‹ Voyage à ParisChapitre 13 sur 28 · COUP DE MER. PREMIÈRE MATINEE SUR MER · texte numérisé non relu

COUP DE MER. PREMIÈRE MATINEE SUR MER

3fr. A. (A lui-même.^ Eh bien, voilà une journée de passée, et aucun d'eux n'en est beaucoup plus mal ! Il ne fait pas trop clair ici ; mais je n'ai pas beaucoup de toilette à faire. Ce tricot pardessus ma chemise de nuit me tiendra chaud, et je serai prêt à me lever sur le champ. Le vaisseau roule tant que je pourrais rouler hors de mon lit. J'arrangerai mon matelas en pente, de telle façon que je puisse me coucher dans le creux entre lui et le bord de la cabine. Là, me voilà calé ! Ah ! on a éteint la lanterne. J'étais juste à temps. Bien le bon soir, Monsieur A. Oh, bon soir, monsieur. Je suis déjà à moitié endormi.

Charles. ( Qui s'éveille.) Quelle secousse ! Et comme l'eau entre à flots par l'escalier! Est-ce que cela vous a éveillé, papa? Qu'est-ce que c'est?

3fr. A. Le steamer a reçu un coup de mer, voilà tout ; mais il doit avoir été rude. Ecoutez le bruit de l'eau qui se précipite sur le plancher des couloirs. Les passagers semblent en être dérangés. J'entends Michel qui parle. Comme ils courent çàetlà! On éponge le plancher; l'eau doit avoir jDénétré dans quelques unes des cabines. Nous sommes heureux d'être du côté du vent ; elle n'a pas pénétré ici. Aussi, dormez toujours ; cela ne nous regarde pas.

Charles, Est-ce que le temps est moins gros, papa?

Âfr. A. Non, il est pire que jamais; nous avons une rude nuit, mais nous marchons très-vite, et il fait clair. Avez-vous bien dormi jusqu'à présent?

Charles, Oui, je dors très-bien. Bon soir.

3Ir, A. Bonne nuit. J'étais forcé de me le dire à moimême tout à l'heure. Je me suis levé de si bonne heure ce matin, que je dormirai tard demain matin. Qu'il me

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semble longtemps depuis notre départ de l'hôtel à New York ce matin ! Mais, bon soir, encore une fois. Ne me réveillez pas le matin si vous vous éveillez le premier.

Charles, Non; j'ai nn livre dans mon lit, et je lirai le matin dès qu'il fera jour.

Mr, A, Bien, et maintenant bonne nuit jDOur de vrai; bonne nuit.

Charles, Comme il ronfle, papa ! Mais ce n'est pas étonnant qu'il dorme si jDrofondëment; il n'a rien fait toute la journée que de nous soigner tous les quatre. Et quelle journée! Je n'ai jamais tant fait dans une journée de ma vie ; mais, cependant, j'ai dormi la plupart du temps. Je n'ai cependant pas été aussi malade qu'Edouard. J'espère être guéri demain matin. Je veux faire — je veux —

je - • •

Mr, A, {Qici s'' éveille,) Quelle nuit! Je suis aussi gêné, aussi raide que si j'avais dormi à l'air toute la nuit. J'ai la sensation d'avoir lutté aussi. Je vois que vous êtes éveillé, Charles, mais Edouard dort toujours. Ne le réveillez pas. Comment vous trouvez-vous ? Vous avez faim?

Charles, Pas très-faim ; mais je n'ai pas le mal de mer.

3ïr, A, Comptez-vous vous lever?

Charles, Non ; j'aimerais mieux rester couché ici. Je lis depuis près d'une heure, et je suis très-bien, mais je n'ai pas envie de me lever.

Mr, A, Michel va vous apporter quelque chose à manger, si vous le voulez.

Ozanne, Non ; j'attendrai que vous soyez habillé.

Mr, A, Avez-vous dormi profondément ?

Charles, Assez, mais pas aussi profondément que vous, je crois. Du moins, je ne pense pas avoir fait tant de bruit.

Mr, A, Comment, du bruit? Vous ne voulez pas dire que j'ai ronflé? Je ne ronfle jamais quand je dors.

Charles. Oh, non, papa; on ne ronfle jamais; mais votre imitation était parfaite.

Mr. A, Je me demande si vous n'auriez pas ronflé aussi, si vous vous étiez levé d'aussi bonne heure que moi, et si vous aviez été aussi occupé.

Charles, C'est très-probable, papa; mais cela ne m'a pas dérangé du tout. N'avez-vous pas peur de vous couper en vous faisant la barbe ? — le vaisseau roule tant.

Mr, A, Non ; cela n'est pas facile, mais c'est possible. J'écarte les pieds, vous voyez, et je me laisse aller aux mouvements du vaisseau. De cette manière je me tiens ferme. Je ne négligerais de me raser pour rien au monde. La propreté la i3lus parfaite est une nécessité plus grande pour moi sur mer que sur terre, au point de vue de l'agrément. Se laver est un procédé assez long, mais j'en suis récompensé quand l'opération est terminée. Je suis tout prêt à présent; et voilà Edouard qui se réveille.

Edouard, Bon jour, papa. Avez-vous eu le mal de mer ?

Mr, A, Non, mon enfant. Pourquoi ?

Edouard, Et Charles, était-il très-malade ?

Charles, Pas aussi malade que vous, mais je n'ai pas à m'en vanter.

Edouard, Et maman et Claire, étaient-elles malades?

Mr, A, Toutes les deux ; maman surtout. Mais jDresque tout le monde à bord était malade, et l'est probablement encore. Mais vous, comment vous trouvez-vous ? Voulezvous une bonne tranche de beefsteak pour votre déjeuner?

Edouard, Oh non, papa ; je n'ai pas faim. Je ne pense avoir besoin de rien. J'aimerais rester couché ici et lire.

Mr, A, Bien, je vais voir votre mère et votre sœur, et je serai bientôt de retour.

3Uchel, Mais, bonjour, bonjour, messieurs. Comment ça va-t-il ? Je vais vous avoir du bouillon chaud, ou du café au lait, et une brioche. Lequel aimeriez-vous le mieux ?

Tous les deux. Oh, rien du tout; nous n'avons pas faim.

Michel. Mais si ; cela vous fera du bien — du bouillon chaud. Il faut manger quelque chose — il le faut. Cela va vous faire du bien.

Tous les deux. Mais nous n'avons pas faim. Nous ne voulons rien du tout.

Michel, Eh bien, tout à l'heure donc. Je vais revenir. Mais il faut manger quelque chose ; mais il le faut. Cela vous fera du bien.

Mr, A. {A sa fem'me.) Eh bien, comment avez-vous passé la nuit, toutes les deux ?

Mme, A, Comme ci, comme ça. Je me suis éveillée à pou près cent cinquante fois, mais au bout du compte je ne suis j)as trop mal. On ne trouverait pas cela une bonne nuit sur terre ; mais ici il faut s'en contenter, je suppose.

Mr. A, Et vous, Claire ?

Claire, J'ai dormi toute la nuit, et je ne fais que de me réveiller.

Mr, A, Avez-vous envie de manger? Vous pouvez avoir du café ou du thé et une brioche, ou une tasse de bouillon, ou quelque autre chose, — et ici dans votre lit, si vous le voulez.

Mme, A. Oh, je ne puis rien prendre encore.

Claire, Je pense pouvoir prendre une tasse de café et une brioche. Elles sont très-appétissantes le matin.

Mr,A, Michel va vous en apporter une. Vous, du moins, serez bientôt sur le pont et guérie.

Claire, Oh, quel soulagement de sentir que c'est presque passé ! Je meurs d'envie d'être à l'air.

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