‹ Voyage à MervChapitre 34 sur 46 · Longueur de la mer Noire · texte numérisé non relu

Longueur de la mer Noire

Au temps d'Hérodote . . . . 2 054 kil .

de Slrabun . 1 620 —

De nos jours . 1 030 — ,

Largeur de la mer Noire :

Au temps d’Hérodote . 610 kil.

de Strabon . 555 —

De nos jours . 386 —

RETOUR EN FRANCE

les mesures de Strabon et depuis Strabon, la diminution d’étendue de cette mer, provenant du soulèvement général du sol, aurait continué à se manifester. 11 en serait de même pour la mer Caspienne.

Ces souvenirs vous reviennent en mémoire à la vue du Kazbek, pendant la demi-heure d’arrêt qui permet de prendre un second déjeuner. Pourquoi faut-il s’arracher si vite à la contemplation de la montagne sainte! La face nordest, qui nous est entièrement visible, s’élève en pente assez douce — en apparence du moins — depuis la station de poste; un large fleuve de glace descend d’un trou circulaire situé près du sommet 1 ; ce cirque, bordé de falaises noires qui se détachent sur le fond des neiges persistantes, semble avoir été creusé par une gigantesque vrille, car ces falaises en surplomb sont exactement perpendiculaires à la surface du cône et rendraient l’ascension impossible de ce côté. Vous distinguez du reste la route suivie par les montagnards qui se rendent, paraît-il, assez souvent en pèlerinage sur la cime suprême; elle suit, comme celle du mont Blanc, une série d’arêtes à l’abri des avalanches, et nous paraît à distance parfaitement abordable. En outre, telle est la transparence de l’atmosphère, que vous vous faites une illusion complète sur les proportions et les distances; vous croiriez pour ainsi dire toucher du bout du doigt ces grands massifs de roches trop inclinés pour conserver la neige et qui paraissent de simples cailloux. Mais ils mesurent des centaines de mètres de hauteur, le chemin à parcourir dépasse dix kilomètres et doit escalader une hauteur verticale de 12 000 pieds. Il n’y a ici ni Grands- Mulets, ni Petits-Mulets, et, pour entreprendre celte expédition hasardeuse, il faut être bien sûr de ses forces.

Nous quittons un peu avant quatre heures ce lieu, qui

1. U se nomme le Stepan Tzminda. De Ions les glaciers du Caucase, c’est celui qui descend le moins bas (2898 mètres). Celui qui s’épanche le plus loin atteint la cote 1T39.

mériterait un long séjour. Trois chevaux sont attelés, la route militaire s’engage dans un épouvantable défilé, au fond duquel le Térek roule son flot déjà puissant dans un lit de 100 à 200 mètres de largeur. Des rochers partout, de hautes murailles fortement striées et plus ou moins solides, des éboulements innombrables, pas un brin d’herbe. Les lacets du chemin, plus étroit et moins bien soigné que sur l’autre versant de la chaîne, se déroulent à flanc de falaise au-dessus du précipice tapissé de gros galets; une simple murette de 40 centimètres retiendrait la voiture, si un essieu cassait ou si un cheval venait à s’abattre; et j'avoue que, dans les tournants, le mouvement de roulis dû à la force centrifuge me fit souvent fermer les yeux. Décidément les calèches particulières offrent cet avantage qu’on peut y parler en maître et en modérer l’allure.

A six kilomètres au delà du dernier relais, le défilé s’ouvre sur la gauche pour recevoir la vallée secondaire de l’Amiliclika, qui sert de bassin au plus célèbre des huit glaciers du Kazbek, le Devdoraki. On aperçoit à 5 kilomètres sa masse formidable, qui poursuit sa marche vers la vallée où nous sommes et semble prête à f engloutir. Ne vous récriez pas, la catastrophe s’est déjà produite.

« Le couloir d’Amilichka, par lequel devrait s’épancher le bas glacier, est trop étroit pour laisser passer la masse comprimée. Celle-ci s’accumule en une digue énorme, à plus de 200 mètres d’élévation le long des parois; mais quand la pression des eaux retenues devient très considérable, la digue cède, et le tout, eaux, glaces et pierres, s’écoule par le ravin de l’Amilichka et vient barrer le cours du Térek d’une masse boueuse qui n’a plus rien de l’aspect du glacier. Depuis 1776, le Devdoraki s’est écroulé six fois. En 1832, il barra la gorge de Térek sur deux kilomètres et cent mètres de haut. Le torrent, qui d’autres fois avait été retenu plusieurs jours, s’arrêta seulement pendant huit heures devant cette digue, qu’il finit par percer d’une

Kazbek et glacier du Devdoraki.

immense voûte ; mais la masse entière, évaluée à 16 millions de mètres cubes, mit plusdedeux années à fondre en entier*.»

Un a proposé de rendre ces écroulements impossibles « en échancrant les parois du ravin de l’Amilichka de manière à faciliter le passage aux glaces » ; on espère ainsi qu’elles ne formeront plus barrage à la partie supérieure du glacier et se fondront régulièrement avant d’atteindre la route militaire. Ce grand travail, s’il s’exécute, sera sans doute le premier de son espèce ; mais il ne semble pas irréalisable avec l’emploi des nouveaux explosifs, et, comme un intérêt stratégique s’y attache, il ne faudra pas s’étonner si les Russes donnent ici une nouvelle leçon aux vieilles nations civilisées 1 2.

Le défilé se prolonge sur une vingtaine de kilomètres jusqu’à la porte de Darial, défendue par un fort où nous voyons une sentinelle cosaque monter la garde en se promenant à grands pas, sabre en main.

La nuit approche, le vent souffle du nord, et il fait froid dans ce ravin désert que le soleil échauffe pendant deux ou trois heures à peine dans les beaux jours. Il nous reste à franchir près de 50 kilomètres avant d’être à Yladikavkaz. Heureusement la vallée s’élargit, le chemin, qui circule dans le thalweg et passe plusieurs fois d’une rive à l’autre du Térek, devient moins dangereux et moins mauvais, à part quelques lacunes non entretenues où il faut mettre pied à terre et pousser à la roue.

A cinq heures, nous arrivons à la station de Lars, où l’on change rapidement de chevaux. Le maître de poste nous en donne quatre pour rattraper le temps perdu. Et fouette, cocher! A six heures, nous avons dévoré les vingt kilomètres qui nous séparent du dernier relais, Balda, où la gorge prend

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