‹ Voyage à ParisChapitre 3 sur 28 · SUR LES AFFAIRES DES BAÎ^-QUIERS · texte numérisé non relu

SUR LES AFFAIRES DES BAÎ^-QUIERS

' Charles, Je n'ai pas voulu, papa, montrer mon ignorance devant Monsieur B., mais je ne comprends pas entièrement cette lettre de crédit, et j'aimerais savoir tout ce qui s'y rapporte. D'abord, qu'est-ce que c'est qu'une lettre de crédit ?

Jir. A, Pour vous répondre, je prendrai la mienne comme exemple. Vous voyez que c'est une lettre signée par Monsieur B. et adressée à Messieurs D. et Cie, Paris, et aussi à tous leurs correspondants de cette liste de villes, imjDrimée sur cette même feuille. Mr. B. prie Messrs. D. et Cie, ou qui que ce soit de tous ces autres banquiers, de me payer de telles sommes que je leur demanderai, et d'endosser la date et le montant de tels paiements sur la lettre. Il faut que je signe ces endossements, et je puis toucher de l'argent de cette façon dans toutes ces villes, jusqu'à ce que la somme pour laquelle la lettre est écrite soit épuisée. Charles, Oui, papa, je comprends cela, mais je ne comprends pas pourquoi tous ces banquiers veulent bien payer

de l'argent à quelqu'un qui vient leur en demander avec une lettre de crédit.

Mr. A, Parce que les banquiers trafiquent sur l'argent ; c'est-à-dire, qu'ils l'achètent et le vendent, tout comme les autres marchands achètent et vendent les marchandises. Quand vous leur demandez de l'argent sur votre lettre de crédit, ils vous donnent l'argent sur l'ordre écrit de Mr. B. que A'ous leur présentez, mais ils le passent au comjDte de Mr. B. tout comme s'ils lui avaient vendu des marchandises à crédit, et qnand Mr. B. apprend cela à Boston, alors il en demande le paiement à mon associé.

Charles, Oui, mais les marchandises, ou l'argent plutôt, est livré dans le pays étranger. Comment Mr. B. va-t-il rendre l'argent aux banquiers étrangers avec la commission j)our avoir fait l'affaire ?

Mr, A, Cela peut se faire de deux manières. Le banquier peut remettre de l'or, en le faisant assurer naturellement. Quelquefois cela se fait, et chaque steamer emporte et rapporte j)lus ou moins d'or pour le règlement des comptes des banquiers des deux pays. L'autre manière est d'acheter et de remettre ce qu'on appelle change, ou change sur l'étranger. Par exemple, Mr. B., notre banquier, doit à Messrs. D. et Cie., nous allons supposer, dix mille dollars qu'il désire leur payer. Mais les Messrs. D. et Cie. doivent dix mille dollars à quelqu'un à Boston qu'ils désirent également payer. Or, si Mr. B. payait dix mille dollars à Boston à la personne à laquelle Messrs. D. et Cie. doivent cette somme, alors leur dette serait acquittée par lui, et comme il l'a payée pour Messrs. D. et Cie., il a acquitté sa dette envers eux.

Charles, Alors les deux dettes sont acquittées sans envoyer d'argent d'un côté ou d'un autre.

Mr. A. Oui, mais le cas n'est pas ordinairement aussi simple. Il se peut qu'il y ait bien des personnes ici qui désirent payer des dettes à l'étranger, et beaucoup d'étran-

gers qui veulent payer leurs dettes ici. Corarnent savoir qui ils sont? Pour faciliter cela il y a toujours des banquiers qui s'occupent d'acheter et de vendre le change sur l'étranger, c'est-à-dire, des effets payables à l'étranger pour de telles sommes qu'on leur demande. Ces effets coûtent plus que la somme pour laquelle ils sont remboursables, ce qui laisse un profit au banquier qui les vend, et lui permet de payer les frais de transport de l'argent de temps à autre, quand la balance de change entre les deux pays l'exige.

Charles, Alors, pour payer de l'argent à l'étranger on n'a qu'à acheter une lettre de change sur l'étranger et à l'expédier.

Mr, A, Voilà tout.

Charles, Et puis, si les étrangers nous doivent plus d'argent que nous ne leur en devons, ils sont obligés de nous envoyer de l'or, et si nous leur devons plus qu'ils ne nous doivent, c'est nous qui leur en envoyons.

Mr, A, En termes généraux c'est cela, mais le fait est qu'une certaine quantité d'or voyage des deux côtés continuellement, et la route qui suit la plus grande partie détermine le prix des billets de change de jour en jour.

Charles, A présent je pense que je comprends à fond. D'abord, si Mr. B. à Boston doit à Mr. H. à Paiis, et si Mr. H. à Paris doit la même somme à Mr. S. à Boston, alors Mr. B. peut payer son argent à Mr. S. pour le compte de Mr. H. de Paris, et les deux dettes sont ainsi payées. Mais si Mr. H. ne doit rien à personne à Boston, alors Mr. B. sera obligé de lui remettre le paiement de sa dette d'une autre manière. Aussi il lui envoie un billet de change qu'il achète ici ; c'est-à-dire, il paie toujours l'argent ici, mais au banquier qui lui vend le billet de change, et celui-ci peut employer l'argent à payer quelque autre dette étrangère dont il peut avoir connaissance.

14 VOYAGE A PAEIS.

Mr. A. Oui; c'est un résumé assez correct de toute l'affaire.

Charles. Mais si le banquier qui doit vous payer de l'argent à Paris, sur la lettre de crédit que vous venez d'acheter, faisait faillite, et ne pouvait vous donner d'argent quand vous lui en demanderiez, que feriez-vous dans ce cas-là?

3fr. A. Je m'adresserais à quelque autre banquier qui connût Mr. B., et il est probable qu'il me viendrait en aide ; ou bien, gî'âce au câble, une nouvelle lettre pourrait être émise dans le délai de deux ou trois jours.

Charles. Dans ce cas, puisque vous n'avez pas payé la lettre, vous ne perdriez rien, je suj)pose.

3Ir. A. Rien du tout. Cela coûte un peu plus cher, mais c'est le meilleur moyen d'arranger son crédit, si c'est possible, et c'est également sûr pour les deux parties. Le banquier devrait exiger que ceux qui sont garants des paiements fussent complètement responsables; cela les assure entièrement contre les pertes ; et s'ils ne le font pas, c'est leur faute s'ils perdent; et la personne qui achète la lettre de crédit ne peut rien jDerdre, puisqu'elle ne paie qu'au fur et à mesure qu'elle touche l'argent. La faillite de son banquier ne peut donc lui coûter qu'un retard, et lui causer quelques inconvénients.

Page 1