‹ Voyage à ParisChapitre 5 sur 28 · VISITE CHEZ LE MEDECIÎT · texte numérisé non relu

VISITE CHEZ LE MEDECIÎT

3fme. A, Maintenant, Jean, allez vite chez le docteur F.

J'ean, La rae est barrée devant la maison du docteur à présent. On pose des tuyaux pour le gaz. Il vous faudra, madame, aller un peu à pied.

Mme, A, Bien ; conduisez-nous le plus près possible. — Je vais causer avec le docteur du mal de mer, et voir s'il peut me donner des conseils pour l'éviter ou pour le guérir. Nous y sommes.

Claire, Que c'est désagréable ! le trottoir est tout défait. Heureusement pour nous il n'y a que peu de chemin d'ici à la porte du docteur.

Edouard, Oh cela n'est rien. Je puis sauter par-dessus un tas de briques comme celui-là. Voyez donc plutôt.

Mme, A. {Qui sonîie,) Monsieur le docteur y est-il?

Le domestique. Oui, madame. Veuillez entrer dans le salon. Je vais vous annoncer.

Mme, A, Dites-lui que Madame A. désire le voir et le consulter pendant quelques minutes, et que je suis un peu pressée.

Le domestique. Oui, madame.

Le docteur. Ah, bonjour madame. Bonjour mademoiselle et monsieur. J'espère que vous vous j)ortez tous bien ; souhait très-généreux, ma foi, pour un médecin, n'est-ce pas ?

Mme, A, Oh, nous sommes tous d'une santé parfaite, docteur; aussi, il n'y a pas d'espoir pour vous de ce côtélà. Mais, cejDendant, nous venons pour vous consulter et obtenir, pour ainsi dire, des indulgences; car nous allons tous être malades, et nous désirons nous y préparer d'avance.

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Le docteur. Oh, je comprends; vous allez sur mer, et vous voulez trouver le moyen d'éviter le mal de mer.

Mme. A, Vous avez touclié juste la première fois, docteur. Y a-t-il un remède pour le mal de mer, ou mieux encore, un moyen de l'éviter.

Xe docteur. Certainement ; il y a l'un et l'autre. Le meilleur remède est de regagner la terre le plus tôt possible — c'est peut-être difficile, mais sûr. Le moyen d'éviter le mal de mer est également sûr et moins difficile à accomplir. C'est de rester sur terre et de ne jamais aller sur mer.

Mme, A, Soyez donc sérieux une fois, docteur! Nous devons aller sur mer, aussi votre moyen d'éviter le mal de mer ne nous vaudra rien ; et une fois en mer, il sera trop tard pour profiter de votre remède. N'y en a-t-il réellement pas contre cette calamité quand on en est affl.igé, et n'y a-t-il aucun moyen de l'éviter ?

Le docteur. Aucun, hélas ! que je sache. On a essayé différents moyens d'empêcher le mal de mer, et on a ordonné bien des remèdes, mais aucun n'a réussi jusqu'à présent. Cependant, quelques règles générales pour le régime à suivre avant l'attaque, et pour le traitement pendant sa durée, ne sont pas hors de place. D'abord, avant de vous embarquer, vous devez manger très-sobrement et vous coucher de très-bonne heure, pour avoir votre compte de sommeil tous les jours. Le système sera ainsi propre à résister à l'attaque ; ou bien, vous devez vivre très-irrégulièrement, et vous épuiser complètement par le mianque de sommeil, alors l'attaque vous abattra tout de suite, et vous n'aurez pas la douleur et la peine de combattre longtemps avant de vous rendre. Le résultat définitif sera à peu près le même. Dans les deux cas vous serez aussi malade que possible, et dans le même nombre de jours vous guérirez; et, une fois guérie, vous serez la première à vous moquer de vos doléances passées.

Quant aux remèdes, j'ordonnerais l'abstinence complète

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pendant l'attaque; vous ne fournirez par cela aucun aliment à la flamme. Ou bien, vous devez manger autant que possible, et vous serez plus capable de supporter les effets affaiblissants de la maladie. Les deux méthodes sont recommandées, et toutes les deux reviennent au même. Vous jDOuvez aussi monter sur le pont, vous promener et prendre tout l'air possible. Aller et venir vous rendront toujours aussi malade que possible, et peut-être serez-vous persuadée que vous auriez mieux fait de rester tranquille ; ou bien, vous pouvez rester tranquille, pour être persuadée tout le temps que si vous pouviez seulement être en plein air, vous seriez parfaitement bien. Mais vous ne le seriez pas. Il n'y a qu'un remède, c'est le temps. Le mal de mer veut son cours, et il faut le lui laisser. Vous ne pouvez pas vous y préparer, vous ne pouvez pas l'éviter, et vous ne pouvez 23as le guérir. Mais heureusement il dure rarement longtemps, et quand il est terminé personne n'en est plus mal, mais plutôt mieux.

Mme, A, Eh bien, docteur, il faut avouer que vos conseils ne sont pas des plus encourageants, mais il n'est pas difficile de les suivre ; c'est de faire tout ce qu'on veut, et d'accepter la situation telle qu'elle est.

Le docteur. Précisément; et je pourrais ajouter (seulement que deviendrions-nous alors, nous autres pauvres médecins ?) il en est de même pour la plupart des autres maladies. îsTe vous en inquiétez pas ; la nature prendra son temps pour les guérir, mais elle le fera.

Mme, A, Eh bien, c'est une satisfaction de savoir que nous n'avons pas besoin de nous en tourmenter d'avance.

Le docteur. Oui, c'est le mieux que nous puissions faire pour nos malades, vous empêcher de vous médicamenter, seulement pour en finir où vous finiriez si vous vous teniez tranquilles. Cependant, je vous donnerai une seule ordonnance. Si vous sentez que le mal va venir, allez à votre lit, mettez-vous sur le dos, et attendez. Si vous pouvez

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avaler quelque chosej n'importe quoi si cela ne vous répugne pas, avalez-le, ou passez-vous en, tout comme il vous plaira; cela ne fera pas la moindre différence. A l'heure marquée vous guérirez, et pas une minute avant.

Mme. A, Bien, docteur, nous réfléchirons à tout cela, quand nous serons sur mer, et nous n'avons pas besoin, je suppose, d'une ordonnance écrite ?

JOe docteur, Non, elle ne pourrait être que : Prenez patience en quantité suffisante ; ou si vous la voulez en latin, la voici : Iix,JPatie7itiœ q. s»

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