C. QYINCTIYS C. F. VALG
M. PORCIVS M. F.
DVOVIR. DEC. DECR.
THEATRVM TECTVM
FAC. LOCAR. EIDEMQYE PROBAR. (i)
Introduits dans le théâtre , nous nous arrêtâ-
(i) Une autre inscription du même Quinctius Valgus, fut trouvée en i8i i, dans les ruines de l'antique Eclaniini, près de Mirabella : insci-iption qui m'a été communiquée par l'érudit Jean-Antoine Cassito , et dont voici la copie :
C QVINCTIVS C. F. VALG. PATRON. MVNIC.
M. MAGI. MIN. F. SVRVS. A. PATLACIV S Q. F
IIII VIR D S S. PORTAS, TVRREIS MOIROS
TVRREISQVE AEQVAS QVM MOIRO
FACIVNDVM COIRAVERVNT
Caius Quinctius Valgus, Jih de Caius , patron de la colonie , Marcus Magius Surus , fds de Minatius, Aulus Patlacius,fds de Quinctius, Quartaumvirs , fu-ent construire à leurs frais les portes, les tours , les murs , et les tours égales avec le mur.
Ce Vals^us , patron de la commune à'Eclanum , est donc le même qui"" fut Duumvir à Pompéi, et qui fonda son théâtre. Cette inscription fournit à l'histoire la connaissance de deux événements précieux. Le premier, que le théâtre de Pompéi fut bâti peu de temps après la guerre d'Italie, ou sociale. Eu effet Fa/g-MS, fut à Eclanum, collègue de Marcus Magius Surus, ûls de MinatLus Magius , d'Eclanum , qui se distingua tant
mes sous son enceinte, au lieu désigné sous le nom d'orchestre, pour observer l'effet de l'ensemble et pour voir chacune des parties dont il était composé. La première singularité remarquable , est qu'il était couvert. Sur l'extrémité du mur demi-circulaire, ou plutôt sur la corniche , on voit encore l'indication de l'appui des colonnes sur lesquelles reposait le toit-, on remarque qu'il y avait une ouverture entre une colonne et la suivante pour favoriser le courant d'air au moyen de ce vide, et donner de la lumière aux spectateurs. Tout cela était bien extraordinaire, et je ne pus m'empêcher de dire : nous trouvons donc un théâtre couvert à Pompéi? Je sais bien que Vhilostrate fait mention d'un théâtre couvert qui se voyait à Corinthej et Pline parle de l'architecte Valère qui , le premier , construisit à Rome un théâtre couvert-, mais ce genre de théâtre était si rare , que sur cent à peine en retrouvait-on
dans la guerre italique , ainsi que l'atteste son petit fils Velleius Patercidus.he second, que ce Quinctius Valgus, était néàEcIanum ainsi que Marcus Magius. M. Cassitoa composé une trèsdocte dissertation pour fiire connaître qu'outre Marcus et Minatius Magius, Ecianum a produit d'illustres citoyens : tels que le jurisconsulte Neratius Proculus ; le poète très élégant ZJrtriA'JMS, dont il reste une seule fable conservée dans le recueil des Contes anciens j et l'historien Fdleius Paterculus.
un seul de la sorte (i). Ces théâtres couverts s'appelaient odeum , nom dérivé du Grec. Ils étaient situés prés du théâtre tragique , et le plus souvent à sa gauche. Pausanias et Vitruve parlent de l'odéon, qui était à Athènes prés du théâtre et du temple de Bacchus ; et 'Plutarque rapporte que Périclès y faisait faire assaut d'exécution aux musiciens de son temps. C'était un théâtre du second ordre, où l'on allait entendre de la musique, voir jouer la comédie, les pantomimes, et les représentations satyriques ; assister aux luttes que se livraient les poètes à la lecture des poëmes, et le plus souvent à des disputes philosophiques, dont un trépied était la récompense du vainqueur. Ce théâtre servait encore pour les préparations et les essais des tragédies que nous appelons aujourd'hui répétitions; et souvent aussi, selon
( i ) Naples avait aussi son théâtre couvert, indépendamment d'un théâtre découvert ; c'est sur le premier, au dire de Stace , qu'on représentait les comédies de Ménandre.
Etgeminam niolem nudi, (eclique iLeâtri.
Quid laudem risus libeitateoi que Menandri , Quam romaous liooos, el graja licenliamiscenl
El la double masse des théâtres , dont l'un est couvert , et l'autre est découvert,
Vanteral-je la verve comique et la liberté de Mtnandre; des pièces enfin oit la licence grecque est si généreusement tempérée par la décence romaine. \
Vitruve, pour se mettre à l'abri par un temps de pluie. Il était donc uécessaire qu'il fût couvert , devant servir à tant d'usages si différents et si multipliés -, au contraire il était trés-convenable au théâtre tragique qu'il fût découvert, parceque la représentation qui s'y donnait, ne durant que quelques heures, devait être éclairée de toute la lumière du ciel, les Anciens ne sachant pas tirer parti des lampions et des lustres pour éclairer leurs salles de spectacles pendant
l'obscurité.
Après ces observations que nous avait suggéré
le premier aspect de ce théâtre, nous commençâmes à examiner en détail toutes ses parties. Le pavé de l'orchestre est digne d'admiration (i)-, il est formé de marbres grecs disposés
(i ) L'orckestre qui vient du grec oft^di^êoit , c'est-à-dire danser, était cet espace ou intervalle entre les gradins destinés au public et l'avant-scéue , que nous appelons parterre du théâtre, ainsi dénommé par les Grecs, parceque dans leurs salles de spectacle, on exécutait des ballets et des danses, et que c'était là que se plaçaient les thymelici ; c'est-à-dire les joueurs de harpe , de luth et de flûte. Les Romains et leurs successeurs ont emprunté le nom , n^ais non l'usage : car on fait de l'orchestre des Anciens le parterre assis , et les danses et les chœurs s'exécutent sur le théâtre, qui n'était chez les Anciens destiné qu'aux acteurs dramatiques : d'où il est résulté que si chez les Grecs, le théâtre scénique était élevé de douze pieds, on a dû le rabaisser chez les Romains à cinq pieds d'élévation, afin que
eii différenls compartiments. On lit au milieu celte inscription en caractères de la longueur du doigt, eni)ronze; elle en occupe tout le diamètre.
M. GCVLATIVS. M. F. VERVS n. YIR. PRO. L\'DIS.
Marcus Ocuîatius Verus , Jils de Marcus , Duumvir préposé aux jeux.
Si C. Çuitictius et M. Porcius eurent la charge de faire construire ce théâtre, Marcus Ocuîatius Verus , fils à.e Marcus ^ décoré de l'emploi de Duumvir, eut la présidence des jeux et du spectacle. C'était à lui qu'appartenait le soin de conserver l'ordre, et d'enjoindre aux locataires ou désignateurs de répartir chacun sur les sièges qui leur convenaient , et de chasser les audacieux qui usurpaient la place des autres.
Le pavé de neuf pas de diamètre touche l'une et l'autre extrémité de l'hémicycle , qui est ter.r^ niiué par deux pattes de lion en pierre volca-
ies acteurs fussent visibles des premiers degrés du parterre ou s'asseyaient les sénateurs. Voyez F'itriu'e, livre V, et les notes du marquis Galiani.
nique. Là commence l'amphithéâtre en quatre ordres de gradins plus élevés et plus spacieux les uns que les autres... Je pense ^ dit la dame, que c'était sur cette dernière espèce de gradins les plus distingués que les Décurions et les autres magistrats se plaçaient étendus sur des oreillers de plumes, dans les villes municipales et coloniales. A Rome cependant, autant que je puis me le rappeler pour l'avoir lu , après l'orchestre, où s'asseyaient les sénateurs, il y avait quatorze gradins destinés à recevoir Tordre d«s chevaliers... C'était en effet ainsi qu'étaient ordonnés les rangs, répliqua le chevalier; et cette manière de se placer s'appelait : sedere in, quatuor decim : s'asseoir dans les quatorze premiers rangs ( Sue t. in Jul. cap. 89 ).
Dix-huit autres rangs de gradins étaient ensuite établis dans un tel ordre , que chaque gradin s'élargit davantage sur les côtés, pour former le diamètre de l'hémicycle profond dans le fond de la salle, et se rétrécit en approchant de l'orchestre.
Après les quatre premiers gradins, on en remarquait un qui indiquait une limitation par sa forme plus étendue. Nous rsconnûmes là une des précautions , dites en Grec J><is^ô)^«r«, au moyen de laquelle on séparait le premier du
second ordre de l'amphithéâtre, qui était le lieu distingué où s'asseyait la noblesse. On voit ensuite le second parapet, ou la seconde enceinte qui séparait le rang moyen, ou secondes places des dernières. C'étaient les plus élevées de l'amphithéâtre, destinées aux femmes et au peuple , avec cette distinction que faisait faire le désignateur, que dans les gradins du sommet, la populace, ceux i^étus de gris, pouvaient seulement trouver place d'après l'ordonnance A'Augusie , publiée à Rome, et que rapporte Suétone : Ne guis pullatoriim média caved sederet. Séuèque voulant désigner la dernière classe du peuple, disait : Ad summam caveam spectare : « ceux qui voient le spectacle du gradin le plus élevé. » Ces mots ont passé en proverbe.
Les gradins qui occupent la partie du milieu de l'amphithéâtre, sont divisés par six ouvertures en hgne droite, qui descendent du haut eu bas, et qu'on appelle les voies, les chemins, les escaliers -, ils sont d'autant plus comprimés et d'autant plus étroits, qu'ils s'éloignent de six vomitoires y ou portes supérieures, correspondant au corridor couvert, d'où ils descendent à la première enceinte. C'était par ces portes que le public , pénétrant dans l'amphithéâtre ,
se répandait dans le lieu qui lui était assigné. Ces issues servaient encore à' vider la salle, lorsque le spectacle était fini.
Ces chemins ou escaliers coupant les gradins circulaires en six parties avec deux terminaisons, formaient cinq c une i ou compartiments, appelés coins , parce qu'ils étaient plus larges en haut qu'en bas, selon la figure d'un coin. Véritablement, dit la dame, cette disposition, ou plutôt cette répartition de gradins était trésingéuieuse et très-commode; mais de grâce, je ne puis comprendre comment toute une population pouvait venir assister ici, sans trouble, au spectacle, lorsque l'enceinte de la salle, les divisions de l'amphithéâtre , et tous les gradins enfin étaient à la disposition de ceux qui voulaient s'y asseoir Oh! cela, madame, est la
chose la plus facile à comprendre, répliqua le chevalier, si l'on veut remarquer que, dans chaque division de l'amphithéâtre, une certaine classe de personnes avait seule le droit de se présenter; c'est pourquoi, l'on distinguait le coin des magistrats émérites, celui des jeunes gens admis à porter la robe prétexte , celui des hommes mariés, des instituteurs, des écoliers, des orateurs, des ambassadeurs, des soldats, qui n'étaient jamais confondus avec le peuple. Il y
avait encore d'autres distinctions dans les classes des citoyens : elles étaient exactement observées. Suétone rapporte qu'Auguste fut l'auteur d'un si sage règlement j il fut excité à le composer par la connaissance qu'il eut qu'un sénateur avait été insulté au théâtre de Pouzzole j et toutefois , je n'en disconviens pas , comme beaucoup de confusion pouvait être le résultat de tant de variétés et de distinctions de sièges, le Duumvir distribuait à chaque auditeur la ife^jera theatralis ( ce sont nos billets d'entrée ) , pour qu'il occupât la place qui lui convenait. Cette marque contenait premièrement l'indication du théâtre; secondement, l'indication de celui des cinq coins où l'on devait se placer j et enfin sur quel gradin on devait s'asseoir. Je vais vous en imiter une au crayon :
Deuxième traue'e, troisième coin, huitième gradiw, La Maisonette , comédie de Piaule.
On a trouve quelques-unes de ces marques^ ou billets de spectacle , dans les fouilles de Pompéi-, elles contenaient le nom de l'auteur de l'ouvrage qu'on allait représenter (i). Telles
( 1 ) Deux marques rie tliéàtre, eu os, de figure circulaire d'un pouce de diamètre , trouvées dans les fouillts de Pompéi , sont mcntiounces dans l'ouvrage des académiciens d'Herculanum (Au vol.V. IV. Pitt.). Sur lapreinière, un édifice qui représente la perspective d'un théâtre est tracé à 1 adroit; et à l'envers, on lit AISXTAOT , c'est-à-dire Eschyle; indiquant do la sorte que la tragédie qu'on allait représenter était une pièce d'Es» chyle. Au-dessus de ce nom est marqué le nombre romain XII , et au-dessous , en grec , le même nombre IB.
Sur la seconde marque on voit d'un côté la représentation d'un édifice demi-circulaire , qui sans doute est la figure de tout l'intérieur du théâtre ; et de l'autre côté on lit H'MIKTKAIA, c'est-à-dire Hemiciclùim , avec le nombre romain XI, et sous c« nombre , lA grec , qui a la même signification. Les nombres XI et XII dénotaient les gradins que devaient occuper ceux qui présentaient les marques dans la Crti^ea seciinda (le second rang de l'amphithéâtre ) ; car, pour le premier et le dernier, il n'y avait pas besoin d'indication semblable.
D'autres formes de billets d'entrée pour les spectacles , ou les combats de gladiateurs, sont décrites par Frttrem, Cajlus eiPignoriiis. Elles ne contiennent pas la rare indication du nom de l'auteur de la pièce comme celle que nous avons citée de Pompéi. Mais ces billets d'entrée qui autorisaient à prendre place sur un gradin , dans tel coin , étaient-ils délivrés chez les Anciens pour de l'argent? Lipse , Casaiibon , Bulingerx) , Pitisco et d'autres , différent d'opinion à cet égard. Lipse, De jimphith. croit qu'il fallait payer la marque pour entrer, comme on la paye aujourd'hui , et il appuie son opinion du passage suivant de Suétone , dans la vie de Caligula : Iiiqifietatus freinita gratinta in circo loca occiipantiiim. « Il devint inquiet du frémissement que témoignèrent dans le cirque ceux qui
furent les observations que provoqua laspect de l'amphithéâtre propre à recevoir le public. Nous nous retournâmes ensuite pour examiner dans la partie opposée de la salle, la scène théâtrale.
Cette partie du théâtre est en briques revê-
occupaient des p!aces gratuites. » De là , il conjecture que, puisqu'on distinguait des places non-payées , c'est que les autres l'étaient. De plus, il rapporte à l'appui de son sentiment les vers de Plaute , dans le prologue du Manteau.
Seni ne obside»nl, li'beris ul sit locus- Tel ies pro capite dent ; si id facere IVoD queuDi, domum abeaot-
Çue les esclaves n'augmentent pas îa Joule, afin qu'il y ait place pour les hommes libres, ou qu' Us donnent un as par personne; s' ils s'y rejusent , qu'ils retournent chez eur,
Casaubon, au contraire, dans ses notes sur les Car'actères de Tliéophraste , donne une autre interprétation à ces passages: ou du moins : il prétend que la marque ( tessera) était dans tous les cas le billet d'entrée de celui qui ne payait rien pour voir le spectacle.
Si nous devions nous en référer à l'usage des Grecs , de qui cette institution s'est conservée jusqu'à nous, il est hors de doute qu'ils paj^aient un drachme pour l'entrée au théâtre, et que ce paieiucnt fut ensuite réduit à deux oboles, comme l'explique Démosthènes, 0/)7jf7j. III. Péricles , pour se rendre populaire, fit un règlement d'après lequel on tirait de la caisse des deniers publics la somme nécessaire pour paj'er au pauvre peuple ces deux oboles par tête ; il remettait ces deux oboles au théâtropole , ou fermier du spectacle. Ce n'était qu'après avoir pris place et s'être assis, que la collecte de cette somme avait lieu ; un honmie masqué passait de gradin en gradin la recevoir.
tues d'un enduit de tuf, dessiné en losanges, recouvert de pièces de marbre blanc, ainsi que les murailles voisines, et peut-être tout le théâtre, ( si on en juge d'après les fragments qu'on y voit encore ). Ce théâtre consiste en un grand frontispice à trois portes, avec un terre-plein construit en avant, élevé du sol d'environ quatre palmes, et dont la largeur est de vingt palmes entre les deux murs : de ce terreplein aux murs on devait étendre un échafaud dont on reconnait encore la position aux travées qui le soutenaient ; cet échafaud pouvait s'élever, s'il était nécessaire. Le terre-plein avec le frontispice s'appelait, suivant Vitruve, la scène stable, parcs que jamais ces parties du théâtre n'éprouvaient de changement; et l'échafaud, qui était quelquefois moins élevé, s'appelait lavant-scène, au milieu de laquelle on distinguait, sur un plan plus élevé, le pupitre ou la chaire -,11 devait être de cinq pieds plus haut que l'orchestre, d'après les dimensions qu'en donne le même auteur. •
L'étranger qui était avec moi sauta sur le mur, bien qu'il y eût quelque danger à cause de son état de ruine. C'est donc ici, dit-il en désignant le terre-plein , qu'était la scène stable ; et ces trois portes servaient à introduire les
personnages scéniques ? Voilà où devait être réchafaud, ou avant-scène, sur lequel s'élevait la chaire, c'est-à-dire la loge, ou la tribune qu'occupaient les acteurs, ou les danseurs, ou les joueurs de harpe , ou le chœur ^ car cette tribune, dans l'odéon , pouvait également être destinée à des joutes musicales, à la lecture des poèmes, à des disputes philosophiques, et à quelque genre d'exercices littéraires que ce fût. En examinant ce théâtre , on peut comprendre plusieurs passages des auteurs anciens qui , jusqu'à sa découverte, passaient pour douteux ou obscurs.
De l'un et de l'autre côté de l'avant-scéne , et tout près de chacun des bouts de l'hémicycle, nous vîmes deux tribunes en pierres volcaniques, qui peut-être avaient été revêtues de marbre. On y montait par deux degrés correspondants à l'intérieur de la scène. C'étaient les deux tribunes réservées au Préteur , au Proconsul auxDuumvirs et aux Vestales dont nous parlerons à l'occasio*! du théâtre tragique.
Nous examinâmes ensuite rarriére-scéne, qui consiste en deux longues chambres, que l'on peut appeler le foyer des acteurs -, l'une sans contredit devait avoir été couverte, l'autre n'avait jamais eu de couverture.
Ce qui fait penser que ce théâtre s'est écroulé à l'époque du tremblement de terre de l'an 63 de Jésus-Christ, dont nous avons parlé précédemment, c'est que les colonnes, qui soutenaient le toit, ont été trouvées renversées, quand les fouilles se sont faites dans ce théâtre , et qu'on y a trouvé une grande quantité de tuiles neuves placées par ordre, c'est-à-dire, appuyées les unes sur les autres et numérotées avec du charbon, dont la destination était peut-être de servir à recouvrir le théâtre ; outre un amas de statues brisées et tronquées qui étaient réunies dans un coin.
Enfin nous remarquâmes que ce théâtre , comme aussi celui destiné à la tragédie, et le forum qui sont à la suite de cette construction, étaient posés sur une lave du Vésuve de la plus grande antiquité- lave qui devait être pour ces . édifices une base immobile et éternelle. Mais parlons de l'autre théâtre.
Théâtre tragique de Pompe'i.
Ce théâtre réunissait tout ce que les Pompéiens ont pu imaginer de plus magnifique et de plus splendide pour en composer l'ornement. L'art et la profusion des matières mises en œuvre, attestent également le savoir et la perfection. Nous restâmes stupéfaits en sa présence j et le soin que nous apportâmes à en examiner scrupuleusement toutes ses parties, fut bien compensé par le plaisir de connaître tant de perfection.
Nous commençâmes par l'hémicycle. L'ordre des gradins d'une grande dimension, au nombre de cinq dans l'orchestre, tous r^étus de marbre tin de Paros, fixa d'abord nos observations. C'était là que se plaçaient les Décurions, les Ediles, et les autres magistrats, dont nous avons défini les qualités en parlant de l'autre théâtre : nous mesurâmes le diamètre de l'une à l'autre extrémité de l'hémicycle : il y avait dix-sept pas. A la suite de ces gradins, un sixième d'une
ii',:„.
forme plus large et plus spacieuse, sépare la première travée de la seconde. Au poiut du milieu de cette seconde travée, étaient fixées trois statues de marbre -, nous reconnûmes le lieu qu'elles occupaient aux excavations faites sur le degré qui les supportait. Nous ne pûmes avoir de doute sur la représentation de deux d'entre elles; la troisième pouvait être celle d'un magistrat; mais c'étaient les deux Holconius. Certainement la statue du milieu devait représenter Marcus Holconius Rufits , parce que dans les morceaux épars de sa base, l'inscription suivante existe encore. Elle était tracée en gros caractères de plomb ; les seules ciselul^res, où ils gissaient, en indiquent les lettres. Les Pompéiens y expriment ainsi leur gratitude.
M. HOLCONIO M. F. RYFO II VIR. I. D.
QVINQYIENS ITER. QVINQ. TRIB. MIL. AP.
FLAMINI AYG. PATR. COLON. D. D. (i)
A M. Holconius Ru fus , Jîls de JMarcus , Duumvir pour V administration de la justice pour la cinquième fois , Jlamine auguslale , patron de la colonie par décret des Décurions.
(i) Gràct; à cette iuscriptioa nous savons qu'il devait y avoir Pompéi un temple dédié au div.n Auguste , dont M. ILIco-
Vingt gradins, symétriquement placés les uns au-dessus des autres , formaient la seconde travée ou enceinte : ils étaient revêtus également de marbre blanc. Là les places des différents spectateurs étaient indiquées par sept divisions en forme de coins. Enfin nous observâmes la troisième séparation, qui n'était plus un gradin spacieux , mais qui consistait en un large mur revêtu aussi de marbre blanc. Telle était la disjonction de la deuxième à la troisième travée. Cette dernière, la plus élevée, était composée de quatre gradins où les femmes et le ] peuple étaient placés pêle-mêle.
On voit bien, dit l'étranger, que ce théâtreci était construit dans une dimension propre à contenir un grand nombre de spectateurs, qu'il I est plus vaste que l'odéon ( odeum ) que nous venons d'examiner.
Le peuple arrivait dans la seconde enceinte par le moyen de six escaliers pour prendre place dans les compartiments désignés sous le
nius exerçait la charge de pontife, avec le titre de Flamiiie aus;iistale.
On doit y remarquer aussi que M. Ilolconius Rufus y est appelé tribun militaire AP. c'est-à-dire a populo , pour indiquer le privilège dont jouissait le peuple de pourvoir à cette charge, bien qu'auparavant elle ait été à la nomination des Consul?, et ensuite des Empereurs. |
nom de coins -, il entrait du dehors par six vomitoires j ou portes supérieures, encadrées de marbres ; ces vomitoires correspondaient au corridor couvert, dont l'entrée est pratiquée sous la colonnade , ou grand portique supérieur qui présente au public l'inscription des deux Marcus Holconius . Un escalier intérieur , aboutissant à la troisième enceinte , prend naissance également dans ce corridor. Nous y montâmes et observâmes les quatre gradins qui servaient aux femmes et au peuple. Au-devant d'eux il y avait eu une barrière en fer de toute la longueur de l'hémicycle -, les trous, au moyen desquels cette barrière était fixée, sont encore très-distincts dans le marbre ; et on y voit aussi les plombs qui servaient à y rendre le fer inhérent. Ces gradins supérieurs étaient donc ici découverts, quoique nous apprenions de plusieurs auteurs que, dans d'autres théâtres, ils étaient couverts, et se nommaient cathedrœ , parce que cette enceinte était composée d'arceaux, appuyés sur des colonnes, et disposés de manière à former quantité de loges ou de tribunes, chacune couverte d'une voûte.
Calpiirnius nous en donne la description. Il écrit que , ne pouvant trouver à se placer dans la première et la seconde enceinte qui
étaient occupées par les chevaliers, les tribuns et autres magistrats, il dut monter aux sièges où était placée, pour regarder, la dernière classe du peuple dans les cases destinées aux femmes,
Venimus ad sedes, ubi pullâ sordida veste Inter fœminas spectabat tiirba cathedras, Nam quaecuiiique patent sub aperto libéra cœlo Aut eques, aut uivei loca densavere tribuni.
Nous parvînmes à ces sièges , oh le bas peuple vêtu de couleurs sombres , regardait le spectacle dans les loges destine'es aux femmes. Car toutes les parties du théâtre qui sont à ciel découvert, étaient occupées par les chevaliers ou les tribuns vêtus de blanc.
La dame qui était montée avec nous pour visiter cette travée supérieure, d'où l'ordre scénique tout entier s'oifre à la vue, n'avait pas encore proféré une parole , tant elle était occupée daus son examen et sou admiration, quand, élevant les yeux, elle s'aperçut que toute l'enceinte était découverte et livrée à l'intempérie du ciel.... Comment esl-il possible, dit-elle , que , pour satisfaire le désir de voir une représentation, tant de spectateurs allassent s'exposer à Tardeur du soleil en été, à la pluie et au froid eu hiver? Pour moi j'avoue que cette incom-
modité aurait retenu ma curiosité ; j'ignore comment les Anciens pouvaient s'en accommoder...Ne doutez pas^ madame , lui répondis- je , du soin qu'ils ont [apporté pour y remédier. Lorsqu'ils voyaient le temps pluvieux ou que l'air était chargé de vapeurs froides, ils se revêtissaient d'un manteau , qu'ils appelaient : lacerna, peniila et gausapina , et bravaient ainsi l'intempérie de la saison. Martial se moque d'un certain Horace, qui était venu prendre place au spectacle, à ramphithéâtre, revêtu i d'une casaque noire au lieu d'en avoir une blanche comme tous les autres spectateurs en
[ avaient alors, et il raconte qu'une neige abondante étant tombée du ciel, le manteau d'Horace fut bientôt à îa mode.
Spectabat modo soîiis in ter omnes
Nigris iiniis Horatiiis laccniis.
Cùm plebs, et niinor ordo, maximus que
Sancto cum duce candidus sederet ,
Toto nix cedidit repente coelo :
Albis spécial Horatius lacernis.
Horace était assis au spectacle seul en manteau noir, tandis (/ue le peuple, les magistrats , soit inférieurs, soit supérieurs^ et celui qui présidait au spectacle, étaient tous vêtus de blanc; tout à coup une neigxi abondante tombe du ciel, et Horace se trouve vêtu de blanc comme les autres
Telle était la ressource des Anciens contre le froid et la pluie. Pour se garantir de la chaleur brûlante des rayons du soleil, ils portaient de^ larges chapeaux thessaliens, que Caligula in-i troduisit le premier à Rome. Les Campanieus qui passaient pour être de tous les peuples! d'Italie ceux qui recherchaient davantage leurs commodités, trouvèrent les premiers un remède plus général et plus sûr : c'était les voiles et les antennes qu'on fixait à certaines poutres à l'ex trémité du mur où se terminait l'hémicycle , et qui servaient à le couvrir-, vous pouvez voii^ la preuve de ce que j'avance. Voilà les pierres forées et saillantes du mur qui est au-dessusj de nous-, c'est là que les poutres étaient placées. Remarquez de plus que dans le nouveau mur refait , on n'a pas négligé de faire saillir les mêmes pierres, et d'y fixer une perche pour nous donner une image de ce qui se pratiquait, autrefois.
Et cependant le croiriez-vous? Une invention si salutaire ne fut pas adoptée d'abord par les Anciens; on l'appelait une mollesse campanienne; ils continuèrent à rester tout le jour au théâtre exposés à l'intempérie de l'air. Ammien JMarceîlin adressa aux Romains des reproches pu blics, pour en avoir usé : il les traita d'imitateursi pn de la mollesse campanienne.
Vleheii velahris umbraculoruni theatralium latent^ quœ campanam imitantur lasciviam. Valère Maxime avait employé les mêmes expressions pour leur faire les mêmes reproches.
Cependant il ne se passa pas beaucoup d'années sans que cette méthode commode ne fût adoptée et exercée avec profusion. On vit les théâtres recouverts de voiles, tantôt rouges, tantôt jaunes, ou de couleur brune. 11 y en avait en soie, quelques-unes parsemées d'étoiles. Dans le temps de Lucrèce j cette mode était déjà introduite.
Et Tulgo faciunt id lutea, russa que vêla,
Et ferrugina, cùm magnis intenta theatris,
Per malos volgata, trabes que trementia fluitant.
Telles clans un grand théâtre^ les voiles rouges, jaunes ou brunes , Jlottent déployées sur les mats,, et les poutres tremblantes.
Par fois un vent impétueux emportait les voiles flottantes; alors les spectateurs avaient recours à leurs grands chapeaux et à leurs casaques dont ils se munissaient toujours au besoin. Le bon Martial n'oubliait jamais cette précaution.
In Pompciano tectus spectabo theatro, Natn ventns populo vêla negare solet.
J'aurai soin dé me placer au théâtre de Pompée^ la tête bien com'erte^ car le vent a coutume d'empêcher de tendre les ^^oiles.
Il faut pourtant dire que ces voiles n'étaient pas toujours tendues sur les théâtres de Ponipéi, mais qu'on en usait pour certains spectacles, et que les affiches annonçaient au peuple, comme un agrément de plus^, que ce jour-là les voiles seraient étendues.
Ces observations furent faites en parcourant les ditférentes enceintes de l'amphithéâtre. Nous revînmes a l'examen de l'orchestre^ et nous vîmes à l'une et à l'autre de s,q% extrémités deux tribunes en pierres volcaniques, qui avaient été aussi probablement recouvertes de marbres ; une chaise curule était placée dans la tribune à droite. L'histoire nous a appris que c'était la loge du Préteur ou du Duumvir qui présidait aux jeux -, à Rome on la nommait podium; c'était la place qu'occupait l'Empereur. Elle était ornée de petites colonnes et de Victoires ailées, suivant le rapport de Vitruve.
Sparcien,-A l'occasion de l'Empereur Sévère^ nous raconte qu'une de ces Victoires fut un
* jour jetée à bas par le veut. C'était là la place la plus lîonoralsle de tout le théâtre, et pour exprimer le titre le plus émiuent aux honneurs publics, Juvenalàlsâ'û : Ad podium spectavissCj qu'il avait assisté au théâtre placé au podium , ( loge impériale ) -, l'autre tribune correspondante, devait être celle des Vestales: dans tous les théâtres romains, elles seules avaient droit de s'y placer (i).
On entrait à l'orchestre par deux larges portiques, situés de l'un et de l'autre côté des tribunes, dont je viens de parler. C'était chez les Anciens deux i)omitoires. Vitruve les recommande dans la construction des salles de spectacle comme nécessaires pour l'entrée des spectateurs, surtout pour faciliter leur sortie sans désordre, et aussi pour servir de refuge pendant la pluie. L'alignement de ces portiques correspond au diamètre de l'avant-scéne.
Un grand frontispice à trois portes d'une noble dimension, un grand terre-plein qui sert de place, avec deux portes latérales, deux murailles correspondantes, sur lesquelles on peut placer un échafaud , voilà tout le théâtre des
(i) Solis virginibus veslalibus locumin theatro separatim , et contra prœtoris tribunal dédit. 5yef. in. Oct. chap. 44-
Anciens. Il nous fut facile de reconnaître d'abord, àawsXeJ'i'OJitispice et le terre-plein, le lieu stable de la scène, dansl'échafaud l'avant-scéne et l'emplacement de la chaire [pulpitum), et dans les deux portes latérales , dites hospita les {hospitalières ), le lieu où se plaçaient les étrangers. INous n'avions vu rien de semblable à Todéon. Trois rangs de colonnes les uns au-dessus déte autres , avec d'élégantes bases et des chapiteaux en marbre de choix , six statues élégamment posées sur l'entablement, servaient de perspective aux spectateurs • le tout était terminé par une belle corniche de marbre blanc, de même disposition que celle qui faisait le tour de la salle : dans son travail délicat , on remarquait un entourage de perles attachées l'une à l'autre par un fil: merveilleux ouvrage d'un inimitable ciseau. On en conserve des fragments dans une salle du forum. Tel était l'aspect du théâtre que nous appelons aussi le lieu de la scène, dont nous reconnûmes l'usage , la construction , et l'économie.
Au premier aperçu l'étranger qui était avec nous, ne pouvait comprendre à quel usage étaient destinées tant de cavités , de traces profondes, de petites voûtes qu'on voyait sous le lieu où s'établissait l'échafaUd, et dans diffé-
rentes parties de la salle, particulléreraeiit sous les gradins; mais le chevalier, Vitruve à la main, nous expliqua très-bien que ces vides , que les Anciens appelaient cryptœ et operœ fornicatœ, étaient destinés à recevoir certains vases d'airain, disposés de façon à rendre retentissante la voix de l'acteur, et la modulation de la musique plus sonore et plus agréable. Lucius IMemmius ayant renversé le théâtre de Corinthe , apporta à Rome ces vases qui servirent de modèle pour ceux qu'on plaça à nos théâtres. Dans les villes où la matière manquait pour faire fabriquer des vases de cuivre, on en composait en gré ( dolia jictilia ) qui produisaient le même effet. D'autres excavations faites de main d'homme que vous voyez, ajouta le chevalier, pouvaient être destinées à cacher les fioles ou les tubes, au moyen desquels on répandait , sur tout le théâtre, une vapeur très-odorante de crocus ( safran ) , si agréable aux Anciens. Séjièc/ue et Apulée nous ont conservé la mémoire de cette habitude -, il est aussi possible que ces tubes servissent à répandre des odeurs balsamiques, des eaux de senteur , comme Adrien ordonna qu'on en répandît en l'honneur de Trajan. Quel luxe et quelle profusion!!!
De l'un et de l'autre côté de la scène, qui
n'est assujétie à aucune variation, on voit deux grands vides. Nous y remarquâmes sur le pavé des pierres larges percées^ceintesd'unliendefer. Dans ces pierres on a trouvé du bois entremêlé; suivant Winckelmann , qui atteste l'avoir vu, et qui eu fait le récit dans une lettre adressée au père Pacciaiidi. Ces espaces s'appelaient chez les Grecs Tnftcttàjet , periacti. C'est là que se disposaient les machines eu bois qui servaient à la scène mobile , c'est-à-dire aux décorations et aux différentes représentations des ouvrages, pour opérer des changements de scène. Les Latins les appelaient versatiles trîgoni ^ suivant qu'ils les faisaient jouer de bas eu haut, sous la forme des prismes ou des triangles. Ces décorations représentaient des palais royaux , des places publiques des cités , nécessaires pour mettre eu scène des tragédies : des intérieurs de maisons, des jardins, des bosquets pour les comédies : des bois, des cavernes et des montagnes pour représenter des ouvrages satyriques- Ces pièces de décoration servaient aussi au dénouement de certaines tragédies ; alors on les appelait vulgairement machines ; et par leur moyen on imitait le tonnerre, les éclairs, les réponses des oracles, les vols, les enlèvements et les apparitions d'une divinité...
Les Anciens, dit l'étranger, faisaient toujours concourir la divinité à toutes les entreprises et travaux des hommes. Ou ne croyait pas pouvoir sortir de quelques pas difficiles ou périlleux, prononcer des maximes de vertu, concilier les familles agitées par des querelles domestiques , pacifier les villes et les nations sans faire intervenir une Déesse ou un Dieu qui prenait parti pour la justice. Le théâtre, qui était une école populaire, transmettait les anciennes croyances : là ou voyait la divinité s'associer à l'homme, être son directeur et son guide. Voilà dans quelles occasions les machines ou les pièces de scénographie , c'est-à-dire cet appareil qui en imposait aux regards, servaient à tromper le spectateur, et à faire naître la vénération et le respect. Tous les poètes comiques ou tragiques ont mis à profit le jeu de ces machines-, et je crois que ma mémoire pourrait vous en fournir des exemples et vous expliquer comment on en faisait usage.
La machine la plus ordinaire, la plus usuelle, poursuivit l'étranger, était celle qui servait à faire voler. On voyait l'air, le ciel, les nuages au travers desquels étaient enlevés les Dieux et les héros eu présence de tout le peuple. C'est par ce moyen que \ Aurore transportait JMemnonj
que Borée enlevait Orithyie-, d'autres machines pouvaient transformer des héros eu divinité à vue d'œil. Ils quittaient leurs formes terrestres , leurs figures mortelles, comme dans l'Hercule sur le mont Œta , par Sénèque. Avec d'autres procédés on faisait résonner l'air du bruit du tonnerre : on se servait alors loutres pleines de pierres; on lançait en même temps des ybz/dreSy àes éclairs, comme dansl'^/âr^ Furieux àe Sophocle. C'était avec d'imposantes machines qu'on représentait, dans les airs, le supplice de Titye , de Tantale , de Sisyphe et d'Ijcion- Les spectateurs n'avaient pas moins de plaisir à voir figurer sur la scène les ombres des morts , la barque de Cajon, et les portes de VE/^èbe j là on apercevait des Furies, là des Spectres voltigeaient -, les ombres de ceux qu'avait envahis la mort apparaissaient. Thyesie , dans \Agamemnon de Sénèque , revient de l'Averue pour exciter sou fils Egiste à le venger diAtrée son frère.
Les Anciens établirent quelques coutumes , qui furent constamment observées dans le jeu des machines -, celles qui étaient à droite , servaient pour représenter tout ce qui était hors de la cité, et qui pouvait appartenir aux alliés, aux villes municipales , aux colonies , aux
champs : c'était par ce côté que s'introduisaient ]es hérauts et les voyageurs. Taltibius , héraut des Grecs dans Euripide , est envoyé pour appeler ^^cMÔe, afin qu'elle ensevelisse Po/^xè/ze^ sa fille , sacrifiée à l'ombre àH Achille. Les machines , situées à gauche, servaient à faire connaître tout ce qui se passait dans la ville par ordre du magistrat , ou par les ambassadeurs du prince. Dans Euripide un envoyé apprend au public combien de fois Oreste avait été appelé dans l'assemblée du peuple-, c'est de ce côté aussi qu'était la décoration d'un port, lieu de la scène dans quelques pièces, telles i\}x Amphitryon^ Mostellaria, le Marchand de Plante et dans YHecyra de Térence. Les anciens tragiques introduisaient sur la scène, par le moyen de ces mêmes machines, des divinités des eaux, Archeloiis y Protée, Thétis , Aréthuse ; d'autres machines, formées d'échafauds en bois soutenus en l'air, que Sénèque décrit sous le nom de pegmata, étaient l'indication du lieu de la scène dans une habitation secrète et privée. C'est dans Œdipe que Sophocle fait usage de cette décoration; Plante s'en sert dans Amphitiyon et dans la Casina.
L'apparition de ces divinités , qui venaient des demeures célestes donner des avis et dire des
sentences, appaiser des contestations et prédire les événements, se faisait aussi par le moyeu de ces machines; c'était le Deus in machina ( le Dieu dans la machine ), dont les anciens auteurs tragiques ont si souvent fait usage. V allas y dans l'Ajax Furieux de Sophocle, vient y donner de sages conseils à Ulysse. On ne voit pas cette déité , mais elle fait entendre sa voix d'en haut. Dans l'Oreste d'Euripide on entend la voix ô^ Apollon , qui, du haut de cette machine, appaise toutes les discordes pour opérer le dénoûment de la tragédie.
Et cependant, jusqu'ici, je ne vous ai offert qu'une idée de quelques fragments de différentes actionsscéniques, qui s'opéraient au moyen des machines. Mais si vous vouliez savoir ce que c'était chez les Anciens qu'une pantomime, toutà-fait disposée comme celles qui se représentent sur nos théâtres, il faudrait en lire la description dans Apulée. Il semble que ce soit l'un de nos ballets sérieux : on y trouve autant de mérite, autant d'intérêt.
Nous eûmes un plaisir incroyable à entendre de la bouche de l'étranger qu'elle était la variété des décorations qu'employaient les Anciens : les vols.... les apparitions des divinités, les grattes souterraines, les portes de l'Erébe
les montagnes les ports de mer Ne
sont-ce pas là tous les objets de décors dont nous usons nous-mêmes ? Et qu'avons -nous de
mieux aujourd'hui? Mais la dame qui nous
accompagnait , resta surtout dans l'admiration en entendant dire qu'outre les trois genres ordinaires de représentation, il y avait encore chez les Anciens le drame pantomimique. Peut-être, dit-elle, les Anciens avaient -ils de ces ballets expressifs, et formant un spectacle qui nous semble être une des plus belles inventions des temps modernes? Ils savaient peut-être, avec le geste et avec différents mouvements du corps, exprimer les amours de DidoUj la clémence de Titus , les fureurs à' Hercule , à la manière de Lepicjue , de Gioj'a, et de Henri?.. .\\s faisaient bien plus , répliqua l'étranger -, ils avaient porté cet art à la plus haute perfection. Quels applaudissements ne méritèrent pas à Rome, du temps d'Auguste , les deux fameux pantomimes, Pilade et Ba tille j le premier renommé pour les ballets tragiques, sérieux, nombreux en acteurs; et l'autre pour les ballets comiques : Batilica saltatio : la représentation des ris , des jeux et des grotesques. Tel est le caractère qu'eu donne Plutarque. L'antiquité entière nous a parlé de ce drame avec un enthousiasme égal; et c'était un sujet de grande admiration-, c'est
ainsi que nous l'apprécions nous-mêmes. Cet art ingénieux est décrit par deux vers de Sidonius Appollinaris :
Glausis faucibus, eloquenti gestu, Nutu, crure, genu, manu, rotatu.
Cet art s'exerçait sans le secours de la parole par l'expression du geste, de la tête, des jambes, de la main et des pirouettes.
Mais Nonnus panopoîitanus dans différents endroits de ses Dionysiaques et particulièrement dans le XIX^ Livre , en rapporte des choses bien plus curieuses encore que ce qu'en dit Sidonius , en parlant du pantomime Miron , qui en aurait pu remontrer aujourd'hui sur cet art aux meilleurs acteurs du même genre de nos théâtres.
Tout en tenant ces discours, et après avoir remarqué les periacti, c'est-à-dire le terrain qu'occupaient {q& machines à décoration, nous montâmes sur la scène , sur ce terre-plein avancé, d'où l'on entre sous les trois portes du frontispice. La porte du milieu, la plus noble 1| et conséquemment la mieux décorée de marbres et de colonnes, s'appelait la porte ro^^ale : de cette porte sortaient les héros et les proiagonis-
27Ï tes de la tragédie-, la porte à droite était destinée aux acteurs qui représentaieut les seconds rôles : les généraux d'armée, les hôtes, les vieillards et les matrones. C'était par la porte , située au côté gauche , que comparaissaient les esclaves, les affranchis, les pédagogues. Pollux uous fait connaître ces différentes destinations des entrées théâtrales.
Tout le diamètre , entre ravant-scène et la scène, était fermé par une toile, qu'on appelait aulœumon siparium. El!e[était destinée à cacher aux spectateurs les changements de décoration par le jeu des machines, qui s'exécutait dans les entr'actes. Les fouilles des théâtres de Pompéi, ont appris que cette toile ne s'enlevait pas chez les Anciens parle moyen d'une corde à poulie, comme nous en usons sur nos théâtres; ils l'attachaient à deux larges poutres, et au moyen de cabestans, ils la précipitaient au-dessous du théâtre, ou l'enlevaient pour le cacher. Le chevalier nous eu fit remarquer les traces, et nous dit qu'en trouvant ces poutres consumées, on avait pu néanmoins en copier l'ensemble.
De dessus le théâtre, nous passâmes à l'arrière-scène , qui était le lieu de réunion et de préparation pour les acteurs. Là règne une longue chambre, qui paraît n'avoir jamais été
couverte. Au moyen de ce que les Ancieus représeutaieiit , pendant la durée du jour tous leurs jeux scéuiques, il n'est pas étonnant que leur théâtre , et jusqu'au foyer des acteurs , fussent découverts, afin de ne rien perdre de la clarté du jour. C'est une chose singulière que de voir écrit sur la muraille, eu face de cette longue chambre, et de pouvoir y lire le nom d'un acteur, ou plutôt du théatropole , peutêtre d'un auteur , eu caractères rouges de la longueur du doigt , renfermé dans Imscription suivante.
SATRIO LYCRETIO \ ALENTI
MYNIFICO SIBI LIBERTS
FELICITER PRO YALEîsTE