‹ Voyage à MervChapitre 2 sur 46 · EN TONNEAUX · texte numérisé non relu

EN TONNEAUX

Russe . . .

Anglais .

Autrichien .

Français .

Italien .

Allemand .

Belge .

Danois .

Grec .

Le tonnage total pour les voiliers chargés s’élève à 34000 tonnes. Le tableau suivant fait connaître la valeur totale, en rouilles, des importations et exportations du port d’Odessa pendant les années 1881-1885.

Importations.

Exportations.

Les principaux articles d'importation sont : le I lié, les fruits (frais et secs), le riz, le café, le tabac, les huiles, le coton, le fer brui, les sacs, le charbon de terre, etc.

Les principaux articles d’exportation sont par ordre d’importance : le blé, l’orge, le maïs, les graines oléagineuses, le seigle.

Illï I* A ISIS A lîAKOC

Conslnnl inople, qui garde l’entrée du grand Inc russe, n’est qu’un lieu de transit.

En l’absence du consul de France, le chancelier du consulat, M. de Bogusz, se met à ma disposition avec une bonne grâce dont je liens à lui exprimer ici toute ma gralitude. 11 s’agit de prendre passage sur l’iin des bateaux à vapeur qui font, plusieurs fois par semaine, la traversée de Batomm. En cette saison de l’année, — la saison des bains de mer, — • la chose n’est pas toujours facile; une masse de familles russes affluent vers les rivages méridionaux de la Crimée ; l’Empereur lui-même donne l'exemple. M. de Bogusz trouve cependant une place à bord du Pomrhkine , un excellent paquebot, qui va touchera Sébastopol, Yalta, Féodosia, Kerlch, Novorossisk, avant de jeter l'ancre dans le nouvel arsenal Iranscaucasien.

Ce petit voyage demande de trois à quatre jours, suivant la durée des escales et aussi selon le temps, assez fréquemment troublé par des trombes de chaleur, sortes de vents tournants qui rappellent de loin les cyclones, mais suffisent néanmoins pour faire passer un mauvais quart d’heure aux plus jolies passagères. Pendant l’hiver, c’est bien autre chose; il est vrai qu’elles ne s'y aventurent pas. Indépendamment des accidents causés par la congélation subite de l’embrun sur le pont des navires, — plus d’un a coulé à pic par suite de la surcharge de glace, — les tempêtes de la mer Noire sont connues pour leur violence; il arrive même que l’entrée du port de Novorossisk devient impossible par le grand vent du nord-est, connu sous le nom de bora , à tel point que des voyageurs à destination de ce port sont promenés souvent d'Odessa jusqu’à Batoum et ramenés à Kerlch ou Odessa, sans avoir pu débarquer. Celte mésaventure fâcheuse ne vous arrivera pas en été.

VOYAGE A MEIÎV

lo août.

Après quinze heures de navigation, le Pouschkine, qui a passé de nuit au large d’Eupatoria, fait son entrée dans la superbe rade de Sébastopol. Il n'y séjournera que sept heures; c’est peu pour visiter comme il conviendrait ce lieu immortalisé par l’héroïsme des Russes, et je me félicite d’autant plus d’avoir lié connaissance à bord avec un aimable officier qui s’offre à me servir de cicerone. Le capitaine Samsonoff n'a que vingt-sept ans et il sortait de l'École d’état-major au commencement de la dernière guerre de Turquie, qu’il a faite d’un bout à l’autre. Il a, j'ai su plus tard, lapé dur sur les malheureux Turcs, comme son aïeul Samson sur les Philistins; aussi se lamente-t-il fort d’un concours de circonstances fortuites qui l’ont privé d’une proposition pour la croix de Saint- Georges. A voir un Petit-Russien et même un Grand- Russien, on ne se douterait pas toujours de la somme de courage cachée sous des dehors pacifiques et quelquefois délicats. D’un naturel bonasse, les paisibles moujiks, quand ils sont déchaînés, deviennent des bêtes féroces. Je ne fais que répéter ici l’opinion des officiers qui les commandent; M. de Bismarck doit la connaître.

Le port admirable que la nature a creusé dans l'intérieur des terres est aujourd’hui en parfait état; de la colline où la ville est bâtie, ses sinuosités présentent un coup d’œil féerique. Au fond du bassin, plusieurs cuirassés sur chantier et deux formes de radoub en cours d’exécution ; à l’entrée de la passe, deux énormes batteries couvertes à double étage, dont les cent embrasures vomiraient la mort sur une flotte ennemie. Les vaisseaux russes coulés dans cette passe au moment du siège ont été brisés à la dynamite et retirés par morceaux; la navigation est libre. Qui se douterait, à la vue de ces établissements militaires, que

Vue de Sébastopol

UE PA ltlS A BAKOU

celle ville a supporté naguère un siège unique dans l’iiistoire? Tous sonl restaurés, renforcés, plus puissants que jamais; la seule ruine conservée pieusement est celle de la grande caserne qui domine la racle. Elle est éloquente, cette ruine. Les maisons particulières, détruites sans exception par le bombardement, sont presque toutes reconstruites; il ne reste pas trace des ponts de bois qui servirent à la retraite des assiégés après la prise de Malakoff; et ce petit mamelon de Malakoff, si petit que vous ne pouvez en croire vos yeux, n‘a conservé lui-même aucun vestige des boucheries qui l’ont ensanglanté L

Mais un spectacle douloureux lixe les souvenirs : celui des cimetières. Nous avons le temps, après une courte visite à l'intéressant musée qui renferme quelques dépouilles curieuses et de forts beaux plans en relief des opérations du siège, de faire un pèlerinage au cimetière russe. Une grande pyramide quadrangulaire surmontée d’une croix gigantesque, d’aspect sinistre, en signale de loin remplacement. De vieux héros de 1855 l’entretiennent avec un soin religieux. La pyramide repose sur une large plate-forme dont chaque côté est défendu par une

I. « Après le combat du Mamelon-Vert, le sol était jonché de cadavres, au point qu’il fallut les placer les uns sur les autres pour ouvrir des chemins... J’ai vu ces murailles de morts. Ma fatigue était extrême, je m’appuyai contre un de ces murs et. je m’endormis... Soudain je sentis le mur remuer : une main tirait le pan de ma tunique; cette main se porta ensuite à la bouche du blessé qu’on avait cru mort. Je le fis boire à ma gourde et porter à l’ambulance, où il guérit...

« A mon tour je fus blessé très grièvement à l’assaut du 18 juin. On me transporta dans un hôpital de Constantinople. La gangrène se mit dans ma cuisse, la blessure devint horrible ; elle répandait une odeur si épouvantable qu’on fut obligé d’évacuer la salle où je me trouvais. Mon voisin de lit, un Russe de Moscou, dont la blessure était guérie, voulut rester auprès de moi et me soigna jusqu’au bout. » (Communication inédite du commandant Bronner, alors sergent-major d’infanterie.)

batlerie de canons. « Ce sont des canons anglais », s'empresse de me dire en rougissant le capitaine Samsonoff. Hélas! j’aimerais à le croire. Plus loin il me montre, au milieu des monuments élevés aux officiers russes, une tombe entretenue avec des égards particuliers : c’est, celle d’un colonel français fail prisonnier et mort à l’hôpital de Sébastopol. Son nom est resté inconnu.

On quitte cette nécropole la mort dans Pâme, en songeant au présent . Que sommes-nous donc allés faire là-bas, pour je ne sais quel intérêt particulier? Il est vrai de dire qu’au cours de cette erreur colossale, le sentiment national fut toujours en opposition parfaite avec la raison dynastique, et les sympathies franco-russes se donnèrent libre carrière pendant les nombreux armistices. Je puis citer certains petits faits à mon guide, convaincu du reste à l'avance; et nous remontons à bord la main dans la main.

Le Pouschkine reprend sa marche à une heure de l’aprèsmidi, franchit rapidement le goulet, gagne la haute mer : Sébastopol et ses batteries rasantes fuient derrière le paquebot, et le superbe panorama des montagnes de Crimée, hautes de 2000 à 4000 pieds, se déroule sous les rayons d’un soleil d’or. La côte est d’abord plate et basse; vous apercevez, non loin de la ville, comme une petite oasis au milieu de sables jaunes : c’est le cimetière italien, me dit Samsonoff. Puis le rivage devient accidenté, les collines, surmontées de falaises, baignent leur pied dans la mer houleuse, et par places ces falaises descendent verticalement dans les flots. Ce pittoresque coin de terre mérite bien sa réputation.

Cinq heures. Arrivée à Yalta, charmante petite ville d’eaux, qu’une distance de 3 kilomètres sépare de la résidence impériale de Livadia. Un canot, conduit par des marins grecs, nous mène à terre. Le quai, garni de maisons proprettes, de jolis hôtels, de magasins élégants, présente un coup d’œil très animé; c’est jour de grande fête,

1)E TARIS A BAKOU

lout le monde se promène, on savoure d'excellenles glaces dans les confiseries parisiennes installées sur | > i I <> l i s , au bord de la plage où les baigneuses de distinction prennent leurs ébats. Les paysans sont relégués plus loin : l’usage du caleçon de bain leur est encore inconnu. Une bonne roule aux pentes raides conduit à Livadia; nous laissons

Le cimetière militaire russe, à. Sébastopol.

à gauclie une petite caserne où des soldats de l’escorte chantent de forts beaux chœurs, entremêlés de soli ; puis une grille se présente que nous ne pouvons franchir, faute d’une autorisation spéciale; enfin, continuant à suivre la route, nous nous élevons bientôt au-dessus du domaine et pouvons distinguer les habitations d’aspect assez modeste qui s’y cachent sous des arbres au sombre feuillage : la maison du Czar, celle du Czaréviteh, celles de la suite impériale, d’autres réservées aux hôtes, enfin les bâtiments destinés à la fabrication du vin, car le parc est entouré de

vignes magniliques et les crus de Crimée sonl justement renommés. Livadia domine la mer Noire de 150 à 200 mètres, et je ne sache pas avoir joui jamais d’une vue plus grandiose dans un lieu plus solitaire et disposant mieux aux graves méditations.

Le Pouschkine lève l’ancre à huit heures et demie du soir. La lune, à peu près pleine, éclaire magnifiquement la côte, élevée de 300 à 400 mètres, tapissée de vignes et de Lois ; les lumières des quais et de la petite ville, bâtie en amphithéâtre à l’extrémité opposée au château de l’Empereur, forment un merveilleux décor que le peintre l usse Aïvasovski a su rendre dans des toiles célèbres. L’atelier de cet artiste éminent se trouve à Féodosia, où notre bateau fait escale de nuit; je regrette infiniment de ne pouvoir le visiter.

16 aoûl.

Le lendemain nous nous réveillons par le travers des côtes orientales de la Crimée. Le tableau a complètement changé. Au lieu du pittoresque. et des riches cultures, ce ne sont plus que landes jaunâtres, plates, incultes. Ce pays est habité par des Tatares; la langue russe s’y parle exceptionnellement.

Arrivée en vue de Kertch vers midi. La faible profondeur de la baie ne permet pas au paquebot d’approcher de terre à plus d’un mille. 11 faut descendre en canot. L’escale est courte, la boule assez forte, la ville n’offre rien de remarquable, et nous restons à bord, examinant de loin les dunes de sable qui ferment l’horizon de toutes parts, les fortifications qui défendent l’entrée de la mer d’Azof. L’histoire — ou la légende — raconte qu’en ce triste lieu Mithridate mit lin à ses jours.

Départ à six heures du soir. Vers neuf heures, au clair de lune apparaissent les premiers contreforts du Caucase;

LIE PA Kl S A BAKOU 31

ils fuient à perte de vue vers l’Orient, mais vous ne pouvez .

A la pâle clarté de l’astre de la nuit,

vous rendre compte ni de leur distance ni de leur hauteur ’. Il n’empêche que, si vous en êtes à votre premier voyage dans cette contrée presque mystérieuse, vous vous coucherez tard cette nuit-là.

Le vapeur s’approche de la côte pour toucher à Novorossisk 2, vers deux heures du matin, et la grande chaîne disparaît peu à peu. Vers six heures, vous passez au large de Poli a, un mauvais port, difficilement accessible, où se sonl engloutis en pure perte pas mal de millions de roubles et qu’aujourd’hui remplace fort heureusement l’excellent mouillage de Batoum, silué à oÜ kilomètres dans la direction du sud-ouest. Vous y débarquez vers huit heures, juste à temps pour prendre le train de huit heures quarante-cinq

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