‹ Voyage à PompéiChapitre 29 sur 31 · C. CYSPIVS C. F. F. PENSA POrsTIF. D. YIR. I. D · texte numérisé non relu

C. CYSPIVS C. F. F. PENSA POrsTIF. D. YIR. I. D

C. CYSPIVS C. F. PANSA PATER. D. V. L D. mi QYINQ. PRAEF. ID. EX. D. D.

LEGE PETRON. (i)

(1) Voilà une des inscriptions les plus rares de Ponipéi } elle

Caïus Cuspius Pansa , Jils de Caïus , Pontife et Duumuir pour rendre la justice. ^

Caïus Cuspius Pansa père , Jils de Caïus , Duumvir pour rendre la justice , Quartuumvir et préfet quinquennal , par décret des Décurions , pour Inobservation de la loi Petronia.

Avant d'arriver à l'arène ou à la grande place

fait nombre parmi celles qui sont classées sous le nom de légales, parce qu'elles nous instruisent des lois de l'antiquité. Dans celle-ci , en cite la loi petronia , favorable à la malheureuse condition de^ esclaves, qui, par l'ordre de leurs maîtres barbares, étaient exposés à périr en combattant contre des bêtes féroces, dans les amphithéâtres. Cette loi pourvoyait I». à ce que dans le cas d'un jugement sur la manumission d'un esclave, leparfasie des voix fut interprété en sa faveur, et lui valut la liberté. En second lieu, à ce qu'il ne dépendit pas des maîtres barbares de destiner leurs esclaves au combat de gladiateurs avec les bêtes féroces , mais qu'ils i e fussent réservés à cette peine que quand un jugement les y aurait dévoués. Oltomano dit que les auteurs de cette loi, ou sénatus-consultc, sont les consuls Caius Jiiiiius Cesonius Petits, et Petroniits Turpiliauus , l'an 8i5 de Rome, qui correspond à la 6 i»""" de l'ère chrétienne. Oiiiiphre Pamnni, au livre II de son commentaire sur les Fastes Consulaires, p. 2o3, rapporte une iiscription avecle nom de ces consuls. Le chevalier i\"oorc?A-e//r, a parlé de cetteloi qu'il place sous le règne d'Auguste, au lieu de la dater du temps de Kéron, Sa citation sur la pierre à l'entrée de l'amphithéâtre de Pompéi , voulait exprimer que le Duumvir Cuspius Pansa père, eu avait été un rigide observateur , alors qu'il présidait à Pompéi, aux combats des gladiateurs. Kous avions précédemment vu la maison de ce Pansa , dans une petite rue derrière la voie romaine qui traverse Pompéi.

du spectacle des combats , ou peut entrer par le côté droit ou gauche sous un portique ou corridor souterrain , qui fait le tour de l'édifice au-delà de l'arène. Il est couvert d'une vovite d'une incroyable solidité, puisqu'elle porte sur elle le poids de tous les gradins. A présent cette voûte est étayée par des arceaux intérieurs , qui ont été placés comme à la grande voûte du portique d'entrée pour ajouter à sa solidité. Ce corridor souterrain est la partie la plus admirable de tout cet édifice, parce qu'il est sans dégradation, et l'unique ainsi conservé : il est admirable encore aux yeux des amateurs de l'architecture , par sa forme et sa symétrie. Il a été construit expressément pour servir de passage , afin de parvenir aux gradins qu'il supporte, c'est-à-dire à la première et à la seconde enceinte de l'amphithéâtre où se plaçaient les magistrats et les citoyens distingués.

Dans les autres amphithéâtres , c'était au moyen de deux ou de trois portiques, placés les uns sur les autres, ou avec des soutiens composés de pilastres ou de colonnes, qu'on pratiquait les passages pour aller dans les enceintes où sont les gradins : ici un seul portique a été construit de manière à suffir à toutes ces communications. De distance eu distance nous

observions les grandes ouvertures, eu forme d'arcade, avec les escaliers qui conduisaient assez commodément aux places que devaient occuper les spectateurs. Les arcades sont construites en pierres de taille, d'une manière élégante , les ouvertures servent, outre la communication, à introduire assez de lumière dans ce corridor souterrain, pour eu chasser les épaisses ténèbres. 11 est tout décembre. Par suite de la vigilance qu'a apporté le gouvernement à ce travail, ou peut le parcourir à présent avec facilité dans tout sou développement en forme elliptique autour de Tarène. En faisant, dans son enceinte, le tour qu'il décrit, nous remarquâmes quantité d'inscriptions obligeantes , tracées sur son mur intérieur avec la couleur rouge ordinaire , ou avec de l'encre.

Pour observer d'un coup-d'œil tout l'intérieur de cet amphithéâtre, il faut entrer par un côté du portique , et en sortir en montant par une de ses ouvertures , ou vomitoires, aux enceintes supérieures. Arrivé là, on s'assied, on le conteraxDle. C'est ce que nous fîmes, lorsque nous fûmes montés, par un de ces passages, à la seconde travée des gradins, et assis en perspective de cette grande enceinte, pour en bien juger l'étendue. On peut encore y arriver en y

descendant des loges supérieures, où l'on monte par £;es escaliers qui prennent naissance au dehors, au niveau de ramphithëûtre. 11 n'y a que l'un ou l'autre de ces moyens pour parvenir aux gradins , parce que les deux grandes portes conduisent seulement aux corridors dont nous avons parlé, et de là dans l'arène qui est au milieu de tout l'édifice. On ne peut, de l'arène, monter dans les enceintes, destinées aux spectateurs , à cause d'un mur à parapet qui sert de rempart et de séparation entre les gradins inférieurs et l'arène. Ce mur a été édifié pour la sûreté des spectateurs, pour les préserver des bêtes furieuses qu'on excite , et qui auraient pu, en grimpant dans l'amphithéâtre, porter la terreur et la mort.

Je dois dire aussi que sur les bords du parapet de ce mur, qui n'était pas trés-élevé, on voit les trous où étaient fichés autrefois les barreaux de fer qui ajoutaient à son élévation, et à la sûreté des spectateurs, sans gêner leur vue. Ces grillages furent appelés, par Pline , du nom de retZy à cause de la forme de leur construction. Cet auteur, en parlant du luxe de Néron, à l'occasion d'un combat de gladiateurs ( Lib. XXXVII, cap. 3 ) dit : Tanta copia succini iiivecta j ut retia arcendis fsris podium prote-

gentia succino nodarentui\ « L'ambre était » prodigué au point que les barreaux élevés^ qui a protégeaient la loge de l'Empereur contre ces » bêtes féroces, étaient soudés avec cette résine » précieuse. » C alpumius nous apprend cette même particularité. Par suite de précaution , d'autres grillages, ou portes en fer, devaient fermer les deux grandes entrées de l'arène.

Les plombs que l'on trouve encore dans les contre-murs, après lesquels les portes avaient été attachées, justifient bien cette présomption.

Des peintures à fresque, formant tableau , et qui décoraient la partie supérieure du parapet, nous apprennent quels étaient les chasses, les joutes, les combats de gladiateurs que l'on exécutait dans cette arène. On y voit un cheval et un lion qui se combattent; au fond du tableau est une belle perspective de campagne : un tigre qui se lance sur un sanglier -, un timide cerf poursuivi par une lionne-, et enfin un taureau excité, combattant contre un ours. D'autres tableaux n'offraient àja vue que des Hermès avec de larges boucliers-, des candélabres, composés de trois tiges entremêlées, étaient représentés dans quelques-uns. Mais de tous ces tableaux, celui qui parlait le plus à l'imagina-

tion, représentait une espèce de jugement. Ou voyait ub maître de gladiateurs ( lanista ) assis au milieu d'eux, et qui, une verge à la main, semblait décider de quel côté était l'avantage j tandis que , dans d'autres parties du même tableau, on voyait arriver des Génies ailés avec une couronne à la main, et des joueurs de flûte, faisant résonner leurs instruments, comme pour rendre hommage au vainqueur. On doit remarquer dans ce tableau une espèce de cor à deux grands tuyaux tournés en cercles, soutenu sur les épaules de celui qui l'embouche par le moyeu d'une lance en bois. On sait, qu'indépendamment des esclaves et des prisonniers qu'on exposait dans l'arène, des personnes libres, des chevaliers , et jusqu'à des sénateurs , qu'on appelait auctorati, soit pour faire montre de leur courage, soit pour concourir à un prix qu'où appelait fl'z/c/ora/7ze/7iw/?z, ne dédaignaient pas d'y descendre. Beaucoup d'auteurs anciens eu ont parlé. Toutes ces peintures à fresque, qui décoraient le mur servant de rempart au public et la loge de l'Empereur, n'existent plus aujourd'hui. Elles se sont effacées au premier contact de l'air et de l'humidité. Il n'en reste plus que quelques traces ; et l'on doit des remercîraents au chevalier Arditl, directeur

général des fouilles, qui, par le pinceau de M.orelli , nous en a conservé les formes et jusqu'aux couleurs en eu faisant tirer promptement une copie.

Ce qui est le plus remarquable sur ce mur de séparation, est l'inscription gravée sur la pierre par décret des Décurions, et qui orne les bords de sa partie gauche , pour éterniser la mémoire des Duumvirs qui présidèrent aux chasses, aux combats des gladiateurs, et concoururent à la restauration de l'amphithéâtre, en faisant refaire les travées et les passages dégradés.

MAC. PAG. AYG. F. S. PRO. LVD. EX D. D. (i) ~ T. ATVLLIVS. C. F. CELER II YIR PRO LYD

LY. CVN. F. C. EX. D. D.

L. SAGINIVS II YIR I. D. PR. LY. LY EX D. D. CYN. N. ISTACmiYS N. F. CIN. H YIR PRO LYD. LYM. A. AYDIYS. A. F. RYFYS II YIR PRO LYD. P. CAESETIYS SEX. F. CAPITO II YIR PRO LYD LYM. M. CANTRIYS M. F. MARCELLYS II YIR PRO

LYD. LYM. CYN. COS. III F. C. EX D. D.

Noms des maîtres du faubourg Augustus

(i) Les Duumvirs qui présidaient aux jeux dans cet amptithéàtre , n'étaient certainement pas des habitants de Pompéi ; «mais des maîtres (magistri) du bourg d'Augustus-Felix, placé » hors la ville; ils avaient été nommés par décret des Décurions.»

^97 Félix ^ chargés , par décret des Décurions , de présider aux jeux.

Titus Atullius Celer, fils de Caïus, Duumvir préposé aux jeux y et Lucius Saginius, Duumvir pour rendre la justice , et préposé aux jeux, ont fait rétablir les ouvertures et les travées de l amphithéâtre , par décret des Décurions ; Numerius Istacinius Cin. , Jils de Numei^ius , Duumvir, préposé aux jeux, a , concouru au rétablis sèment des ouvertures ; Aulus Audius l^ujus, Jils d'Aulus; et Publius Cœsetius Capito , fils de Sextus , Duumvir , préposé aux jeux , ont concouru au rétablissement des ouvertures. JMarcus Cantrius Marcellus , fils de Marcus , Duumvir , préposé aux jeux, a Jait rétablir, par décret des Décurions, les ouvertures et les travées , lorsqu'il était \. consul pour la troisième Jois.

C'est ainsi que l'on doit lire les abréviations mag. pag. aug. f. s. pro. lud. ix.d.cl. Ces maîtres du bourg appartenaient à la colonie romaine j cette qualité était propre à Arriiis Diomedès, à Norbanns Sorex , à Munatiiis Faiistiis, a Nistacidins Helenus , et d autres dont mous avons parlé : dans l'inscription que nous venons de transcrire, i. est fait mention de six de ces maîtres; mais si on se demande pourquoi ces maîtres ou colons dubour^ présidaient aux jeux et non pas des Pompéiens, la réponse sera facile à faire; outre l'occupation des places éminentes dans Pompéi , le texte des inscriptions contient les mots abrc- -gésCVJN. LVM. que nous lisons GVKEOS. LVMINA. l'Am

Les dimensions suivantes, font connaître, approximativement, l'éteudue de ce noble édifice. Le diamètre le pins long de l'aire ou de

phithéâtre aj'ant été ruiné par le tremblement de terre , les magistri du faubourg A ugustus , comme les plus riches, concoururent à sa restauration, et firent refaire les coins (espaces occupés par les gradins entre' les passages ) , et les ouvertures ( lumiiia ), c'est-à-dire les portes , les arcades, les corridors et tous les passages quelconques. Notre interprétation à l'égard des coins, ne souflVe pas de réplique, et si quelqu'un élevait des doutes sur ce que nous disons des ouvertures qu'il se rappelle de cette autre inscription trouvée à Pompéi , dans le temple de yénus , où le mot lumen est également employé dans ce sens jus luniinuin obstruendoruin , qui sans contredit s'explique par le droit de fern)cr les fenêtres desî autres. Dans la belle inscription trouvée à PouzzoUes , ( autre fois Puleoli^ , dans le temple de Sérapis , et que rapporte Crpaccio, ne lit-on pas les ordres que le sénat de Puteoli donnait à son architecte sur la manière de réparer le temple? j Ou lit viedio ostiei lumen aperilo latum P. flaltain P. FI. Voilà ) bien l'indication d'une fenêtre haute de six pieds, et large ! d'autant. }

L'état de fraîcheur que présente à cette heure encore 1 amphithéâtre de Pompéi, dans plusieurs de ses parties, et ^ principalement dans les gradins, nous en fait bien connaître la I restauration.

Elle était l'ouvrage de ces maîtres du bourg, comme l'inscription le témoigne : elle consistait dans des gradins en pierres neuves, des arceaux sous la grande arcade d'entrée, des voûtes dans toute la partie la plus élevée. Les matériaux en sont encore très-frais. Enfin on remarque qu'il y eut à cette époque difierentes reprises faites à l'ensemble des murailles, des réparations dans le long corridor inférieur, et des pierres de tailles placées aux vomitoires. C'est à cause de cet émineut service rendu à l'amphithéâtre, que ces magistri eurent le droit de présider aux jeux, et de faire graver leurs noms sur ces nmrs.

l'arène, est de 2 53 palmes du septentrion au midi, c'est-à-dire de l'une à l'autre des deux grandes entrées. Sa largeur la plus restreinte , qui est d'orient en occident, ne comporte que i33 palmes. Le diamètre, pris des loges supérieures, Oifre une distance de 5i5 palmes pour la longueur, et de 895 pour la largeur. La première enceinte des gradins, qui prend naissance à la balustrade, non seulement est séparée de la seconde par un mur en pierres du Vésuve, mais est encore traversée par différents murs , qui établissent des distinctions dans l'enceinte elle-même. Elle contient, en conséquence, quatre compartiments : deux vers les deux passages de cinq rangs de gradins; deux dans le pourtour de quatre rangs, mais qui I sont bien plus larges ; chacun a sa porte séparée. De cette enceinte, 011 passe à la seconde travée qui avait trente gradins. L'édifice enfin se couronne par un entourage de loges d'un bel effet, que l'on appelait la suinma cavea ( galerie supérieure ), et que Calpurnius appelait cathedra ( chaire à enseigner ), parce qu'elle était couverte, et qu'elle avait, sur l'un de ses bords extérieurs, cette galerie visible, dont nous avons parlé. Il n'y a aucun voyageur présentement qui ne vienne admirer cet édifice si

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bien conservé -, qui ne prenne plaisir à en faire le tour, à se promener sur sa terrasse, d'où Ion discerne bien tout son pourtour, son arène et son amphithéâtre. Dans sa corniche on voit encore quelques pierres avancées et forées , qui servaient à fixer les perches et à supporter les longues cordes, au moyen desquelles on étendait les voiles pour défendre les spectateurs de la pluie et du soleil.

L'étranger, après avoir réfléchisur la grandeur de la distance, qui est de 5i5 palmes dans la longueur, et de SgS dans la largeur, s'étonna que l'on ait pu couvrir cet espace aérien avec des voiles étendues. II fit ensuite une comparaison entre cet amphithéâtre et celui de Rome, appelé Flavien ou Colisée, dont l'arène a la dimension de 4^0 palmes en longueur, et de 268 en largeur. C'était le plus vaste amphithéâtre du monde. Il avait été érigé par Vespasien , après la guerre judaïque. Il 3' employa dix millions d'écus, et douze mille Juifs. C'est à la vue et sur le dessin de cet amphithéâtre, que Juste Lipse composa son excellent traité de Amphitheatris . Or, l'arène de l'amphithéâtre de Pompéi, avait 253 palmes en longueur, et i33 en largeur-, d'où il résulte, suivant ce qu'en conclut cet auteur, que cet amphithéâtre

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était plus petit, que celui de Rome, de 167 palmes en longueur, et de i35 en largeur, mais cet auteur n'a pas réfléchi que le palme romain est plus court de trois pouces que celui de Campanie ; d'où nous avons pensé que son calcul reposait sur une base inexacte et fausse. En faisant le tour de l'arène, une autre observation vint à notre esprit. Outre les deux grandes portes qui y aboutissent, nous en remarquâmes une troisième du côté du couchant , dans la circonférence intérieure de l'arène. Elle est très-petite, et pratiquée dans le parapet conduisant à une sortie secrète hors de l'amphithéâtre; elle donne même aussi dans une petite chambre ronde, située à droite. On ne peut pas présumer que cette issue ait été placée dans ce lieu pour introduire les bêtes féroces dans l'arène , parce qu'on ne voit de ce côté aucune apparence de caves ou de serres. Nous pensâmes donc que cette porte était celle, dite libitinensis y désignée, par les Anciens, comme nécessaire dans les amphithéâtres. Elle était ainsi appelée, parce que c'est par cette issue qu'on faisait passer les cadavres des gladiateurs morts, qu'on tirait avec un crochet jusqu'au spoUarium , c'est à- dire au lieu où on les dépouillait. Dans la vie de Commode par

Lampridius , nous lisons : Gladiatoris cadaver unco trahatur, et in spoliario ponatur : « Le » cadavre du gladiateur était retiré de l'aréue » au moyen d'un crochet, et placé dans le » spoliarium. » D autres ont encore appelé cette porte sandapilaria , parce que c'était le passage de la bière ou de la civière sur laquelle le mort était étendu. La dame fit aussi la remarque de l'existence d'un écho très-sonore, que l'on pouvait provoquer du milieu de l'arène.

Après toutes ces observations, nous ne pouvions encore nous détacher de cet amphithéâtre , ravis de le voir si bien conservé -, de cet amphithéâtre le plus intact de tous ceux qui, jusqu'ici, ont été découverts; de manière que si les premiers gradins de la seconde travée n'avaient pas été enlevés dans le temps des feuilles les plus anciennes, certainement on pourrait aujourd'hui, comme autrefois, voir dans son enceinte une foule innombrable de spectateurs occupés à regarder les combats que les gladiateurs se livrent dans l'arène.

L'étranger aurait voulu y voir ces cavernes, ou voûtes souterraines, où les bêtes féroces étaient renfermées; et il lui tarda't de trouver ces réceptacles. Nous lui fîmes alors observer

que, près de l'entrée du portique, dans l'un et l'autre passage, ou voit les ouvertures de deux petites chambres noires à l'écart, qui ne peuvent pas avoir été destinées à autre chose, qu'à retenir les bêtes féroces enfermées au-delà des grilles en fer qui défendaient les entrées.

Fatigués, mais non pas rassasiés d'avoir vu, visité, contemplé cet amphithéâtre, nous en sortîmes enfin par sa porte septentrionale; et, vis-à-vis de nous, tTne arcade en brique avec une décoration de colonnes ruinées, s'offrit à nos regards. A peine y eûmes nous mis le pied, que nous trouvâmes, à droite, une chambre à manger, et, du côté opposé, un long corridor. La dame savait bien que le triclinium servait pour donner le repas funèbre -, appelé silicerniunij et pensa, avec assez de fondement, que cette salle à manger pouvait bien avoir eu cette destination, pendant que l'on transportait, dans la sépulture , les cendres de ceux qu'on avait fait brûler. Elle se confirma dans cette opinion , eu réfléchissant, qu'outre les gladiateurs tirés d'entre les captifs, et maleferiatorurnservorum ( et les esclaves destinés à ces jeux cruels ), comme dit Juste Lipse ( c'est-à-dire de la plus basse classe ), il y avait aussi des hommes remarquables, des esclaves de distinction, qui

succombaient dans ces joutes, et pour lesquels on célébrait des pompes funèbres. Dans le long corridor un bûcher était peut-être disposé. Eu voyant le tricUnium , nous nous rappelâmes celui que, dans le cimetière de Pompéi, nous avions vu destiné pour le même objet : l'un et l'autre étaient des établissements funèbres, qui avaient chacun une salle à manger commune.

Après avoir observé ce réfectoire, nous montâmes par un escalier extérieur de l'amphithéâtre, qui est situé près de sa grande porte, à la galerie qui peut servir de promenoir, et dont nous avons précédemment parlé, pour voir encore de ce point élevé le grand coup-d'œil que forme la circonférence intérieure de ce superbe édifice. De là nous observâmes aussi la grande muraille qui entoure la cité; les restes de ses tours et de ses portes. Alors l'étranger témoigna le désir de bien connaître l'étendue de ces murs, la largeur du périmètre de toute la cité, et le nombre de ses différentes portes. Le chevalier, avec sa complaisance ordinaire, fit, pour lui complaire, le dénombrement suivant de tous ces objets.

Périmètre (i) de la cité de Pompéi. — Murailles publiques , et portes de la ville.

Le plan de la ville de Pompéi nous représente une ellipse^ dont le diamètre le plus allongé s'étend de la porte d'Herculanum à l'amphithéâtre ; distance de 800 pas géométriques -, et l'autre, de la porte de Noie au forum marchand; distance d'environ quatre cents pas (2). Un attentif observateur seulement pourra reconnaître les anciennes traces de ses murailles dans ses parties occidentales et méridionales, situées sur le penchant de la colline. L'élévation de ces côtés de la ville ayant porté obstacle à ce que la pluie de cendre les couvrît entièrement, ils se sont ressentis davantage des ravages du temps et de la main rapace des hommes : voilà pourquoi les maisons, situées dans cet espace, ont été trouvées en ruine, et que la

(1) Contour, circonférence.

(2) Voyez le plan à la suite de cet ouvrage.

trace des murs qui environnaieut la cité de ces cotés est presqu'invisible. La même chose est arrivée dans cette autre partie du midi, où est situé le Jorum marchand ^ à cause de l'unité parfaite du terrain, et parce que la grande route actuelle passe dessus le mur de circonvallation. Les sédiments marins que l'on a rencontrés dans toutes les fouilles de cette partie de Pompéi^ nous ont fait connaître qu'avant l'éruption volcanique, la mer, distante à présent de trois milles, arrivait jusque dans la basse ville, et nous ont confirmé le témoignage de Strabon , qui désigne Pompéi comme un port de mer , une place marchande ( emporium ) et de commerce , où les habitans de Nôle , de Nucérie et ^Acerra venaient trafiquer.

L'autre partie de l'enceinte de la ville, couverte davantage des cendres du Vésuve , et qui s'étend du forum marchand, en passant par l'amphithéâtre, jusqu'à la porte d'Herculanum, a été découverte ensuite. On a toujours pensé que, de ce côté, les traces des murailles seraient plus visibles, et les portes de la ville encore intactes. Cette espérance n'a pas été trompée.

Dans Tannée 1812 on a pu reconnaître toute la circonvallation de la ville , ruinée dans certaine partie, conservée dans d'autres, mais

3o7 présentant des fortifications assez intéressantes par la solidité de leurs constructions et par des tours carrées, disposées d'espace eu espace. Il a été reconnu que ces murs ne formaient aucunes saillies ou angles , et que les tours seulement dépassaient les remparts. Dans cet espace ou a découvert quatre portes : l'une d'elles, qui conduisait du côté de Noie , par un pavé très-bien conservé, était en quelque sorte intacte. A peine pouvait-on reconnaître les montants eu grandes pierres carrées des trois autres portes, dont l'une était située entre l'amphithéâtre et la place marchande , elle portait le nom de porte de Stable ^ l'autre, entre l'amphithéâtre et la porte de Noie, qu'on devait appeler la porte de Sarno ; et la troisième enfin, entre la porte de Noie et celle d'Herculanum, qu'on nommait porte du Vésuve. En définitive, on a découvert tout le boulevard ( vallum ) avec son grand fossé, dont la profondeur est de vingt à trente pieds. On a trouvé le mur opposé qui servait de parapet et de contrescarpe. A présent il est loisible aux curieux de faire le tour entier des murailles de cette ville, d'en reconnaître toute la symétrie, et d'en faire un but de promenade comme les Pompéiens en usaient autrefois. En entendant parler de cette intéressante

découverte, la dame et l'étranger témoignèrent le désir de la visiter. Nous quittâmes donc l'amphithéâtre, et dirigeâmes nos pas sur les bords de la colline , du côté du septentrion ; nous ne tardâmes pas à voir les débris de la porte de Sarno ^ ainsi appelée par nous, parce qu'elle conduit à ce fleuve dont un grand canal introduit dans la ville une partie de ses eaux, non loin du lieu où celte porte est située. De là, après être montés sur des murs renversés et des débris de tours, nous arrivâmes à la porte Isiaque ou de Noie. Nous fûmes émerveillés de voir ses montants intacts , composés de quartiers énormes de pierres volcaniques, avec une grande voûte qui les surmonte. Sa large ur cependant n'égale pas celle de nos portes ordinaires de ville , mais son élévation est bien plus grande et hors de toute comparaison. A ses épaulements nous trouvâmes dans les pierres les excavations propres à maintenir l'énorme porte de bois qui la fermait et dont nous pûmes voir les débris consumés par le feu, mais encore garnis de leurs ferrements que la rouille a rongés. Nous lûmes sur les murailles différentes inscriptions écrites en rouge, avec un pinceau, comme nous en avions vu dans toutes les rues de Pompéi ; c'était Casellium, C. Sallusiium j

3o9 et d'autres noms. Ce qui distingue cette porte d'une manière singulière, c'est une grande tête de femme, sculptée sur une grande pierre, dans le pourtour de la voûte du côté de la ville. Une épaisse chevelure pend sur ses épaules; et à côté d'elle est une inscription en caractères osques, disposés de gauche à droite, gravés sur un quartier de marbre blanc. Cette inscription en caractères latins, offre les lettres suivantes :

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