Rapport du général en chef
instant solennel, parut si beau à ses compagnons d’armes, qu’ils croient encore avoir vu en lui le Dieu de la guerre. Derrière l’enceinte, 40 000 hommes étaient entassés, dont une dizaine de mille cavaliers, tous résolus à combattre jusqu’à la mort *. Leur résistance fut héroïque, mais la brèche finit par se garnir de canons russes, le carnage devint terrible dans l’intérieur de la citadelle et la mort ne choisit pas ses victimes. « On fit peu de prisonniers tekkés, mais il tomba entre les mains des Russes près de 4000 femmes et enfants qu’on logea près de la forteresse. La Société de la Croix-Rouge s’empressa de s’occuper de ces malheureux; elle leur fournit des vivres, du linge, des chaussures et d’autres objets de première nécessité. Les Russes perdirent 4 officiers et 35 soldats tués; 180 officiers et 236 hommes blessés ; 10 officiers et 75 hommes contusionnés ‘1 2. » La déroute qui suivit ce combat fut quelque chose d’effroyable. « A quatre heures de l’après-midi, — dit Skobeleff dans son Rapport officiel , — voyant le succès de toutes les colonnes, la cavalerie fut conduite par moi à travers la forteresse et mise à la poursuite de l’ennemi, qui battait en retraite du côté du nord, en deux grandes masses.
« L’ennemi fut poursuivi par l’infanterie sur une distance de 10 vers tes, et par la cavalerie 6 verstes plus loin; ce n’est que la profonde obscurité et la disparition définitive de l’ennemi qui nous obligèrent à arrêter la poursuite et à renvoyer les troupes au camp.
« Pendant cette poursuite faite par les dragons et les cosaques, et soutenue par un peloton de mineurs montés, il fut tué 8000 personnes des deux sexes.
1. Les Tekkés ne possédaient que quelques petits canons, dont ils ne savaient pas se servir. Mais ils avaient de bons fusils et d’excellents sabres. Skobeleff estima que la prise de Ghéok- Tépé coûta la vie à 20 000 indigènes.