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Date du fonctionnement de la maison Nobel

2. L’éclairage au pétrole est deux fois plus économique que l’éclairage au gaz de houille. Aussi la concurrence du pétrole produit de bons résultats, quand elle n’est pas rendue impossible par les droits d’importation ou d’autres circonstances. A

La protection a eu pour résultat de permettre à l’industrie du naphte de s’établir solidement au Caucase, de s’y outiller, de telle sorte qu’en 1878, après la suppression des droits de douane, elle a pu supporter la concurrence étrangère. Il faut voir si à l’heure actuelle un seul gallon d'huile américaine s’avise de passer la frontière russe! Bien loin de là, le marché européen échappe à l’Amérique de plus eu plus. C’est ainsi que les usines achetées récemment à Bakou par M. de Rothschild, et complétées par la raffinerie de Fiume, cherchent à expulser peu à peu les Américains de l’empire austro-hongrois. La production a pris depuis dix ans une extension incroyable ; elle a passé de 242000 tonnes (naphte brut) à 1370 000 tonnes (1885) et 1600000 tonnes (1886). En même temps l’extraction est tombée de 15 fr. 30 la tonne (1877) à 5 fr. 75 (1881) 2.

Comparons maintenant la production des États-Unis avec celle de Bakou.

La quantité d’huile à brûler fabriquée pendant l’année 1885, à Bakou, s’est, élevée à 27 millions de ponds (432 millionsde kil.) . Sur cette quantité 17 millions de pouds (272 millions de kil.) ont été consommés en Russie ; 5 millions de pouds (80 millions de kil.) ont été envoyés à l’étranger et 5 millions de pouds restaient, à la fin de l’année, en stock.

Bruxelles, par exemple, le prix du gaz de houille a élé réduit, par suite de cette concurrence, à 0 fr. 17 te mètre cube (on paye à Paris 0 fr. 30).

1. Production de pétrole brut, depuis la suppression des droits de douane :

1878 . . 320 000 tonnes.

RAKOU ET LES SOURCES UE PÉTROLE

Dans cette même année, aux États-Unis, la fabrication d’huile s’est élevée à 14 365 698 barils (de 160 litres), soit 1 800 000 000 de kilogrammes.

Sur cette quantité, la consommation à l'intérieur a été de 640 millions de kilogrammes, l’exportation s’est, élevée à 1 360 000 tonnes. La France à elle seule est tributaire des États-Unis pour 250 millions de francs. On a calculé que le poids brut des barils exportés en 1885 atteignait 1 222 000 tonnes; rangés en file, ils auraient occupé un développement de 4850 kilomètres ’ .

On voit que les exportations russes ont une importance relative beaucoup moins grande que les exportations américaines. La plus grande partie des produits de Bakou sont consommés en Russie. Outre que le gouvernement ne lient pas à priver le pays d’un produit si précieux, l’exportation par mer. destination de l’Europe occidentale, sera toujours difficile pendant une partie de l’année, parce que la navigation des bateaux-citernes sur la Méditerranée offre de sérieux dangers pendant la saison chaude. En effet le point d’ébullition de la vapeur de pétrole est de 28° centigrades,

1. Depuis le forage du puits Drake (1839), qui a marqué l’origine des exploitations artésiennes aux Etats-Unis, les productions annuelles de pétrole brut ont été les suivantes :

1859 . 5 000 barils.

La superficie des districts oléifères qui fournissent ces cubes énormes dépasse 360 milles carrés.

et quand cette température est atteinte par le milieu ambiant, le navire se trouve enveloppé d’une atmosphère inflammable, de telle sorte qu’une simple étincelle causerait immédiatement un embrasement général. L’été dernier, un vapeur chargé de pétrole a fait dans ces conditions la traversée de Batoum en Angleterre; après le passage des Dardanelles et jusqu’à Gibraltar, le point d’inflammabilité fut dépassé par les thermomètres immergés dans les réservoirs. Ce fut une semaine terrible. On éteignit tous les feux pour mettre à la voile; on n’alluma même plus les fourneaux des cuisines. Trois mois plus lard, le capitaine, racontant ses angoisses, jurait qu’on ne l’y reprendrait plus. Le pétrole est certainement un combustible fort économique, mais encore son maniement exige-l-il certaines précautions, surtout dans les pays chauds. Sur le chemin de fer transcaucasien, il est arrivé plusieurs fois, à l’époque des fortes chaleurs, que des trains de naphte ont pris feu; il n’y a pas eu d’accident de personnes, mais tout a flambé sur place.

Est-ce pour éviter ces accidents que des industriels désireraient établir un tuyau de conduite de 800 à 900 kilomètres entre la mer Caspienne et la mer Noire? Dans ces dernières années un spéculateur américain fit au gouvernement l'offre de construire celle conduite, à certaines conditions qui parurent inacceptables. Il demandait en particulier la concession d’une grande étendue de terres en Transcaucasie. Il paraît que son idée, parfaitement réalisable au point de vue technique, et qui procurerait d’immenses économies de transport, n’est pas abandonnée, mais nous ignorons quel accueil est réservé aux propositions futures.

Sans parler de l’opposition possible de la Compagnie du chemin de fer, le ministère des Voies et Communications devra se préoccuper de l’avenir des gisements de Bakou. La production annuelle de pétrole raffinée en

BAKOU ET LES SOURCES DE PÉTROLE

Russie dépasse 500 000 tonnes; la consommation à l’intérieur peut être évaluée à 350 000 tonnes; il resterait donc un excédent de 150 000 tonnes disponibles pour l’étranger. Mais la production actuelle se maintiendra-t-elle indéfiniment, ou du moins est-on assuré que l’épuisement des puits de naphte n’aura pas lieu avant plusieurs siècles? C’est là un gros point d’interrogation.

Je ferai remarquer d’abord que trois ou quatre siècles ne sont pas l’éternité pour une grande nation appelée aux plus hautes destinées. Une Société peut dire : « Le naphte ne manquera jamais », parce qu’il lui suffit d’en avoir pendant la durée relativement très courte de son existence. Un empire, c’est autre chose.

Et cependant, si j’en crois un juge bien désintéressé, que j’ai eu l’honneur de vous présenter au début de ce voyage, les industriels eux- mêmes ne sont pas complètement rassurés.

« On peut affirmer qu’il n’est pas un seul exploitant de naphte qui ne se préoccupe sérieusement de l’avenir. Chacun se demande si le gîte de pétrole n’est pas près de s’épuiser, si l’on ne s’est pas fait d’illusions sur sa richesse ; mais comme les éléments d’appréciation basés sur des observations scientifiques font défaut, chacun en est réduit aux conjectures et l’on se sent plus ou moins inquiet.

« Un fait indéniable et qui s’est manifesté avec une régularité pour ainsi dire mathématique, c’est qu’après chaque extraction de 10 millions de pouds il a fallu approfondir les puits d’une sagène (2 m. 13). Or cel approfondissement est une opération délicate et chanceuse; il faut donc en creuser de nouveaux. Mais ici se présente une autre difficulté : où faut-il creuser? C’est que le prix de revient des puits augmente notablement avec la profondeur, et le fonçage d’un puits stérile n’est plus aujourd’hui une quantité négligeable; il s’agit, au bas mot, d’une dépense de 20 000 roubles. Donc, où faut-il creuser?

C’est cela qu'on ignore. Après dix années de travail, on n’est pas beaucoup plus avancé qu’au premier jour. »

M. Hagemans considère le plateau de Balakhani- Sabountclii « comme étant le dos d’une selle, due à un soulèvement local à la suite duquel une fracture se serait produite dans les couches pliocènes sus-jacentes; des dénudations postérieures auraient graduellement élargi cette fracture jusqu’au périmètre actuel du plateau, en laissant apparaître à la surface de celui-ci les couches éocènes sousjacentes qui renferment le gisement de pétrole. Jusqu’à présent tous les puits avaient été foncés au sommet et dans les parties avoisinant le sommet de la selle; on n’avait donc eu à traverser que la série des couches éocènes pour rencontrer le gîte. Mais aujourd’hui on s’écarte de plus en plus de ce point « de moindre profondeur ». Or plus on s’éloigne de ce point, plus les puits devront être profonds, non seulement à cause de l’inclinaison des couches formant les deux versants de la selle, mais aussi à cause de la réapparition des strates pliocènes que l’on n’avait pas eu encore à traverser. »

Un célèbre chimiste russe, M. Mendeleïeff, ne s'effraye pas de cette augmentation de profondeur, qu'il attribue à ce fait que, le sol naphtifère étant perforé d’un grand nombre de puits, les gaz s’échappent dans l’air, la pression souterraine diminue et le niveau du naphte descend en conséquence. « L’industrie peut la supporter sans aucun malaise. En Amérique, il y a des puits de naphte qui sont deux fois plus profonds que ceux de Bakou (440 mètres environ), et les exploitants ne se tiennent pas encore pour battus. A plus forte raison l’épuisement ne doit pas être redouté à Bakou, où les quatre cents puits produisent relativement plus de naphte que les vingt-quatre mille puits américains. »

M. Louis Nobel, dont la haute compétence ne saurait être discutée, ne se montre pas moins optimiste : « La

Bakou gare du chemin de fei

BAKOU ET LES SOURCES DE PÉTROLE

presqu’île d’Apchéron mesure en superficie près de 1200 milles carrés, dont 3 milles carrés seulement son! en exploitation. De 1832 à 1880, cette partie relativement restreinte a donné 240 millions de pouds de naphte (3 850 000 tonnes), quantité qui, uniformément répartie sur le plateau exploité, représenterait une couche de 18 pouces seulement (0 m. 45) d’épaisseur; il s’ensuit que ce qui nous paraît énorme n’est rien en comparaison des richesses accumulées dans les terrains pétrolifères de Bakou. »

Il me sera permis de dire que cette opinion serait plus facilement soutenable si les gisements formaient une nappe continue; or il n’en est rien. Réfléchit-on, d’autre part, que, dans ces vingt dernières années, on a extrait plus de pétrole à Bakou — 8 à 10 millions de mètres cubes — qu’il n’en a été retiré en deux ou trois mille ans? A ce train-là il n’est pas surprenant que l’appauvrissement des gîtes se manifeste déjà par des symptômes indiscutables.

23 septembre.

Avant de quitter Tiflis, le touriste ne peut se dispenser de faire une excursion à Baïbad, centre d’une autre exploitation de naphte appartenant à M. Taguïelî. Si le pétrole est d’origine volcanique, si le plateau de Balakhani occupe l’emplacement d’un ancien cratère, du moins il est certain que le gîte ne s’y trouve pas localisé.

On quitte à regret ces lieux où la nature paraît accomplir encore son travail des premiers âges. M. Thyss m’accompagne à la gare, un monument de style original et parfaitement aménagé à l’intérieur. Si la Russie a pris tardivement sa place parmi les nations civilisées, elle a joliment rattrapé le temps perdu.

Le lendemain matin, après un excellent voyage de nuit,

VOYAGE A MEHV

je me retrouvais à Tillis, où le retour presque simultané des fonctionnaires du service des eaux me permettait de conduire à bonne fin des études dont je vous ai suffisamment parlé au commencement de ce récit.

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