PROMENER SUR UN VAISSEAU
Mr. A. Allons, mes enfants, réveillez-vous. Vous voyez que je suis presque habillé; je n'ai plus que mes bottes à mettre. Je vais appeler Michel, et vous pourrez avoir quelque chose à manger, si vous voulez, avant de vous lever.
Edouard. J'aimerais avoir mie seule brioche.
Mr. A. Ne voulez-vous pas aussi du café?
Edouard. Non, papa ; seulement le gâteau.
Charles. Je voudrais une tasse de café avec ma brioche.
Mr. A. Eh bien, je ferai apporter tout cela. — Michel! Michel!
Michel. Voicî, monsieur ! Bonjour, messieurs; voici vos bottes; qu'est-ce qu'il faut apporter pour les jeunes gens?
Mr, A. Seulement une tasse de café et quelques brioches.
Michel, Bien, monsieur ; et pour les dames ?
Mr, A, Je vais voir. Vous pouvez apporter ce que j'ai dit, et je vous dirai après s'il y a autre chose à fldre.
Michel. Je vais l'apporter tout de suite, monsieur.
Mt, a, {A sa femme,) Eh bien, mon amie, avez-vous bien dormi?
Mme, A, Oh, très-bien ; c'est la première nuit que nous ayons réellement bien passée depuis le départ.
Mr, A, Et à présent voulez-vous commencer la journée en mangeant quelque chose avec du café ou du thé ?
Mme, A, Je pense que je ]3i"endrais une tasse de thé avec plaisir.
Claire, Et moi aussi.
Mr, A, Une tasse de café, pas trop fort, vaudrait mieux ; et les brioches ont meilleur goût avec le café.
Mme, A, Je n'ai pas encore grande envie de manger, mais j'essaierai une des brioches.
Mr, A, Vous les trouverez excellentes pour un premier déjeuner.
Michel, Voilà, monsieur ; j'ai apporté ce que vous m'avez demandé pour vos fils ; et maintenant pour les dames ?
Mr, A, Elles prendront la même chose, — des brioches et une tasse de café au lait pour chacune — pas très-fort.
Michel, Je vais les apporter à l'instant, monsieur.
Mme, A, Charles et Edouard sont-ils encore levés?
Mr, A, Non, ils sont tous les deux dans leur lit, et prennent là leur premier déjeuner, comme s'ils n'avaient jamais fait autre chose de leur vie.
Mme, A, Un déjeuner au lit ! c'est drôle pour des Américains, mais je me demande ce qui n'est pas drôle sur mer.
Mr, A, Mais partout en France vous pourrez faire cela si vous voulez. Cela va sans dire si vous le préférez; mais moi, j'aime mieux me lever, et déjeuner à table.
Mme. A, A quelle heure est le second déjeuner?
Mr. A, A bord du vaisseau, dans une heure et demie à j)eu près; c'est-à-dire, à neuf heures. En France, à onze heures, parcequ'on ne dîne pas avant six ou sept heures ; tandis qu'ici, on dîne à quatre heures, comme vous savez.
Mme. A. Mais de neuf heures à quatre heures de l'aprèsmidi est un temps assez long.
Mr, A. Vous oubliez qu'on a un goûter à une heure, où l'on sert du bouillon, des viandes froides, et des fruits. Vous n'avez pas encore assisté à un lunch; mais la plupart des voyageurs en i3rennent. Quant à moi, je n'aime pas le bouillon sur mer, et je préfère attendre le dîner avant de manger pour la troisième fois. Voici Michel qui revient avec le café.
Mme. A. Ces brioches sont réellement très-bonnes ; elles donnent faim et la satisfont, n'est-ce pas, Claire ?
Claire. Oui, elles sont légères et sèches; elles ne sont pas très-nourrissantes, mais assez pour le commencement de la journée.
Mr. A. Je vais monter sur le pont à présent. A midi aujourd'hui nous serons probablement au milieu de l'océan. Je compte vous faire monter sur le pont pour voir les officiers faire le point.
Mme. A. Revenez donc nous chercher ; nous serons prêtes avant le déjeuner, — le second, bien entendu.
Mr. A. On s'habitue facilement à faire deux déjeuners, et quand vous serez de retour, vous le trouverez difficile de vous contenter seulement d'un. Vous verrez.
Claire. Vous répétez toujours, papa, "vous verrez." Vous croyez donc que nous allons nous franciser tout d'un coup, et complètement?
3fr. A. Vous vous conformerez à ces habitudes étrangères, c'est certain — et en très-peu de temps. Si cela demandait du travail ou de la volonté de votre part, cela n'arriverait peut-être pas; mais tout cela marche si natu-
rellement, sans qu'on y fasse attention, que l'on oublie bientôt qu'on a eu d'autres habitudes toute sa vie ; vous verrez — pour me servir encore de mon expression favorite. Mais, si je ne vous quitte pas, il y a une chose que vous ne verrez pas, — c'est l'observation du soleil à midL Je vais appeler Michel pour qu'il emporte les assiettes ; c'est trèsdésagréable de les garder quand on n'en a plus besoin.
Mme, A. Dites aux enfants de venir me voir avant de monter sur le pont.
3Ir, A. Eh bien, mes fils, est-ce que vous êtes tout prêts? Vous avez mis assez de temps à vous habiller!
Charles, Nous avons eu beaucoup à faire outre cela.
Mr,A, Quoi donc?
Charles. Mais, à nous tenir debout. Si on n'est pas tout le temps sur ses gardes, on est exposé à être jeté d'un côté de la cabine à l'autre ; et nous avons été occupés la moitié du temps à prendre garde au roulis du vaisseau.
31r. A. Il faut faire comme moi; écartez les jambes le plus possible, et laissez-vous aller au mouvement du vaisseau. Cela demande de l'attention pendant quelque temps, mais on finit par s'y faire à la fin.
Edouard, Que les habits qui sont pendus semblent drôles quelquefois ! Ils ont l'air de se tenir à angle droit avec le bord de la chambre, et les lampes suspendues font de même.
3ïr. A, Exactement ! Et ces objets se balancent ainsi, suivant les lois de la pesanteur. Tous les matelots aussi, en se jDromenant sur le pont, se penchent d'abord d'un côté puis de l'autre, ou ils se tiennent droits, suivant le mouvement du vaisseau.
Charles, J'avais remarqué cela dans l'allure des matelots sur terre, mais j'ai pensé que c'était une habitude de la marine, et faite exprès pour attirer l'attention. Mais puisque cela vient de la nécessité, le mieux que nous pourrons faire sera d'essayer d'imiter les matelots.
Edouard, J'ai maintenant mes pieds marins, et je vais me pencher comme font les matelots.
Mi\ A, Eh bien, venez avec moi, et nous essaierons cela tous les trois.
Charles, Comme la mer semble tranquille ! Elle est unie comme une glace ; mais cependant, quand j'étais en bas, j'ai trouvé que le vaisseau roulait toujours autant.
Mi\ A, C'est qu'en effet il roulait autant, mais la surface de l'eau est quelquefois unie, quand il y a en même temps beaucoup de houle. Et savez-vous qu'en versant de l'huile sur l'eau, la mer la plus agitée devient unie, quoique la houle ne soit pas diminuée.
Charles, Est-ce qu'on fait jamais cela?
Mr, A, Quelquefois ; et très-peu d'huile suffit. Si on désire s'embarquer dans une chaloupe sur une mer trèsagitée, il est utile de rendre d'abord les eaux unies avec un peu d'huile.
Edouard, Nous pouvons aller sur le gaillard d'avant, n'est-ce pas, papa? J'aimerais me tenir à la proue du vaisseau pour le voir sillonner la mer.
Mr, A, Certainement. Il nous est permis d'aller partout sur le pont, mais les passagers de seconde classe n'ont pas la permission de venir ici. Ils semblent cependant s'amuser tout autant que les passagers de première classe.
Edouard. Ils ont là un singe, et son propriétaire le mène partout avec une corde autour du cou.
Charles, Oui, i:iapa; et cela me rappelle quelque chose. Hier soir un des passagers a dit au fils du capitaine, quand il était onze heures passées: "Comment! les singes et les petits enfants ne sont pas encore couchés?" Cela a blessé l'amour propre du petit garçon, et il a répondu à l'instant,
mais d'un ton très-poli et respectueux : " Si les singes sont couchés, monsieur, il me semble que vous devriez .l'être."
3£r, A, Est-ce que personne ne l'a réprimandé pour son impertinence ?
Charles, Oh, oui; le docteur était là, et il lui a fait faire une apologie. Il a ôté son chapeau et répété les paroles que le docteur lui a dictées. Mais après tout, je croyais qu'il avait raison, car il ne faisait que se défendre.
Mi\ A, Ce qu'il saura probablement toujours faire, vu qu'il commence de si bonne heure. A présent, nous ne pouvons pas aller plus loin. Voici deux matelots qui sont stationnés ici à toute heure du jour et de la nuit. L'un d'eux est à la droite, qui s'appelle tribord, l'autre à gauche, ou à bâbord. C'est leur devoir de guetter les vaisseaux ou les autres objets qui peuvent paraître.
Charles, Est-ce qu'ils ont un quart de quatre heures comme les autres?
Mr, A, Non, ils changent de quart toutes les heures, parcequ'ils sont obligés d'être extrêmement vigilants, et qu'ils sont très-exposés, n'ayant d'autre défense contre le vent et les vagues que leurs vêtements de toile cirée. Il faut aussi qu'ils crient toutes les demi-heures, quand on sonne, et chacun à son tour, " mon quart tribord," " mon quart bâbord;" et il faut la nuit qu'ils se promènent un peu tout le temps, pour prouver qu'ils sont éveillés.
Charles, Je suis bien aise que nous soyons venus ici. La mer a un aspect tout nouveau vue d'ici, comme le vaisseau sillonne l'eau. J'aime aussi à me tenir à l'arrière du vaisseau, et le voir se soustraire aux vagues qui le suivent et qui semblent vouloir le rattraper. Hier quand la mer était si agitée, il y avait quelquefois un abîme derrière le vaisseau à une profondeur d'au moins trente pieds ou plus, et puis les vagues s'élevaient de quinze à vingt pieds plus haut que le vaisseau, et se penchaient vers nous
comme si elles voulaient s'abattre sur le pont; mais, d'une manière ou d'une autre, nous y échappions toujours.
Mr. A, Eh bien, cela ne se passe jDas toujours comme cela. Les vagues passent quelquefois par-dessus la poupe, mais pas souvent. Avez-vous remarqué que quand le vaisseau est monté très-haut l'hélice est sortie tout à fait de l'eau?
Charles. Je ne l'ai pas vue, mais j'ai entendu siffler quelque chose.
Mr. A. C'était l'hélice. Aussitôt que la résistance de l'eau est enlevée, elle tourne très-rapidement dans l'air. Naturellement elle ne fait plus marcher le vaisseau, et quelquefois cela détraque l'hélice.
Charles. Savez-vous, papa, qui a inventé l'hélice ?
Mr. A. C'est un Français, nommé Frédéric Sauvage. Le premier essai a été fait au Havre en 1843 à bord du Napoléon.
Charles. Il a dû être bien fier du succès de son invention.
Mr. A. Peut-être; mais s'il l'a réellement vu, cela était de la fenêtre d'une prison pour dettes.
Charles. Et il n'a jamais reçu de récompense pour son invention ?
Mr. A. Si ; le gouvernement lui a accordé une modeste pension, mais on avait déjà décoré le constructeur du vaisseau, dont le seul mérite était d'avoir suivi les dessins et les plans de Sauvage.
Edouard. Comment l'a-t-on décoré, papa ; qu'est-ce que cela signifie ?
Mr. A, On lui a donné la croix de la Légion d'honneur— institution fondée par Napoléon premier. D'abord, on ne décorait que les soldats distingués ; mais depuis, cette croix a été la récompense attribuée par la nation à tous les genres de mérite, et les Français l'estiment beaucoup. Mais voilà le capitaine et son premier officier avec leurs
178 VOYAGE A PAKIS.
instruments; ils vont faire le point. Il faut que nous fassions venir maman et Claire sur le pont pour les voir faire. Charles peut rester ici avec vous, Edouard, et j'irai les chercher. — Mais vous voilà arrivées ; j'allais justement vous chercher : les officiers commencent leurs observations.
3Ime. A. Et ils peuvent les continuer, je ne m'y oppose pas ; seulement, ne vous attendez pas à ce que je les comprenne; cela m'a toujours été impossible.
Claire, J'ai appris quelque chose de cela à ma pension, mais, il faut le dire, sans y rien comprendre, et j'oublie à présent le peu que je savais alors.
Charles, Mais je ne le trouve pas difficile à comprendre.
Claire. C'est que vous n'êtes pas une demoiselle. Nous avons d'autres sujets de réflexion qui sont beaucoup plus importantes.
Charles. Mais on ne pourrait pas diriger le vaisseau gans ces connaissances.
Claire, Qu'est-ce que ça nous fait? c'est l'affaire des officiers. Je ne m'attends jamais à commander un vaisseau ; mais il y a des choses que je puis faire mieux que vous avec toute votre science.
Charles, Lesquelles, je vous prie?
Claire, Je puis coudre, crocheter, tricoter, parler français, jouer du piano, danser, et — faire un pudding mieux que vous.
Charles, Oh, je ne doute pas de tout cela, sauf de la dernière chose, à laquelle je ne crois pas.
Claire, Eh bien, comme dit papa, un jour vous verrez.
Edouard, J'espère y être, — surtout si vous réussissez.
Claire, Oh, soyez tranquille; je fournirai des preuves satisfaisantes, et vous en serez le juge, Edouard.
MANIÈRE DE DÉTERMINER LA LATITUDE, d' APRÈS LES OBSERVATIONS DU SOLEIL À MIDI.
Mr, A. Eh bien, Charles, puisque Claire trouve qu'il est plus important pour une demoiselle de savoir faire un pudding que de diriger un vaisseau, — ce que je trouve vrai, — nous la laisserons tranquille. Mais la plupart des passagers, les dames comme les messieurs, prennent beaucoup d'intérêt à ces observations de chaque jour. Il est probable que pas un sur cent ne les comprend, mais cela ne fait rien. Je me demande si vous en savez plus long qu'eux.
Charles, Je pense les comprendre, mais je ne sais si je pourrais les expliquer à d'autres.
Mr. A. Eh bien, essayez. Le capitaine vient de regarder plusieurs fois Thorizon à travers un instrument. Pourquoi cela?
Charles, Chaque fois qu'il regarde il observe l'altitude du soleil au-dessus de l'horizon. Il commence à quelques minutes avant midi, et il ne cesse que quand l'altitude du soleil commence à décroître. A cet instant il est midi i:)récis ; car midi n'est que l'instant de chaque jour où le soleil passe le méridien, ou, en d'autres mots, atteint à sa plus grande altitude.
3Ir, A, Mais nous avons des montres à bord ; ce sont des chronomètres, et ils ne varient pas d'une seconde pendant des mois entiers. Pourquoi ne pas les consulter pour savoir quand il est midi?
Charles, Parceque nous sommes maintenant près de vingt-cinq degrés à l'est de l'endroit où ces chronomètres ont été mis à l'heure; et il est midi ici plus tôt qu'il ne le sera là. Les chronomètres ne marquent donc pas l'heure à l'endroit où nous sommes, quoiqu'ils puissent la marquer pour l'endroit où ils ont été mis à l'heure.
Mr. A. Eh bien, est-ce que c'est tout ce qu'on détermine par les observations du capitaine?
Charles, Du tout. On détermine par l'altitude du soleil la latitude exacte du vaisseau.
3Ir, A, Et si le capitaine nous disait quelle est l'altitude, pourriez-vous me dire quelle doit être la latitude?
Charles, Pas sans un livie de navigation, car il fimt que je sache aussi la vraie position du soleil aujourd'hui. Celle-ci varie tous les jours de l'année, et des tables sont nécessaires, puisque personne ne peut se rappeler toutes les positions du soleil pendant une année.
Mr, A. Eh bien, vous la connaissez pour le 21 des mois de juin, mars, septembre, et décembre, sans aucun livre, n'est-ce pas ?
Charles, Oui. Le 21 mars et le 21 septembre, le soleil est sur l'ëquateur; le 21 juin, il est sur le tropique du Cancer, — c'est-à-dire, le parallèle de latitude de 23° 28' nord, — et le 21 décembre il est sur le parallèle de 23° 28^ au sud de l'équateur.
3fr, A, C'est bien. Maintenant sujDposons que ce soit aujourd'hui le 21 mars, et que le capitaine vous dise que le soleil à midi fait avec l'horizon un angle de 44° ; quelle serait notre latitude, et comment vous y prendriez- vous pour la trouver ?
Charles, Nous serions sur le parallèle de 4G° de latitude nord, ce que j'obtiendrais en soustrayant simplement 44°, ou l'altitude, de 90°; parceque notre horizon s'étend toujours à 90°, et par conséquent l'horizon de 46° s'étend à 44° au sud de l'équateur. Mais le soleil est sur l'équateur le 21 mars ; c'est-à-dire, à une altitude de 44° pour la latitude de 46° nord.
Mr, A, Mais, supposons encore que ce soit le 21 juin, et que l'altitude du soleil observée par le capitaine soit 70° ; quelle serait alors notre latitude, et comment la trouver?
Charles, Nous serions sur le parallèle de 43° 28^. D'abord il faut que je soustraie 70° de 90°, et puis que j'ajoute 23° 28' au reste.
Mr, A, Comment prouvez-vous que ce résultat est exact?
Charles, L'horizon de 43° 28^ s'étend à 46° 32^ au sud de réquateur; mais comme le soleil est situé dans la latitude de 23° 28' nord de l'équateur, si nous ajoutons 46° 32' à 23° 28^5 le total doit être notre hauteur du soleil, ou 70°, et c'est cela en effet.
Mr. A, Eh bien, essayez encore une fois. Supposons que le soleil aujourd'hui soit sur le parallèle de 12° 10' au nord de l'équateur, et que le capitaine trouve que son altitude soit 56° 28' ; quelle doit être alors la latitude ?
Charles, 45° 42' de latitude nord ; car l'horizon de cette latitude s'étend à 44° 18' au sud de l'équateur. Mais comme le soleil est à 12° 10' au nord de l'équateur, sa hauteur sera 44° 18'*f-12° 10', ou 56° 28', comme vous l'avez donnée.
Mr, A, Quelle règle suivez- vous donc pour trouver la latitude ?
Charles, Je soustrais la hauteur du soleil déterminée par le sextant de 90°, et j'ajoute à la différence la latitude du soleil d'après les tables. Mais cette règle ne peut servir que pour des endroits au nord de la position du soleil. Le principe est cependant vrai pour toutes les latitudes.
3Ir, A, Eh bien, faisons en l'application quand le soleil est au sud de l'équateur; disons à 15° au sud. Nous supposerons qu'on sache que l'altitude est 38° ; à quelle latitude doit être alors le vaisseau?
Charles, Si le vaisseau est au nord de l'équateur, il seVa sur le 37° de latitude, car l'horizon s'étendra à 53° au-dessous de l'équateur; et puis, en soustrayant au lieu d'additionner, j'obtiens 38° pour la hauteur. Mais si le vaisseau était dans l'hémisphère méridionale, je trouve que la latitude serait 67° sud. L'horizon s'étendrait alors à 23°
au nord de l'équateiir, auxquels j'ajouterais 15°, et j'obtiendrais pour la hauteur du soleil 38° une seconde fois.
M}'. A, Comment s'appelle l'instrument avec lequel le capitaine fait ses observations?
Charles, On se sert ordinairement d'un octant, mais un sextant suffit.
]Kr, A, Et quel est en somme le principe de son usage?
Charles, On dirige Finstrument vers l'horizon, et l'image du soleil est réfléchie dans un miroir qui y est attaché. On fait descendre cette image dans l'instrument, de telle manière que le soleil et l'horizon se trouvent au mênie point. Les degrés et minutes qu'on traverse en faisant cela sont marqués sur un arc de cercle, et ils correspondent toujours à l'altitude du soleil.
Mr, A, Mais n'est-ce pas que l'image du soleil dans le miroir éblouit l'œil de l'observateur?
Charles, Non; il y a plusieurs miroirs, dont on peut se servir à volonté, tous plus ou moins opaqifes. Par un temps très-clair on se sert de la couleur la plus foncée, et un jour brumeux des verres les plus transparents.
Mr, A, Mais il y a bien des jours où le soleil ne se voit pas du tout ; savez-vous ce qu'on peut faire alors ?
Charles, Il faut qu'on dirige le vaisseau à l'aide de calculs faits d'après le loch et la boussole. Ils ne peuvent être tout à fait exacts, mais faute de quelque chose de mieux ils sont suffisants.