas la moindre source.

La nuit est venue, quand le train pénètre dans l’oasis de

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l'Alek, après avoir franchi les 45 verstes de sables qui séparent cette oasis de celle d’Akhal-Tekké.

La station suivante, Baba-Dourmas (verste 517), est située encore dans le désert d’alluvions et n’offre pour l’alimentation qu’une source salée très mauvaise, employée provisoirement au service des machines. Il faut aller à l’importante gare d ’Artyk (verste 535) pour trouver de l’eau en abondance et d’assez bonne qualité, quoique un peu salée. Les contours du plateau persan se sont abaissés d’un bon tiers et, depuis Baba-Dourmas, ont perdu leur aspect de muraille. De nombreux contreforts se détachent de la chaîne principale et forment des vallées perpendiculaires, où de petits torrents intarissables permettent la culture.

Je voudrais bien vous rendre la lecture de ce voyage en chemin de fer moins fastidieuse que ne fut le voyage luimême. Mais comment faire, si je m’astreins à rendre compte jour par jour de mes impressions? Et puis, quand le touriste s’est ennuyé, n’est-il pas un peu juste qu’à son tour il ennuie le lecteur?

Allons, si vous le voulez, au wagon-restaurant, avant de préparer nos couchettes. Dieu merci, nous ne sommes point parqués dans d’étroits compartiments, où les voyageurs se font bêtement vis-à-vis, sans se connaître et souvent sans s’adresser la parole, pendant des heures et des journées entières. Par exemple, le trajet bien connu de Brindisi à Paris dure cinquante-deux heures; vous arrivez à destination avec une bonne courbature et dans un état d’ahurissement difficile à décrire. Il faut avoir passé par là. Dans les trains transcaspiens, vous pouvez circuler d’un bout à l’autre, vous dégourdir les jambes, vous asseoir où bon vous semble, chercher d’agréables compagnons de route : ils ne manquent pas en Russie.

Le wagon-restaurant, attenant à un wagon-cuisine, ne renferme qu’une grande table, où vingt personnes peuvent s’asseoir. Nous trouvons d’aimables officiers qui nous font

Oasis de l’Akhal-Tekké et de l’Atek.

[dace avec une exquise politesse. A vrai dire, le chemin de fer transporte principalement le personnel militaire employé à la construction et à l’exploitation. Le thé chauffe dans un immense samovar; mais si vous préférez le bon vin de Crimée ou l'excellente bière de Kazan, vous avez le choix. Le borchtch. , potage national préparé avec du lait aigri, ne vous plaira peut-être pas au premier essai; mais les provisions de toutes sortes ont été renouvelées à Askhabad ; vous pouvez dévorer à belles dents de succulentes côtelettes de mouton et d’énormes tranches d’un melon délicieux. Ce melon vaut bien la conquête; par sa taille comme par son parfum il laisse loin derrière lui toutes les espèces connues. Les raisins aussi, et les pêches, ne sont pas à dédaigner. L’oasis d'Akhal-Tekké est bien loin de Saint-Pétersbourg; mais les gourmets y trouvent quelques compensations à l'exil .

5 septembre.

Nous avons franchi pendant la nuit l’oasis de l’Atek, qui forme au pied des montagnes une bande de terre moins longue que celle d’Akhal, moins peuplée aussi (environ 50 000 individus), mais plus verdoyante et mieux garnie d’arbres C Propre à la grande culture et riche en gras pâturages, elle est fiévreuse pour les Européens et infestée de moustiques. Les rives argileuses des ruisseaux qui la sillonnent fournissent d’excellents matériaux pour la fabrication des briques; cette industrie a pris dans le pays une impor-

1. Il convient de mentionner que le chemin de fer contourne, à quelques kilomètres, la ville persane de Lutfabud , située dans la plaine. Il ne pénètre nulle part sur le territoire persan. La commission de délimitation a laissé cette ville à la Perse, bien qu’elle soit située tout à fait en dehors de la frontière naturelle. Entre Arlyk et Douchak, il y a deux petites stations dans l’oasis de l’Alek : Kaalika (verste 568) et Armcin-Sagaït (verste 587).

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lanle extension, même avant l’arrivée des Russes. Ajoutons qu’en vertu de leurs sages principes de colonisation et de domination, ceux-ci ont laissé officiellement et nominalement sans doute — car un capitaine russe lui est adjoint — le gouvernement territorial de l'oasis à un chef indigène, Makhloum-Kouli-Khan, iils du terrible Nour-Verdy-Khan, leur ancien adversaire. Ce Makhtoum-Kouli a le grade de major dans l'armée du Czar. C’est lui qui, son père mort, défendit Ghéok-Tépé contre Skobeleff. Il avait alors vingtquatre ans. Réfugié à Merv, après la défaite, il lit sa soumission l’un des premiers, et depuis lors cet homme intelligent et sympathique a assisté au couronnement d Alexandre III; il a ramené de Moscou un cuisinier russe et il boit du vin.

L’oasis de l’Alek se termine à l’importante station de Douchak (verste 606), point méridional extrême du Transcaspien, où pourra s’embrancher plus tard, si les circonstances politiques le permettent ou l’exigent, un prolongement sur la frontière afghane, Hérat, Kandahar et 1rs fameuses passes de Rolan. Ce prolongement passerait à Sérakhs, nouvelle ville russe de 3000 habitants, bâtie sur la rive droite du Tedchen, en face d’une vieille ville persane 1 et au carrefour des routes de Merv en Perse (celle roule, qui conduit à Mcsched, est aujourd’hui carrossable sur le territoire persan) et de Hérat à la mer Caspienne;

1. « Serakhs ou Serkhas, grande et ancienne ville du Kho- Cassan, écrivait Yaqout il y a sept siècles; à moitié chemin de Niçabour et de Merv, à six jours de l’une et de l’autre... Alexandre, surnommé Zou’l-Quarneïn, termina la ville et la fortifia... Elle manque d’eau et n’a pendant l’été que quelques éilernes d’eau douce. Son territoire n’est arrosé que par une rivière provenant des fleuves d’Hérat e( qui tarit pendant une partie de l’année; aussi les champs donnent d’assez pauvres récoltes; le terrain est bon, et on voit plusieurs prairies aux environs; mais les villages sont rares. »

Cette description esl encore exacte de nos jours.

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au sud de ce point important le tracé contournerait la riche oasis du Pendeh h que forment les irrigations du Koutsk, affluent du Mourgab.

Laissons de côté toute éventualité d’une conquête de l'Inde anglaise par les armées du Czar; quelle révolution économique, le jour où les lignes ferrées de l'Hindouslan pourraient se relier au Transcaspien! La distance rie Calcutta, de Delhi, de Lahore à l’Europe occidentale serait réduite de moitié. Il suffirait de dix à douze jours pour aller de Paris aux bords du Gange, et l'on se demande quelle route choisirait alors la malle des Indes; sans compter que le Club alpin 11e pourrait manquer de délaisser les hôtelleries suisses, et que la gloire du classique mont Blanc pâlirait devant celle de 1’ « invincible » pic Everest.

Notre génération verra-t-elle s’accomplir ces grands événements? Il serait téméraire de l’espérer, bien qu'il 11e reste en somme que peu de chose à faire pour combler la lacune; de Douehak à la frontière d’Afghanistan, la distance ne dépasse guère 200 versles en plaine; de celte frontière aux passes de Bolan, point terminus du réseau indien, elle est de 800 verstes environ, mais sur ce long parcours il n'existe pas de difficultés naturelles comme dans le désert lurcoman. Des habitants et de l'eau à peu près partout; des sables qui ne se comparent pas à ceux du désert de Karakoum. Pas de montagnes; les formidables contreforts du Paropamise, indiqués sur les anciennes cartes, sont tout simplement des mythes. M. Lessar a signalé le premier la facilité du passage : ce n’est pas un de ses moindres titres de gloire. En moins de trois semaines , grâce aux mesures prises, le Transcaspien peut atteindre la frontière afghane et y jeter une armée de cent mille hommes

1. Les Anglais appellent de préférence Pendjdeh ce district, (|u’on prend quelquefois pour une ville. Le mot Pendeli signifie cinq et parait venir du grec; il y a en effet cinq villages surikhs dans l’oasis.

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qui sera triplée le mois suivant. Les Anglais ne feront-ils donc rien pour donner pacifiquement la main aux Russes? Dieu sait pourtant si ces derniers nourrissent les noirs desseins qu’on leur prête et s’ils se soucient de s’engager dans une grosse aventure en Asie! L’Inde leur importe peu par elle-même; ils ne s’en empareront que contraints et forcés.

Après Douchak, le chemin de fer quitte brusquemenl la direction du sud-est pour prendre celle du nord-est, el le désert d’alluvions reparaît jusqu’à l’importante rivière du Tedchen, qui descend de l’Afghanistan et arrose Hérat sous le nom de Hériroud 1 ; le chemin de fer la franchit sur un pont métallique à travées un peu étroites peut-être, eu égard aux matériaux de grandes dimensions que charrient les crues. Près du fleuve, dont les abords limoneux sont d'un accès fort difficile pendant et après les inondations printanières, vient d’être construite la station de Karibent (verste 653), dans une petite oasis qui s’étendra facilement, le jour où les eaux du Tedchen, au lieu de se perdre inutilement dans les sables du désert deKarakoum, seront captées par des barrages et des canaux d’irrigation. Dans la plaine de Hérat il existe déjà de nombreux ouvrages de ce genre, el l’étendue des périmètres arrosés est, dit-on, considérable2.

1. Le Hériroud est formé par la réunion du Dchengel-ab et du Tingel-ab, qui descendent de la partie est du versant sud du Sefid-Kouch. Il prend ce nom de Hériroud (fleuve de Hérat) à partir de la large vallée de Hérat. A Tyr-Poul, célèbre par un pont de 40 brasses, sa vallée se resserre dans un ravin rocheux. Le fleuve fait un coude au nord et marque la frontière entre la Perse et l’Afghanistan, puis entre la Perse et la Turkménie. Il franchit une passe entre les monts Borchout et Kartala, et entre enfin dans la plaine. A partir de Serakhs, il abandonne la frontière persane et arrose l’oasis de l’Atek ou du Tedchen, qui lui donne son nom turkmène. (O. Heyfelder.) Cette rivière, sujette à de fortes crues, — les Russes en onl eu la preuve en 1886, — se dessèche complètement pendant l’été.

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