C. POPIDILS. C
MER. TYC. AAMANAPHPHED.
ISIDY PRYPHATTED.
C'est-à-dire C. Popidius , C. Jilius Meddix Tuticus restituit et Isidi consecravit.
a Caïus Popidius, fils de Caïus Meddix » Tuticus, la rétablit et la consacra à Isis ».
C'est donc avec juste raison que l'on pouvait appeler cette porte du nom d'isis , aussi bien que de celui de Nôle; car elle pouvait avoir été consacrée à la déesse Isis.
Après avoir observé cette porte, nous descendîmes dans les fossés de la ville par une pente très-rapide. Là, nous vîmes dans le pavé en pierres volcaniques les anciens sillons des chars qui les parcouraient. Nous remarquâmes ensuite que les anciennes murailles étaient en
3io
bon état eu cet endroit. Sortis de ces fossés , nous visitâmes Ja rue nouvellement découverte, et qui n'est viable que pendant un court espace , aboutissant à la porte où nous étions. Toutes les maisons de cette rue sont en ruine. Nous y trouvâmes une fontaine de la même forme que celles que nous avons décrites, et chargée d'inscriptions rouges faites au pinceau , tant sur sa muraille que sur ses bords. Parmi tant d autres, l'inscription suivante mérita notre attention. Elle est ainsi conçue :
MARCELLINVM AED. LIGNARJ ( sic. ) ET PLOSTARJ ( sic. ) ROG. YT
Les ckarpentiers et les carossiers font des vœux pour Marcellus ïédile.
On voit paraître dans cette inscription l'J consonne, que l'on ne croyait avoir été introduit dans l'alphabet romain , que dans le temps de la décadence de la langue -, et à présent il reste prouvé que les Anciens s'en servaient .Ou voit par celte inscription que les charpentiers et les carossiers formaient des corporations et des communautés qui font ici des vœux pour Marcellinus. Dans une autre inscription ou voit enom Campanienses au lieu de Campani.
3ii
PROCVLVM CAMPANIENSES ROG. VT P.
Les Campanieiis font des vœux pou?- Proculus.
Reprenant uotre course^ nous suivîmes les murs de la cité, qui nous parurent alors plus unis et en meilleur état 5 et spécialement une porte secrète ( poterne ) nous parut très-bien conservée. Les matériaux qui la composent sont de grandes masses de pierres carrées, jointes sans ciment 5 on voit dans quelques-unes des chiffres profondément gravés. De là nous arrivâmes près des débris d'une autre porte, à laquelle nous donnâmes le nom de porte du Vésuve , à cause qu'elle regarde cette montagne. Peu après, la muraille de la ville, endommagée seulement dans sa sommité, se découvrit à nos yeux presqu'intacte -, et nous suivîmes son prolongement toujours aussi bien conservé jusqu'à la porte ^Herculanum , ainsi appelée, parce qu'elle conduisait à Herculanum. Nous montâmes alors sur le plan le plus élevé pour examiner avec attention et contempler toutes les parties de oes murailles.
L'enceinte de Pompéi est formée de deux
murs, composés de grands blocs de pierres volcaniques. L'un de ces murs ferme la ville ; l'autre le fossé. Entre les deux est le grand terre-plein ou l'^^^erdes Anciens, allant de l'une à l'autre muraille, et occupant un espace de la largeur de vingt pieds et plus. Celte manière de fortification des villes anciennes est décrite par Vitruve ^ ou n'en usait que dans les parties les plus exposées de la ville , et qui ne sont pas garanties par des vallées profondes, comme ici à l'orient vers la porte A'Hercidanum. Dans les autres parties de la ville, défendues par sa situation sur la montagne , il n'y a qu'un mur simple, mais très-solide, avec des tours de distance en distance. On avait cru jusqu'à ce jour que la hauteur du mur du côté de la ville, ne passait pas celle du terre-plein, parce que dans les fouilles déjà anciennement faites près la porte d'Herculanum , ou n'avait trouvé le mur qu'à cette hauteur -, mais de nouvelles fouilles, exécutées pendant ces dernières années, ont fait connaître qu'à la hauteur du terreplein commençait une continuité de chambres, couvertes en voûte, ayant une communication à leur intérieur. Voilà donc un ordre de corridors ou de casernes ou d'habitations aussi long que le terre-plein pouvait s'éten-
dre. Un autre ordre de chambres semblables devait occuper aussi un étage supérieur , parce que les escaliers qui y conduisaient ne sont pas encore détruits; mais il ne reste qu'eux à l'appui de cette conjecture. A quelle hauteur pouvait donc s'élever ce mur de circonvallation? C'est ce qu'on ignore.
De distance en distance dans ces chambres et particulièrement dans les tours, on remarque des degrés étroits qui descendent sous le terreplein, et conduisent par une petite porte au niveau du fossé. Un autre passage, par continuation du même escalier , conduisait à la cité. Il n'est pas présuraable que ces petites portes et passages ayent été pratiqués dans de pareils lieux pour faciliter la circulation ordinaire des habitaus de Pompéi, et abréger leur sortie par les grandes portes; il est bien plus naturel de penser que ces passages secrets étaient des poternes , par où l'on faisait sortir les soldats qui habitaient les casernes supérieures, quand il s'agissait de repousser les ennemis, ou de supporter quelqu'assaut. Nous circulâmes commodément par toute l'étendue de ces casernes en ruine, et nous descendîmes même par un de ces degrés ( cataractce ) jusques dans le fossé. Là, nous eûmes lieu de faire de nouvelles
observations sur la construction des murailles. Nous vîmes que, dans certaines parties^ on avait mis, sans chaux ni ciment, de belles pierres de taille , bien jointes, de quatre à cinq pieds détendue : ouvrage solide et antique qui doit remonter jusqu'au temps des Etruques et des Osques. Dans d'autres parties ce n'est plus qu'une muraille ordinaire, composée de pierres petites et irréguliéres , placées avec confusion, Nous pensâmes que c'étaient ici les réparations faites après l'assaut que Sylla donna à la ville à l'époque de la guerre sociale , ou après le funeste tremblement de terre de l'an 63 , qui causa tant de désastres dans cette cité. L'étranger remarqua avec admiration quelques traits profondément gravés ( on pouvait en voir encore dans la continuation du mur ) sur ces grosses pierres de taille , du côté de la première poterne -, ils ont ou la figure d'un E, ajant une queue à la partie opposée , comme serait un trident, ou ce sont deux Z entrelacés, ou une ligne qui, dans ses deux extrémités, se termine enfourche, ou une H aspirée, ou un digamma F ou H renversé. 11 pensa que ce pouvait bien être des caractères osques incrustés sur ces pierres par les appareilleurs, pour opérer plus iacilement leurs réunions. Mais qu'était-il utile
de graver ces marques si profoudémeut, si elles lie devaient pas avoir un autre usage? Nous avions déjà vu des traits semblables gravés sur des pierres de taille, dans le temple de Vénus. N'aj'ant plus rien de nouveau à examiner de dessus ces murs, nous en descendîmes par un escalier intérieur, et nous nous rendîmes à la porte voisine, dite ^Herculaniim. , porte par laquelle nous étions entrés dans la ville.
Origine et état politique de Pompéi.
Ayant repris de nouveau la belle rue qui traverse les sépultures, la dame s'arrêta quelques instants sur le banc couvert pour jouir encore de ce grand spectacle-, puis prenant la parole : « Est- il possible, dit-elle, quun peuple si célé- )) bre, dont nous avons admiré les arts, les » coutumes et la civilisation , ait une origine » lout-à-fait inconnue? Nous avons lieu de » nous attrister de cette lacune dans Ihistoire » des nations; il me semble pourtant avoir lu » dans différents auteurs qu'ils tiraient d'Her- )) cule l'étymologie à\Hercu/anum , et que celle » de Pompéi provenait de la pompe des bœufs que » ce demi-dieu montra au public après son retour » glorieux d'Espagne... Peut-on écrire rien de )> plus ridicule?... Quelle pompe devait-ce être » que celle du passage de ces bœufs dans une » campagne désolée, couverte de laves du Vé- » suve, et privée de ses habitans! Serait-ce que « ces bœufs, confondus dans la tradition, vou-
» laient exprimer une armée de cent mille » hommes qu'il y aurait passée eu revue ? » Nos littérateurs, reprit le chevalier, eu voulant faire parade de leurs connaissances des langues antiques, ont créé des étymologies bien moins probables encore. L'un la prend dans un nom phénicien, qui correspond à celui de bouche de feu, parce que la ville est construite prés du cratère d'un volcan. Un autre la trouve dans le mot hébreu Po/72/?ia, qui signifierait charbon éteint-, ce qui caractériserait tant de pierres ponces ou brûlées que l'on aperçoit dans son voisinage. Un autre fait dériver cette étymologie de /So.itS'o? mot grec , qui signifie mugissement , à cause des désastres que le Vésuve avait causés avant ceux arrivés pendant le régne de Titus... Ceux qui s'établirent les premiers dans l'antique Campanie, et qui furent les fondateurs de cette ville, étaient certainement pasteurs ou avanturiers; avec le temps
leurs huttes devinrent des villes Ces gens
grossiers avaient-ils donc des connaissances en histoire naturelle, pour savoir adapter au sol un nom correspondant au climat, aux productions de la terre, à la qualité aqueuse ou volcanique de kl contrée? Pourrons-nous croire qu'une horde de sauvages entende la chimie, la
lithologie, la minéralogie, et la métallurgie comme Lavoisie?- , Bujfon ou Chaptal? Combien de littérateurs ont erré dans ces recherches étymologiques ! ...combien y errent encore!.. 11 est vrai que la vérité historique n'en est pas l)lessée, car personne n'ajoute foi à ces rêves. Je pourrais vous étaler un catalogue de telles étymologies qui, par leur ridicule, vous feraient pâmer de rire...
Si ensuite vous voulez savoir quels étaient en eflet ces premiers habitans de la Carapanie \ Strabou nous apprend que c'étaient des Osquesy des Opiciens , des Ausoniens , et des PélasgeSj peuples les plus antiques dont l'histoire nous ait transmis les noms... Mais après cela, voulez vous pénétrer plus loin ? demander quels étaient ces peuples? d'où ils venaient? vous ne trouverez plus que des systèmes et des contradictions dans les auteurs qui en parlent Chacun d'eux tient à son opinion et s'efforce de persuader son lecteur. Ils vous raconteront qu'il y a eu autrefois un grand mouvement parmi les populations de la terre pour venir occuper ce petit point du globe. Les uns font émigrer des habitations qu'ils tenaient de leurs pères, des colonies de Phéniciens, emportant leurs dieux avec eux pour venir demeurer dans ces contrées, prenant
le nom à'Opiciens , à'Etrusçues et de Vélasges'j d'autres, au lieu de Phéulciens, y font venir des 'Ethiopiens orientaux, des frontières de la Lybie j d'autres pensent que ce sont des Lydiens , des Phrygiens , des Euhoïens , des Celtes... Je pourrais vous citer les noms de ces auteurs, mais je vous les épargne, parce que , si vous vouliez les consulter dans leurs recherches, ils vous entraineraient dans un labyrinthe inextricable d'étymologies , tirées du Zend j du Pehîi^i , du Malais , du Cophte , de \Etiopien , du Grec, an Syrien, et aussi du Chinois, dont il ne vous serait pas aisé de sortir... Mais au résumé, l'on a acquis assez de témoignages certains pour pouvoir affirmer que les Etrusques, quelle que soit leur origine, ont habité autrefois dans cette contrée. Une médaille étrusque, citée par Gory(i), et la table junonale, avec une inscription étrusque, qui fut traduite par M. Passeri ( deux monuments curieux déterrés dans Herculanum ); sont pour moi d'un plus grand poids que toutes les rêveries des auteurs et historiens dont je vous ai parlé. Jusqu'à cette découverte donc, l'histoire de Pompéiaété enveloppée de ténèbres
(i) Gory. Disseitadon swVaJphabet Etrusque.
et d'obscurité. Alors une lueur de vérité les a traversées en nous indiquant quelque chose sur sa constitution politique; savoir : qu'elle faisait partie , avecHercolanum, de la dynastie campanienne , et était au nombre des douze villes étrusques, dont Capoue était la capitale: qu'elle se gouvernait seule, excepté dans quelques circonstances graves où elle s'en référait à une assemblée générale, ou grand conseil, réuni à Capoue , capitale de tout l'état. Pompéi resta long-temps fédérée de la sorte avec les autres cités de la Campanie-, mais elle fut enfin subjuguée par les Samnites, nation superbe qui osa disputer l'empire aux Romains, et qui faillit le leur enlever. Les inscriptions samnitiques que nous avons trouvées ici, outre l'autorité des historiens, font foi sur ce que j'avance.
Par suite de cette occupation des Samnites, les habitans de Pompéi et d'Herculanum entrèrent dans la grande conjuration contre Eome, que l'on nomma guerre marsique ou sociale, et l'on sait que ces grands ennemis des Romains, après avoir donné de hauts témoignages de leur valeur, furent définitivement obligés de se rendre à Cornélius Sylla. A la paix générale, on accorda à Pompéi et à Herculanum les mêmes conditions pacifiques dont jouirent les
autres cités, c'est-à-dire que ces villes furent érigées en villes municipales, conservant une ombre de liberté, parce qu'on y vivait sous la protection de ses propres lois , et qu'on y avait une portion des privilèges accordés au citoyen romain. Mais le sanguinaire et vindicatif iSj//a, devenu dictateur, se ressouvint de la résistance que l'une et l'autre de ces villes avaient apporté à ses conquêtes dans le temps de la guerre sociale et des secours ( comme quelques auteurs le disent ) que ces villes avaient donnés à Marins, son implacable ennemi. Il détruisit donc, à leur détriment, le pacte qui avait été juré à Rome, et envoya une colonie militaire sous la conduite de Publius Sylla , son neveu. Cette colonie romaine, arrivée à Pompéi , ne se contenta pas de posséder les meilleures terres qui lui furent assignées, et de jouir d'autres droits coloniaux , elle voulut exercer celui qu'on appelle amhulationis , et un autre encore nommé suffragii, c'est-à-dire qu'elle voulait avoir le droit de s'introduire, à sa volonté, dans le stadium ( promenade de laS pas), dans l'amphithéâtre, dans le gymnase et autres lieux publics, et de pouvoir prendre part aux assemblées de Pompéi, en donnant son suffrage aux élections. A l'occasion de ces deux droits
que les habitaiis déniaient à la colonie mililaire, il survint uii difl'ërent sérieux entre les uns et les autres. Oii le qualifia de révolte publique : le protecteur P. Sylla fut accusé d'avoir pris part à cette rixe , de l'avoir fomentée eu secret ; et cette accusation fut portée à Rome. Cicéron le défendit^ et^ avec ce caractère d'éloquence limide et flatteur qui caractérise sou talent, et qui a déterminé toute sa vie , ce fameux orateur dépeignit ce neveu du plus grand monstre qu'ait porté la terre, comme l'homme le plus prudent, le plus modéré, le plus impartial. Il dit qu'il ne prenait aucune part à l'administration des choses civiles j qu'il ignorait que la contestation fût prête à se développer-, que, d'ailleurs, l'un et l'autre parti le considérait comme son défenseur et son ami... Il est possible en effet, interrompit la dame, qu'un Romain, qui avait conduit à Pompéi une colonie conmie moyeu de châtiment, s'y soit comporté de manière à devenir le gardien et l'ami de ces malheureux habitans... Du moins Cicéron le fit croire et rendit un grand service à Sylla. Il faudrait lire ce discours. On y découvre que la colonie , étantprivée d'une partie des droits attribués ordinairement à ces établissements , conservait au moins encore l'apparence d'un pouvoir
iiiuilicipal. Et de ce que les Romains, qui y furent envoyés, n'ont pu jouir, sans contestation, des droits de suffrage et de présence {suff'ragiuin et deambulacj'um) dont les Colons véritables entraient de suite en possession , on en induisait que cette ville n'était pas une vraie colonie. Nous y trouvâmes cependant nombre d'inscriptions latines du temps à^ Auguste , qui lui attribuaient les caractères d'une vraie colonie, avec l'indication de ses patrons. Au théâtre tragique nous avons eu occasion de remarquer qaQ Marcus Olconius Rufus est désigné comme l'un d'eux. Il paraîtrait que, sous cet empereur il y eut quelque chose d'ajouté ou de retranché à sa constitution. Pompéi était alors une noble et remarquable ville par l'affluence des illustres Romains qui possédaient des maisons de campagne délicieuses sur toute l'étendue de sa côte. Celle de Cicéron sur son sol même -, celles de César et de Fabius à Herculanum j de PoUion Félix à Sorrente : ses édifices étaient magnifiques; on y voyait des temples, des théâtres, un amphithéâtre, une basilique, des forum, des tribunaux, des palestres. Cette ville brillait aussi par la distinction de ses ordres politiques. Elle avait des Ediles, des Duumvirs, des Quartuumvirs, des Décurions, des protecteurs
de la colonie, des privilégiers à deux sièges, des prêlres et des prêtresses, des flamines , prêtres d'Auguste , et des corporatious. Sa position était des plu& heureuses. Sur le bord de la mer elle recevait encore les eaux d'une rivière, et était traversée par une route consulaire , qui ajoutait aux facilités d'un florissant commerce. Doit-on s'étonner après cela si Sénèque et Tacite qualifiaient de célèbre cette ville et cité de la Campauie ? Sous Néron elle portait également le nom de Colonie-, c'est pourquoi cet empereur y établit Valens pour son flamine ou prêtre perpétuel. Elle était encore dans cette situation sous Titus , lorsque l'éruption du Vésuve lui enleva l'existence physique et politique.