Cyrus trouva à Babylone des Juifs déportés
BAKOU ET LF, S SOURCES DE PÉTROLE
ati gouvernement anglais pour bâtir un hôpital à Bombay; il fut créé baronnet. D’autres, à la suite d’un incendie qui éclata à Surate (1838). donnèrent 250000 francs. Entin le plus monstrueux banquet dont l’histoire fasse mention malheureusement Rabelais ne l’a pas connu — fut offert par un banquier parsi, à l’occasion de l’inauguration d’un temple : il réunit de 50 000 à 60 000 convives!
Ceci doit donner à penser que le culte des adorateurs du feu n'est pas mort, et que la modeste chapelle de Bakou pourra se relever de ses ruines. Si ces lignes tombent par hasard sous les yeux d’un riche parsi de Bombay, Madras ou Calcutta, les architectes russes peuvent préparer leurs projets de restauration.
Le soleil se couche quand nous quittons ce lieu presque désert, dont la vue fait revivre tant d’événements du passé. Les croyances de nos premiers pères peuvent nous paraître bien enfantines, leurs travaux bien médiocres; mais, en présence de l’activité incessante du génie humain et des révolutions qu’elle engendre, ne soyons pas si tiers de nos propres œuvres. Qu’en penseront les générations futures? qu’en restera-t-il dans deux mille ans? Il y aura beau temps, par exemple, que de toutes ces vichkas qui nous entourent, la dernière trace aura disparu, et avec elle le souvenir des merveilleuses exploitations que nous venons de visiter. Déjà même, après quelques années de fonctionnement, plusieurs d’entre elles n’existent plus, pendant que d’autres se préparent ; à ce sujet, M. Thyss me communique le tableau suivant, qui résume la situation actuelle du bassin pétrolier de Bakou :
Balakhani. Sabountchi.
Puits épuisés . 37 1S
Puits abandonnés . 49 21
Puits arrêtés . 11 6
Puits en approfondissement . 8 9
Baliikliani. Sabounlchi.
Pu ils en sondage . 74 13
Puits projetés et en préparation . 11 8
Puits en exploitation . 99 46
Fontaines jaillissantes . 4 46
Production par jour en ponds . ‘288,115 154,033
La production de tous ces puits, depuis leur ouverture, dépasse aujourd'hui 10 millions de mètres cubes, qui ont fourni 3 milliards de litres d'huile à brûler — ce que la France consume en un demi-siècle — et 6 millions de tonnes de résidus combustibles, l’équivalent de 18 millions de tonnes de bouille.
22 septembre.
Excursion dans les raffineries de la Ville noire. Les plus petites sont installées d’une façon assez primitive, mais les grandes, celles de MM. Nobel, Boulfroy (de Paris), de Rothschild, etc., ne le cèdent pas aux meilleures usines américaines. La raffinerie Nobel, à elle seule, recouvre avec ses dépendances un terrain de 80 acres.
Cette visite, à coup sûr, intéressera le lecteur, s’il l’a fait lui-même; un compte rendu détaillé pourrait lui paraître aride. Je serai donc bref.
Le pétrole, au sortir des tuyaux qui le déversent jour et nuit dans un bâtiment isolé et soigneusement tenu a I abri du feu, est conduit dans plusieurs séries d’alambics chauffés à différentes températures, où il perd successivement ses éléments volatils et d’où il sort à l'état de résidu L Lest chose merveilleuse que de voir celte huile si inflammable courir impunément dans des cornues chauffées d une ma-
1. Les alambics, d’une capacité de 4400 gallons (16 700 litres), sont disposés par séries de 25 au plus, et sont maintenus aux températures qui correspondent aux points d’ébullition des produits à évaporer.
Fontaines mises sous clef.
BAKOU ET LES SOURCES DE PÉTROLE 377
nière continue de 15° à 400° centigrades. On devine s il faut des précautions.
Entre 15° et 130°, les produits obtenus forment les essences de pétrole, éther de pétrole, gazoline, benzine, etc. 1 . dont la densité varie de 0,754 à 0,787.
De 180 à 250°, on recueille les huiles lampantes , dont la densité varie de 0,815 à 0,822, et que les Russes nomment kérosine.
De 250 à 400°, on distille la paraffine et il reste les huiles lourdes (densité 0,91 à 0,92), qui servent au graissage des machines.
Enfin les derniers alambics renferment les résidus qui sont employés comme combustible sur les chemins de 1er russes, les bateaux, et même dans les maisons particulières. On les nomme en russe astatki. •
Ce sont ces résidus qui servent au chauffage des raffineries; le pétrole se distille donc lui-même, par le produit de sa distillation, et les rêveurs pourraient croire que le mouvement perpétuel est trouvé.
Fait à noter, la distillation continue ne convient pas au naphte américain, dont la composition est différente, de même que la situation dans la série des terrains géologiques.
Cela tient à ce que le naphte de Bakou fournit une quantité de kérosine peu considérable (environ 27 p. 100) relativement à celui des Etats-Unis, et que le produit de sa distillation est presque aussi fluide que le naphte brut.
Après cette distillation, la kérosine exige un traitement spécial, qui la débarrasse de son odeur, de sa couleur, des
1. L’éther de pétrole, employé comme dissolvant des résines ou comme anesthésique, est tellement volatil qu’il fait descendre le thermomètre à 28° centigrades (au-dessous de zéro).
La gazoline sert au dégraissage, à l'extraction des huiles végétales, à la fabrication de certains gaz.
La benzine est aussi employée au dégraissage, ainsi qu’à la dissolution du vernis, du caoutchouc et de la gulta-percha.
essences ou du goudron qui ne sont pas complètement éliminés L Ce raffinage, s’il esl bien fait, doit l’amener au point de n’être plus inflammable au contact d’une allumette. Mais comment l’acbeteur s’assurera-t-il pratiquement que l’opération esl suffisante et rend le produit inoffensif? C’est là le hic.
On peut se servir du densimètre : s'il indique une densité de 0,800, le pétrole du commerce n’est pas dangereux; au-dessous de 0,790. l’élimination des matières volatiles est incomplète et il faut se méfier. A défaut de densimètre, une simple pesée fournira des indications suffisantes : un litre d’huile minérale ne doit pas peser moins de 800 grammes.
L’emploi des huiles mal raffinées détermine des accidents terribles, quoique peu nombreux, comparativement au nombre des lampes employées 2 . Voici dans quelles circons-
1. On pompe la kérosine pour l’amener dans des cuves nommées agitateurs et garnies de plomb, ayant une capacité de 57 000 gallons (216 mètres cubes), où on la traite pari 1/2 d’acide sulfurique pour 100, et on la lave avec de l’eau de mer (l’eau douce étant très rare à Bakou). Ensuite, après l’avoir traitée avec de la soude caustique, on la lave encore une fois et on la fait passer dans des bacs où elle dépose l’eau qu’elle conservait. On la pompe dans ces bacs pour l’amener dans d’immenses réservoirs; un de ces réservoirs a une capacité de 1 500 000 gallons (4700 mètres cubes). L’opération du traitement de la kérosine prend de quinze à seize heures.
Ce produit est d’un blanc superlin et son point d’éclair est à 301 centigrades (essai Abel).
2. La kérosine de Bakou est mieux raffinée, c’est-à-dire qu’elle contient moins d’essences et de résidus que l’huile américaine. Aux Etats-Unis, c’est même parfois à dessein que l’on ajoute à l’huile à brûler autant que possible d’essences el d’huiles lourdes, dans la conviction que la trop grande inflammabilité des unes se neutralise par l’inflammabilité difficile des autres, et que la viscosité des huiles lourdes se compense par la légèreté des essences.
Au point de vue du pouvoir éclairant :
1° L’huile caucasienne, étant brûlée dans une lampe appropriée, donne au moins autant, de lumière que l’huile américaine;
2° Le pouvoir éclairant initial de l’huile américaine est plus
ISAkOU ET LES SOURCES DE PETROLE
lances se produisent généralement les explosions, d’après les expériences de MM. Frédéric Abel et Boverton-Redwood.
Lorsqu’une lampe, au réservoir partiellement rempli d’huile, est rapidement déplacée, de façon que le contenu en soit agité, il se forme un mélange de vapeurs d'huile et d’air qui peut faire explosion, étant embrasé par la flamme du brûleur. Un courant d’air rapide, en entrant dans le réservoir et y poussant la flamme, peut aussi déterminer une explosion à l’intérieur du réservoir. Le même effet peu I être produit quand on souffle dans la cheminée de verre pour éteindre la lampe. Si le point d’éclair de l’huile employée est au-dessous du minimum fixé par la loi (73° Abel), ou même s’il dépasse de peu ce minimum, il se forme dans le réservoir des quantités considérables de vapeurs, quand l’huile est agitée par le déplacement brusque de la lampe.
Aussi les lampes à pétrole doivent être construites de façon que la flamme ne puisse pas se communiquer au contenu des réservoirs.
Ce but peut être atteint en enfermant la mèche dans un cylindre de gaze en lil métallique ou dans un tube en métal mince.
Il est préférable que le réservoir à huile soit en métal cl li ait d’autre ouverture < | ne celle du brûleur.
La mèche doit être d’un tissu tendre et peu serré. Elle doit remplir tout l’espace du porte-mèche, sans y être comprimée de façon à empêcher l’entrée de l’air.
Une mèche fraîche doit tire séchée devant le feu avant d’être placée dans la lampe. Sa longueur ne doit pas dépasser la profondeur du réservoir, ni lui être trop inférieure.
grand que celui de l’huile caucasienne, mais la décroissance du pouvoir éclairant est plus rapide pour la première que pour la seconde, de sorte qu’à la lin de l’expérience l’huile caucasienne donne une flamme plus lumineuse que l’huile américaine ;
3° La consommation est à peu près la même.
(Engler et Levin.)
VOYAGÉ A MEltV
Le réservoir doit être à peu près plein avant que la lampe soit alluméè, parce que l’espace libre dans le réservoir engendre des dangers d’explosion.
Les lampes qui ue sont pas munies d’éteignoirs doivent être éteintes ainsi qu'il suit : on baisse la mèche jusqu’à ce qu’une petite flamme vacillante reste dans le brûleur, et on souffle fortement dans la cheminée du verre.
Je m’excuse de donner ici des conseils de prudence qui n’ont qu’un rapport indirect avec les raffineries de Bakou. Pour ne pas trop retenir le lecteur, nous traverserons sans nous y arrêter les quartiers réservés au traitement spécial des huiles lourdes, d’où l'on extrait la paraffine et la vaseline. Quoi de plus merveilleux que de voir ces huiles épaisses, foncées, particulièrement odorantes, se transformer par distillation, puis par compression, en un gâteau de paraffine, sèche et blanche comme de l’albâtre! ou bien donner par évaporation et filtration une sorte de graisse inodore, complètement inaltérable à l’air, et tellement appétissante que... J’ose à peine le dire : il aurait été question d’inaugurer une nouvelle cuisine à la vaseline. C’est bien assez d’employer ce délicieux dérivé du pétrole au graissage des bottes ou à la confection de pommades indélébiles et d’onguents pharmaceutiques 1 .
Avant de sortir des raffineries, un peu de statistique, sous la dictée de M. Thyss.
1. Des produits solides du pétrole, la paraffine seule est employée à l’éclairage sous la forme de bougies. En 1831, Liebig disait que « c’eût été certainement la plus grande découverte de notre siècle, si quelqu’un eût réussi à condenser le gaz de la houille en une substance blanche, sèche, solide, inodore, portative, et capable d’être placée dans un chandelier ou brûlée dans une lampe ». La paraffine possède à peu près toutes les propriétés que Liebig avait estimées si désirables.
Seulement le défaut des bougies de paraffine consiste en ce qu’elles se ramollissenl bien vite dans les appartements chauffés. (Boverton-Redwood.)
BAKOU ET LES SOUItCES DE PÉTROLE
On traite journellement à Bakou 8000 mètres cubes de pétrole brut; l'usine de MM. Nobel à elle seule entre dans ce compte pour près de la moitié.
Elle traite par jour 3600 tonnes de pétrole brut amené de Balakliani par deux tuyaux qui le distribuent dans trois réservoirs alimentant soixante chaudières à distiller; elle en tire 1200 tonnes de pétrole raffiné en vingt-quatre heures, soit par an 200 X 1200 = 240 000 tonnes. La production des autres usines étant un peu supérieure, on peut admettre que Bakou fournit chaque année 300 000 tonnes d'huile à brûler, pour la consommation de l'empire russe, de l’ Autriche-Hongrie, etc.
Les résidus, sous la forme et l’apparence du coke, forment les deux tiers du pétrole brut. On ulilise un sixième dans l’usine même, pour le chauffage; les cinq autres sixièmes sont vendus comme huile de graissage ou connue combustible pour les bateaux et les chemins de fer.
Le travail annuel ne dure qu’environ deux cents jours la plupart des usines chôment pendant quatre à cinq mois d’hiver — et représente un cube de 1 600 000 mètres.
Le prix de revient du pétrole purifié esl de 48 kopecks (1 fr. 20) les 100 kilogrammes; les résidus de la distillation. employés an chauffage, reviennent à 43 centimes les 100 kilogrammes; l’huile de graissage vaut 9 francs.
Ce qu’il faut surtout retenir de ces chiffres, c'est le bon marché des résidus ; ajoutez qu’ils ne donnent pas de fumée et produisent autant de chaleur qu’un poids de houille trois fois plus fort. Diminuer des deux liurs les chargements de combustible que nos steamers doivent emporter au loin, rendre disponible un tonnage équivalent pour les marchandises ou l’armement, serait à coup sûr un progrès considérable. J'ai dit plus haut que la Bussie était en train de le réaliser. J’ajouterai ici que l’appareil de combustion, dans ses dispositions essentielles, esl d’invention française.
C’est une commission d'ingénieurs français qui obtint
VOYAGE A MEKV
la première, en dix-sept minutes, avec la combustion de 1 k. 92 de pétrole liquide, une pression de vapeur égale à celle fournie en trente minutes par 4 k. 23 de houille. En outre, — fait capital, — elle constata que les feux allumés au maximum d’intensité dans l’espace d’une minute et demie purent être éteints avec la même rapidité. Les recherches deM. Sainte-Glaire Deville ont ouvert la voie aux savants russes pour l’utilisation des résidus liquides et aussi des résidus solides, précédemment jetés au rebut comme sans valeur.
Mentionnerai-je ici que les États-Unis et l'Angleterre suivent l’exemple récemment donné par la marine russe?
La « Central Pacific Railway Company » a dernièrement commencé à employer sur ses bateaux à vapeur du combustible liquide et a obtenu la preuve que le coût de l’huile employée ne représentait que les ~ du poids de houille équivalent.
Tout récemment aussi, des expériences ont eu lieu à Portsmouth en vue de déterminer la valeur relative du combustible liquide et de la houille pour le service des navires de guerre. En 1885, le steamer Himalaya , de 800 tonnes de capacité et d’une force de 100 chevaux-vapeur, chauffé par de l’huile dans l’appareil Tarbutt, a fait avec succès le trajet aller et retour à Leith, en filant 8 nœuds 1/2 à l’heure; avec le charbon, la vitesse du navire ne dépassait pas 7 nœuds.
Dans les fonderies, l’usage du résidu de pétrole n’est pas moins avantageux que sur les bateaux, parce qu’il ne renferme pas, comme la houille, des éléments préjudiciables à la qualité du fer. On vante le fer au bois; on peut recommander aussi le fer au pétrole. Puis la rapidité de la fusion mérite d’être signalée : au cours d’expériences faites, en 1879, aux chantiers de Brooklyn, sur un mélange de pétrole et de lirai sec pulvérisé par un jet de vapeur surchauffée, le fer était fondu en dix minutes et le verre en
BAKOU ET LES SOURCES DE PÉTROLE
deux heures. Avec la houille comme combustible, le fer n'était fondu qu’en deux heures et le verre en seize heures *.
En sortant des raffineries, nous gagnons le bord de la mer pour assister au chargement d’un vapeur en partance pour Astrakan. Autrefois le pétrole se transportait en fûts; c’était un procédé barbare. MM. Nobel ont imaginé ce qu’on appelle les b al eaux- citerne, s. L’huile, pompée dans les usines, est amenée par des conduites jusqu’à l’extrémité des jetées en bois où le navire est accosté; il mesure 75 mètres de longueur et 8 m. 50 île largeur. Tout son avant forme un grand réservoir; les chaudières et les machines sont placées au milieu du bâtiment; deux cuves cylindriques descendues à fond de cale occupent l’arrière. La capacité totale de ces réservoirs est de 225000 gallons (755 mètres cubes) ; leur remplissage avec les lu\ aux d’amenée demande quatre heures et demie. Le steamer est chauffé avec les résidus du pétrole. La machine développe 120 chevauxvapeur; la vitesse est de 10 nœuds; la consommation de combustible ne dépasse pas 30 tonnes pour une traversée de 460 milles.
A l’embouchure du Volga un transbordement est nécessaire sur des bateaux de moindre tirant d’eau, mais du même type. Il s’opère au lieu dit Diéviet-Fout (Neuf- Pieds). Dirai-je à ce propos qu'il conviendrait d’entreprendre d’importants travaux pour défendre l’entrée du grand lleuve russe? La barre formée en avant de son delta par les limons et les sables y rend la navigation difficile et lui impose des sujétions coûteuses. On ne saurait mettre en doute que le système d'ouvrages adopté par la Commission européenne du Danube aurait ici, comme à Soulina, un succès complet.
Les petits bateaux-citernes remontent le Volga jusqu’à
J. Enplcr cl Levin.
Tsarilsine, à 364 milles île la mer. Celle ville possède le dépôt central qui alimente toute la Russie d’Europe. Les réservoirs renferment 22 millions de litres. Le Volga restant gelé pendant quatre mois, la création d’autres dépôts était indispensable : ils sont au nombre de 36, et leurs réservoirs, qui se remplisse)! I avant l'hiver, ont une capacité totale de 163 millions de lilres. Le pétrole voyage en chemin de fer dans des wagons-citernes identiques à ceux que nous avons vus sur le Transcaspien; la compagnie Nobel en possède 1500. 11 faut Irois minutes el demie pour charger un wagon avec une pompe et un tuyau, une heure pour opérer le chargement d’un train de 20 à 25 wagons. Soixante trains de pétrole sillonnent constamment le territoire russe.
Il existe une autre voie d’exportation pour les produits de Bakou : je veux parler du chemin de fer transcaucasien qui relie cette ville à Poli et à Batoum. Le transport se fail également par wagons-cuves d’environ 10000 lilres, el des bateaux-citernes, identiques à ceux de la Caspienne, traversent la mer Noire. Mais ce débouché n’a pas une importance comparable à celui du Volga. La compagnie du Transcaucasien possède un nombre de wagons-réservoirs assez restreint pour qu’il lui soit quelquefois impossible de satisfaire aux demandes des exploitants étrangers qui désirent expédier le pétrole dans l’Europe occidentale. Le matériel actuel ne permet pas de transporter annuellement plus de 98 millions de kilogrammes.
Les Russes ne semblent pas disposés à favoriser l'exportation d’un produit naturel qui leur est éminemment utile. Que les libres-échangistes les blâment tout à leur aise, que les industriels lésés poussent les hauts cris : cela ne changera rien aux choses.
Il faut, puisque ce mot de libre-échange vient sous ma plume, que je mentionne ici des chiffres et des faits dont la portée n’échappera à personne.
Bateau-citerne.
BAKOU ET LES SOUBCES DE PÉTROLE
De 1801 (après l’annexion de Bakou à la Russie) à 1872, l’extraction et la fabrication du pétrole font l’objet d’un monopole accordé à un particulier, M. Mirzoeff.
Les productions de pétrole brut atteignent :
En 1840 . 3 565 tonnes.
Le monopole est aboli en 1872; tout le monde peut exploiter les gisements, acheter une concession. En même temps les pétroles américains sont frappés à l’entrée en Russie de droits plusieurs fois supérieurs à leur valeur; c’est une prohibition absolue.
Brusquement la production s’élève :
1873 . 54 000 tonnes.
Et les prix? Se sont-ils maintenus, ou même ont-ils monté, après la suppression de la concurrence étrangère?
Pas le moins du monde. De 62 francs par 100 kilogrammes, ils sont tombés à 18 francs, si bien que l'éclairage coûte moins cher en Russie qu’en aucun pays de la terre 1 2.