‹ Voyage à ParisChapitre 27 sur 28 · ASSORTIR LES BAGAGES · texte numérisé non relu

ASSORTIR LES BAGAGES

Mr. A. Eh bien, mon amie, que pensez-vous du premier restaurant que vous ayez vu en France ?

Mme. A. Je puis à peine croire que tout cet étalage tentant ne soit que l'ordinaire de tous les jours pour les voyageurs.

Mr. A. C'est cependant cela ; mais vous vous y habituerez bientôt. Partout c'est à peu près la même chose ; seulement, c'est encore mieux à Paris, et en très-peu de temps tout cela vous semblera de rigueur. Mais commençons notre repas, avant qu'Edouard n'ait mangé toutes les cerises, ce qu'il semble en train de faire.

Mme. A. TJn autre tunnel ! Il fait trop obscur maintenant pour manger; — mais la petite lanterne commence à nous éclairer un peu ; et maintenant que mes yeux sont habitués à l'obscurité, je puis encore voir clair.

Charles. Je pourrais lire si je me plaçais directement au-dessous.

Mme. A. Nous n'avons pas besoin de beaucoup de jour pour manger ; voilà du pain et du sel pour tout le monde, et nous commencerons par le poulet.

Mr. A. Les poulets français sont très-bons : l'hiver est si court, ou le printemps vient de si bonne heure, qu'ils sont couvés plus tôt que les nôtres, et ils sont à présent très-gros et très-gras.

EXEECICES DE CONVEESATIOK FRANÇAISE. 217

Claire. Que le pain est bon, et fait par un boulanger encore !

Mr, A, Un Français rirait de cette remarque.

Claire, Et pourquoi, papa?

Mr, A. Parceque tout le pain français est fait par les boulangers. Le pain fait à la maison n'existe pas, — du moins dans les villes ; mais les boulangers français le font mieux que ceux de notre pays. C'est peut-être le meilleur pain du monde, et les Français, surtout les pauvres, vivent presque entièrement de cela. En Amérique je ne mange pas beaucoup de pain, mais en France j'en mange tout autant qu'un Français.

Mme. A. Je voudrais seulement que nos boulangers le fissent comme celui-ci; mais ce qu'on appelle i3ain français chez nous, n'est évidemment pas le pain français de la France.

Mr. A. Yous en trouverez peut-être de meilleur que celui-ci, mais pas de moins bon probablement dans toute la France. Il est invariablement bon, et le prix en est réglé par le gouvernement, pour la protection des pauvres.

Mme. A. Si vous avez fini le poulet, nous essaierons maintenant le baba, n'est-ce pas ?

Edouard. Si c'est à moi, maman, que vous vous adressez, je dis, " Oui, je suis prêt."

Mr. A. Vous avez gardé le silence depuis quelques minutes.

Edouard. Parceque j'avais la bouche pleine, et vous me dites toujours, papa, de ne jamais parler ainsi.

Mme. A. Eh bien, voilà votre part du baba ; et, si j'en juge à sa mine et à son odeur, vous gardeî'ez le silence, je pense, jusqu'à ce qu'il soit mangé.

Edouard. Pas avant que je ne dise que c'est magnifique.

Mr. A. N'aurez-vous jamais fini de vous servir de cette expression à propos d'une telle chose? Les Français se

moqueront de vous. Ils disent une armée magnifique, une salle de bal magnifique, un palais magnifique, des feux d'artifice magnifiques, — mais un baba magnifique! Ils vous diront que l'expression n'a pas le sens commun; ils emploient leurs adjectifs mieux que nous.

Edouard. Si je dis délicieux, est-ce que ce mot-là est convenable ?

Mr, A, Il vaut mieux pour faire l'éloge des fruits que des gâteaux. On peut l'accepter, mais excellent est peutêtre plus exact. — Maintenant, mon amie, je vous demanderai du fromage et un petit morceau de pain.

Edouard, Puis-je commencer à manger mes cerises ; je ne veux pas de fromage? — tJn autre tunnel! je pourrai me servir tout seul dans l'obscurité.

Charles, Oh, non ; je vous ai attrapé ! Vous aviez oublié que nous sortirions du tunnel, n'est-ce pas?

Edouard, Je ne faisais cela que pour rire.

Claire. Quelles magnifiques cerises ! non, je veux dire, papa, qu'elles sont délicieuses ! Est-ce que toutes les cerises françaises sont aussi bonnes ?

Mr, A, Pas toutes. Il y a une espèce plus répandue, qu'on appelle courte-queue, qui est un peu acide; mais celle-ci est la meilleure, et on l'appelle Fontenay.

Mme, A, Ce sont les meilleures cerises que j'aie jamais mangées de ma vie ; si grosses, si rondes, si tendres, et d'un goût si délicieux. Je n'ai jamais considéré la cerise comme un fruit tentant, mais celles-ci sont irrésistibles, et je crois que je pourrais faire ce qu'Edouard a proposé — en manger jusqu'à notre arrivée à Paris.

Edouard, Si vous en aviez seulement acheté dix livres, comme je le voulais !

Mr, A, Vous pourrez vous indemniser à Paris, mon fils.

Edouard, J'aimerais mieux, en tout cas, ne pas avoir à m'indemniser.

Mr, A, Nous y serons bientôt, et nous dînerons bientôt après notre arrivée à l'hôtel.

Mme, A, A quelle heure est-ce que ce train de midi arrive à Paris?

Mr, A, A quatre heures vingt ; et puis, il faut quelque temps pour avoir nos malles.

Mme, A, Mais si nous sommes assez heureux pour les trouver sorties du fourgon parmi les premières ?

Mr,A, Cela n'expédiera rien pour nous. Personne ne peut avoir son bagage avant que le tout ne soit prêt à emporter. Quand nous arriverons nous entrerons encore dans une salle d'attente. Nous trouverons là des chaises commodes, des sofas, et peut-être des tableaux, des statues, et des objets d'art pour orner la salle ; mais là il nous faudra attendre que tout le bagage soit, non seulement sorti des wagons, mais assorti en piles séparées, suivant les étiquettes. Quand tout sera prêt, les passagers pourront entrer dans la salle des bagages, et chacun pourra retrouver ses malles, sans confusion ni possibilité de faire des erreurs.

Mme. A. Je crois que j'aime mieux la manière française que la nôtre ; cela peut vous faire attendre un peu, mais on évite toute confusion.

Mr,A. Je suis de votre avis, et je préfère de beaucoup le système français.

l'entrée de PARIS, LA GARE. PREMIER ASPECT DE

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