‹ Voyage à ParisChapitre 24 sur 28 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

l'approche du havre. — la fijs" du voyage.

Mr, A, Allons, mes enfants, réveillez-vous ; nous sommes encore une fois en pleine vue de la France, et dans une ou deux heures nous serons au Havre. Je vais trouver maman et Claire.

Edouard, Nous serons bientôt prêts, papa.

Charles, Il est facile de nous habiller à présent que nous y sommes habitués. En effet, le roulis me semble un accompagnement naturel de la toilette, et je me demande comment je pourrai m'en passer sur terre.

Mr, A, Vous vous tiendrez comme les matelots qui marchent si drôlement sur terre.

Mine, A, (Se réveillant,) Nous avons donc passé notre dernière nuit sur mer? Comme le jour de notre départ me semble éloigné à présent, malgré le peu de temps que nous avons mis à traverser l'océan! Comme le voyage semble facile, et notre mal de mer peu de chose! Je ne redouterai jamais à l'avenir un voyage par mer.

Claire, Est-ce que nous serons au Havre avant le déjeuner, papa ?

3Ir, A, Oh, non; du moins on nous en donnera h bord, quoique nous arrivions vers neuf ou dix heures; aussi vous ferez bien cle vous préparer bientôt. Toutes

les malles doivent être montées sur le pont, et il y a beaucoup de dernières choses à faire.

Edouard. Nous voici, papa. N'est-ce pas que nous nous sommes dépêchés? Puis-je monter sur le pont?

Mr, A, Oui ; j'irai avec vous et je reviendrai quand maman et Claire seront prêtes, ce qui sera ... ?

Mme. A. Pas trop tôt. Il faut vous rappeler que nous allons quitter le vaisseau, et . . .

Mr. A, Oui, oui, je comprends. A présent vient le moment de prouver que madame une telle sait bien s'habiller, et qu'elle a du goût, malgré les mauvaises impressions sur ce chapitre qu'un négligé involontaire aura créées pendant le voyage.

Mme. A. Vous ne voudriez pas, je crois, que nous nous habillions toujours pour une tempête, et pour nous garantir de l'embrun des lames?

Mr. A. Ob, non, certes. Faites de votre mieux, et il faut surtout montrer à la dame française ce que sait faire l'Américaine en fait de toilette. Outre cela, nous serons bientôt dans un pays où le goût est exquis, et il faut se refaire à l'élégance le plus tôt possible. — Mais venez donc, Edouard ; montons sur le pont.

Michel. Monsieur veut-il que je monte les malles, pour qu'elles soient prêtes à être transportées à terre ?

Mr, A, Est-ce que cela presse ?

Michel. Oh, non, monsieur, si monsieur désire les laisser plus longtemps en bas. Je serai toujours ici aux ordres de monsieur, et il pourra choisir son moment. Est-ce que madame prendra son déjeuner ici?

3Ir,A, Merci, Michel; madame va montei' sur le pont dans quelques minutes, et elle déjeunera à table.

Michel. Monsieur me trouvei'a ici pour monter les châles quand madame sera prête.

Mr. A, Merci encore, Michel. Vous avez été trèsattentif pour nous pendant le voyage ; je me souviendrai

toujours de vous, et voici un petit cadeau de la part de nous tous.

Michel, Oh, monsieur est bien bon. J'espère que vous aurez tous un bon voyage partout où vous irez, et s'il arrive que monsieur retourne en Amérique par le Pereire, j'espère le servir encore, et de mon mieux.

Mr, A, Je ne demande pas mieux, Michel. — Mais voici votre mère, Edouard, qui s'est préparée pendant que je parlais avec Michel; aussi, montons tous ensemble. Que ce corridor et cet escalier me sont devenus familiers ! Au commencement, pendant les premiers jours, je trébuchais toujours ici, et j'étais ballotté d'un côté à l'autre; mais à présent je puis suivre mon chemin dans l'obscurité. On apprend vite à se tenir à la rampe, et à éviter tous les mouvements du vaisseau.

Edouard, Oh, voilà encore la terre en vue, et voilà les canons prêts à tirer. Comme ils brillent !

Charles, Quel tas de malles ! Cette fois tout le monde va partir, je crois.

Mr, A, Tout le monde excepté les passagers de troisième classe; ceux-là doivent rester à bord jusqu'à ce que le steamer soit au quai. Nous gagnerons la terre dans un paquebot comme on faisait à Brest.

Mme, A, La côte ici a un tout autre aspect que celle de Brest; elle est plus blanche, plus escarpée, et il y a plus de maisons en vue.

Mr. A. Il n'y a pas de grande différence entre les deux villes quant à la grandeur et au nombre des habitants; mais le Havre est plus en vue d'ici que ne l'est Brest de son port.

Charles, On peut voir là-bas le paquebot qui vient. Est-ce que nous aurons le temps de déjeuner?

Mr,A, Oh, oui; toutes les malles doivent être transportées à bord, et pendant que les matelots feront cela, nous aurons amplement le temps. Mais voici madame H.

qui arrive; quelle f)erfection de goût et de distinction dans sa mise ! Ses vêtements sont parfaitement adaptés à voyager, et cependant ils sont assez élégants pour être mis à une matinée.

Mme, A, Il paraît que vous réservez tous vos compliments pour elle. Pas un mot jusqu'à présent sur notre toilette, que nous trouvions tout à fait élégante, surtout en comparaison de celle que nous avons faite pendant le voyage.

Mr, A, Vous avez raison, je l'avoue, et je vous demande pardon de ma négligence. C'est que j'approuve toujours votre goût, comme vous le savez, et cela m'a fait oublier de vous en parler. Il y a cependant un "je ne sais quoi" dans la mise d'une française qui lui est particulier, et le style américain est et sera toujours différent.

Mme, H, Bonjour, madame et mademoiselle. Mais vous avez des toilettes charmantes ! Seulement, n'avez-vous pas peur de les ruiner dans le paquebot ? Il sera comble, et le quai n'est pas toujours scrupuleusement propre. Vous voyez que j'ai mis une robe qu'on peut porter avec impunité.

3Ime. A, Mais une robe sur laquelle monsieur vient de vous complimenter, aussi bien que sur la grâce avec laquelle vous la portez.

3Ime, H, Oh, monsieur est trop aimable ; ce n'est pas la peine. C'est une robe sans conséquence, comme vous voyez. J'aime, en voyageant, à me trouver tout à fait sans crainte d'abîmer mes robes. Le paquebot que voilà est très-petit, et nous serons obligés de descendre par cette planche; qui sait ce qui peut arriver?

Mme, A, Allez-vous directement à Paris, madame?

Mme, H, Naturellement. Si nous arrivons à temps pour le train de midi, je me coucherai dans mon propre lit ce soir à Paris. Nous y serons à cinq heures.

Mme, A, Se coucher encore dans un vrai lit! L'idée est trop bonne, me semble-t-il, pour être réalisée.

l'aRKIYÉE au HAYEE. LA DOUANE.

Mr. A. Donnez-moi la main, mon amie, et je vous ferai passer en sûreté sur cette planche. Prenez garde; la des. cente est raide, mais les matelots des deux côtés nous empêcheront de tomber.

Mme, A. Tous à bord enfin, et sans accidents! Ce moyen d'arriver à terre est loin d'être agréable. Pourquoi ne fait-on pas aller le vaisseau jusqu'au quai tout de suite, puisqu'il faut qu'il y aille plus tard ?

Mr. A. A cause de la marée. L'eau n'est pas assez profonde à toute heure, et il nous faut ou gagner la terre de cette façon, ou manquer le train de midi pour Paris.

Edouard. Comme le Pereire parait majestueux d'ici! Il ne semblait pas si grand quand nous étions à bord.

Mr. A. J'ai presque envie de Tacclamer trois fois, — le noble vaisseau sur lequel nous avons traversé l'océan en sûreté. Le voilà, — son devoir envers nous achevé, et cela semble froid et insensible de notre part, de le quitter ainsi à la hâte, aussitôt que nous le pouvons, comme si son pont nous brûlait les pieds.

Edouard. Voilà le canon qui part, Boum! Et puis l'autre. Boum! Il nous salue, dans tous les cas. Papa, est-ce que nous retournerons dans le même vaisseau?

Mr. A. C'est ce que je compte faire, s'il part à un moment favorable pour nous. Mais nous sommes presque arrivés au quai. Regardez cet escalier d'au moins cinquante marches; il faut que nous montions cela jDour entrer dans cette enceinte. C'est la cour de la douane; et maintenant les difficultés pour ceux qui ne parlent pas français commencent. C'est une faible préparation que d'être venu par un steamer français, mais dans une ou deux minutes chaque mot que vous entendrez prononcer

sera français. Il est heureux pour nous que nous soyons préjDarés à cela; mais vous allez voir l'air effaré de ceux qui ne peuvent ni parler ni comprendre le français. Pas d'espoir pour ceux là avant que quelque personne qui puisse parler anglais ne vienne à leur secours ; et encore, ils n'oseront pas lui confier leurs besoins, et ils seront à sa merci. En attendant, leur confusion sera complète ; ils se croiront à la tour de Babel. Maintenant venez de ce côté. Vous, Edouard, montez le premier ; moi, j'aiderai maman, et Charles aidera Claire à monter.

Tin commissionaire. Nous monterous pour monsieur tous ces sacs et ces châles; monsieur n'a pas besoin de se donner la peine de les porter. Permettez-moi de me charger de cela ; vous les retrouverez en haut sur le quai.

Mi\ A. Merci ; apportez le tout au même endroit ; il y a six pièces en tout.

Le commissionaire. Monsieur peut compter sur moi; il recevra le tout à l'instant.

Charles.- La marée doit monter et baisser beaucoup ici pour rendre toutes ces marches nécessaires. Mais nous voilà enfin en haut. C'est une grande cour, et je suppose que cet édifice d'un seul étage doit être la salle d'attente. Mais il y a une palissade tout autour; pourquoi cela, papa ?

ilir. A. Mais c'est une sorte de prison, — pas pour les passagers, mais pour le bagage. Le tout doit être apporté ici et examiné avant qu'on ne permette de l'enlever de la cour. Je vais aller retenir une voiture pour nous mener a la gare aussitôt que le bagage sera livré, pour ne pas perdre un instant. Les voitures sont stationnées près de la porte.

ItLne. A. Est-ce qu'on va ouvrir et examiner toutes nos malles ici dans cette cour? Cela n'en finira pas.

IyL\ A. Oh, soyez tranquille. Les douaniers sont trèspolis, très-expéditifs, et pas trop exigeants.

Charles, Voici qu'on apporte nos châles et nos sacs de

voyage. Six ; oui, les voilà tous. Maintenant, quand vat-on apporter les malles ?

Le coinniissionaire. Oh, tout de suite, monsieur. Si monsieur veut bien se donner la peine de nous les indiquer, nous les monterons toutes ensemble.

Mr, A, La voiture est retenue, et elle nous attendra jusqu'à ce que nos malles soient examinées. Il faut avoir les clefs toutes prêtes. Où est Charles ?

Mme, A, Il est allé indiquer nos malles au commissionaire. Quelle foule et quelle confusion ! Je crains que nous n'en ayons pas fini à temps pour le train ; il part à midi, dit-on, et il est déjà onze heures et demie.

Jir. A, Si seulement les malles arrivent, vous allez voir; et voilà déjà la première. Monsieur l'inspecteur, je désire beaucoup partir par le train de midi; est-ce que vous seriez assez obligeant pour visiter mes malles le plus tôt possible ?

U inspecteur. Avec plaisir, monsieur, si vous voulez bien me les indiquer. Celle-ci ?

Mr,A, Oui, monsieur; voici la clef.

^inspecteur, , Est-ce que vous avez du tabac, des cigares? Cela suffit, monsieur; et celle-ci? Ce n'est pas la peine de regarder plus loin. C'est là la voiture de monsieur? Les commissionaires emporteront tout cela immédiatement.

Mr, A, Mais, monsieur, il y a encore trois autres malles, — celles qui arrivent.

JOinspecteur, Monsieur n'a pas de tabac dedans?

Mr, A. Seulement quelques cigares, — ceux qui me restent du voyage. Voilà quelques paquets seulement; pas plus de cent cigares. Est-ce que monsieur veut en accepter quelques uns? on ne trouve pas tous les jours de pareils cigares.

JO inspecteur. Mille remercîments, monsieur. C'est tout, n'est-ce pas? Bonjour, monsieur. Bon voyage.

Mr, A, Merci mille fois, monsieur. Grâce à votre diligence, nous sommes à temps. — Cocher, au chemin de fer de l'ouest, et brûlez le pavé ; le train part à midi.

Le cocher. Et il faut y être, monsieur, dix minutes avant l'heure. Nous arriverons cependant à temps.

Charles. Mais, je ne l'aurais pas cru. Tout le bagage était là, à plus de cinq cents pieds. En dix minutes le tout était monté et examiné, et nous voila en route. Je n'ai jamais vu plus de système; il y avait au moins trente hommes, divisés en deux escouades; l'une, composée de ceux qui apportaient les malles, et l'autre, de ceux qui retournaient pour en chercher d'autres.

Mme, A, Le Havre i3araît être une vieille ville ; les maisons semblent toutes avoir plus de cent ans : et que les rues sont larges !

Mr, A. C'est le vieux quartier de la ville ; il y a des maisons plus neuves dans un autre quartier. A notre retour nous resterons ici un ou deux jours pour voir la ville. A présent, je désire être à Paris ; mais il y a ici un aquarium qui mérite d'être vu, et à St. Adresse, qui est près du Havre, on peut voir le phare, et manger des huîtres qui sortent de l'eau.

Edouard, En revenant, papa, je n'oublierai pas cela.

LA GARE. — l'achat DES BILLETS. l'eNTRÉE DANS LES

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