‹ Voyage à MervChapitre 36 sur 46 · Elisée Reclus, Riccioli · texte numérisé non relu

Elisée Reclus, Riccioli

RETOUR EN FRANCE

Mais dans la seconde moitié de ce siècle, ils attaquent la Circassie par le nord et par l'est, font main basse sur le défilé du Darial, prennent 2000 kilomètres carrés dans la haute vallée du Térek, et à peu près autant au nord de la Koubane.

En 1801, la Géorgie tout entière, où ils peuvent pénétrer par la gorge de l’Aragva, fait spontanément sa soumission, préférant la paix sous la domination l usse à l’état de guerre perpétuelle où la réduisait le voisinage des Persans. Tout le bassin supérieur de la Koura, Tillis, Elisabethpol, Alexandropol, un magnifique domaine de 30 000 kilomètres carrés, s’ajoute sans coup férir à l’empire moscovite.

A partir de cette date, les Russes, qui ont pris pied dans la Transcaucasie, marchent à pas de géants. De 1802 à 1830, tout le bassin inférieur de la Koura, le littoral de la Caspienne depuis Pétrovsk à Lenkoran, la rive gauche de l'Araxe, les pâtés montagneux de l’Arménie, la vallée du Rion et tout le bassin transcaucasien de la mer Noire, y compris la chaîne du Caucase occidental depuis le Kasbek à cette mer, tombent entre leurs mains. Ils possèdent dès cette époque, du côté de la Turquie, la frontière qu’ils avaient encore avant la dernière guerre de 1878 et qu’ils ont conservée du côté de la Perse. C’est un agrandissement d’au moins 150 OOO kil. carrés. Et remarquez bien que, à part les massifs arméniens, les zones conquises s’étendent à toutes les plaines qui entourent au nord, au sud et au midi les chaînes du Caucase oriental, où s’est concentrée la résistance des montagnards indépendants. A l’ouest, la brèche du Darial est fortement occupée, la route militaire s’est construite, et le Daghestan se trouve complètement isolé du reste du monde. La résistance s’y prolongea jusqu’en 1859 : mais que serait-il advenu si les Russes avaient entrepris de forcer dès le principe l’accès de ces montagnes, ou si, négligeant de bloquer Schamil, ils s’étaient un beau jour rencontrés avec des canons de fabrique allemande

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ou anglaise? Un ne saurait trop louer leur stratégie patiente, réfléchie, temporisatrice; entre leurs mains, ce système a fait ses preuves, au Caucase comme dans le Turkestan, et pourra les mener loin.

Après la conquête, la colonisation. La Caucasie est presque aussi grande que la France ; elle mesure 465 00U kilomètres carrés L et sa population n’atteint pas tout à fait 6 millions d’habitants. Les Russes se sont mis à l’œuvre avec une persévérante énergie. On ne sait pas assez dans l’Europe occidentale qu'ils possèdent des qualités colonisatrices de premier ordre. En 1858, ils n’étaient que 850 000 au Caucase; ils sont aujourd’hui plus du double : Géorgiens, Arméniens, Persans, Tatares et Turcs, ont aussi augmenté en nombre dans une forte proportion 2; seuls les montagnards « irréconciliables » tendent à disparaître; leur popu la lion est tombée de 1 400 000 à un million 3.

Il n’entre pas dans mon sujet d’étudier l’ensemble des moyens mis en œuvre par la Russie pour rendre à son ancienne splendeur celle contrée qui nourrissait jadis vingt millions d’hommes et possédait les plus fertiles plaines du monde. Je puis dire seulement que l’un des leviers de la domination l usse consiste dans le développement des voies de communication.

Le chemin de fer de Batoum et Poti à Bakou, long de 900 kilomètres, — la distance de Paris à Marseille, — relie la mer Noire à la mer Caspienne et permet d’effectuer en trente-six heures un trajet naguère extrêmement pénible

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