‹ Voyage à ParisChapitre 10 sur 28 · LE MAL DE MER · texte numérisé non relu

LE MAL DE MER

Mme, A, Mais nous sommes presque hors de vue de la terre. Je puis à peine voir la cote à présent.

Mr. A, C'est à cause du brouillard, mon amie ; du côté de la mer, il est si épais que vous ne pourrez presque rien voir. Capitaine, croyez-vous que nous ayons mauvais temps?

Le capitaine. Je n'aime pas cette brume, elle s'étend sur l'eau, et c'est un précurseur de mauvais temps. Les marins ne l'aiment jamais. Elle dure depuis quelques jours.

Claire, Est-ce que le vaisseau ne commence pas à rouler un peu ? J'ai cru tout à l'heure que j'allais tomber.

Edouard, Maintenant il commence à rouler. Oh, cela ressemble à mon bateau à Newport. Regardez-moi comme je traverse le vaisseau en courant; je marche comme un homme ivre.

Un 'matelot. Monsieur votre fils n'a pas encore ses pieds marins.

Mr, A. Non, vraiment ; et il est difficile pour moi aussi d'aller d'un endroit à l'autre, sans me cramponner à quelque chose.

M'ine, A. Ce mouvement est très-doux, et comme cekii d'un berceau; mais quand le vaisseau remonte après le rouHs, cela me rend mal à mon aise, je ne sais pas comment, et je voudrais que le mouvement finît.

Edouard, Oh, c'est superbe ! Je voudrais qu'il nous roulât presque du pont.

M^ne, A, Comment pouvez-vous dire cela, Edouard ! J'avoue que je l'aime de moins en moins à chaque instant. J'aimerais me coucher quelque part sur le dos ; j'ai besoin de me reposer la tête.

Mr. A, Eh bien, conchez-voiis sur ce banc. Voici un coussin et un châle pour mettre sous votre tête. Etesvous bien maintenant ?

3Ime, A, Oui, cela va mieux. A présent je me trouve à merveille.

Claire, Maman est cependant très-pâle.

Mme, A, Vraiment? Mais je me trouve très-bien, malgré cela. Il est à présent agréable de sentir ce mouvement— c'est-à-dire, je ne désire pas que le vaisseau roule tout' à fait tant, ni tout le temps. Là, il descend trop bas maintenant; est-ce qu'il ne se relèvera jamais? Oh, il se relève trop à présent, et je vais assurément rouler de ce banc. Oui, j'aimerais mieux que le roulis s'arrêtât. Crojez-vous, mon ami, que cela continue ainsi?

Mr, A, J'espère que non, ou que vous vous y habituerez, mon amie. Vous trouvez-vous un peu malade ?

3fr)ie, A, Oh, non ; c'est-à-dire, un tel roulis et un tel tangage ne me semblent pas naturels; mais je ne suis pas malade, seulement je ne suis pas dans mon assiette ordinaire. J'aimerais mieux me tenir tranquille. Je n'aimerais pas me promener, et l'idée même de descendre à ma cabine me fait horreur; mais cependant je voulais y aller, pour mettre tout en ordre avant le dîner. Comment y arriverais-je jamais ? J'aimerais tant y être.

M)\ A, Vous ferez bien, cependant, de rester ici. Si vous avez froid, je ferai apporter des châles ; et quand vous voudrez absolument descendre, je ferai en sorte qu'on vous porte en bas.

Mrne.A, Il me semble que je ne pourrai jamais m'en aller d'ici, et — et — Oh, je suis si malade — aidez-moi — aidez-moi !

3£r, A, Là, mon amie; maintenant, mettez-vous sur le dos, et vous serez bientôt mieux. Essayez de dormir: en dormant vous oublierez tout.

Claire* Papa, voulez-vous aller me chercher un châle

et un coussin ? Maman a les miens, et je commence à me sentir drôlement aussi.

Charles, Je vais aller chercher tous les châles; moi, je ne sens rien. Les femmes et les filles sont de si faibles créatures !

M'i\ A, Du courage, mon amie, pendant quelques minutes ; ne vous laissez pas abattre. Charles sera de retour à l'instant.

Claire, Mais il me semble déjà si long, papa. Oh, est-ce qu'il ne sera jamais de retour?

Charles. Me voilà, Claire. Maintenant mettez-vous ici sur ce banc et sur le dos. Je vous couvrirai chaudement.

Claire, Oh que vous êtes aimable ! quel bon frère î et quelle obligeance de votre part de descendre jusqu'à la cabine pour moi! Je n'oublierai jamais cela; moi, je ne pourrais pas le faire pour un empire.

Charles, Bah! cela n'était rien — seulement deux escaliers. Vous êtes cependant heureuse d'être sur le pont; c'est terriblement enfermé en bas, et je me suis senti tout drôle moi-même avant mon retour à l'air.

Claire, Oh, Charles, j'ai horriblement mal au cœur; je ne puis plus rester ainsi. Oh! supportez ma tête — oh!

Charles, Là ! — là ! Maintenant faites comme maman ; mettez-vous sur le dos et dormez. Elle dort déjà.

3fr, A, En voilà déjà deux ! Et vous, Charles, vous trouvez-vous tout à fait bien ?

Charles, Oh, oui; moi, je suis bien — c'est-à-dire, tout cela ne me semble pas naturel, mais je n'ai pas le mal de mer.

3Ir, A, Et vous, Edouard, vous êtes un peu tranquille en ce moment, et vous n'avez pas mangé votre orange.

Edouard. Mais j'en ai mangé deux à table, jDapa, et je n'ai plus faim à présent.

Mr. A. Eh bien, pendant que maman et Claire dorment, je vais fumer un cigare, je pense; mais non, voila une

74 VOYAGE A. PAKIS.

pauvre dame qui souffre, et elle ne sait comment se soigner. Je vais l'aider. Madame, vous êtes dans la plus mauvaise position possible, en vous appuyant ainsi sur une chaise; vous devriez vous mettre sur le dos. Là — comme cela.

Xa dame. Oh, merci, monsieur; mais j'ai peur maintenant de rouler par terre.

Mr,A. Oh, non; je me placerai ici de sorte que vous ne pourrez tomber. Là, vous voyez que cela est impossible, n'est-ce pas?

Xa dame. Oh, oui ; et je vous remercie infiniment, monsieur. Que vous êtes bon pour moi! Avant votre arrivée j'étais si malheureuse; mais cela doit vous ennuyer.

Mr, A, Oh, non; je n'ai rien à faire pour le moment, et vous me paraissiez si misérable, que je n'ai pu résister à l'envie de vous venir en aide. Vous pouvez à présent dormir, si vous vous tenez sur le dos — du moins pour quelque temjDS, et oublier toutes vos peines.

Xa dame. Oh, que je vous remercie, et comment vous le rendre jamais!

Mr,A, Mais, ce n'est rien; je n'ai pas le mal de mer, et je n'ai rien à faire. — Mais elle dort déjà. J'irai voir comment vont ma femme et ma fille. Ah! toutes les deux dorment tranquillement. Si elles pouvaient seulement dormir jusqu'à ce que le mal de mer fût passé! J'irai revoir mon autre malade. Comment ! vous êtes déjà éveillée ?

Xa dame. Oh, je suis si contente que vous soyez revenu, monsieur! Comment pourrai-je me passer de votre secours ! Vous ne me quitterez pas une seconde fois, n'est-ce pas ?

Mr, A, J'ai une femme et une fille, toutes les deux malades, mais elles dorment. Soyez tranquille, cependant, je verrai à ce que vous soyez soignée, si je suis obligé de

EXERCICES DE COîî^VEESATION FEANÇAISE. 75

VOUS quitter. Maintenant ne pensez qu'à cela, et tâchez de vous rendormir.

La dame. Je ferai tout ce que vous m'ordonnerez, monsieur.

LE MAL DE MER {sUlté),

Charles, Papa, Edouard est très-pâle. Venez donc le voir. Il est devenu très-tranquille, et il s'est assis. Je ne l'ai jamais vu comme cela.

Mr, A, Eh bien, Edouard, vous ne vous sentez jDas bien ?

Edouard, Je pense, papa, que j'aimerais aller à la cabine et me coucher — nous nous sommes levés de si bonne heure ce matin.

Mr, A, Venez donc. Je vais aller avec vous et je vous coucherai. Charles, ayez soin de votre maman et de votre sœur.

Edouard, Oh, papa!

Mr, A, Du courage pour un instant, mon fils. Je vous porterai dans mes bras quand nous serons en bas ; et nous voici. Votre lit est tout prêt. Mais vous pleurez ! Pourquoi cela ?

Edouard, Je — ne — voudrais — pas — être malade.

Mr, A, Mais, mon fils, ne pleurez pas pour cela. Tout le monde est sujet à avoir le mal de mer. La plupart de nos passagers l'ont déjà, et ce sont des hommes très-forts.

Edouard, Moi, je n'aime pas leur ressembler en cela.

Mr, A. Mais beaucoup de grands hommes ont aussi eu le mal de mer. Je me souviens d'avoir lu que Napoléon I, à son voyage en Egypte, a fait construire exprès pour lui un lit pour éviter cette maladie, et cela a été inutile. Il en a souflTert tout comme les autres. Ne pleurez donc pas, mon enfant ; vous n'êtes pas le seul, comme vous voyez.

Le commissaire même de ce vaisseau, qui navigue depuis vingt années, souffre du mal de mer à chaque voyage. Il n'y a pas de quoi pleurer. Presque tout le monde a le mal de mer. Si je ne l'ai pas moi-même, c'est par exception; et c'est heureux pour vous tous, parceque cela me permet de vous soigner. Vous trouvez- vous mieux à présent ?

Edouard. Oh, oui, papa; et maintenant allez voir maman.

Mr, A, Est-ce que je puis vous quitter sitôt ?

Edouard. Oh, oui, papa ; je me sens déjà mieux, et maman peut-être souffre toujours. Vous reviendrez cependant bientôt, n'est-ce pas?

Mr. A. Certainement ; je ne vous laisserai pas seul longtemps. Au revoir.

Edouard. Mais, papa, vous avez oublié quelque chose, n'est-ce pas ?

3Ir. A. Quoi donc, mon enfant ?

Edouard. De m'embrasser, papa.

Mr. A. Voilà, mon enfant, et voilà. Vous ne pleurerez j)lus, n'est-ce pas, maintenant que vbus savez que Napoléon le grand a souffert exactement comme vous ?

Edouard. Non, papa ; mais revenez vite me voir, n'est-ce pas ?

M)\ A. Certainement ; je vous soignerai bien. Pouvezvous dormir à présent ?

Edouard. Je vais essayer.

Mr. A. Eh bien, je dirai aussi à Michel de rester près de vous, et de vous soigner si vous avez besoin de quelque chose, et je reviendrai bientôt moi-même. Je pense ramener avec moi votre maman et Claire.

Edouard. Partez donc tout de suite, papa, pour être plus tôt de retour.

Mr. A. Mais, ma foi, voici Charles qui arrive. Vous aussi, mon fils, vous avez le mal de mer ?

Charles, Maman et Claire sont endormies, et j'ai senti

EXERCICES DE COXYERSATIOX FRANÇAISE, il

que je me trouverais mieux dans mon lit; mais à présent l'air est si mauvais ici que — que — oh, aidez-moi, papa ; je ne puis plus me tenir.

M?\A. Là! — là! Maintenant, Charles, je vais vous coucher aussi, le plus tôt possible. Mettez-vous sur le dos, et dormez si vous le pouvez. Heureusement nous avons tous très-peu dormi dernièrement.

Charles. Je me sens déjà mieux, et vous pouvez me quitter pour aller voir maman et ma sœur.

Jlr, A. J'irai donc les rejoindre pour un instant.

3Inie, A, Oh, mon ami, comme je suis contente que vous soyez venu! Si je pouvais seulement dormir un peu plus longtemps ! Mais cela me sera impossible, j'en suis sûre. Quel supplice que ce mal de mer !

Jfr, A. Si vous étiez dans votre lit, et en robe de chambre, ne vous trouveriez-vous pas mieux?

3Ime, A, C'est possible, et certes je voudrais y être ; mais le moyen d'y arriver ? Je trouve qu'ici on n'est pas dans un endroit convenable pour être malade; mais la seule pensée de changer de place me rend plus malade encore. Je. n'ai plus de courage, jdIus de patience, plus d'intérêt en quoi que ce soit. N'est-ce pas un supplice, ce mal de mer?

3I)\ A. Du courage, mon amie, le pis est passé; du moins vous ne vous sentirez pas plus mal qu'à présent; et de temps à autre vous vous trouverez mieux ; et, mettant les choses au pis, vous vous en tirerez dans un ou deux jours.

3ïine, A, Mais, un ou deux jours ! Cela me semble à présent le reste de ma vie. Oh, ce misérable roulis, et cet horrible balancement du vaisseau !

3L\A, Eh bien, je vais vous descendre dans votre lit. Si vous ne pouvez pas marcher, je vous porterai, ou un des garçons vous portera; ils y sont habitués. Là, cramponnez-vous à la rampe ; il n'y a qu'un ou deux pas de plus ;

et nous voici arrivés enfin. Couchez-vous tout de suite, et attendez, pour vous déshabiller et pour mettre votre robe de chambre, que vous soyez un peu reposée. Edouard et Charles sont tous les deux dans leur lit.

Mine. A, Oh, quelle odieuse maladie! elle me les a fait oublier. Est-ce qu'ils souffrent beaucoup, les pauvres enfants ?

3fr. A. Non, pas beaucoup ; mais tous les deux se sont rendus tout à fait. Comme chez tous les hommes, la première attaque de la maladie les abat complètement.

Mme. A, Mais qui donc peut y résister? D'un seul coup vous perdez l'usage de vos membres, et tout espoir en même temps. Mais allez trouver Claire, maintenant; elle est toute seule, et elle peut avoir besoin de vous, la pauvre fille. Voyez d'abord, je vous prie, comment vont nos fils.

Mr. A. Je puis les voir d'ici. Ils dorment tous les deux, et sont pâles comme des cierges. Je serai bientôt de retour, et très-probablement avec Claire.

Claire. Oh, papa, que je suis contente que vous soyez venu! Le sommeil m'a fait beaucoup de bien, et si je puis seulement rester tranquille, je crois que je m'en tirerai.

Mr. A. Je l'espère. Votre mère et vos frères sont dans leurs lits, et je m'attendais à vous trouver disposée à y aller aussi.

Claire. Oh, pas maintenant, papa! Il me semble que l'air est la seule chose à présent qui puisse me faire du bien, et la pensée d'en être privée me rend misérable de nouveau.

Mr. A. Alors, je crois que vous serez une des premières à vous en tirer. Quand on est réellement vaincu par cette maladie, on abandonne tout, et on devient indifférent à tout — à la vue, au bruit, aux odeurs, à la chaleur, au froid, à l'humidité, à la faim et à la soif, et à toute sympathie humaine. On désire seulement qu'on vous laisse

tranquille. Mais vous avez toujours un vif besoin d'air; vous ne serez donc pas longtemps malade, ma fille. C'est un bon signe ; et, comme vous pouvez vous passer de moi maintenant, je vais retourner auprès de votre mère.

LE MAL DE MER (sUlté),

Mr,A, Michel! Michel!

Jlichel. J'arrive, monsieur; me voilà. Qu'est-ce que je puis faire pour monsieur?

Mr, A, Comme vous voyez, ma femme est ici dans son lit, et mes deux fils sont dans les leurs, mais on étouffe ici. Wy aurait-il pas moyen de fiiire entrer de l'air frais ?

llichel Impossible, monsieur. Il fait mauvais temps dehors, et si on ouvrait les ventilateurs l'eau entrerait. Monsieur peut laisser les deux portes ouvertes, et je vais les attacher.

3Ii\ A, Oui, faites cela ; et ouvrez au moins ces deux ventilateurs près du plafond. Ah! cela est un peu mieux, mais il sent toujours mauvais malgré tout. {A Mme. A.) N'avez-vous pas de l'eau de cologne, mon amie ? Je pense que si j'en répandais dans la cabine, et que si je trempais votre mouchoir dedans, cela améUorerait un peu pour vous l'état des choses.

Mme, A. Oh, oui, j'ai une grande bouteille d'eau de Cologne et une autre de lavande, si seulement vous pouvez les trouver. Elles doivent être au haut de la malle. Ouvrez-la; je pense les voir là, à gauche.

Mr. A. A la bonne heure, les voici je vais corriger tout en un instant.

Mme, A, Versez-en dans un verre et ajoutez-y un peu d'eau. Oui, c'est délicieux. Du moins un de mes sens

80 VOYAGE A PAKIS.

peut être toujours agréablement impressionné. Maintenant arrosez toute ma cabine et la vôtre aussi.

Jir. A, Quelle bonne idée de l'avoir apportée !

Jfme. A. J'ai bien pensé que nous en aurions besoin.

Michel, Voilà, monsieur; c'est tout ce que nous pourrons faire pour aujourd'hui. Demain, s'il fait beau temps, nous pourrons mieux faire. A présent, n'est-ce pas que madame aimerait bien un peu de bouillon, très-chaud? Cela récomforte l'estomac.

Mille, A. Quelle horreur ! Je ne pourrais pas en avaler une goutte, pas pour un empire. Non, non ; laissez-moi seulement tranquille. Il me semble que je pourrai encore dormir. Laissez-moi, mais allez voir comment vont les enfants.

Mr. A. Eh bien, Charles, comment ça va-t-il? Edouard dort, mais vous paraissez assez éveillé.

Charles, Je vais mieux, certainement ; et en lisant j'oublie ce que j'endure ; mais de temps à autre le mal de mer me revient ; c'est pourquoi j'aime mieux être ici.

Edouard, {Qui se réveille.) Tiens, papa, Charles est couché aussi?

Mr,A. Oui, le voilà, juste au-dessous de vous. Il a été forcé de céder aussi. Vous voyez donc que vous avez du monde pour vous tenir compagnie dans le malheur. Et la mer est très grosse, et presque tous les passagers, sauf moi, sont malades. Aussi, il n'est pas étonnant que vous le soyez aussi, et il n'y a pas en cela de quoi être honteux. Voilà qu'on sonne pour le dîner. Vous ne voulez pas, sans doute, aller dîner aujourd'hui, mais je puis vous en apporter. Ne voulez-vous pas quelque chose ?

Edouard, Oh non, papa, rien du tout.

Mr, A, Comment, vous ne pouvez penser à rien que vous désirez manger? — des fruits? — des gâteaux?

Edouard, Croyez-vous que je puisse avoir des bonbons acides ?

EXEECICES DE CO]S"VEESATION FRANÇAISE. 81

Mr, A, Certainement, ou ce qui est meilleur, un morceau de sucre au jus de citron. L'odeur des citrons est très-agréable dans une cabine. Et, Charles, qu'est-ce que je peux vous apporter?

Charles, Rien, papa, absolument rien.

Mr. A, Michel! Michel! •

MiclieL Me voici, monsieur.

Mr. A. Pourriez-vous m'avoir quelques bonbons acides ou un citron frais ?

Michel. Tous les deux, monsieur, et à l'instant.

3îr. A. Eh bien, je vais monter sur le pont. Apportezles à la cabine de mes fils, avec un ou deux morceaux de sucre. Ils vous diront que faire après.

Michel. Oui, monsieur. Monsieur sait, je suppose, qu'on a sonné pour le dîner?

Mr. A. Oui; je dînerai tout à l'heure, mais il faut que j'aille d'abord voir si ma fille, qui est sur le pont, a besoin de quelque chose.

Michel, Mais monsieur peut aller dîner; j'aurai soin que rien ne manque à mademoiselle.

Mr. A. Merci; j'aime mieux l'aller voir moi-même. (^Sur le 2^ ont) Eh bien, Claire, vous vous portez mieux, j'espère. Vous en avez au moins l'air.

Claire. Vraiment, papa? Mais j'ai encore été trèsmalade, et je ne me souciais pas alors de mon apparence.

3Ir. A. Mais il est certain que vous avez meilleure mine; et peut-être à présent une tasse de bouillon trèschaud ....

Claire. Oh, ne m'en parlez pas, papa. Je ne puis penser à lien, ni à boire ni à manger, qui me fasse jDlaisir. Mais il me semble que l'odeur d'un citron me serait agréable.

3Ir. A. C'est justement ce qu'Edouard vient de demander; je vous en apporterai un. Mais voici Ozanne qui vient, il nous en cherchera un.

Ozanne. Est-ce que mademoiselle veut prendre quelque chose, monsieur? — une tasse de bouillon chaud, ou de l'eau sucrée avec un peu de rhum ou d'eau-de-vie?

Mr, A, Nous parlions en ce moment d'un citron, seulement pour le sentir. Comment, Claire, aimeriez-vous un peu d'eau-de-vie dans de l'eau sucrée ?

Ozanne, Mademoiselle trouvera cela très-bon pour l'estomac, si elle vient d'être malade.

Claire, Je n'en ai jamais pris de ma vie, mais il me semble que je l'aimerais, et que cela me ferait du bien.

Mr, A, Eh bien, sur mer tout est permis. Essayez-en, quoiqu'on en dise.

Ozanne, Mais, monsieur, tout le monde prend un grog, les dames comme les messieurs.

3Ir, A, Vous appelez donc cela un grog?

Ozanne, Oui, monsieur, cela s'appelle toujours ainsi. Est-ce que mademoiselle prendra un grog à l'eau-de-vie ou au rhum ?

Mr. A, Votre eau-de-vie vient de France, n'est-ce pas ?

Ozanne, Oh oui, monsieur; c'est de l'eau-de-vie française.

Mr, A, Dans ce cas, que ce soit un grog à l'eau-de-vie ; et n'oubliez pas le citron.

Claire, A présent, j^apa, qu'Ozanne va m'a;:porter tout ce qu'il me faut, vous ferez bien d'aller dîner. Je suis très-heureuse que vous soyez au moins en bonne santé.

Mr, A, Oh, je ne vous quitterai pas que je ne vois comment vous trouvez un grog, comme Ozanne l'appelle. Le voici de retour. Vous boirez à ma santé, n'est-ce pas ?

Claire, Je vais seulement le siroter ; et votre santé est vraiment la seule qui n'ait pas besoin d'être portés,

Mr, A, Autre preuve que vous allez mieux: vous commencez à redevenir méchante.

Claire, Oui, et je deviendrai furieuse si vous ne me quittez pas pour aller dîner, papa.

3fr. A. Et qu'est-ce que vous voulez que je vous rapporte de la table? Y a-t-il quelque chose?

Claire, La seule chose à laquelle je puisse penser, c'est des dattes. J'ai l'idée que j'en avalerais avec plaisir.

3Ir. A. Bien, vous n'aurez pas à les attendre. Ozanne vous en apportera tout de suite. ^

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